La Société d’Etudes Françaises de Bâle fête son centenaire

Hélène Carrère d'Encausse Robert Kopp 100 ans de la SEF©VB

1918-2018 : un siècle pour la Société d’Etudes Françaises de Bâle

Robert Kopp président de la Société d’Etudes Françaises de Bâle : la création de la SEF fut un acte de résistance 

Robert Kopp SEF 100 ans ©VB
Robert Kopp SEF 100 ans ©VB

La guerre aurait du bon ! Non , naturellement ! Cependant , c’est bien l’issue incertaine du premier conflit mondial qui incite quelques bâlois à créér la première Société d’Etudes Françaises , exactement au lendemain de l’offensive de Ludendorff – mars 1918 – contre les alliés , ultime charge vouée à l’échec puisqu’elle signait la prochaine capitulation des allemands  ; toutefois , avant d’en arriver là , le doute s’installe quant à la pérennité de la langue française en Suisse , en particulier côté alémanique . De valeureux bâlois décident alors de fonder une alliance destinée , dans un premier temps,  à préserver l’indépendance intellectuelle de la Suisse contre une trop forte imprégnation de la science et des universités allemandes ; dans un second élan , à mieux comprendre la civilisation française  et celle de la Belgique en développant ce foyer de pensée libre . La société ainsi créée se donna dès le début pour tâche de faciliter au public bâlois le maintien du contact ou l’entrée en relations plus intimes avec la proche Alsace en appelant comme conférenciers des écrivains , des savants et des hommes politiques choisis parmi les plus remarquables de la Suisse romande et de la France . Dès le début , le comité directeur de la  Société d’études françaises (SEF)  est uniquement composé de membres suisses qui convient pour des conférences d’éminents intellectuels dans les domaines de la litterature ,  de l’art ou des sciences , donnant ainsi l’occasion au public bâlois de participer au resserrement des liens entre la Suisse , la France et la Belgique en restant une organisation absolument indépendante de l’étranger.  Faire rayonner la culture et la littérature française en Suisse et en particulier à Bâle , voici la fonction que la Société d’Etudes Françaises s’efforce de remplir depuis un siècle.

Rencontre avec Robert Kopp : qu’en est-il de la présence du français à Bâle ?

 Robert Kopp n’est pas seulement président de la Société d’Etudes Françaises de Bâle depuis 1986  , il est un homme de lettres pluridisciplinaire dont il n’est pas si facile de faire la liste complète des activités. En voici tout de même un  extrait : il est professeur de littérature française à l’université de Bâle et enseigne également à la Sorbonne . Il est spécialiste de la littérature des  XIXème et XXème siècles , il a été responsable éditorial de la collection “Bouquins” (Robert Laffont) de 1989 à 2006, il collabore régulièrement à la Revue des Deux Mondes (membre du comité de rédaction), à L’Histoire, au Magazine littéraire, à Les Lettres et les Arts ainsi qu’à la revue suisse d’art et de culture Artpassions.

Comme Robert Kopp était à Paris o’u il vit donc la plus grande partie de l’année , j’ai trouvé là une belle occasion de partager une conversation informelle à propos de son point de vue d’expert sur l’avenir du français en sa terre natale , la Suisse . Notre échange , attablés dans une brasserie de Saint-Germain , démarre aussitôt sur l’idée du déclin  général du français rn Suisse . L’universitaire qu’il est a constaté notamment que le français a été supprimé du programme de dernière année préparant à la Maturité- notre Bacalaureat – , ce qu’il trouve scandaleux et très paradoxal tenant compte des relations étroites entre la ville de Bâle , l’Alsace et la Suisse romande . En 30 ans , le nombre d’heures de français enseignées a chuté de 50% , parrallèlement , à Saint-Louis , le nombre d’heures d’allemand a chuté de la même façon ; nous sommes dans un système de spirale car il n’ya plus de cadre français et peu de public francophone du coup . On aboutit à un faisceau concordant disqualifiant l’interêt pour la langue française aggravé encore par la suprématie accordée à l’anglais. L’Alliance Française a abandonné les cours de Français , tandis que le théâtre de Bâle propose à peine 4 pièces en français , ce qui n’est pas étranger au fait que les dirigeants actuels sont  germanophones alors que Georges Delnon , précédent directeur du théâtre de Bâle , était bilingue et plus  interessé de fait à la culture française .

Nous sommes au service d’une cause qui nous dépasse , mais , transmettre , voilà notre mission .” Robert Kopp

Pourtant , la ville de Bâle a longtemps été très francophile , rappelle Robert Kopp . ” Il faut se souvenir que nous trouvions autrefois jusqu’à 3 librairies françaises à Bâle dont Payot , il n’y en a plus une seule , la majoration du prix des livres de 30% par rapport aux tarifs français n’étant surement pas étrangère au problème.” L’organisation d’une vingtaine de conférences par an par la Société d’Etudes Françaises , est une forme d’acte de résistance dédié à la préservation de la culture française en maintenant  la curiosité intellectuelle des francophiles locaux à un haut niveau . Robert Kopp précise que la société rassemble environ 400 membres dont un tiers participe régulièrement aux conférences  animées par des personnalités intellectuelles -littérature , cinema , poésie , théâtre-  invitées en regard de leur actualité . L’idée maîtresse du président de la Société d’Etudes Françaises de Bâle est d’éviter le nivellement par le bas , bien au contraire d’être attaché à une forme d’élitisme pour tous , reprenant ainsi un défi lancé par Jean-Pierre Chevènement.

Madame Hélène Carrère d’Encausse  : 1918-2018 : Un siècle de culture francophone à Bâle

Madame Hélène Carrère d'Encausse Bâle SEF 100 ans ©VB
Madame Hélène Carrère d’Encausse Bâle SEF 100 ans ©VB

À l’occasion de la fête du centenaire, Robert Kopp a reçu  une nouvelle fois Mme Hélène Carrère d’Encausse de l’Académie Française historienne, professeur à la Sorbonne et à l’Institut d’Études politiques . En qualité de Secrétaire perpétuel de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse a en charge la langue française, son maintien et son rayonnement, ainsi qu’elle l’a expliqué dans Des siècles d’immortalité, l’Académie française, 1635 – … (Fayard, 2011). Comme le but de la SEF, créée en avril 1918, avant même la fin de la guerre, « est également de faire mieux connaître et mieux comprendre chez nous la civilisation française » (selon les mots du président d’alors, Alfred Silbernagel), la participation de Mme Carrère d’Encausse est un grand honneur pour la Société d’Etudes Françaises.

Lors de la conférence du 9 avril , Hélène Carrere d’Encausse a présenté à l’auditoire un panorama chronologique du rayonnement de la langue française au cours des siècles en rappelant d’abord la volonté de François 1er de rassembler les différents dialectes de France en un langage commun , le Français , qui deviendrait la langue des magistrats. C’est Richelieu qui décide de fonder l’Académie Française en 1635 , institution composée de 40 membres – encore aujourd’hui-  dédiée à la pérennité de notre langue . La langue française est alors si appréciée à la cour de Russie que l’impératrice Catherine II  commande à Descartes un devis pour une copie de l’Académie Française, ce qui n’aboutira pas.  Le siècle suivant voit l’essor des salons où l’on pratiquait l’art de la conversation particulièrement valorisé par les femmes comme Marguerite de Navarre ou la marquise de Rambouillet . Fin XVIIIème , c’est le triomphe des philosophes et de la pensée encyclopédique ( Voltaire , d’Alembert , Diderot ) . Désormais , en plus de représenter la convivialité , la sociabilté , la  langue française doit porter une idée ( Madame du Deffand).C’est la Révolution qui sert de justification à la manipulation de la langue pour celler un projet politique. L’expansion coloniale essaime le français dans le monde.

Aujourd’hui , la menace de l’anglais est incontestable mais nous n’y pouvons rien . L’évolution des technologies , les styles de communication mais aussi l’indifférence à la langue sont les causes de l’érosion de celle-ci. Aujourd’hui , on se préoccupe de choses qui n’ont pas une réelle importance . Par exemple , faut-il vraiment  féminiser le masculin pour être politiquement correct – Madame l’ambassadeur n’existerait plus au profit de madame l’ambassadrice ; et que devient l’épouse de Monsieur l’ambassadeur ? Rien ! – Faut-il continuer à ne pas appeler les choses par leur nom pour les rendre plus douces – les aveugles sont mal-voyants , les nains sont des personnes de petite taille, les voyous sont des sauvageons, les voleurs , des personnes en difficulté … – ?. “Le politiquement correct est une convention au service des dirigeants ; cette langue française -là est totalement aseptisée. ” Alors que la langue française est faite pour communiquer , cette brume qui masque les mots , ne fait que brouiller les chemins de la compréhension . Cette manipulation politique de la langue est faite pour anesthesier la conscience populaire , le meilleur funeste exemple est la propagande nazie mais relisons 1984 de George Orwell conseille Madame l’académicienne.

Notre consolation : la francophonie

Une figure majeure de la francophonie est bien sur , Léopold Sédar Senghor, à la fois poète de la négritude et chantre de la francophonie . Académicien lui-même , Leopold Sedar Senghor a contribué à faire de l’Académie Française le miroir de la francophonie. Toutefois Hélène Carrère d’Encausse doute du bien fondé de considérer comme français tout langage dialectique qui ne ferait que s’en rapprocher ( on reviendrait ainsi à la situation d’avant François 1er ou les langages en France étaient multiples faisant obstacle à une communication compréhensible par tous ) .

Le défi lancé par l’accademicienne : inventer un nouveau nom pour Francophonie car la langue française ne doit en aucun cas devenir une creolité.

  Robert Kopp :

Distinctions : Académie française: Grand prix du rayonnement de la langue et de la littérature française (1988); élu, en 2001, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques ; docteur honoris causa de l’université de Haute-Alsace (2007); Légion d’honneur : chevalier en 1996, officier en 2004; commandeur 2016; chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres (2009). Un volume d’hommage, Désirs et plaisirs du livre, lui a été consacré par ses collègues, amis et élèves (Honoré Champion, 2004)

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