13ème Festival du Film Français d’Helvétie de Bienne Bilan

mercredi 20 septembre 2017 par Veronique Bidinger

FFFH2017 Redouanne Harjane Photo VBFFFH2017 Redouanne Harjane ©VB

16’500 festivaliers pour la 13ème édition du  FFFH à Bienne

Festival Film Français d'HelvetieDu 13 au 17 septembre 2017 s’est tenue à Bienne la 13e édition du Festival du Film Français d’Helvétie. Portée dans sa bande-annonce par les comédiens Fiona Gordon et Dominique Abel, le FFFH a présenté en 5 jours une soixantaine de films en VO, dont 22 sous-titrés en allemand. A cette occasion , Biel/ Bienne la ville du bilinguisme ,  s’est faite l’ambassadrice du cinéma français/francophone. Par ailleurs, le FFFH a concrétisé cette année son projet d’extension en présentant  à Berne une quinzaine de films issus de la sélection biennoise.

La programmation a fait la part belle au cinéma français de la jeune génération. Durant cinq jours, 28 Grandes Premières ont été présentées aux festivaliers  dont la comédie de Jean-Pierre Améris, Je vais mieux, en Première mondiale mais aussi 120 battements par minute et jeune femme, tous deux primés à Cannes cette année, ou encore le film de l’actrice Sara Forestier passée derrière la caméra pour réaliser M, en sont des exemples représentatifs. Le Festival est heureux de se faire le relais de cette évolution en accueillant les talents Matthieu Lucci (L’Atelier), Hubert Charuel et Swann Arlaud (Petit paysan), ou encore Léonor Serraille, réalisatrice parmi les plus prometteuses de sa génération, et sa jeune femme Laetitia Dosch.

La 13e édition du FFFH a accueilli 30 invités lors des traditionnels Podiums de discussion sur la scène du cinéma REX dont la réalisatrice Carine Tardieu et son coscénariste Michel Leclerc pour le Film d’ouverture Ôtez-moi d’un doute. Le réalisateur Laurent Cantet, Palme d’Or à Cannes en 2008 avec son très remarqué entre les murs,a présenté L’Atelier en compagnie de l’acteur Matthieu Lucci. Sou Abadi a dévoilé les coulisses de son film Cherchez la femme, une comédie inspirée d’événements tragiques de sa vie. Le FFFH recevait aussi le réalisateur Rachid Hami accompagné de Kad Merad pour dévoiler La mélodie, récemment montré hors compétition à la Mostra de Venise. Léonor Serraille et sa comédienne Laetitia Dosch qui porte jeune femme avec une énergie rare,onzt aussi fait  le déplacement au Festival, ainsi que la réalisatrice Blandine Lenoir qui a dévoilé le film Aurore, mettant en scène une Agnès Jaoui très sensuelle. L’étoile montante du cinéma français Sara Forestier a présenté ensuite au public biennois le drame M dont elle joue le rôle principal féminin aux côtés de Redouanne Harjane, humoriste et pensionnaire du Jamel Comedy Club. Pour clore de la plus belle des manières les Podiums de la 13e édition, le FFFH a reçu l’équipe de Petit paysan, découvert à Cannes, encensé par la presse, et récemment primé à Angoulême. Le réalisateur Hubert Charuel et son acteur principal Swann Arlaud ont été les derniers invités du week-end à fouler la scène du cinéma REX.

Le Jury de la Section découverte a décerné le prix du meilleur court-métrage au film franco-belge Marlon de la réalisatrice française Jessica Palud.

Fiona Gordon et Dominique Abel : un cinema burlesque , poétique et  comique au service d’une fantaisie cruelle .

FFFH 2017 Fiona Gordon Dominique Abel Photo VBFFFH 2017 Fiona Gordon Dominique Abel ©VB

TOUS LES CHEMINS MÈNENT AU FFFH. Après l’amicale participation de Jean-Paul Rouve en 2014, Patrick Bruel en 2015 et Ariane Ascaride en 2016, les cinéastes et comédiens Fiona Gordon et Dominique Abel sont à l’affiche de la bande-annonce de la 13e édition du FFFH qui a été tournée en juillet à Bienne, une fantaisie cinématographique aquatique réjouissante produite par Abel&Gordon.

Fiona Gordon et Dominique Abel – petit nom : couragemonamour.net– 120 ans à eux deux et pas une ride sauf celles du sourire : Bon anniversaire amis clowns pas tristes ! Rencontrer Fiona et Dominique , c’est un peu  comme se souvenir des belles choses, un joyeux rappel à l’ordre dont j’avais fait personnellement les frais en visionnant leur 4ème film ” Paris pieds nus “ à Bâle . Le postulat est le suivant : le rire préserve de tous les maux , c’est bien connu . Ainsi , débarquer à Paris en toute ignorance , perdre ses chaussures et son barda , se presque noyer… Tout cela peut devenir hilarant , surtout si le sujet est traîté par Abel & Gordon , brillants représentants du burlesque contemporain d’Europe – leur dernière production est distribuée dans 40 pays ! –

Paris pieds nus sorti en 2016 narrait les aventures tendrement loufoques de Fiona, bibliothécaire dans le Grand Nord canadien de son état  , partie en vadrouille à la recherche de sa tante Martha, Emmanuelle Riva chaussée de charentaises perdue dans Paris . Fiona y entre en collision avec Dom – sosie parfait de Stan Laurel mâtiné d’un petit air de Harpo Marx dans la vraie vie , autant dire le capital sympathie que dégage le gars ! –  SDF parisien de son état , décidé à ne plus lâcher sa nouvelle proie d’une semelle . Comme Buster Keaton accroché aux aiguilles de son horloge géante , Fiona  arrive à Paris  arrimée à son sac à dos qu’elle finit par perdre … et retrouver chez un collègue d’Abel le clodo ; Fiona égarée recherche Martha désespérément  , finalement installée tranquillement  sur un banc aux côtés de Pierre le Grand Richard  pour un inoubliable duo dansé de pieds – petits pains ( Charlot n’est pas loin ) . ” Il y a toujours un peu de nous dans nos films “ raconte Fiona , débarquée comme son héroïne direct du Canada à la découverte d’un Paris dont elle ignore tout. Un peu d’eux et aussi un peu des lointains et illustres cousins nommés Chaplin , Tati , Keaton, Laurel et Hardy…du beau monde , peu causant à l’écran , mais à quoi bon ? Des fois , trop de narration empêche le jeu de fleurir. Couragemonamour” ( vraiment je ne m’en lasse pas !) n’ont que faire  des mots , tout doit passer par le physique , le mouvement . Les castings chez eux ne se font pas vraiment sur le mode Actor’s studio , les castés doivent  plutôt s’attendre à  devoir jouer un spaghetti , un chat ou une baleine , explique Fiona très sèrieusement.

Ces deux-là sont fous ou libres – parfois , c’est pareil –  , mais leur folie est douce et joyeuse. Dominique Abel explique que cette douceur filmique est pour eux une façon de s’opposer à la violence qui squatte l’air de notre temps , une brutalité omniprésente dont il faut s’échapper à tout prix. C’est leur manière à eux , clowns-cineastes élevés à Ecole de Jacques Lecoq ,  de résister. Il faut sourire car La vie est belle comme dirait Roberto Benigni … parfois. Aucune mélancolie : Fiona et Dominique aiment leurs personnages cabossés , maladroits ,sur lesquels ils posent le regard  bienveillant d’une mère qui regarde son enfant tomber puis se relever , tomber puis se relever , tomber puis se relever … C’est drôle et tendre à la fois . Abel & Gordon ont deux projets en cours d’élaboration , plutôt des thrillers , une affaire de gars obsédé par la sécurité , une autre autour de l’usurpation d’identité , on a hâte !

 Carine Tardieu Michel Leclerc ont fait l’ouverture du 13ème FFFH avec Otez-moi d’un doute

FFFH 2017 Carine Tardieu Photo VBFFFH 2017 Carine Tardieu©VB

Nous nous souvenons tous du délicieux film  Le nom des gens ( César du meilleur scénario en 2010) sur une idée originale de Michel Leclerc , trublion échappé de la bande à Canal , deuxième film politico-métissé très inspiré de son histoire d’amour avec sa compagne et ­co­scénariste Baya Kasmi, dans lequel brille déja la jeune Sara Forestier en gamine qui pousse à fond le prosélitisme jusqu’à coucher avec des mecs de droite pour les désorienter à gauche et en oublie de complèter ses Doc Martens roses par un quelconque vêtement ( César meilleure actrice en 2011 ) . Une reussite réjouissante suivie par Télé Gaucho en 2012 , production à nouveau autobiographique et l’occasion de découvrir l’inoubliable interprète de Gainsbourg  Années héroïques, l’excellent  Elmosnino . En 2015 , la vie privée de Monsieur Sim , adaptation de  l’ouvrage de Jonathan Coe , propose Bacri en représentant de brosses à dents bio, encore un grand moment de cinéma.

Pour Otez-moi d’un doute projeté en ouverture du 13ème FFFH de Bienne, Michel Leclerc n’est que le scénariste de Carine Tardieu , réalisatrice inspirée du délicat Du vent dans mes mollets en 2011. Autant le dire : la reussite n’est pas un concept automatiquement reproductible . Cette fois-ci , le thème du film Otez-moi d’un doute- François Damiens en démineur breton , croit retrouver son père biologique, André Wilms – , ne se singularise pas par son originalité , ce qui peut-être influe sur le ( non ) jeu des acteurs . Cecile de France qui rit qui pleure sans conviction est la fille médecin du vieux Willms qui déclame théâtralement chacune de ses répliques pour leur donner davantage de corps sans doute. Deux personnages tirent toutefois leur épingle du jeu : Didier , joué par Esteban / Michael Bensoussan, hilarant , excellent dans son rôle d’innocent concentré , diction épuisée à la Doc Gyneco (Lire l’article de Jeremie Couston Télérama). Didier est l’improbable papa du futur bébé de Juliette Alice de Lencquesaing , 26 ans , parfaite ! Alice est remarquée dès 2013 pour Galop , réalisé par son père Louis-Do de Lencquesaing et pour lequel elle est nommée aux César comme Meilleur espoir Féminin .

Ôtez-moi d’un doute Sortie 6 SEPTEMBRE 2017

   Jeune Femme  Leonor Serraille filme Laetitia Dosch en looseuse magnifique

FFFH 2017 Laetitia Dosch Leonor Serraille Photo VBFFFH 2017 Laetitia Dosch Leonor Serraille©VB

Caméra d’or au dernier Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard  ! C’est le moins qu’on pouvait offrir à Leonor Serraille pour honorer ce  bijou cinématographique , coup d’essai brillant  dans le grand bain du long-métrage . L’histoire ?  Paula/ Laetitia va mal . Comme son mec l’a foutue dehors , Paula a les nerfs . Après une castagne sanglante avec la porte dudit , Paula se barre avec le chat …puis traîne . Au début , on a peu d’empathie pour cette grande fille bruyante et agressive version féminine de Serrault dans Albert est méchant qui pique le manteau de sa voisine d’hôpital  . Après , elle devient celle dont on aimerait partager le courage , la répartie , la désinvolture. Paula trouve un boulot dans le bar à culottes d’un grand magasin ( inénarrable scène de l’audition d’embauche ) et crèche dans la chambre de bonne de la danseuse contre du baby – sitting . Bref,  Paula se débrouille . Leonor Serraille sait de quoi elle parle , débarquée elle-même à Paris pour y exercer 100 petits boulots bien éloignés de sa vocation de cineaste.

Paula est seule , peut-être à cause de son caractère bien trempé et aussi parce qu’elle est bipolaire des yeux  : être immortelle ? Paula s’en fout de l’immortalité , elle veut être une mortelle comme tout le monde / Libre ? La liberté , c’est pour les connards et les égoïstes /Paris ?  il y a trop d’argent à Paris , pas de place à l’imagination/ Stable ? La stabilité c’est l’ennui/Les parents ?  Eux et moi sur la même planète , c’était pas possible / Mais Paula fait tout de même des rencontres  parce qu’au fond , c’est une gentille : Ousmane , un humain comme elle qui passe le temps en gagnant sa vie , avec qui elle partage ses repas puis une jolie fille croisée dans le métro qui la prend pour Princesse Sarah .

La surprise du film de Leonor Serraille , c’est que rien n’est à la place qui lui est dévolue : Dans la vraie vie , les choses peuvent changer à tout moment , c’est angoissant ;  les forts et les faibles ne sont pas ceux auxquels vous pensez ; dans Jeune Femme , Paula pleure au début , à la fin c’est Joachim qui se traîne à ses pieds , Ousmane et Paula pourraient coucher ensemble , mais non finalement , Lila déteste Paula , puis l’aime,  vendre des culottes , c’est bien aussi , c’est un boulot ; il y a de la haine entre Paula et sa mère . Lorsqu’elles se retrouvent , c’est violent et silencieux , les deux femmes s’empoignent comme dans un combat de cerfs sans un mot pour finir par partager un plat de frites dans un élan réconciliateur  . Tout peut changer tant qu’on est vivant . A la fin , la liberté de Paula , sa victoire , c’est de choisir de rester seule .

Lorsqu’on demande à Leonor Serraille si elle considère avoir fait un film féministe générationnel , elle répond que ce n’est pas tout à fait cela mais qu’elle voulait tout de même montrer la confrontation d’une jeune femme avec la realité du monde d’aujourd’hui : rechercher un  travail , un logement , des amis , garder contact avec la famille…tout un faisceau équilibrant difficile à construire et surtout à préserver. Trente ans , le bel âge ?

JEUNE FEMME Sortie en Suisse Romande 1er novembre 2017

Agnès Jaoui est Aurore de Blandine Lenoir: la femme de 50 ans aurait donc de beaux jours devant elle

FFFH 2017 Blandine Lenoir Photo VBFFFH 2017 Blandine Lenoir©VB

Non , fêter 50 ans (un demi-siècle te braillent les bons copains croyant faire de toi leur fière héroïne – Si tu es vraiment mon ami , tais-toi ! NDA -)  n’annonce pas systématiquement le désastre ! En tout cas , Blandine Lenoir tente de nous le prouver même si le tableau est plutôt pathétiquement réaliste : Aurore / Agnès / Samantha est envahie par ses bouffées de chaleur – non , le soja , ça marche pas – , au début , elle a un boulot de serveuse mais hérite d’un total abruti en guise de patron qui se la joue super Djeun branché tête-à-claques ; en plus , pour accélérer le passage à la catégorie Mémé , sa fille  Marina lui annonce qu’elle est enceinte et sa cadette Lucie qu’elle file en Espagne suivre son couillon de futur  potentiel musicien . Ca fait beaucoup pour une seule femme , mais heureusement , son amie Mano est là qui veille . Pascale Arbillot  , tout pour plaire , belle , drôle , couillue , la cinquantaine flamboyante et encourageante , la bonne amie , celle qui t’aime vraiment pour…rien ou pour tout ce que tu es sans conditions .

Aurore / Agnès est clairement au centre du film , mais l’exploit de Blandine Lenoir est d’avoir donné égalitairement la vedette aux rôles secondaires dont la présence à l’écran donne juste tout son sens au mot comédie : Seb / Nicolas Chupin , le patron du restaurant où travaille Sam finit par prendre une gifle bien méritée , Nanar / Philippe Rebot , l’ex -mari d’Aurore , trop gentil,  est presque torturé par ses filles, la conseillère Pôle Emploi/ Florence Muller bavasse non stop sans prononcer une seule phrase entière envahie par ses flushs incontrôlés , sa collègue  Laure Calamy se lance dans une diatribe de passionaria contre ces salauds de mecs à qui on va régler leur compte , le coach recherche d’emploi revenchard Samir Guesmi qui lui fait ouvrir la porte et apporter une chaise , le gyneco Marc Citti propose comme traîtement des bouffées de chaleur …la patience et , non , il n’y a rien à faire ,en enfin Mano , Pascale Arbillot , magnifique en bonne copine qui n’a peur de rien ni de personne .

Conclusion : “lorsque j’ai eu mes règles , ma mère m’a dit : maintenant , tu es une femme ! Et  je suis quoi maintenant ? ” Agnes / Aurore ; une femme encore , une femme toujours!

Aurore sortie Suisse Alémanique 21 septembre 2017 

M de Sara Forestier avec Redouanne Harjane Duo d’acteurs extraordinaire

Parler , écrire , lire , à quoi bon ? L’amour sauve de tout

FFFH Bienne 2017 Sara Forestier PhotoVBFFFH Bienne 2017 Sara Forestier©VB

M c’est Mo , Redouanne Harjane , un beau mec pas très joyasse , sombre extèrieur -intèrieur , qu’on reconnaît , bien qu’il ne porte pas son cher chapeau .“Le

FFFH 2017 Bienne Redouanne Harjane PhotoVBFFFH 2017 Bienne Redouanne Harjane.©VB

boomerang c’est comme le frisbee , mais pour ceux qui ont pas d’amis” , c’est de lui . Redouanne du Jamel Comedy Club change son fusil d’épaule ou laisse tomber provisoirement sa guitare pour endosser un rôle à la Tchao Pantin qu’on est pas près d’oublier. Sara a casté 600 garçons avant que l’évidence ne tombe sur Redouanne Harjane , délesté pour M de 20 kilos raconte Sara. L’histoire :  Mo claque la portière d’une grosse bagnole noire style K2000 . Comme le gars sans sourire cherche son chemin , il se pose en cador devant Lila la bègue planquée sous son col roulé . Ces deux-là n’ont pas l’air d’avoir grand chose à se dire , mais il faut se garder des préjugés , les gens aux destins cassés se reconnaissent parfois .

L’amour prendra son temps pour les sauver de leur misère secrète : un désamour familial de part et d’autre , une souffrance insupportable pour Mo dont la prestation déchirante en forme d’aveu de faiblesse de la part de ce cow-boy des temps modernes qui ne s’aime pas parce qu’on ne l’aime pas , laisse littéralement à terre . Un isolement subi de victime assumée pour Lila , petite chose fragile à l’abandon affublée d’un père résigné semblant sortir d’une grotte après un séjour d’un ou deux siècles- Jean-Pierre Leaud terriblement désespéré – et d’une petite soeur réfugiée dans une forme d’arrogance , un défi impertinent propre à l’enfance.

Sara Forestier avait choisi Adèle Exarchopoulos pour interpréter Lila mais la mise en place du film a duré trop longtemps  et elle a du se décider à interpréter elle-même ce rôle , Sara précise que le film est en gestation depuis 8 ans ! Cette histoire n’est pas totalement une fiction : ce garçon  qui ne sait pas lire et le cache à une jeune fille bègue dont il tombe amoureux, a croisé son chemin . alors qu’elle avait 16 ans- un garçon , très beau qui s’appelait Mohamed et ne savait effectivement pas lire. Je ne l’ai su qu’après, à la fin.

M de SARA FORESTIER sortira le 29 novembre 2017

Le petit paysan Hubert Charuel Swann Arlaud

Nous ne regarderons plus jamais les vaches paître dans les prés de la même façon

FFFH 2017 Swann Arlaud Photo VBFFFH 2017 Swann Arlaud ©VB

Voici le premier film d’Hubert Charuel , mais , ne nous y fions pas , ce jeune réalisateur connaît son sujet sur le bout des doigts : le monde paysan ,

FFFH2017 Hubert Charuel. Photo VBFFFH2017 Hubert Charuel.©VB

l’élevage bovin  , il sait , c’est toute sa jeunesse passée dans la ferme de ses parents , Droyes en haute-Marne, dans laquelle a eu lieu  une grande partie du tournage . Pour ce long-métrage rural Hubert Charruel a raflé trois prix, amplement mérités dont celui du meilleur film,  Festival d’Angoulême en août dernier et a été présenté  lors de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes .

Pierre /l’excellent Swann Arlaud est un jeune éleveur sentimental et passionné . Il aime ses vaches qu’il appelle par leur petit nom : Verdure, Griotte … elles prennent le ptit dej avec lui , son veau prend le bain et dort sur le canapé ; autant dire que Pierre a une relation sentimentale avec ses protégées. Tout va pour le mieux – à condition d’accepter de travailler 7 jours sur 7qu’il pleuve ou qu’il vente- – jusqu’à l’apparition de symptômes signant une maladie contagieuse allusive à la Vache Folle , calamité des temps modernes qui a décimé des troupeaux entiers dans les années 90 – 200 000 têtes  -. Pierre n’accepte pas l’idée d’un possible abattage de son cheptel en vertu du principe de précaution , même conseillé par sa soeur vétérinaire / Sara Giraudeau et commet une succession d’actes délictueux en guise de tentatives ultimes pour sauver son troupeau, mais qui n’y  changeront rien .

Swann Arlaud est au centre du film , le désespoir , la solitude puis la folie qui gagne , c’est lui , ce n’est pas un tableau du paysan français moyen  mais c’est sa brillante et poignante prestation qui donne l’occasion au spectateur de se faire une idée du risque de désocialisation que l’éleveur encourt à attacher sa vie entière à celle de ses vaches , du petit matin à la nuit tombée chaque jour invariablement réveillé par une sonnerie stridente façon alarme incendie.

Le film de Hubert Charuel est une chronique du quotidien paysan proche du tableau sociétal et aussi une façon de rendre hommage au travail de sa famille , de se déculpabiliser peut-être de n’avoir pas repris la ferme familiale. Le mélange fiction / documentaire est une totale reussite et porte à refléchir sur ce que nous devrions avoir appris des catastrophes sanitaires subies par le monde paysan . Nous pourrions cesser de consommer du lait de vache mais l’éleveur ne pourrait cesser de respirer faute de subsides.

Voir la liste complète des films présentés lors de la 13ème édition du FFFH de Bienne

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