DMC Mulhouse la ruche des createurs

lundi 14 avril 2014 par baleenfrancais

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20* Déroulons le fil de l’histoire de ce fleuron de l’industrie mulhousienne

Qui ne connaît pas DMC , un des plus grands groupes de textile industriel européens du XXème siècle? C’est un peu comme si vous ignoriez à quoi correspond Frigidaire !5

Alors , un petit rappel : Dollfus-Mieg et Compagnie (abrégé en DMC), est une entreprise textile Alsacienne créée à Mulhouse en 1746 par Jean-Henri Dollfus. Son neveu Daniel épouse Anne-marie Mieg , c’est le nom qui est désormais rattaché à l’entreprise . Frederic Engel Dolfus le philanthrope , directeur en 1841 , ne s’est pas contenté de diriger à son tour cet établissement .Il a créé pour les ouvriers de l’entreprise une caisse de retraite , des assurances collectives , des écoles , des maternelles , un dispensaire , mais aussi , une école de dessin et l’Ecole de filature et tissage de Mulhouse. Plus d’un siècle s’écoule avant que la firme fusionne avec THIRIEZ & CARTIER BRESSON dont le logo , la tête de cheval est devenu l’emblème reconnu de la marque. DMC est alors premier producteur de fils à coudre de la CEE .

Le groupe alsacien , longtemps pionnier en Europe de la fabrication industrielle des imprimés indiens peints à la main, et inventeurs du tout premier fil à coton , est victime comme beaucoup d’autres de la faiblesse du dollar, de la concurrence asiatique et de la baisse de la consommation. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a fondu comme neige au soleil depuis la fin des années 70 . En 2008, la ville de Mulhouse envisage le réaménagement du site DMC désormais désert.

Fakt©VBFakt©VB

Friche DMC : avant , c’était vide , mais ça c’était avant !

MOTOCO : TERRE DES NOUVEAUX POSSIBLES !10 hectares à réhabiliter, c’est-à-ire Dix bâtiments industriels à l’architecture remarquable doivent être reconvertis,  mettant en avant l’entrepreneuriat culturel et créatif, avec tout ce qui concerne les métiers des médias, de la culture, du son, du monde culturel créatif. le tout à proximité de l’autoroute, de la gare de Dornach…pratique , n’est-ce pas ?

La Ville de Mulhouse a son mot à dire puisqu’elle est devenue le 14 juin 2012 partenaire associé à la prestigieuse démarche IBA Basel 2020 (Internationale BauAustellung – Imaginer et bâtir l’avenir ) dont fait partie le projet de réutilisation du site DMC .

Tout cela tombe à point nommé pour Misha Schaub , directeur de l’Institut bâlois Hyperwerk.pour le design post-industriel qu’il a crée en 1997.

 Misha Schaub , chantre du design post-industriel

Ce bâlois passionné , sculpteur à ses débuts et formé entre autres au prestigieux Royal College of Art de Londres, s’est très vite intéressé au design industriel puis à l’intrusion du digital comme vecteur médiatique,( consulter son ouvrage “ comment créer un institut des médias ? “) , En 1999 , il a ouvert l’institut bâlois Hyperwerk.pour le design post-industriel ou il enseigne au début à 25 étudiants , ils sont une quarantaine à présent .

En 2002 , Misha cherche un endroit pour permettre à ses étudiants de se retrouver et d’accueillir leurs homologues étrangers , ce sera une abbaye sise à Senones dans les Vosges louée 100€ par mois pour 4500 m2 de surface avant d’investir le bâtiment 75 de DMC en 2012 tout en ayant fait des tentatives à Bâle – Dreispitz – et Huningue- sans succès – en France. Misha raconte volontiers qu’il est ensuite “ tombé en amour “ pour l’ex-usine DMC.

 2012 Motoco -More to come- DE LA FRICHE A LA CITE D’ARTISTES

Motoco ©VBMotoco ©VB

Misha Schaub s’est lancé dans l’aventure Motoco dont il est l’initiateur et le président.

Motoco »,est un projet collaboratif tri-régional qui permet à des artistes de laisser libre court à leur créativité dans un cadre qui leur permettra également de tisser des liens entre plasticiens, sculpteurs, photographes, vidéastes, musiciens et autres informaticiens des 3 régions limitrophes de Mulhouse, de Suisse et d’Allemagne.

Misha obtient le soutien du Maire de Mulhouse et de nombreux partenaires (des entreprises, la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Alsace, les écoles d’Arts de Mulhouse, Strasbourg, Bâle, Offenburg et Karlsruhe…).

« Motoco » est un projet d’open culture, entreprise économique à but non lucratif. Mischa Schaub explique que ce lieu de recherche n’appartient à personne, il est à tout le monde…iL ne veut rien en faire d’élitiste , “il n’est pas galériste “ il veut seulement rassembler des créateurs de tous niveaux , créer une symbiose énergique et stimulante entre les artistes des 3 pays qui ont déjà pris leur quartier dans le bâtiment 75.

Pour séduire aussi les politiques , précise Misha Schaub, nous gardons comme objectif de devenir le lieu phare dans la tri-région de la création artistique , artisanale et du High teck , impliquer les jeunes , les écoles , les théâtres ,mettre en place des évènements interactifs , organiser des ateliers pour les familles te les enfants ,( un peu comme Tinguely à Bâle ), provoquer des rencontres entre les artisans et le public …

Misha et ses étudiants se déplacent régulièrement à l’étranger pour apprendre des techniques d’utilisation de matériaux , par exemple le travail de transformation du bambou en Inde- les locataires de Motoco ont appris ainsi à monter des murs en bambou- ; en retour les étudiants indiens seront invités à partager le savoir des étudiants d’Hyperwerk , c’est pourquoi , l’un des projets sera d’installer un hôtel dans l’un des bâtiments de la friche.En ce moment , certains étudiants de Misha sont au Mozmbique.

Pour Misha , MOTOCO doit être un mouvement international pour transformer notre connaissance dans le design.

Entretien avec Barbara Zegarac  , responsable de la communication de Motoco

VB : bonjour Barbara , Misha Schaub considère que Motoco doit être un laboratoire societal post-industriel ; c’est le cas ?

BZ : oui , un laboratoire unique en son genre , il n’en existe pas encore en France car nous y accueillons des artistes et artisans toutes spécialités confonddues . des peintres , des photographes , des sculpteurs , des graphistes , des musiciens …dont le seul point commun est le pouvoir créatif .Nous cherchons à favoriser le foisonnent d’idées.

VB : et peut-être le besoin de trouver un lieu ou travailler ?

BZ : oui , en effet , la crise a été un moteur pour le développement de Motoco car , il devient très compliqué de trouver des endroits bon marché pour tout le monde ; chez nous , le m2 ne coute que 1,5€; la plus petite surface louée est de 26m2 , la plus grande 600m2 que nous avons louée aux suisses Fakt qui créent des pilotes TV genre Taratata ,un espace de 300m2 vient aussi de se libérer pour 4 photographes et 2 plasticiens .

VB : du coup , le succès de Motoco a du être immédiat ?

BZ : oui , fulgurant même , en 3 jours , le carnet de réservations était plein . En aout 2013 , 49 clés ouvrant le 75 ont été remises à la communauté d’ artistes de Motoco ; en février 2014, nous avions deja 180 demandes en souffrance ! Comme nous voulons attirer les fabricants de High teck de France Suisse et Allemagne , nous avons un problème , il faudrait ouvrir d’autres bâtiments .

VB : sur une surface totale de 32000 m2 , vous n’avez que l’embarras du choix ¨

BZ : ce n’est pas aussi simple ; pour le 75 , nous avons du refaire toute la plomberie , ce sont les locataires qui nous ont aidé , la débrouille et la solidarité ont marché à fond , cela ne nous a couté que 2800€ ! Mais pour l’électricité , c’est une autre paire de manches , pour l’instant , nous n’avons pas de solution , d’autant que les plans des installations électriques originels ont disparu .Alors , pour les autres bâtiments , il faut encore attendre.

VB : quelle est la répartition des nationalités à Motoco?

BZ : en ce moment , 60% de français , le reste se répartit entre suisses et allemands.

VB: pour l’heure , dans le bâtiment , il y a peu de monde ; quel est le taux de remplissage habituel ?

BZ : il y a en permanence 10 entités ( espaces )occupées par une cinquantaine d’artistes , le soir , facilement le double, le WE encore davantage , notamment chaque 1er dimanche du mois de 11h à 20h ou nous organisons des portes ouvertes avec de nombreuses activités proposées aux familles et la possibilité pour les artistes de présenter – et de vendre – leur travail au public.

VB : quelles sont les leitmotiv ou les contraintes de Motoco ?

BZ : nous avons 2 orientations : l’utilisation des locaux par les artistes . Puis , l’intégration sociale , l’implication des écoles et des entreprises, Motoco doit être un élément à part entière de la vie économique et sociale mulhousienne. Par ailleurs , nous nous concentrons sur 5 axes d’activité : un pôle éducation , les médias , le désign , l’écologie et enfin les nouvelles technologies .

VB : on l’a compris , Motoco est un ensemble de vases communicants entre créateurs de tous horizons , une véritable cité d’artistes ; quelques mots à propos des heureux élus actuels ?

Anne-Marie Biehl©VBAnne-Marie Ambiehl©VB

BZ : comme vous le dites , c’est très varié . nous avons un luthier , un prof d’arts deco de Paris , des artistes plasticiens comme Anne-Marie Ambiehl, des graphistes comme Frederc Bellier, des musiciens…Nous développons également des collaborations avec par exemple le Lycée Bugatti d’Illzach , avec l’école d’offenburg, Monica Guillouet -Gelys , directrice de la Filature de Mulhouse a imaginé pouvoir utiliser l’un des locaux pour y donner des spectacles vivants , pourquoi pas ceux de Markthaller ;

VB : comment sont réparties les activités dans le bâtiment 75 ?

BZ : Au rez-de-chaussée on trouve la partie collective et conviviale avec un bar et de la petite restauration ainsi que tout le matériel et outillage commun alors que les 1er et 2ème étage sont voués aux ateliers et show room.

VB : vous avez des projets dans les prochains mois ?

BZ : oui , nous allons mettre en place dans le cadre de l’Open Campus un Magasin Trans Bazar ou l’on pourra tout trouver : nous préparons aussi pour juin 2014 ( du 22 au 24 ) un festival “ Zône libre “ durant lequel nous proposerons des projections de cinéma , de la musique , de la danse , des expositions , des ballades à cheval en famille … plein de bonnes surprises à découvrir.

VB : Motoco , c’est la science urbaine de demain , comme l’a déclaré Jean Rottner , maire de Mulhouse ? un incubateur de compétences artistiques , artisanales , techniques, technologiques sur un site unique ?

BZ :Le futur de « motoco », européen et multilingue est basé sur le mélange des Arts et du design et son ambition est de faire de Mulhouse le centre de l’économie créative des trois régions

Frederic Bellier©VBFrederic Bellier Facilitateur graphique ©VB

grâce aux nombreux soutiens institutionnels; toutefois ,nous sommes réticents sur la recherche de mécénat auprès des instances européennes car cela augmenterait les contraintes techniques liées au site.Motoco doit être le garant d’un projet de réussite transfrontalière permettant d’introduire une dynamique engagée innovante.

VB : merci Barbara et l’on vous souhaite beaucoup de monde pour les prochaines portes ouvertes le dimanche 4 mai 2014 de 11h à 20h.

Entrevue menée de concert avec Anne Grussner-Weiss-Société Adequate.com

Infos pratiques :

Afin de mettre en avant le travail de la cinquantaine de résidents du bâtiment 75 de DMC (artistes, programmateurs et autres artisans), Motoco ouvre ses portes tous les premiers dimanches du mois de 11h à 20h. Certains artistes ouvrent leurs ateliers et d’autres font des propositions dans le grand volume collaboratif du rez-de-chaussée où le bar est ouvert au public avec ses produits locaux et bios.

Association Motoco

13 rue de Pfastatt

68200 Mulhouse

info @ motoco.me


MOTOCO

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Le mag Mulhouse

Open Parc Mulhouse

 

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