Ballet de Bâle : The Fairy Queen Chorégraphie Richard Wherlock

Théâtre Bâle Photo VB

The Fairy Queen : « Quand Henry rencontre Bill   » pour 13 représentations au Ballet de Bâle Chorégraphie Richard Wherlock

L’ordre et le désordre des choses : de William Shakespeare à Richard Wherlock sur un air d’Henry Purcell sous la baguette d’Andrea Marcon

Oui , Le grand Bill n’a pas toujours été occupé à  se prendre la tête , il a aussi brillé dans la comédie romantique, qu’on se le dise!  . Ainsi , son ” Songe d’une nuit d’été ” , à la source de la partition de Purcell , The Fairy Queen” , est-il une fantaisie à dominante burlesque peuplée d’êtres fantastiques et facétieux, ou il n’est question que d’amour arrangé ou plutôt dérangé , pain béni pour Richard Wherlock , brillant orchestrateur du ballet de Bâle.

Donc , au début , chez Shakespeare , on trouve , non pas : le mari , l’amant , la femme , mais – tout aussi moderne bien que plus compliqué  –  des personnages évoluant dans deux mondes parallèles aux frontières rendues poreuses par un lutin jeteur de sorts ( Puck ) : d’un côté ceux de la vie en vrai ( si l’on peut dire  car nous sommes au théâtre , ne l’oublions pas ) : c’est-à-dire Thésée , Duc d’Athènes et sa fiancée Hippolyte, deux couples de jeunes amants désassortis Lysandre / Hermia  et Héléna / Démétrius ,  une suite de courtisans  et une troupe de comédiens amateurs  risiblement incompétents décidés à monter une pièce de théâtre pour fêter le mariage de leur duc , une interprétation du mythe des malheureux amants Pyrame et Thisbé ( aïeux de Roméo et Juliette peut-être bien ) ; de l’autre côté ,ceux du monde des esprits  , le roi des fées et sa moitié , Oberon et Titania, un enfant que veut à toute force adopter la reine , interdite de procréation du fait de son immortalité , et puis toute une bande de fées virevoltantes.

Ensuite , Henry Purcell , également affublé du titre de ” Mozart de l’Angleterre”ayant commencé à composer dès l’âge de 9 ans, qui commet  en 1692 le semi -opéra The Fairy Queen, transposition du Songe d’une nuit d’été sur fond de musique baroque  ou nous sommes conviés à démêler les  trois intrigues amoureuses  d’origine : celle qui oppose la Reine des fées Titania et son époux Obéron, celle qui implique deux couples de jeunes amants athéniens (Lysandre, Héléna, Démétrius et Hermia) et un exercice comique de “théâtre sur le théâtre” ayant pour objet la tragédie de Pyrame et Thisbé.

La pièce est partagée en 5 actes. Le texte est chanté par de nombreux solistes et un chœur SATB (soprano, alto, ténor, basse), qui répète le plus souvent le thème principal de l’air. L’orchestre est composé de deux flûtes, deux hautbois, deux trompettes, des timbales, des cordes et un clavecin.

Comme nous ne nous contentons pas de nous projeter du monde réel au monde de l’imaginaire , sautons  allègrement les siècles pour retrouver Richard Wherlock , gentilhomme  maître de danse aux prises avec ses démons ( à la scène ) et son complice maître de musique Andrea Marcon.

La confusion règne

A l’ouverture du rideau  , ce 19 janvier 2012 , la scène apparaît bucolique , parsemée de ci-de-là de cyprès et autres buis mobiles taillés à la Française , façon  LeNôtre au  au service de sa majesté le Roi Soleil – oui , je sais , nous sommes en Angleterre mais bon , je ne vois pas là de jardin saxon -(avis non partagé par un  journaliste qui y a plutôt reconnu une forêt de phallus géants  , chacun ses phantasmes !); les deux trônes champêtres  ou s’installent successivement Shakespeare lui-même ( Sergio Bustinduy) Henry Purcell ( Adrien Boissonnet ), l’enfant indien ( Roderick George ) , Oberon ( Jorge Garcia Perez ), sont du plus bel effet esthétique, terrain de jeu pour les espiègles créateurs , observatoire rêvé pour le roi des fées., grand manipulateur dont on cherche en vain les ficelles qui actionnent tous les personnages de cette farce.

Belle  trouvaille  que celle de Richard Wherlock , entretenant dans nos esprits perplexes la confusion créée par la cohabitation de deux mondes  habituellement bien distincts ,  d’associer Purcell et Shakespeare  sur scène évoluant en joyeux trublions  tout à fait à l’aise au milieu des fées et des courtisans ,décontraction surement facilitée par l’imprégnation alcoolisée du Grand Poete  au lipstick vermillon et le petit grain de folie dont semble être atteint le bel Henry  élégamment encravatté  bien que doté d’oreilles d’âne genre Mr Spock – en lieu et place de Bottom le tisserand ensorcelé par Oberon chez Shakespeare -; oui , les génies peuvent nous faire rire  !

A propos de la confusion des genres , Richard Wherlock déclare en guise de justification au choix d’associer la musique baroque de Purcell à une chorégraphie très moderne : ” j’aime l’idée que le théâtre baroque est une illustration du monde, un monde fait de contradictions dont on retrouve les ingrédients dans le théâtre baroque ou le jeu côtoie le sérieux -la réalité -l’illusion , le monde réel -l’au-delà, l’érotisme -le vertueux… On distingue exactement toutes ces extravagances sur la scène , le monde des esprits facétieux se déverse sur le monde des hommes qui apparaissent parfois travestis, parfois en costume Renaissance , parfois en pelisse gothique.

The Fairy Queen Andrrea Marcon Richard Wherlock (VB)

2X50 minutes pour l’interprétation d’un semi-opéra de 5 heures , rien n’est impossible donc!

Comme le précise Richard Wherlock , le ballet ramené à 2 petites heures n’intègre que la musique de Purcell , y incluant toutefois  des titres du King Arthur  comme le ” Cold song ” et la Musique funèbre de la Reine Mary;

vraiment ,dommage que L’Orchestre baroque de Bâle La Cetra  ait été enfoui dans sa fosse , car quel plaisir d’admirer  musiciens et autres ténors  emperruqués et poudrés façon Grand Siècle sous la baguette  magique d’Andrea Marcon(oui , c’est facile vu le contexte ! )  pour accompagner elfes , magiciens et fées à quelques centimètres de là.

Richard Wherlock , Andrea Marcon ,( non poudres ou perruqués )  les musiciens  et les danseurs ont reçu au moins une double ovation pour cette performance artistique pluridisciplinaire appelée semi-opéra ;

Purcell , 3 siècles pas une ride !

je m’interroge finalement sur la possibilité que la coiffure tintinesque de Richard Wherlock et Adrien Boissonnet puissent être un hommage à un autre interprète du Cold Song de Purcell  ( l’Aria originelle What power Art Thou ), Klaus Nomi peut-être ; réalisons combien la musique baroque peut être présente encore et de façon persistante dans nos mémoires ; ainsi , le fameux cold song a également été interprété par Sting mais aussi par Arielle Dombasle en donnant une version fort érotique  disons  un peu décalée; Pete Townshend des Who s’est dit lui-même influencé par Purcell pour le morceau Pinball Wizard; enfin , qui ne connaît pas l’entrée en matière  sur un arrangement de la Musique funèbre de la reine Mary du film de Stanley Kubrick, Orange Mécanique ? ; Shakespeare et son Songe d’une nuit d’été ont été maintes fois traités au cinéma et au théâtre , je me contente , parfaitement subjectivement de citer la Comédie d’une nuit d’été de Woody Allen  de 1982 et puis , de façon assez chauvine , j’en conviens , une interprétation théâtrale très originale actuelle , Le songe d’une nuit d’été , jouée à Paris en 2011  par Mélanie Doutey et Lorant Deutsch.

L’orchestre LA CETRA a été fondé à Bâle en 1999. Il a emprunté son nom à Antonio Vivaldi, dont les concerts op.9 de violon, édités en 1727 à Amsterdam, étaient intitulés «la Cetra», en français: la lyre, instrument d’Apollon et Orphée.

En peu de temps, LA CETRA s’est forgé une réputation parmi les orchestres spécialisés dans la musique baroque. La plupart de ses musiciens virtuoses sont issus de la Schola Cantorum Basiliensis, «la grande école» suisse de musique ancienne. En outre, LA CETRA travaille en étroite collaboration avec le département de recherche de la Schola Cantorum Basiliensis, assurant ainsi une approche créative musicale en harmonie avec les dernières recherches dans le domaine de la musicologie. Toute une série de découvertes musicales fascinantes témoigne de la pertinence de cette approche.

Le répertoire de LA CETRA s’étend du début du 17e siècle, environ à l’époque de Claudio Monterverdi, jusqu’aux grandes œuvres symphoniques du 19e siècle, en passant par les différentes formes musicales baroques. Selon les circonstances, l’orchestre a joué sous la direction de plusieurs chefs d’orchestre renommés (entre autres Jordi Savall, René Jacobs, Gustav Leonhard, Andrea Marcon) ou en collaboration directe avec des orchestres de chambre.

Le travail de recherche allié à l’étude intensive de l’interprétation historique des œuvres jouées représente le credo de l’ensemble: rendre accessible à notre époque la musique du passé par une interprétation vivante, séduisante et moderne.www.lacetra.ch.

Théâtre de Bâle

Elisabethenstr. 16

CH-4051 Basel

info@theater-basel.ch

Billettkasse

Tel. +41-(0) 61 295 11 33

Fax: +41-(0) 61 295 14 10

billettkasse@theater-basel.ch

Réservations Téléphoniques

Lundi au samedi  10.00 à 18.45

www.theaterbasel.ch

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