Jacques Weber était à la Coupole

mercredi 6 décembre 2017 par baleenfrancais

Jacques Weber Théâtre La Coupole Photo VBJacques Weber Théâtre La Coupole©VB

Jacques Weber jouait la dernière bande de Beckett pour la dernière fois à la Coupole

Il arrive ahanant sur scène , grotesque et pathétique , méconnaissable ( une heure de maquillage pour ce résultat ) . Jacques Weber a revêtu les oripeaux du vieux Krapp , exactement ceux décrits par Samuel Beckett ,  le temps d’une dernière valse , celle de ses boites à bobines que le vieillard clownesque enverra bouler au sol d’un balayage rageur . Le cacochyme semble vivre ses derniers instants tant le moindre geste lui demande un effort de titan. Dans ce contexte , après avoir farfouillé dans ses chères boites à bobines et retrouvé dans les poches de son pantalon miteux les clés du tiroir à bananes , Krapp enclenche en tremblant la bande de ses souvenirs d’il y a trente ans , quand c’était le temps où il avait de l’amour et du discours , le temps où il était heureux . Alternativement  pleurnichard et cynique , il se moque cruellement du crétin qu’il a été – …difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point là–  : Krapp est méchant !

Jacques Weber Théâtre La Coupole Photo VBJacques Weber Théâtre La Coupole©VB

Krapp n’est pas juste vieux , il est répugnant , déglingué façon clochard alcoolisé,  du coup , il ne suscite que peu de compassion , occupé qu’il est à entretenir sa rancoeur et son désespoir pré-mortem à coup de retour sur bande masochiste , 40 ans d’enregistrement d’une vie pour aboutir à cette solitude crépusculaire furieuse . Parfois , le vieux retrouve l’enfant qu’il était , il devient facétieux , balance la peau de la  banane sue laquelle il a enfin mis la main dans le public en le prenant à témoin comme un vieux complice , d’autres fois , il répète à l’envi un mot  , comme on le faisait quand on était môme . Comme il veut nous faire rire , il devient touchant et finalement on aime bien ce pauvre vieux qui cherche la signification  de ses propres mots en tremblant dans un grimoire sans âge : viduité , chrysalide . Krapp est triste , il a tout laissé passer , surtout l’Amour , se souvenir est la punition qu’il s’inflige .

Krapp reprend le micro pour fixer une dernière fois ses états d’âme et les souvenirs de l’année écoulée. Tombé de rideau.

Samuel Beckett et la Dernière Bande

Jacques Weber Théâtre La Coupole Photo VBJacques Weber Théâtre La Coupole©VB

La Dernière Bande est un texte de théâtre de Samuel Beckett. La pièce a été représentée pour la première fois en France, devant le grand public, le 22 mars 1960 au Théâtre Récamier, dans une mise en scène de Roger Blin avec René-Jacques Chauffard.

L’auteur avait initialement l’intention d’écrire pour la radio anglaise, mais il a rapidement décidé de destiner à la représentation ce texte très court (quelques pages dont le titre anglais est Krapp’s Last Tape) qui a été monté en complément de Fin de partie et joué en anglais en 1958.

Samuel Beckett l’a traduit lui-même en français – avec l’aide de Pierre Leyris – en 1959 et la pièce (9 pages), en pré-édition originale, a été publié par Les Lettres Nouvelles/Julliard le 4 mars 1959. Elle a été jouée pour la première fois (deux représentations) en 1959, sous la direction de Jean-Pierre Laruy , metteur en scène1, interprétée par Jacques Bouzerand au Théâtre de la Contrescarpe, rue Mouffetard, en présence de Suzanne Beckett, l’épouse de l’écrivain, de Jérôme Lindon, son éditeur des Éditions de Minuit et de Jean Martin un des interprètes favoris du Prix Nobel irlandais. L’œuvre est, depuis, souvent mise en scène, parfois associée à d’autres pièces brèves de l’auteur.

Beckett l’a mise en scène en 1970 au Théâtre Récamier, reprise en 1975 au Théâtre d’Orsay.

Samuel Beckett Espace Français

Peter Stein metteur en scène

Peter Stein avait monté cette pièce avec Klaus Maria Brandauer dans le rôle unique de Krapp, à Neuhardenberg (Allemagne), en 2013, entouré de ses collaborateurs habituels. Pour cette version française avec Jacques Weber, iI en reprend le décor (Ferdinand Wögerbauer), le costume (Anna Maria Heinreich) et la dramaturgie, Cécile Kretschmar a conçu la perruque sur le modèle de la création de 2013. Weber est à l’exact opposé de l’acteur volontiers séducteur que nous connaissons. Il joue ici un vieil homme à bout de course qui grogne plus qu’il ne parle .Dirigé par Stein et Beckett, Weber campe un Gulliver mozartien qui se déplace à grand-peine qu’on pourrait prendre en pitié s’il ne faisait pas preuve de tant de hargne .

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THEATRE LA COUPOLE

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