Ballet de Bâle : Cinderella Stijn Celis

Théâtre Bâle Photo VB

Ballet de Bâle : Cinderella un pastiche fantaisiste signé Stijn Celis

Cendrillon et son Prince  : faire-valoir du trio infernal 

Soyons  tout à fait clairs : Cinderella / Cendrillon / Aschenputtel , on connaît : le conte des frères Grimm nous a beaucoup été raconté et Disney a bien contribué à parfaire nos connaissances ! Alors ,jusqu’à aujourd’hui , l’héroïne , c’était elle , pas de doute .Mais , ça , c’était avant!

2013 : oubliez tout !  la vraie vedette , c’est la marâtre , affublée  de ses accolytes . Les ” demoiselles ” entrent en scène costumées avec génie ( n’hésitons pas , on se lève tous pour Catherine Voeffray l’artiste costumière ) : enchapeautées et attifées de longues robes grisaillantes , le trio comique se déplace en sautillant lourdement , tous mollets velus en avant ,  totalement  risibles en pseudo-geisha sans séduction mais avec force maquillage ; il faut dire que les affreuses ont une excuse , car ce sont en réalité des …affreux !

Jorge Garcia Perez, Adrien Boissonnet, Cédric Anselme-Mathieu , sont époustouflants , et je pèse mes mots ; rien ne vient entâcher leur prestige : hauts chignons  en équilibre précaire , robe scintillante rouge empruntée  à coup sur au pauvre Jakob de la Cage aux Folles ,( d’ailleurs  également gravement perturbé par une affaire de souliers   ), allure vexée  et démarche raide qui font furieusement penser aux  horribles chats siamois de La Belle et le Clochard ( encore Disney , arghh! ). Helas pour  la belle  et fluette Cinderella, le ridicule ne tue pas , même  les robes de soie moirée à manches ballon du plus bel effet ne gênent en rien la chorégraphie parfaite  des Trois Pestes .

Cinderella , et sa  bonne fée Marilyn 

Les années 50 , période bénie de  miracle économique , la vie légère , les prémices de la modernité, des jeunes gens virevoltant , joyeux , occupés aux jeux  délicieux de  la séduction  : ça se passe du côté de la bonne fée / Maman . Un contraste flagrant avec l’autre monde  :  le mauvais , celui de la vilaine belle – mère , les méchantes soeurs , le château que l’on imagine moyenâgeux, le bal , protocolaire et ennuyeux. Tim Burton saurait très bien exprimer le décalage.

C’ets le  parti-pris du chorégraphe belge Stijin Celis : translater  la mère  de Cendrillon et son père ( Sergio Bustinguy , habillé en dimanche et toujours doté d’une orange qu’il finit par manger )  dans le monde presque parfait  des Fifties ; la bonne fée flotte comme  une Elfe à la Monroe,on s’attendrait à la voir renaître de ses cendres au frémissement nasal de ma sorcière bien-aimée, en toute légèreté  comme pour adoucir le calvaire de la pauvre Cinderella  qui ne connaît d’autre soulagement que de retrouver celle-ci dans une sorte de vie rêvée.

Selon Celis , la vie rêvée des anges  ne se joue pas sous la direction de Prokofjew, qui jugeait d’ailleurs que sa musique seule ne pouvait suffire à exprimer les sentiments  des protagonistes et en révéler la complexité C’est Les Baxter , roi du easy-listening   entre 1950 et 1960 aux Etats-Unis , qui nous gratifie d’ un intermède romantique destiné , on le croit, à appuyer le contraste entre les 2 mondes : du temps du vivant de la mère ” Marilyn “, on chante ” Because of you” , la comédie musicale n’est pas loin , on est presque dans une réclame où tout le monde il est beau tout le monde il est gentil !On s’attend  même à voir madame au fourneau  sortant un gâteau fumant tout chaud du four ( d’ailleurs , l’armoire  ouverte et lumineuse  est pleine de pots de confiture que l’on devine faite maison)  et monsieur occupé à tondre son gazon ou à laver sa voiture ; les filles sont charmantes  et aguicheuses, hôtesses de l’air ou infirmières, les garçons , bien habillés et contents de se trouver là.

La  Carte et le Territoire : le bal

Pas celui d’Ettore Scola , pas celui de Visconti , celui de Célis : dames enchignottées portant faux-culs et rouge aux joues ; voici un bel effet graphique , la chorégraphie rappellerait même le Thriller de Michael Jackson , une armée de laissés pour compte traînant leur carcasse fatiguée- ils ont tous beaucoup marché pour arriver au château- contraints de retourner là d’où ils viennent : l’ombre. Les petits groupes gravitent avec avidité  autour du Prince convoité ,tous munis d’un fagnon jaune  à la façon des touristes en goguette ralliés à leur guide , un prince sapé comme un mafieux , devenu l’idole de cette foule incolore  et  pitoyable.

La foule , à l’instar des Trois Grâces  grimpe à l’assaut de la montagne au château et de son Prince  ; sur scène , la montagne elle-même donne l’itinéraire, une carte Michelin en 3D ; les anachronismes ajoutent à la fantaisie de la mise en scène, écorchant  le mythe Cendrillon  qui en prend pour son grade . Finalement , tout se termine bien conformément au conte des frères Grimm : dans un tourbillon de mousseline écarlate , le soulier de verre( vair  chez Perrault )  est essayé avec plus ou moins de bonheur jusqu’à trouver une place au sommet du crâne d’une des donzelles.

Le dernier tableau voit défiler comme dans un film Cendrillon ( Sol Bilbao Lucuix) et son Prince ( Joaquim Crespo Lopez ) dans un emportement d’amour tendre , sincère et mérité.La belle ne finira pas comme celle de Louis Bertignac , évincée par sa concurrente la Belle au Bois Dormant , au contraire , Cinderella gagne ses galons de princesse  , certes pieds nus , mais magnifiée par les  jupons vermillons en corolle autour de sa taille de guêpe, nous rappelant une certaine Contesse  .

Théâtre de Bâle 

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3 thoughts on “Ballet de Bâle : Cinderella Stijn Celis

  1. Un spectacle magnifique! Grand bravo au ballet de Bâle et un grand merci à “Bâle en francais” pour les 2 places.

  2. En effet, très beau spectacle – et excellente confèrence de Florence Poudru ! Merci à l’Alliance française pour cette belle initiative. Bien cordialement, Philippe Olza

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