Stijn Celis chorégraphie Cendrillon pour le Ballet de Bâle

Sitjn Celis Théâtre de Bâle©VB

Comment Stijn Celis , électron libre du monde de la danse réinventa Cendrillon

Rencontre avec Stijn Celis

  • VB : votre Cendrillon  créée en 2003 pour les Grands Ballets Canadiens est pour le moins contemporaine ; qu’a-t-elle de commun avec les versions antérieures, par exemple , celle d’Ashton  en 1945 ?

S C : Je ne me réfère pas spécialement aux précédentes chorégraphies ; je suis plutôt inspiré par ma propre histoire ; mon enfance et ma jeunesse  sont le terrain de ma réflexion chorégraphique autour de Cinderella . La maman virevoltant joyeusement dans les années 50 telle une fée Clochette bienveillante ( c’est la marraine ) est une réminiscence de mes propres souvenirs : j’ai beaucoup idéalisé cette période  et vu ma mère  comme une incarnation glamour et idéale  évoluant dans un monde léger et facile .

  • VB :Il y a tout de même la question du  travestissement que l’on retrouve dans de nombreuses versions, les trois pestes sont d’ailleurs un régal, ne deviennent-elles pas sympathiques tant elles sont comiques  ?

SC : En effet , l’idée est d’appuyer l’ambiguité des personnages  en  les  travestissant . Ce qui les rend  risibles , ce sont leurs attitudes , leur gestuelle  les ridiculise , pas leur travestissement ; nous avons  du reste choisi les costumes que nous avons  sélectionnés avec un soin méticuleux et laborieux , c’était assez compliqué , notamment pour les robes des nombreuses prétendantes.

  • VB: Dans la version de Dresden, les trois infernales crient, ce qui accroît leur côté agressif Pourquoi sont-elles devenues silencieuses ?

SC : Il y avait juste un  problème d’acoustique et ce n’était pas absolument nécessaire pour valoriser leur méchanceté ; dans le premier acte , lorsqu’elles entrent en scène  tristement vêtues de gris , l’opposition des deux mondes saute aux yeux : celui  austère et rigide à résonance  Sovietique des vilaines et celui ouvert et coloré côté occidental dans une ambiance américaine fifties.

  • Oui , avec Cinderella , on se ballade sans cesse du rire aux larmes ,de  l’amour à la haine , de l’insouciante jeunesse à l’inconstance de l’âge adulte , de vie à trépas. Et l’orange dans tout ça , quelle est sa raison d’être ? Un hommage à l’Opéra-bouffe de Prokofiev ” l’amour des Trois Oranges ” ?

SC : Non , pas vraiment .L’orange s’est insinuée spontanément dans l’histoire , car elle symbolise tout à la fois la sensualité , la nostalgie de l’enfance  et la douceur maternelle qui l’accompagne on la retrouve partout et tout au long de la chorégraphie , dans l’armoire aux confitures ,suspendue dans les airs et démultipliée , puis elle devient objet d’onanisme suivant les cycles de vie de Cendrillon ,lorsque celle-ci  avance  son  pied délicat dans l’embourbement de l’âge adulte et ses vicissitudes sexuelles; l’orange est aussi la compagne du père , il l’épluche soigneusement , seul , devant la scène , elle veut signifier son retraît , sans qu’on sache vraiment de quelle manière il doit se produire  ni s’il est définitif ; je veux laisser ce choix au  spectateur , chacun y trouvera sa propre interprétation .

  • VB:Justement , le père et la mère de Cinderella  sont omniprésents dans votre travail , alors que le premier est classiquement  englouti sous l’autorité des Trois Laides  et la deuxième a réellement quitté ce monde ; pourquoi un tel parti-pris ?

SC : Les contes  m’ont toujours fasciné , j’aime les histoires merveilleuses . Il m’est donc apparu naturel que la mère de Cendrillon soit cette elfe bienveillante et gracieuse  toujours présente et venant au secours de sa fille dans un monde onirique et  enchanté . Dans le second acte , Cinderella est libérée des trois sorcières  en même temps que de ses oripeaux de jeune fille , elle peut alors plonger , flamboyante comme je l’ai imaginée,dans le monde coloré , festif et réel  de son Prince .Elle peut quitter  le monde du rêve et y laisser sa mère , la bonne fée  en  libérant  à cette occasion  son père  de la torture de celui qui ne sait qui il doit aimer .

Dans mon esprit , La Cinderella que j’ai chorégraphiée tient plus du conte initiatique et relève clairement de la résilience psychanalytique que simplement du conte pour enfants car mon interprétation est liée aux sentiments , aux émotions suscitées par mon histoire personnelle.Peut-être me suis-je inspiré de celle de mon grand-père , malheureux époux d’une marâtre avec qui il ne fut pas heureux.

  • VB:Quels ont été vos mentors ?

SC : Comme danseur ,j’ai été très inspiré par Pina Bausch (notamment  le déroutant Palermo Palermo e n 97 )ainsi que par ma rencontre avec Martha Graham à Florence. Ensuite, comme chorégraphe, mes influences sont plus floues et nombreuses  . Je suis de formation classique mais j’ai glissé progressivement vers la création  contemporaine en m’imprégnant de mon environnement humain , tant  la philosophie que la politique et les  le rituels sociaux.Ce que j’ aime chez  Pina Bausch ou Martha Graham , c’est leur bonne dose d’anarchie.

  • VB:Existe-t-il une façon de jouer différentes en fonction des publics ?

SC : Non , c’est impossible , je n’adapte pas les chorégraphies en fonction des  cultures différentes que je traverse , bien que celles des villes soient toute autre  que  celles  des périphéries , en particulier aux Etats-Unis. Je cherche une certaine symbiose , ce qui n’est pas toujours évident et ne peut être lié à des notions quantifiables.

Par exemple :  j’avais été assez choqué d’entendre à propos  des ” Noces ” , qu’il fallait absolument que ce soit un succès ! Une  chorégraphie  réussie résulte de l’osmose entre les danseurs , le public et le metteur en scène , c’est une construction soigneuse.

  • VB: quels sont vos projets après Cinderella ?

SC : En 2013, je travaille en collaboration avec le Ballet royal de Suède, Le Ballet du Semperoper de Dresden et le Ballet de Luzerne  pour lequel je prépare La Belle au bois dormant  pour le 28/9 .Je suis aussi en préparation de l’Oiseau de feu de Stravinski.

Ensuite , mon souhait le plus cher est d’acquérir une compagnie existante pour monter les multiples projets que j’ai en tête.

                                                                    ________

Cher Stijn ,votre version de  Cinderella est tout le contraire de  froide et hermétique comme je l’ai lu quelque part dont il n’est pas utile de se souvenir.

Tout comme Cinderella se libère des griffes du Trio d’enfer , le Prince cesse d’être  prisonniere des conventions sociales de son milieu, Sitjn Celis construit sa Cinderella en toute indépendance , libre comme l’air ; entre  drame et  comédie ,  bien  et  mal ,  gentil  méchant ,  vie et  mort, merci de nous donner les clés pour percevoir toute l’ambivalence dont nous sommes imprégnés nous les hommes et les femmes pour tracer notre chemin vers la félicité,  avec un tel talent et grâce à la carte Michelin en 3D  . Mention spéciale pour le  dépliage de la carte routière tenté par les Trois Pestes , un grand moment de rigolade  que n’aurait pas renié Marcel Gotlib et son Super Dupont , un  de vos  compatriotes cher Sitjn  ,inoubliable  auteur de Rubrique à Brac , que les moins de 40 ne connaissent pas , les pauvres !

THEATRE DE BALE

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3 thoughts on “Stijn Celis chorégraphie Cendrillon pour le Ballet de Bâle

  1. On y va toujours avec ses souvenirs d’enfant et malgré tout on les oublie pour un temps..puis on est transporté hors du temps!
    La nouvelle Cendrillon est résolument moderne plus près de nous et la dureté de la vie est parfaitement rendue par la chorégraphie qui nous emporte dans un mouvement saccadé et tourbillonnant qui finit par nous faire perdre pied.
    Une certaine douceur nous apaise qui semble venir d’un ensemble composé de détails arrondis, voulue probablement pour la mise en scène. Les coiffes arrondies, les chorégraphies où émergent cette sensation de sphère, les morceaux exécutés par les groupes nous transportent dans une vague d’ivresse et contrebalancent la brutalité et l’aridité de cette modernité.
    Le passage “rétro” sur la musique des Baxter apporte de la légèreté et de la douceur au milieu du spectacle et nous libère pour le temps du bal.
    Les solos manquent un peu d’envergure et Cendrillon semble être réellement l’oubliée! On espère que c’était voulu! On peut en douter parfois tant elle semble être effacée par la présence des demi sœurs et de sa belle mère. Le trio formé par ces 3 pestes prend toute la place et on est presque désolé pour Cendrillon!
    Cette Cendrillon m’est apparue comme un tableau surréaliste où tous les composants sont mélangés bizarrement parfois mais ou la surprise et le questionnement vous interpèlent.

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