Lambert Wilson était à la Fondation Beyeler

lundi 10 avril 2017 par baleenfrancais

Lambert Wilson Fondation Beyeler© Mathias Willi

La correspondance intime de Claude Monet lue par Lambert Wilson à la Fondation Beyeler

Fondation Beyeler, Monet et ses lettres – une soirée avec Lambert Wilson.© Mathias Willi

Autant le dire , un peu benoitement certes , je n’ai pu m’empêcher de ressentir un petit pincement d’orgueil patriotique à l’écoute d’Ulf Küster , commissaire de l’exposition Monet  » Lumière , Ombre et Reflexion « , présenter Lambert Wilson comme l’un des plus grands acteurs français que nous avions l’insigne honneur d’accueillir en cette merveilleuse Fondation Beyeler.

Oui , Lambert Wilson est grand ( 1, 90 m )! Il est d’ailleurs capable des plus grands grands écarts , ainsi avons-nous pu l’admirer récemment en parfaitement crédible Commandant Cousteau dans l’Odyssée ( sortie en octobre 2016 tout de même !)  et dans la Vache ( sortie en février  2016 tout de même ! ) au Kultkino à Bâle . Inclus dans la longue liste  éclectique de ses rôles au cinéma : l’Abbé Pierre pour Hiver 54  , le Mérovingien de Matrix  ou le Comte Arthus de Poulignac de Jet Set . Mais on peut encore citer pêle-mêle son rôle en chanteur interprète de Céline Dion dans le Marsupilami ou Christian dans Des Hommes et des dieux. Pour 2017 , 4 films sont déja en boite dont Telle mère , telle fille, dans lequel ses attributs masculins sont forts valorisés . C’était pour le cinéma ! Par égard pour les lecteurs de cette page , je ne donnerai pas de détail sur son implication au théâtre  aussi bien en qualité de metteur en scène que de comédien ( Ruy Blas , Bérénice, Othello, les Caprices de Mariane…) ou à la télévision.

Last but not least  : le stakhanoviste Lambert Wilson chante ( Yves Montand tournée 2017 achevée ) et a coutume de lire des poésies et grands textes de la litterature comme Musset ou Proust . Rien d’étonnant donc à retrouver cet intellectuel aux multiples talents à la lecture des lettres de Monet à Alice Hoschedé,  seconde épouse du peintre , à Paul Durand-Ruel, son marchand d’art pour finir avec la dernière lettre à Clemenceau , l’ami fidèle dont nous avions découvert l’autre visage dans La Colère du Tigre en 2014 ( Théâtre La Coupole saint-Louis )- celui-ci a engagé de grands travaux à l’Orangerie pour accueillir les Nymphéas. Mais Claude Monet, qui perd la vue, doute de son travail et détruit certaines de ses toiles.-

Lettres à Alice Hoschedé : de Chère Madame à Ton vieux qui t’aime

Fondation Beyeler Monet ©Terra Fundation of American Art Chicago Donation de Monsieur Ira Spanierman 1985 ©VB

Ces Chère Madame du début , ne laissent rien augurer de la persévérante passion qui anime Claude Monet et Alice Hoschedé depuis belle-lurette .

Par ailleurs, la plupart du temps , le contenu de ces lettres est très pragmatique : Monet y raconte quelle est la couleur du temps à l’endroit où il a décidé de poser son chevalet , quels tubes vont convenir pour Londres , Etretat,  Bordighera ou Belle-Île-en-Mer. Il est certain que tant de détail force l’interêt mais tue quelque peu le mystère lorsqu’on apprend que les mille et une nuances qui habitent les toiles paysagères de Monet , sont le fait d’une répétition patiente et laborieuse jusqu’à plus soif de la Cathédrale de Rouen ou du pont de Westminster à chaque heure du jour . Rien n’y est le fait du hasard ou d’une inspiration céleste , point de vue de l’esprit mais une observation méticuleuse de la lumière et de son impact colorimétrique sur les sujets. Finalement , même si le terme d’impressionnisme lui est collé , voici un travail  plutôt très expressif.

Avant cela , lorsque Lambert Wilson nous donne lecture des premiers échanges autour de 1879 de Monet  avec son médecin collectionneur,George de Bellio , le ton est à la plainte . Monet n’a pas encore acquis un succès suffisant pour le mettre à l’abri du besoin ainsi que sa famille ,et sa première épouse Camille décède d’un cancer ce qui à la fois le chagrine et le libère . Les échanges suivants avec Paul Durand-Ruel , son marchand d’art attitré jusqu’à la fin de sa carrière , ont la même teneur : des requêtes concernant le désarroi financier du peintre , peu captivantes bien que certainement justifiées.

A nouveau , les lettres adressées à Alice Hoschedé autour de 1882 ressemblent plus à des dépliants touristiques qu’à des déclarations d’amour : on y trouve moult informations climatiques tout de même ponctuées de quelque douceurs enamourées discrètes signées  » votre dévoué « . Monet commence à prendre de l’assurance , il critique beaucoup …les critiques d’art qui sont nuls , les gens,  qui n’ont aucun goût, la presse,  qui n’y comprend rien, bref , il commence à être assez content de son travail et un artiste heureux est un artiste qui ose : «  je fais des progrès , j’ose tous les tons de rose et de bleu , c’est une vraie féerie !  » écrit-il ainsi à Alice le 3 février 1884. Du coup , la signature de Claude à Alice se fait plus chaleureuse , elle qui dorévant a droit à Mille baisers ma chérie de celui qui t’aime.

Eloigné pour toujours de la misère, Monet peut entièrement se concentrer à sa vie d’artiste . Le voilà , à l’instar d’un Giono , de retour au descriptif précis du motif .Tout autour de lui le ravit : la nature , les jardins , les fleurs , les reflets dans l’eau , les falaises , le soleil couchant , le jeu des couleurs à l’italienne…Un enchantement auquel Alice ne peut prendre part que par procuration : insuffisante consolation. Parfois , Monet signe d’un affectueux  » Votre vieux Claude  » pour clore  un joli discours sur les variations de vert capturées par son pinceau pour dépeindre la mer , cette gueuse. Puis , après 1891 , l’époux d’Alice paraphera ses missives d’un Je t’embrasse comme je t’aime  Ton mari Claude Monet ou encore Ton vieux mari.

Monet Fondation Beyeler photoVBMonet Fondation Beyeler ©VB

Monet résume sa vie ainsi de la meilleure manière : « Qu’y a-t-il à dire de moi ? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d’un homme que rien au monde n’intéresse que sa peinture – et aussi son jardin et ses fleurs ? ». On pourrait ajouter qu’un tel homme , bien que n’ayant pu profiter de ses deux épouses que neuf petites années et démarré sa vie de peintre d’une façon plutôt misérable , fut un homme heureux , car qui d’autre que lui a pu s’enchanter aussi spontanément de la beauté naturelle d’un jardin ou d’un coucher de soleil , en  trouver les accords parfaits et jouer si adroitement avec les roses , les bleus , les verts , les jaunes , qu’ils rendent ces motifs inoubliables et surtout inimitables ?

Les Lettres lues par Lambert Wilson correspondent exactement à la pèriode  à laquelle est  consacrée  l’exposition : 1879 et 1926 .

 FONDATION BEYELER

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