Ballet de Bâle Le Lac des Cygnes par Sitjn Celis

jeudi 30 novembre 2017 par baleenfrancais

Schwanensee Annabelle Peintre ©VBSchwanensee Annabelle Peintre ©VB

Le Théâtre de Bâle propose Le Lac des Cygnes chorégraphié par Stijn Celis

Schwanensee Photo Werner TschanSchwanensee©Werner Tschan

Brève genèse du Lac des Cygnes ou la longue rêverie du prince Siegfried :  à l’origine , il s’agit d’un ballet en quatre actes sur une musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski et un livret de Vladimir Begichev( directeur des théâtres impériaux de Moscou ) . Le ballet  est inspiré d’une légende allemande , l’histoire du Voile Dérobé ( der Geraubte Schleier ) tiré d’un recueil de contes de Johann Karl August Musäms.  En 1871, Tchaïkovski imagine en faire un conte pour les enfants de sa soeur ,  » la Chanson des Cygnes «  . La création du Lac des cygnes le 20 février 1877 à Moscou (Bolchoï) est un échec total qui écartera cette œuvre du répertoire pour 18 années. Difficile de ne pas lier cette malédiction à  l’isolement sentimental dans lequel se trouve sa vie durant Tchaïkovski dont l’homosexualité  tient lieu d’argument au sentiment d’ implacable et funeste fatalité qui le poursuit , même si , désireux de montrer à la bonne société l’image qu’elle souhaite avoir de lui , il finit par convoler en justes noces avec une de ses anciennes élèves, Antonina Ivanovna Milioukova , manoeuvre vouée au désastre on s’en doute. Munis de cette information , il devient plus aisé de comprendre comment  le conte se mue en tragédie : la transposition d’un amour impossible pour celui qui transgresse  les bonnes moeurs . Les braves gens n’aiment pas que l’on prenne un autre chemin qu’eux , c’est bien connu !

Ainsi , à l’instar de Flaubert citant sa Bovary , Tchaïkovski aurait endossé les habits du Prince Siegfried , partageant avec lui des penchants amoureux  à la marge réprimés par l’entourage dit bien-pensant . En effet ,  tomber en pâmoison pour un cygne n’est pas vraiment plus politiquement correct que de frayer hors mariage, surtout au 19 ème siècle  ! Pourtant , la métamorphose du cygne qui créé le chaos dans les affaires d’amour ne date pas d’hier, voyez plutôt :  le mythe de Jupiter/ Zeus  transformé en cygne fuyant sa fille Aphrodite/ Venus ;  les Cygnes sauvages , conte de l’allemand Andersen  publié en 1838, où il est à nouveau question de sortilège , les onze fils du roi transformés en cygnes comme dans la mythologie ; Grimm quant à lui conta une version titrée les six frères cygnes ;  l’histoire du Voile dérobé de J.K.A Musäu recueilli  entre 1782 et 1786 , fait état de la métamorphose de nymphes en cygnes et sera la base du livret du Lac des Cygnes qui sera lui-même le matèriau de l’opéra de Rimski.Korsakov, Le Tsar Saltan composé en 1899-190 ou encore davantage celui du Lohengrin de Wagner  . Revenons à nos moutons , ou plutôt à nos cygnes , tout de même un peu plus prestigieux !

Ambiguité , ambivalence vie/ mort , homme/ femme : la confusion règne !

schwanensee_frank_fannar_pedersen_ Photo werner_tschanschwanensee_frank_fannar_pedersen_ ©werner_tschan

La confusion des genres règne , d’accord , mais la faute à qui ? Le mythe du  cygne remonte à la nuit des temps  quand Zeus fut puni de sa dispersion amoureuse par Aphrodite ; autres temps , autres moeurs , romantisme en vogue oblige au pays des tsars,  Siegfried est puni de son indéfectible amour pour une princesse hors circuit royal, laquelle est  transformée en cygne par un sorcier pervers ; remarquez comme nous changeons subtilement de sexe concernant la victime du sortilège; le Lac des Cygnes serait-il est une création transgenre ?

Quelle histoire ! 

Comme cadeau d’anniversaire, la reine-mère  (Ayako Nakano ) , impose à son fils, le jeune prince Siegfried  ( Frank Fannar Peterson ) de  choisir une épouse. Mais celui-ci ,  rebelle dans l’âme,  décide de trouver lui-même sa promise et part se détendre les nerfs en forêt muni de son arbalète pour le cas où  . Parmi les cygnes voletant au-dessus du lac,  potentielles victimes du jeune chasseur , apparaît comme par miracle une belle femme vêtue de plumes de cygne blanches. C’est le coup de foudre : Siegfried aime Odette ( Annabelle Peintre ) , Odette aime Siegfried et …les ennuis commencent car le terrible sorcier, Von Rothbart ( Jorge Garcia Perez ), mène la danse macabre et rigole bien dans son coin : Odette sera cygne le jour , femme la nuit , le prince devra composer avec cette contrainte pas banale . Comme Von Rotbarth se doute que Siegfried va nourrir une légitime rancoeur à son encontre, il imagine un stratagème : s’il est occis avant que le sort ne soit brisé, Odette restera cygne à temps partiel pour l’éternité . Diabolique , n’est-ce pas ?
Comme von Rotbart a un grand sens de l’humour ( et que Siegfried est un peu myope apparemment ) , il présente sa fille Odile ( Annabelle Peintre), vêtue de noir (le fameux cygne noir) au prince qui , n’y voyant goutte , la prend pour sa chère Odette qui reparaît in extremis juste avant que ne soient célébrées les noces avec Odile.

Jorge_garcia_perez Photo Werner TschanRotbarth Jorge_garcia_perez©Werner Tschan

La chute du conte diffère selon les versions : les Romeo et Juliette made in Russie tuent le sorcier, ils vécurent longtemps et … ; ou , puisque Siefried a pris Odile pour Odette , cette dernière restera cygne pour toujours. Le prince ne s’en remet pas et se jette dans le lac avec sa chérie , ils meurent , fin ; ou , au moment d’être engloutis par les flots , leur sacrifice détruit les pouvoirs de von Rotbarth , les tourtereaux filent tout droit au paradis .  Le chorégraphe Sitjn Celis se range aux côtés de l’interprétation de Noureev ( 1984 Opéra de Paris ) qui fait sombrer le pauvre Siegfried dans la folie avant qu’il ne s’abîme dans eaux du lac.

Le Lac des Cygnes au théâtre de Bâle : Stijn Celis donne les clés

La face grotesque de la tragédie

Le chorégraphe belge Stijn Celis connait bien son sujet pour avoir donné sa version du Lac des Cygnes à Bern en 2006  qui impliquait deja une lecture humoristique et une thématique intemporelle : le passage de l’ enfance à l’âge adulte , l’abandon d’une utopie simple comme le bonheur mais relevant de la magie au profit d’une réalité confortable mais sans fantaisie . Que faire ? Où se trouve la force ? Sitjn aime jeter le doute dans les esprits . Ainsi , le cerf majestueux qui trône fièrement sur scène au début , semble hors de portée de maléfice puisqu’il est le roi de la forêt , celui dont les bois tombent puis repoussent à chaque printemps , symbole fort d’immortalité et de puissance masculine . Au tombé de rideau , le cervidé penche la tête , vaincu , à l’unisson de Siegfried : grandeur et décadence. Les cygnes sont-ils hommes ou femmes ? Les deux mon capitaine ; dans la nature , il faut vraiment y regarder de près ; Stijn Celis ne s’est pas embarrassé de cette question , danseuses et danseurs interprètent les romantiques volatiles à l’image de Matthew Bourne ( Swan Lake 1995) et Stephan Thoss en 2004 qui avaient confié la figure des cygnes à un corps de ballet masculin.

. Le drame sourd et pourtant , les scènes de bal sont chatoyantes , bruyantes , flirtent joyeusement avec le burlesque , les protagonistes évoluant dans des costumes sophistiqués ( Catherine Voeffray)  oscillant entre le jaune d’or et le bleu azur; seul le prince Siegfried ne quitte pas son habit noir , comme pour signer la mauvaise augure . Rotbarth ( Jorge Garcia Perez décidément inoubliable ) est bien le diabolique sorcier qui débarque toutes griffes dehors façon Nosferatu ( celui de 1922) qui aurait piqué la cape de Dracula , vraiment pas sympa , sauf quand Celis lui fait endosser la blouse de Jerry Lewis ( celui de Dr Jeckyll ou Mister Love ) ou la tenue graphique noir & blanc du bouffon de la reine , un Beetlejuice très reussi . Le Lac des Cygnes de Stijn Celis est tellement vivant qu’il donne parfois l’impression d’un musicall à l’américaine, surtout que le chorégraphe s’est bien lâché sur les accessoires comme l’avion et son toboggan , dernier recours des prétendantes pour enlever le beau prince.

Les histoires d’amour finissent mal en général , parfois , elles peuvent même tuer, mais rien n’empêche de les vivre le plus intensément possible jusqu’au bout . Socrate , à l’approche de sa mort aurait fait ainsi allusion aux chants des cygnes qui, lorsqu’ils sentent qu’ils vont mourrir , au lieu de chanter comme auparavant , chantent à ce moment davantage et avec plus de force… C’est , dit-on , le Chant du Cygne , mais rien n’est moins sur .

Schwanensee Ayako Nakano Frank Fannar Petersen Photo Werner TschanSchwanensee Ayako Nakano Frank Fannar Petersen ©Werner Tschan

PROCHAINES REPRESENTATIONS : 4/9/16/20/26 décembre 2017 ; 11/16/20 janvier 2018 ; 3 Février 2018 ; 4/11/17/20/26 mars 2018

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