Charlie Chaplin invité à la Coupole

samedi 6 mai 2017 par baleenfrancais

Maxime d'Aboville Charlie Chaplin photo VBMaxime d'Aboville Charlie Chaplin ©VB

Charlie Chaplin : un homme libre , véritable citoyen du monde

Maxime d'Aboville Chaplin /J.E Hoover Théâtre la Coupole photo VBMaxime d’Aboville Chaplin /J.E Hoover Théâtre la Coupole ©VB

Aucun parti pris dans la pièce de Daniel Colas , le propos n’étant pas de faire une analyse comparée du Charlot populaire miséreux et du Charlie atrabilaire milliardaire . Aussi , à la question posée au metteur en scène  : » est-ce votre passion pour Charlot ou celle pour Charles Spencer Chaplin qui a motivé la création de la pièce ?  » m’est-il répondu vertement :   » mais les deux bien sur !  » . Ce portrait de Charlie Chaplin n’a donc pas vocation de séparer le bon grain de l’ivraie . L’ axiôme  est le suivant : fut-il caractériel  , Charlie Chaplin , le père de Charlot était un génie . Point . Enfin , pas tout à fait  . Qu’a fait l’Amérique d’un tel génie ? That is the question ! En 1952 , Charlie Chaplin quitte définitivement l’Amérique pour la Suisse victime de la toute- puissante rumeur , celle d’un Etat tout entier ,  sport pratiqué dans les hautes sphères politiques américaines entre les années 30 et 70 : Chaplin était-il juif ? Etait -il communiste ? Etait-il pervers ? Heureusement pour lui , il n’était ni noir ni homosexuel ! Car J.Edgar Hoover à la tête du FBI  à partir de 1924 (48 années durant) met tout en oeuvre pour détruire la réputation et la popularité de Chaplin . J.E Hoover  déteste – presque- tout le monde il veut débarrasser l’Amérique de ses scories : les nègres , les juifs , les communistes . Chaplin  se montre  ouvertement opposé aux convictions racistes et antisémites du triste sire et naturellement à toute forme de censure . Daniel Colas en fait donc un personnage essentiel de la pièce , il est celui qui incarne la détestation que l’humain peut développer à l’égard de ceux dont la réussite est trop voyante, surement parce qu’elle renvoie  trop violemment à l’image de sa propre médiocrité  . L’Amérique , en persécutant Chaplin pense se faire vertueuse .  A l’approche d’un choix électoral qui nous place devant la menace d’une extrême droite vainqueur , le thème nous fait douloureusement écho.

 Daniel Colas invente le clip théâtral

Maxime d'Aboville Théâtre La Coupole photo VBMaxime d’Aboville Théâtre La Coupole ©VB

Comment faire pour retracer plus de 60 ans de carrière en 2 heures ? Impossible me direz-vous . Sauf si l’on découpe la frise historique en parcelles courtes façon post-it . Comme la thématique Des haillons aux habits de lumière n’est pas le sujet , les amateurs de Charlot , son melon et sa canne , en seront pour leurs frais car le drôlatique vagabond n’apparaît que furtivement , le temps de quelques sautillements comiques et peut-être celui de se souvenir de ce qu’il a été au début de sa vie : un miséreux , l’un des fils d’une famille de saltimbanques dans laquelle la mère Hannah  se débat contre des démons intèrieurs tandis que le père disparaît à 38 ans emporté par ceux d ‘alcool . Il se pourrait que Chaplin , le petit anglais , ait gardé de cette pauvre jeunesse une mélancolie sourde qui justifie le grand écart entre sa vie d’acteur comique occupé à faire rire son public à pleins poumons et sa vie d’homme hors lumière aux antipodes . Paulette Goddard ( Coralie Audret emperruquée en brune . Oui,  la  fille de Daniel Colas est blonde)  , sa compagne durant une décennie le lui reprochait d’ailleurs amèrement :  » tu es drôle à l’écran , mais sinistre dans la vie ». Daniel Colas le dit : c’est l’ambivalence du personnage qui  m’a interessé , celle-même qui a engendré ce createur genial et son double que le monde entier reconnaît.

Maxime d’Aboville , la matrice de la pièce , Chaplin si bien ressuscité que je l’aurais bien imaginé interpréter tous les personnages annexes de la pièce un peu à la manière d’un Francis Huster aux prises avec Le Joueur d’Echecs . Maxime d’Aboville  a bien fait d’abandonner ses études de droit – non sans avoir décroché son diplôme d’avocat – car le théâtre lui reussit bien : un Molière en 2015 du meilleur comédien de théâtre privé pour The Servant .  C’est au cours de Jean-Laurent Cochet qu’il décide définitivement d’investir le monde du théâtre.  Il aura fallu attendre 2010 pour que le public le découvre dans « Journal d’un curé de campagne » ou dans « La conversation », première pièce de Jean d’Ormesson. Un académicien si avisé qu’il lui prédisait déjà un avenir brillant.

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THEATRE LA COUPOLE 

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