Jeff Koons à La Fondation Beyeler

Fondation Beyeler octobre 2017 Riehen Photo VB

Jeff Koons à La Fondation Beyeler

La Fondation Beyeler présente pour la première fois en Suisse une exposition consacrée à Jeff Koons mettant en valeur  trois groupes d’œuvres de première importance réunissant une cinquantaine de travaux:

The New,( 1980 à 1987 ) Banality  ( 1988 ) et Celebration( depuis 1994)

The New rassemble les aspirateurs d’esprit ready-made de la première période, symboles de la nouveauté et de la pureté. Banality comprend les sculptures de porcelaine et de bois réalisées selon des méthodes artisanales traditionnelles et qui sont devenues des emblèmes (post-)modernes. Enfin, la série Celebration à laquelle Koons travaille depuis bientôt vingt ans propose des sculptures d’acier étincelantes, uniques dans leur perfection matérielle, ainsi que des peintures de grand format, dans lesquelles l’artiste célèbre l’enfance d’une manière baroque. Dans ses œuvres d’art aussi spectaculaires que subtiles, Koons se penche inlassablement sur des thèmes comme l’innocence, la beauté, la sexualité et le bonheur, qui correspondent à son idée d’un art accessible à tous.

Vous ne pouvez rater la  monumentale sculpture de fleurs de Jeff Koons dans le parc de la Fondation Beyeler, Split-Rocker, mur végétal figurant un hybride entre dino et poney formé de plusieurs milliers de vraies plantes, elle établit un dialogue unique entre art et nature.

Les commissaires de cette exposition sont Sam Keller, directeur, et Theodora Vischer, Senior Curator at Large auprès de la Fondation Beyeler.

Koons, à la recherche du temps perdu ?

Bien sur , à première vue , si on se promène dans les salles de la Fondation Beyeler à la découverte des oeuvres de Jeff Koons , on a une tendance à penser très fort que cet homme là a oublié de sortir de l’enfance , et ce ne sont ni les baudruches en acier chromé multicolores – attention , aucune chance de les voir s’envoler, ça pèse son pesant d’or!-, du plus bel effet esthétique ou les Duplo reproduits qui nous en dissuaderont .

Alors , il faut chercher un peu plus loin pour accorder un minimum de sérieux au travail de l’artiste , accessoirement l’un des plus cotés au monde – en lice avec Basquiat , Damien Hirst et Murakami , grand écart n’est-ce pas ? un positionnement au moins aussi difficile à concevoir que celui si volatile des bourses du monde, terrain connu de Jeff Koons , trader 5 années à New-York avant devenir l’artiste populaire que l’on connait. –

Alors , chance ! Le grand Jeff Koons dans son immense miséricorde nous donne les sous-titres, décortiquant , suivant une habitude qu’il s’est donnée depuis les années 90 le pourquoi du comment il produit ses séries , en une sorte d’auto-psychanalyse publique dont il tire vraisemblablement satisfaction à en juger par la sérénité émanant tant de son discours que de son visage doux et aimable voire angélique à l’image de ses Winter Bears façon Boucle d’or (1988) .

Par ailleurs , en regard du peu de crédit , et en conséquence , du peu de récompenses et autre reconnaissance sous forme de médaillage plus ou moins clinquant, parfois associé à une cotation délirante sur le marché concerné , que les experts patentés accordent à toute forme d’activité artistique ou intellectuelle à résonance joyeuse , comique , optimiste et en vertu de l’adage “ les gens heureux n’ont pas d’histoire “ , on aurait pu penser que l’oeuvre de Jeff Koons parcourue de toutes sortes d’animaux bienveillants protecteurs dédiés à leur humain sur 2 pattes – Sirène blonde, Michael Jackson , policeman …- passe pour une distraction à destination de la jeunesse insouciante et n’entre jamais dans le sérail très exclusif des artistes contemporains reconnus . Que nenni ! Alors , pourquoi tant d’amour ?

Une évidence : pour devenir une personnalité reconnue , il faut …se faire connaître ! Eh oui , pour ce qui me concerne et surement quelques autres , Koons au début des années 90 , c’était surtout la Cicciolina avec qui le mariage fut pourtant de courte durée mais durant lequel la production artistique érotique autobiographique de Jeff Koons fit grand bruit et contribua à coup sur à la naissance réelle de sa notoriété , liée de toute évidence à notre amour du scandale ; depuis , Jeff Koons a croisé le destin d’une de nos hexagonales célébrités , le  désormais Goncourisé Michel Houellebecq lui ayant concocté le catalogue de l’exposition Versailles  après l’avoir couché dans les pages de ” La carte et le territoire “; Jeff Koons  est également apparu  en 2009 dans le film Harvey Milk aux côtés de Sean Penn dans la peau d’un avocat .

Encore fallait-il rebondir pour entrer dans les petits papiers des experts du monde de l’art , collectionneurs ,mécènes , galeristes , directeurs de musées , marchands , critiques d’art…et s’assurer une communication médiatique d’ampleur .

Jeff Koons roi du kitsch pour plaire au plus grand nombre

Pour ce qui est du kitsch , Pierre et Gilles peuvent aller se rhabiller , ils ont un maître : Jeff Koons . Cet admirateur de Marcel Duchamp dont il s’est fortement inspiré pour exprimer le concept de valorisation de l’objet comme oeuvre d’art , n’a pas toujours été le maître d’oeuvre distribuant ses ordres à une centaine de petites mains exécutant les idées qu’il impulse dans l’atelier de Chelsea . Il a d’abord été longtemps courtier en matières premières à Wall Street et a connu en 1980 le goût cuisant de la défaite , sa première série des aspirateurs n’ayant trouvé aucun écho auprès d’acheteurs potentiels et l’ayant même forcé à quitter New-York pour retourner habiter chez ses parents , la honte ! le galériste Daniel Weinberg de Los Angeles a sorti le jeune artiste de l’ornière et lui a permis de poursuivre sa série The New.

Mais ce sont véritablement son Inflatable Rabbit, lapin gonflable réalisé en inox en 1986, et ses Balloon Dogs qui le propulsent dans le coeur des plus grands collectionneurs et aux sommets de montagnes de dollars . François Pinault , qui lui a consacré une exposition en son Palazzo Grassi de Venise a beaucoup participé à son ascension. Il faut considérer l’art de Jeff Koons comme le point de rencontre entre plusieurs concepts : les ready- made de Marcel Duchamp , les objets du quotidien démesurés de Claes Oldenburg ( voyez accessoirement la sculpture extérieure monumentale sur le campus du Vitra Design Museum de Weil Am Rhein ) , l’appropriation de l’objet plus qu’humain d Arman , et le Pop Art d’Andy Warhol ; l’artisanat d’art et l’imagerie populaire. L’iconographie qu’il utilise est un catalogue de la culture populaire.

Jeff Koons : de la confusion des interprétations

Que l’on ne s’y trompe pas , une relecture des travaux de l’artiste est indispensable. Ainsi , Jeff Koons précise dans son explication de texte pour sa série The New :“ je ne voulais pas qu’on se mette à parler des habitudes de consommation dans la société américaine des années 1950, de femmes de ménage en train de passer l’aspirateur, alors que je cherchais à me confronter avec le readymade “ Traduction philosophique : “ Dans The New , – outre la connotation sexuelle indéniable de l’objet , affectionnée par Koons – il s’agit d’exprimer une idée opposant l’état d’être venu au monde puis jamais utilisé , métaphore assez simple de la virginité telle que l’homme la possède, mais qui doit , pour vivre , devenir actif , entrer dans le jeu. Koons ajoute en guise d’éclaircissement la référence à d’autres couples d’opposés comme l’être et le néant chez Kierkegaard. L’aspirateur en série est donc destiné à nous pousser à une méditation existentielle. C’est dit ! Koons veut dialoguer avec le spectateur , le regardeur , l’impliquer dans un échange objectif , voire philosophique car il s’agit bien de la vie humaine , du sens de l’existence humaine. Ami lecteur lis ceci :

“ Dans The New , les objets ne seront jamais employés. Etant donné qu’ils ne participent pas à la vie , ils sont mieux équipés pour la survie que les êtres qui sont en vie et qui sont sous la menace de leur condition mortelle.Les objets ont quelque chose qui les fait ressembler à une tombe “. La nôtre donc ! Jeff Koons est comme nous tous , il a peur de mourir aussi! Une bonne nouvelle en quelque sorte puisque nous nous sommes trouvé un point commun avec le célèbre readymade man , le degré de notre trésorerie risquant de n’avoir à peu près rien à voir avec la sienne!

Note : readymade : attitude qui consiste à choisir un objet manufacturé et à le designer comme oeuvre d’art . Approche initiée par Marcel Duchamp

Naissance de la série Banality : une forme de liberté nouvelle .“ Ni Dieu ni maître “ pour tous

Koons raconte comment l’accident survenu à l’exposition “ Skulptur Projekte Münster “ en 1986 , a totalement changé sa vie d’artiste : il précise “ Dans mon travail artistique , il m’a toujours importé de conserver toute perfection et imperfection , rien ne doit être manipulé “. La chute et la dégradation de son Kiepenkerl ( Type à la botte ) en acier chromé , en a décidé tout autrement : pour la première fois , Koons relifte entièrement son bonhomme , il s’autorise dès lors à ne plus jamais travailler de façon aussi rigoureuse avec un readymade, ce sentiment de liberté persiste encore à ce jour.

Du coup , la série Banality est constituée de nombreux montages auxquels , comme aux précédentes séries , on doit adapter une ligne philosophique. La réflexion cette fois-ci s’adressant aux spectateurs nous enjoint d’accepter notre propre histoire : “ peu importe à quoi vous réagissez , c’est parfait , votre histoire et votre background culturels sont parfaits” insiste Koons l’humaniste new-look , s’élevant ainsi contre cette sorte de honte que nous avons de subir une manipulation sur laquelle nous n’avons aucun contrôle ( telle que la publicité inspiratrice des séries Luxury and Degradation ) et qui s’insinue au coeur de nos pensées en s’appropriant nos goûts et envies véridiques et non une variante d’auto-mensonge liée au qu’en dira-t-on ou au sentiment enfoui de vouloir paraître plus remarquable.

Autre direction : avec Banality , Koons indique aux artistes “comment exploiter le pouvoir de l’art , manipuler , faire toutes ces merveilleuses choses qu’on peut faire dans le champ de communication. Grâce au pouvoir de l’art, on peut émouvoir les gens, éveiller leur intérêt ou leur perception.Dans Banality , il s’agit principalement de la tentative de faire savoir aux gens qu’ils sont parfaits , que leur histoire est parfaite. Quels que puissent être tes désirs , fais-le “ Un slogan qui pourrait avoir directement surgi des paniers peace and love des anarchistes hippies des années 70 , on est pas très loin du “ Ni Dieu , ni maître “ . D’ailleurs , dans le cadre d’une contribution au magazine Artforum en 87 , Koons indique au haut des double-page titrées Baptism :

“ To be forever free, in the power , glory, spiritualité . romance, liberated in the mainstream, criticality gone” , qui pourrait être traduit par “ être libre à jamais dans la force, la gloire , la spiritualité et l’imagination , libéré au milieu du courant dominant, toute critique abolie “ injonction à consonance nettement libertaire.

L’ensemble du programme iconographique de la série repose sur les notions de faute et d’innocence, Koons veut à toute force nous libérer de toute idée de culpabilité , notre regard est aussi juste et parfait que l’oeuvre sur lequel il se pose , aucune critique ne saurait venir entâcher ce constat, Koons maudit la critique, les critiques, qu’il juge toujours inopportunes et obligatoirement inexactes .

“ Il n’y a aucune justification à la critique-pour personne-car les choses sont telles qu’elles sont , un point , c’est tout” insiste Koons . Une autre manière de prôner l’humilité qu’un certain Gabin a chanté autrefois pour nous aider à ne jamais perdre de vue notre abyssale ignorance avant de parler, nous qui ne savons ni d’ou nous venons , ni ou nous allons !

L’ensemble Celebration : des tonnes d’acier inoxydable polychrome à prix d’or

Jeff Koons a débuté sa série Célébration à la suite de Made in Heaven , tentative cinématographique pour une période artistique consacrée en grande partie à sa vie privée amoureuse avec Ilona Staller dite La Cicciolina .La sulfureuse blonde lui servit de modèle , de maîtresse puis d’épouse , ils eurent un fils, Ludwig, et la belle histoire s’arrête là , le jeune Louis étant rapidement devenu l’ objet d’ interminables batailles juridiques assez éloignées de la volonté de Koons de construire des séquences dont le thème central eut été Le Jardin d’Eden. Après la volée de bois vert reçue quasiment unanimement sur Made in Heaven et ses tragiques démêlés conjugaux , la série Celebration servira d’exutoire : Koons déclare “ La série Celebration doit être plus grande que ma propre histoire , mais elle doit aussi m’aider à conserver ma foi dans l’humanité .”

Celebration succède donc à un moment difficile pour Koons et la légèreté , l’insouciance et les références aux évènements heureux de l’enfance traduisent une réalité plutôt triste ,comme la fête précédant l’enlèvement de son fils ( extrait des conversations avec l’artiste New York février 2012 ) coiffé d’un chapeau pointu représenté sur toile Party Hat par Koons dans la série. Célébration est formée de vingt sculptures monumentales en acier inoxydable soigneusement poli ainsi que seize peintures à l’huile de grand format. Dix de ces dernières seront présentées dans l’exposition. Koons traite ici du familier et de l’éphémère, il célèbre l’enfant et l’enfance, Sur le plan stylistique, Celebration fait l’effet d’une sorte de synthèse entre l’esthétique minimaliste de The New et l’opulence baroque de Banality tout en se rattachant, à travers son intérêt pour le l’enfance, à des séries d’œuvres antérieures de Koons. Les attributs d’anniversaires enfant- ins apparaissent sur les toiles Party Hat (1995–1997) et Cake (1995–1997), dans les figures en ballons Balloon Dog (Red) (1994–2000), Tulips (1995–98) et Moon (Light Pink), (1995– 2000). Des cadeaux ou des jouets constituent le motif des toiles magistrales que sont Play- Doh (1995–2007) ou Shelter (1996–98). La sculpture monumentale Hanging Heart (Gold/ Magenta) (1994–2006) d’acier chromé inoxydable poli exerce un attrait tout particulier. Dans Celebration, les motifs religieux jouent également un rôle avec Cracked Egg (Blue), (1994– 2006), évoquant Pâques. Les figures apparemment fragiles de Celebration ont l’air flexibles et dénuées de poids, alors qu’elles sont en réalité stables, solides et pèsent plusieurs tonnes.

Je dois dire qu’il y a quelque chose de réjouissant , de spectaculaire , d’accessible dans ces volumes aux couleurs si vives , une charge émotionnelle positive qui transporte ; le dialogue entre l’oeuvre et le spectateur tant recherché par Koons est bien là , même lorsque le Balloon Dog star de la la série Celebration, trônait en 2006 sur le ponton extérieur du merveilleux Palazzo Grassi de Venise par les bons soins de François Pinault ,commémorant ainsi un cinquième anniversaire dans une vision totalement décalée provoquant des sentiments éparpillés mais tout de même moins partagés que le homard suspendu dans la Galerie des Glaces de Versailles , auquel on a un peu de mal à adhérer, bien que la simplicité de l’objet contribue à rendre la grandiloquence du lieu  moins intimidante , ce dont nous pourrions être reconnaissants à l’artiste.

Dans Celebration, Koons ne se contente pas de poursuivre l’élaboration de son langage sculptural ; il franchit le pas menant à la peinture qui, pour la première fois dans son œuvre, fait son apparition à égalité avec la sculpture. Pour les toiles de cette série, l’artiste part d’arrangements d’objets qu’il a lui-même composés et qui, photographiés et retravaillés par un procédé de schématisation complexe, sont transférés avec précision, agrandis plusieurs fois, sur la toile. Le sujet central est mis en scène devant un fond brillant drapé dans lequel les différentes parties de l’objet, généralement déformées, se reflètent d’innombrables fois. Dans leur apparence esthétique, qui se rattache de façon flagrante au Pop Art, les toiles séduisent par un effet « objectif », proprement hyperréaliste.

Jeff Koons : une cote d’enfer !

NEW YORK 2007  – “Hanging Heart”, l’immense coeur en acier inoxydable de l’Américain Jeff Koons, mis en vente par Sotheby’s, a trouvé preneur pour 23,6 millions $ US , devenant ainsi l’oeuvre d’un artiste vivant la plus chère vendue lors d’un encan, détrônée par “Le Cri ” de Munch  ( plus de ce monde ceci dit ) ce 2 mai 2012 pour 120 millions de dollars , au  moins aussi impressionnant que le salaire d’un – bon – footballeur !

Donnons-nous une petite idée de la cote actuelle de l’art contemporain : Artprice a publié son classement annuel des  500 artistes contemporains qui rapportent le plus en préambule à la Fiac 2012 : alors que Basquiat reste en tête et que pas moins de 4 artistes chinois appartiennent à ce top 10 ,( Zeng Fanzhi Zhang Xiaogang Chen Yifei Yidong Wang  Zhou Chunya , Jeff Koons culmine à la 3ème place . Ce sont d’ailleurs deux de ses œuvres qui se sont vendues le plus cher en 2010/2011 : plus de 10 millions d’euros chacune.   Richard Prince, Takashi Murakami Damien Hirst complètent cette liste de Happy Few.

On dirait qu’en notre siècle , l’artiste torturé voire suicidé n’a plus vraiment la cote , exit les Nicolas de Staël , Mark Rothko , Bernard Buffet , bienvenue dans le monde enchanté des artistes performers , plasticiens , pluridisciplinaires et bons communicateurs ; en 2012 , il, est interdit de ne pas utiliser le vecteur multimédia sous peine de disparaître corps et âme sous l’avalanche des nouveaux artistes , fussent-ils en devenir. En 2012 , pour exister dans la vraie vie , l’artiste doit être présent dans le monde virtuel . La preuve ? en 2010 , Google inclut dans son top 10 des artistes les plus cotes au monde , Koons , Hirst, Calle, Hockney et consors , mais aucun chinois pour la seule raison que la Chine n’est pas connectée à Google , faute de lèse-majesté en notre siècle .

Côté acheteurs fortunés , la journaliste  JUDITH BENHAMOU-HUET ( Point .fr du 16 octobre 2008 ) écrit : “Le temps est en effet fini où le marché de l’art contemporain concernait une poignée de riches européens et américains. Aujourd’hui, les acheteurs les plus en vue sont aussi originaires d’Inde, du Moyen-Orient, de Russie, d’Ukraine, du Brésil ou de Chine.Le mythe du peintre à la Van Gogh, vivant dans l’indifférence et la pauvreté n’a plus cours. Une part non négligeable des créateurs qui affichent aujourd’hui des cotes spectaculaires sont des guerriers des cotations, avides de reconnaissance et de l’argent qui va avec. Damien Hirst, considéré comme l’un des plus riches d’entre eux, s’est offert en 2007 une toile de Francis Bacon pour 33 millions de dollars. Cent vingt personnes travailleraient au service de Jeff Koons,heureux propriétaire d’un Courbet et d’un Fragonard, et Murakami, qui organise sa propre foire d’art contemporain, possède pas moins de deux lieux de productions, histoire de bien couvrir la demande internationale, l’un à Tokyo, l’autre à New York. En dix-huit ans, l’indice des prix des artistes de moins de 50 ans a ainsi augmenté de 250 %, selon la banque de données du marché de l’art Artprice, qui nous sert de guide dans ce classement.

Comprendre : extraits d’entretiens avec Jeff Koons 21 avril 2011 Paris Art

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p style=”text-align: justify;”>Vous avez été à la fois trader et artiste. Ces deux emplois étaient-ils conciliables? 
Jeff Koons. Je vais vous raconter une anecdote. Plus jeune, je faisais du porte-à-porte pour gagner de l’argent et être indépendant, mais j’ai finalement compris que ce que j’aimais le plus c’était de rencontrer continuellement des gens nouveaux. Quand vous entrez chez un particulier, vous ne savez pas sur qui vous allez tomber. Cette formation m’a conduit à accepter les autres tels qu’ils sont, et à éviter les préjugés. Le porte-à -porte m’a conduit autant du côté du marché que de l’art. Toute relation marchande implique une interaction avec les gens. 

Mais l’art? 
Jeff Koons. Je ne pensais qu’à mon art. Quand j’ai cessé mon activité en bourse, la vente de mes œuvres était à peine capable de financer la production de nouvelles pièces. Je ne dégageais pas encore de bénéfices. Cela me permettait juste de poursuivre mon travail. Pour continuer ma vocation, j’aurais été capable de prendre n’importe quel autre job. Etre pompiste et continuer ma carrière ne m’aurait posé aucun problème. Mon expérience de trader a duré cinq ans. A un moment donné, il n’est plus possible de concilier deux activités si différentes.

Petit, j’adorais les couleurs. S’allonger dans l’herbe me permettait de voir le vert de la pelouse, le ciel me donnait des envies de bleu. J’adorais manger les biscuits de la voisine. Ce monde était sans jugements. Cet environnement protégé m’a permis de m’ouvrir aux mondes et aux autres. Depuis, je regarde les choses avec cette liberté.

Mes parents m’ont toujours soutenu dans mon activité artistique. Sans m’encourager, j’ai vu dans leurs yeux que je pouvais y arriver. J’ai toujours pensé que ma grande sœur était meilleure que moi. Elle me semblait plus intelligente, elle parlait mieux que moi.

Tous les week-ends, à partir de sept ans, j’ai suivi des cours de dessin. Je reproduisais des fleurs, des granges,… D’une certaine façon, j’ai fini par faire la seule chose que je savais bien faire. Ce n’est qu’au moment d’entrer en école d’art que je m’en suis aperçu. Je ne m’étais préparé à rien d’autre, pendant mes années de formation au lycée. C’est Manet qui a été le révélateur de mon avenir. Même aujourd’hui, il reste très important.

C’est en classe que mon professeur m’a fait comprendre ce qu’allait devenir ma vie. Il m’a expliqué que la peinture de Manet unifiait les choses. L’art pouvait englober autant la philosophie que l’émotion. Voilà, c’est Manet qui m’a tout appris.

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p style=”text-align: justify;”>Que pensez-vous de la critique? 
Jeff Koons. L’art a ce pouvoir de relier les gens les uns aux autres. L’art connecte l’humanité et permet tous les dialogues, des plus superficiels aux plus profonds. Il permet d’aborder la question de la mort. Il permet d’accepter l’autre. Grâce à cela, la peur de l’autre disparaît. Moi-même, je suis dans ce schéma que décrit le mythe de la Caverne chez Platon. Accéder à la lumière, c’est accepter l’autre. Après ce travail, le monde extérieur devient simple. Une grande liberté vous gagne une fois que cette anxiété se dissipe.

j’ai toujours voulu montrer mon travail, le présenter à un large public. Je voulais appartenir au milieu artistique pour côtoyer Warhol ou Dali. Dialoguer avec les gens est très important dans ma démarche. J’aime l’art et je tente de partager avec les spectateurs ce qu’ils m’ont donné.Je me considère comme un artiste poétique.

FONDATION BEYELER

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Catalogue JEFF KOONS» La création artistique de Jeff Koons à travers trois ensembles d’œuvres majeurs

L’incroyable originalité de ses œuvres a valu à Jeff Koons (*1955 à York, Pennsylvanie) de compter aujourd’hui parmi les artistes les plus célèbres de l’époque contemporaine. Depuis les années 1980, ses créations n’ont cessé de faire sensation.

Cette publication analyse en profondeur trois ensembles d’œuvres majeurs : The New (1980–1987), Banality (1988) et Celebration (depuis1994). Chacun de ces trois ensembles constitue une étape marquante et riche de conséquences dans la création de Jeff Koons. Les objets de type readymade de The New se transforment dans Banality en sculptures étrangement provocantes, réalisées par des méthodes artisanales traditionnelles. Quelques années plus tard, la peinture fait son apparition dans Celebration à égalité avec la sculpture. Ces trois étapes marquantes, qui font figure de manifeste, réussissent ainsi à transmettre un aperçu représentatif du travail et de la pensée de Jeff Koons.

Avec un entretien de Theodora Vischer avec Jeff Koons et des contributions de Raphaël Bouvier et Günther Vogt.

Ed. Fondation Beyeler, 2012, 212 p., env. 80 ill., dont env. 70 en couleurs, 24.5 x 30.5 cm Relié

Langue: Allemand (aussi disponible en Anglais) Une sélection de textes en Français sera expédiée avec le catalogue.

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