Monica Guillouet-Gélys Filature de Mulhouse

Filature de Mulhouse Scene nationale PhotoVB

Monica Guillouet-Gélys, aux manettes de la Filature de Mulhouse depuis mars 2012

Monica Guillouet-Gelys directrice de La Filature Mulhouse 2013 Photo VB
Monica Guillouet-Gelys La Filature Mulhouse 2013© VB

Originaire d’un petit village près de Perpignan où elle a grandi, elle a d’abord été musicienne (contrebassiste de jazz) et danseuse, Monica Guillouet-Gélys s’est formée à Paris au milieu des années soixante-dix et a travaillé dans le domaine de l’animation culturelle. De 1989 à 2000, elle ai eu l’opportunité de devenir directrice d’un petit théâtre dans la région parisienne. Elle y a tout expérimenté, la gestion, le travail dans les quartiers, les résidences d’artistes, le soutien à la création…

Monica Guillouet-Gélys a ensuite  pris la direction d’une scène conventionnée à Auxerre puis elle est devenue responsable de la scène nationale d’Évry en 2006. La Filature est une suite logique de son parcours, elle y a postulé dès Novembre 2011 .Elle est à présent installée à Mulhouse après avoir vécu un temps à Paris dans le quartier de la gare de Lyon ; vivre ici est une façon pour la nouvelle directrice de la Filature de s’imprégner et de s’intégrer totalement à la vie culturelle de la région mulhousienne où elle a pris ses habitudes depuis sa nomination officielle en mars 2012.

Rencontre avec Monica Guillouet-Gélys directrice de la Filature de Mulhouse

VB :La Filature de Mulhouse se trouve au croisement de trois pays ; quelles sont les contraintes que vous rencontrez liées à cette spécificité ?

M.G.G :« Je viens moi-même d’une région transfrontalière et on sent ici qu’on est au cœur de l’Europe. »Je parlerais plutôt d’atouts que de contraintes car la proximité de la Suisse et de l’Allemagne est stimulante dans le sens qu’elle m’incite à développer des partenariats au-delà des frontières.Le propre de la culture est d’être un bien commun qui doit  ignorer les barrières geographiques , je suis particulièrement attachée à cette idée  et le prochain Festival Horizon en est l’illustration .

VB:Quels sont les partenariats que vous envisagez d’initier ou de développer ?

M.G.G :Afin de realiser  une programmation pluridisciplinaire internationale de haut niveau, j’ai l’intention de valoriser des collaborations entre la Scène Nationale et d’autres structures comme l’Orchestre Symphonique de Mulhouse le Ballet du Rhin, l’Opéra National du Rhin  tout en multipliant les contacts avec les institutions culturelles des voisins suisses et allemands- nous mettons de plus en plus en place des sur-titrages en langue allemande- .Je n’oublie pas le jeune public et je souhaite renforcer les partenariats  existants avec le Créa et les Tréteaux de Haute Alsace, les actions en milieu scolaire (Filature au collège, partenariat avec les lycées…). Le mot d’ordre pour la saison 2013 est Synergie .Faciliter les abonnements mixtes ,proposer des échanges et des rencontres avant et après les spectacles, voire des ateliers de pratiques artistiques avec des artistes en résidence… » font  partie des  moyens que nous mettrons en oeuvre pour séduire notre  public , tous horizons confondus.

VB: Vous succédez à Joël Gunzburger à la direction de la Filature : votre sensibilité féminine intervient-elle dans les choix de programmation ?

M.G.G :On ne peut pas dire les choses de façon si manichéenne mais il est vrai que ce qui importe pour moi est de rapprocher le public du travail des artistes dont nous présentons les spectacles à la Filature ,  rompre la solennité  et décomplexer ceux que la scène pourrait intimider. Je m’attache ainsi à venir juste avant les spectacles au devant de notre public pour échanger quelques mots , répondre aux interrogations des uns et des autres, comme je le faisais déjà à Evry.Nous souhaitons définitivement rester accessible et à l’écoute . Notre vocation est de rendre le spectacle vivant convivial , non académique , réveiller les émotions , débusquer l’affectif, impliquer le spectateur .En outre , ma trajectoire de danseuse et musicienne de jazz me permet de percevoir de façon intuitive et très rapidement si les artistes correspondent à ce que nous attendons d’eux : je me fais une confiance totale , le premier regard est le bon !  Je suis peut-être aussi  davantage tournée vers le dialogue et moins centrée sur une attitude autoritaire que mes collègues hommes.

VB: La Filature de Mulhouse appartient à la prestigieuse famille des Scènes Nationales en France : qu’implique cette specificité en matière de choix artistiques ?

M.G.G : En effet ,il existe un cahier des charges assez strict ; il existe en France 71 scènes nationales ; celle de la Filature, qui fait partie des 10 premières est gérée par un Conseil d’administration représentant ,  la Ville de Mulhouse  , le Conseil Regional d’Alsace, le Conseil Général du Haut-Rhin et le ministère de la Culture/ Drac d’Alsace; certaines scènes reçoivent  aussi des aides européennes. Nous devons à la fois valoriser l’immense palette de la  creation  contemporaine( théâtre, danse contemporaine, musique, cinéma, arts visuels, cirque…) , en assurer la diffusion auprès d’un public toujours plus large , fut-il plus exigent en veillant à l’insertion sociale de la jeune creation artistique pluridisciplinaire ; la culture ne doit pas être élitiste , elle est un bien commun auquel chacun doit avoir accès.Pour mieux nous connaître, chaque année  en mars, les scènes Nationales organisent le festival Effets Scènes  , un coup de projecteur sur tout le travail de ce réseau de salles unique au monde avec l’organisation, de plus de 500 rencontres, spectacles, expositions. A la Filature , nous sommes assujettis aux mêmes contraintes : revisiter le Répertoire en donnant libre cours à  la creation contemporaine tout en betonnant l’ancrage sur le territoire ; j’ai 4 années pour realiser ce challenge avec comme base du projet présenté la question de la diffusion transfrontalière.

VB: dans l’esprit d’ouverture qui vous caractérise , vous avez mis en place 2 grands projets transfrontaliers : quelle en a été la genèse ?

M.G.G :Le festival Vagamondes est un spectacle que j’ai  créé il y a 3 ans  à Evry  et qui  était destiné à valoriser la création des pays du Sud, que ce soit des artistes émergents ou confirmés. Nous avons étendu nos recrutements artistiques  vers les pays de l’Europe du Sud , l’Espagne , la Grèce , l’Italie car je m’interesse aussi à la façon dont les artistes parviennent à créer  en dépit du  contexte de crise économique dans lequel ils se débattent.

Les 3 spectacles “ Orient  mon amour , qui reunit des chanteurs et musiciens du Maghreb, des Balkans et du Proche-Orient, Tuetano et les danseuses de flamenco ,et  Micro , un hommage à la physicalité du rock, ont réuni plus de 3000 spectateurs , un succès honorable qui a consolidé la cohésion de notre nouvelle équipe.

Quant à l’autre projet transfrontalier , Horizon , anciennement Transe, il s’agit de présenter au public un panorama de la création européenne , entre théâtre , performances , danse, musiques…Le terme Horizon a été très soigneusement élu par toute mon équipe , plus large encore que le mot horizons -avec un s- il veut mettre en valeur l’idée de regarder au loin ce qui se crée , ce que proposent les artistes de part et d’autre du Rhin : c’est le concept d’un horizon pluriel et fédérateur.Car notre volonté est de jeter des passerelles entre les pays et les arts: juste sous nos yeux !Pour le moment , nous défrichons encore mais nous cherchons à développer notre partenariat avec Bâle et Freibourg et faire circuler plus facilement les artistes , rendre les frontières poreuses. Malheureusement , les transports en commun s’arrêtent trop tôt , nous comptons beaucoup sur la contribution du Tram-Train mulhousien à la libre circulation des artistes et de leurs aficionados de la TriRegio.

VB: à part la question des transports ,les  déplacements des artistes sont-ils aisés à realiser ?

M.G.G :Pas toujours , car les règlements inter-frontaliers diffèrent . Par exemple , à l’étranger , les artistes font partie de troupes et sont payés au cachet , alors qu’en France , la notion de troupe est remplacée par celle de compagnie pour le théâtre vivant; une compagnie se déplace donc , les disponibilités sont variables et l’organisation en pâtit parfois ; en outre , les allemands ont l’habitude d’envoyer leur metteur en scène tandis que le dramaturge est sur place , ce qui n’est  pas toujours facile à gérer. Par exemple , pour ” La vie est une rêve”, pièce de Calderon de la Barca donnée en mars , la volatilité des compagnies françaises fut un obstacle à de possibles reprises.Par contre , ces productions ne sont pas trop onéreuses( environ 15000 €), exception faite de spectacles réclamant une grosse infrastructure comme Calacas / Bartabas installé en avril  au parc des expositions de Mulhouse , qui  a entraîné un coût journalier de  1300€ .

VB: la  collaboration entre la Filature et la Ville de Mulhouse pour le spectacle du Théâtre Equestre Zingaro a-t-elle été fructueuse ?

M.G.G :Oui , nous devions mettre en oeuvre une logistique impressionnante pour accueillir les 29 chevaux , acheminer 5 tonnes de foin, 8 tonnes de copeaux , 2 semi-remorques de gravier, 4 de sable etc… puis dresser un gradin de 40 m de diamètre au Parc Expo; le succès a été au RV , nous avons fait salle comble pratiquement tout au long des représentations du 12 au 30 avril. D’autres productions demandent moins d’énergie en matière d’organisation , ainsi , Ô boy , conte moderne porté par un comédien unique dont le succès a été tel que nous avons du proposer une seconde représentation , un spectacle peut  parfois se démultiplier .

VB: à propos de démultiplication ,trouvez-vous encore  le temps de partir  en quête d’artistes d’autres cultures ? 

M.G.G : Je me suis beaucoup déplacée dans les grandes villes méditerranéens  Tunis , Le Caire , Jerusalem , Beyrouth…notamment  pour produire le Festival Vagamondes et je prévois bien sur encore beaucoup de déplacements , mais  ma priorité est de développer les partenariats  régionaux  , faciliter la circulation des artistes ,  se mettre autour d’une table avec d’autres acteurs du monde culturel comme la Kunsthalle , la Fondation Beyeler  ou la Kaserne à Bâle -avec laquelle nous nous sommes deja associés pour  présenter la pièce de la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker en 2012-, le CRAC d’Alsace,le Ballet du Haut-Rhin …enfin ,  les possibilités de collaboration régionales et transfrontalières  sont nombreuses, il faut décloisonner pour définir notre programmation dans  un cadre pluridisciplinaire de haute qualité, j’ai notamment l’ambition de lier la Filature et le Musée EDF Electropolis pour proposer des performances , un peu à l’image des visites dansées d’Aurélie Gandit .

VB: avez-vous deja quelques projets concrets pour la prochaine saison 2013/2014 ?

M.G.G :Oui , bien sur . Entre autres projets ,  comme nous cherchons à créer des passerelles  , l’une d’elles ,entre musique et arts graphiques impliquera Erik Truffaz , trompettiste de jazz et le dessinateur Enki Bilal. De plus en plus d’artistes s’attachent à croiser les arts , la production de la Filature s’appuiera donc  sur la notion de cross-over aussi bien artistique que géographique.Par ailleurs, pour faciliter la compréhension du public , nous continuerons à organiser des rencontres d’après spectacles comme autant de moments privilégiés à partager entre amis ; l’intervention de l’Ecole de Psychanalyse de Strasbourg après la présentation de Romeo et Juliette ou de la pièce ” les Jeunes “  de David Lescot en est un exemple.

VB: David Lescot est l’un des nouveaux artistes associés de la Filature ?

M.G.G :En effet , nous sommes très heureux et fiers  d’accueillir cette année deux artistes associés à la Filature : David Lescot et Joël Pommerat qui partageront et nourriront pendant plusieurs saisons la vie de notre Scène Nationale. David Lescot –  brillant dramaturge , musicien , metteur en scène  couronné  en 2008 du  Grand Prix de littérature dramatique – et son théâtre rock, est associé à la Filature pour 3 années ; après “ Les Jeunes ”  et  ” Tout va bien en Amérique ” , opéra multimédia , ” Nos occupations ” sera présenté à la Filature  en 2014.

Joël Pommerat, auteur prolifique , qui ouvrira le Festival Horizon  avec ” La réunification des 2 Corées “,une vingtaine de  variations autour du non-amour , plaçant le public en gradins autour  d’une arène  , une création qui lui a valu le Prix du Spectacle Public . Pour ce spectacle ,en particulier , nous avons mis en place un sur-titrage en allemand pour nos amis et voisins germanophones .

Ce sont deux personnalités qui  proposent un théâtre populaire , dont le langage est accessible , du spectacle vraiment vivant , avec bruit et lumières sans intellectualisme excessif.

VB: Horizon, du 14 au 25 mai ,  est donc un festival international : en version originale ?

M.G.G :Oui , nous présentons des créations britanniques , allemandes , polonaises . Effectivement , ” Before your very eyes”, une coproduction germano-britanique très originale mettant en scène des enfants grandissant et vieillissant à vue d’oeil , est jouée en néerlandais et  anglais  mais surtitrée en français ( 17 et 18 mai 20h); ” Not about everything est une performance dansée belge , en langue anglaise surtitrée en français( 25 mai ); la langue exprimée dans les spectacles  ne doit pas être  un obstacle.” Requiemachine, choeur théâtral  composé de 28 acteurs amateurs  sur scène , oeuvre de l’artiste polonaise Marta Gòrnicka, métaphore autour de la dictature du travail comportant des analogies avec les temps modernes de Chaplin, est également surtitré en français. FESTIVAL HORIZON

” A la Filature , le meilleur de l’actualité artistique est présenté sur les plateaux. Nous demandons simplement à tous d’être curieux tout en discernant ce qui est essentiel de ce qui est marginal . On peut être exigeant , chercher l’excellence et rester accessible à tous” Monica guillouet-Gelys, directrice de la Filature 

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