19 mai 2012

Théâtre de Bâle : Tartuffe fait salle comble pour la dernière de la saison française 2012

    Tartuffe Théâtre de Bâle Saison Française 18 mars 2012 Photo VB

    Tartuffe a fait le plein hier soir au théâtre  de Bâle

    Avouons qu’une affiche réunissant  Molière , Brasseur  , Chesnais , pourrait  avoir  eu ,  à priori une  sensible influence sur l’affluence . Hier soir cependant , la nouveauté à relever concernant le public fut la présence de nombreux jeunes gens , aussi bien bâlois que français , venus découvrir ou retrouver ce chef-d’oeuvre de Molière, relevait Jean-Christophe Nigon , artisan de la saison française du théâtre de Bâle.

    Toutefois , lorsque Marion Bieri indique  à propos de son «Tartuffe»  » je l’entends, il vibre d’effervescence, de joie, de musique, de grande santé et de sensualité » , on a dans un premier temps un peu de difficulté à se mettre à l’unisson des personnages qui donneraient plutôt l’impression de s’agiter en tout sens avec arrêts sur image inattendus et manipulation ampoulée d’alexandrins déclamés avec force concentration laissant peu de place à un véritable jeu de comédiens.
    En réalité , nous public sommes un peu comme les acteurs sur scène : en attente de Tartuffe , le cou tendu vers la gauche du rideau . Il nous faudra patienter jusqu’à l’acte III pour voir enfin de quoi a l’air ce mécréant : un homme en noir genre mormon à l’air sinistre semblant porter sa pauvre existence comme un fardeau ,mais qui ne suscite pas vraiment l’empathie et dont l’air fourbe  et le regard en biais contredisent à eux seuls la niaise présentation d’Orgon devant un parterre familial  dont les femmes ont l’air directement tombées de la toile d’un maître hollandais .Après avoir joué à deviner les rimes en alexandrins durant une bonne partie de la pièce ( 2h15 )car les monologues sont longs et fréquents , on se concentre à nouveau sur le sujet : comment l’imposteur  réussit-il à manipuler le naïf bourgeois avide d’entrer dans les bonnes grâces de Dieu – aussi souvent cité que le ciel , tactique de Molière pour dénoncer la fausse  et hypocrite dévotion – Orgon se laissera tartuffer ,persuadé qu’il est de la puissance salvatrice de ce bon gentilhomme à qui il ira jusqu’à offrir sa fille Mariane , sorte de vestale occupée la plupart du temps à courir d’un bout à l’autre de la scène telle un Mick Jagger en jupons et en un peu plus jeune.

    Tartuffe Théâtre de Bâle Saison Française 18 mars 2012 Photo VB

    Le rôle de Dorine , servante accorte et forte en gueule , suivante de la jolie Mariane ,est à coup sur celui qui propose le texte le plus  long et l’on voit bien que le bon sens paysan n’est pas un vain mot pour Molière ; Dorine est un personnage pragmatique , qui cherche simplement des solutions aux problèmes sans énervement inutile et agitation inefficace ; on se prend d’amitié pour cette femme aussi franche du collier que le Tartuffe respire le mensonge par tous les pores de la peau.

    Je m’interroge sur le rôle du vêtement dans l’attribution des traîts de caractère et la confusion qu’ils peuvent engendrer. Ainsi , Mariane  qui rappelle  visuellement Hélène de Troie , n’a rien d’une héroïne , elle  geint , pleure et crie  , ce qui est assez peu valorisant; Elmire , dans un somptueux costume que l’on devine soyeux , élégant sans ostentation , aurait pu apparaître dans un tableau de Corot, mais l’apercevoir en chemise aux prises avec le Malfaisant , détruit aussitôt toute fascination . Et que serait-il advenu de notre opinion , si Orgon avait été affublé tel un corbeau en lieu et place de Tartuffe – comme Arpagon l’Avare , tiens ! – alors que celui-ci aurait enfilé la veste et la posture de l’honnête homme ? A quoi se reconnaît le manipulateur , l’imposteur , le Tartuffe ? Comment s’habille-t-il ? Comment parle-t-il ? Car , il ne cherche pas toujours à coucher avec votre femme pour mettre en lumière sa réelle identité , n’est-ce pas ?

    J’emets une forte réserve sur le tableau final et l’entrée en scène du Deus ex machina attifé façon Molière / Louis XIV, l’Exempt brutalement transformé en hybride de César à dorures multiples , quelque chose peut-être en trop à moins que ce soit pour faire rire .

    Une idée sur les origines du personnage et du nom ?

    Pour créer son personnage, Molière s’inspire d’une pièce de Pierre l’Arétin de 1542, Lo Ipocrito, dans laquelle Ipocrito, personnage aux yeux baissés, maigre et goinfre, habillé de noir et portant un bréviaire sous le bras, s’introduit dans la maison de Liseo, flattant le maître de maison, convoitant son épouse et intriguant pour parvenir à ses fins9.

    De nombreuses hypothèses ont été émises sur l’origine du nom de Tartuffe. Certains y voient une origine italienne, tartufoli siginifiant truffe, et le rapprochent du verbe truffer qui signifie tromper et truffatore signifiant escroc ( Message à Laetitia : tu vois ta tarte aux truffes est bien près de la vérité )

    C’est cependant la popularité de l’œuvre de Molière qui est à l’origine du sens actuel du mot tartuffe (hypocrite) et des dérivés tartuferie (comportement d’hypocrite), tartufier (tromper).

    Tartuffe Théâtre de Bâle Saison Française 18 mars 2012 Photo VB

    Nous avons tous souffert à vif de l’hypocrisie, de la trahison en amitié. Molière n’est pas un vigile de la bonne pensée, il ne met pas en garde, ne «dénonce» pas. Il risque, il s’expose, il combat l’imposture encore et toujours, et nous convie, par le rire, au grand mépris des bassesses humaines.

    Marion Bierry

    Projets des comédiens

    Patrick Chesnais : Bienvenue parmi nous, de Jean Becker (sortie en juin), La Braconne de Frédéric Proust ou Les Vieux cons de François Berléand.

    Claude Brasseur : signale que ce sera surement sa dernière scène

    Chantal Neuwirth : cinéma Les seigneurs 2012

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Commentaires

  1. Sebastien dit:

    Un grand merci à « Bâle en français » pour ce beau moment de théâtre! Claude Brasseur et Patrick Chesnais, déjà vus tous deux au Théâtre Montparnasse à Paris, n’ont rien perdu de leur talent avec le temps. J’avoue avoir eu un faible pour l’interprétation de Tartuffe par Chesnais, dont la mine désabusée et distante laisse admirablement supposer les bassesses et trahisons à venir. Admirables aussi Chantal Neuwirth qui campe une Dorine à la verve impeccable et Jacqueline Danno en Mme Pernelle plus vraie que nature. A l’année prochaine pour une nouvelle saison française au théâtre de Bâle!

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