Fondation Beyeler : Maurizio Cattelan jusquau 6 octobre 2013

Maurizio Cattelan Sam Keller Fondation Beyeler Photo VB

VISITE GUIDEE EN FRANCAIS dimanches 28 juillet  et 25 août 15h à 16h 

On achève bien les chevaux !

Francesco Bonami Exposition Maurizio Cattelan Fondation Beyeler 2013 Photo VB
Francesco Bonami©VB

Ou bien , devrait-on dire , on achève bien une carrière ! Parlant de Maurizio Cattelan, Sam Keller , directeur de la Fondation Beyeler depuis 2008 , déclarait  lors de la conférence de presse du 10 juin :”Nous avions entamé les discussions quand il a déclaré qu’il prenait sa retraite!” L’artiste, en vraie diva , n’a d’ailleurs pas honoré de sa présence l’assemblée de journalistes venus en nombre ce jour-là; notons tout de même que les heureux élus ,-dont nous étions -invités à la traditionnelle  soirée de la Fondation Beyeler durant la Art Basel , ont eu la joie d’apercevoir sa majesté  Cattelan en conversation avec son hôte  Sam Keller dans les merveilleux jardins de la Fondation.

Maurizio Cattelan le cavalier sans tête  ! Bon bien sur , c’est un peu difficile à supporter ( surtout lorsqu’on est cavalier ) : 5  chevaux dont les têtes  ont disparu , enfouies dans le mur , on a du mal à comprendre l’essence de l’oeuvre de l’artiste italien  Maurizio Cattelan sans une certaine répulsion-fascination , bien que Damien Hirst  ait déjà tenté de nous aguerrir avec ses vaches découpées en rondelles , les deux provocateurs ont d’ailleurs en commun d’avoir été mis en vedette au Palazzo Grassi de Venise chez François Pinault.

Ne cherchez pas la suite de l’exposition , car l’oeuvre présentée est unique et encore , elle aurait pu être réduite à sa portion congrue , soit , un cheval realisé en 2007 sans titre mais doté des mêmes non-attributs  que ses cousins.C’est  d’ailleurs étonnant comme nous pouvons distinguer avec clarté ce que nous ne voyons pas . Ainsi , la vision du cheval sans tête de Cattelan me rappelle celle ensanglantée du bel étalon déposée gracieusement chez l’un des ennemis du parrain de Scorcese par les  bons soins de De Niro. Bon , chacun ses références!Après tout ,  ce sont elles qui nous rendent les choses les plus étrangères si familières.

Francesco Bonami (commissaire de l’exposition , directeur artistique de la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo en Italie )voit dans le travail de composition équine

de Cattelan une métaphore existentialiste relative à “ la tentative d’échapper à la solitude, sentiment que l’artiste n’a de cesse de combattre …les cinq chevaux transforment cet illusoire effort en panique, l’échappée en débandade et l’effort individuel en vaine agitation d’une foule fébrile”; j’y vois plutôt un moyen dérisoire de trouver dans l’immobilisation des élégants destriers positionnés assez ridiculement  façon trophée de chasse inversé , une pirouette visant à   retrouver sa force et sa puissance  d’homme  disparues  , peut-être derrière ces murs , mais je ne suis pas dans la tête de Maurizio Cattelan.

 

Le roman  de Curzio Malaparte  Kaputt : ” l’odeur affreuse et triste des chevaux morts, renversés sur les routes de la guerre, est celle de l’Europe morte “

Pour parfaire notre compréhension de l’oeuvre de Cattelan ,le commissaire de l’exposition,Francesco Bonami  nous renvoie au roman de Curzio Malaparte

” Kaputt “a donné son titre à l’installation de Cattelan. Malaparte y reporte en qualité de correspondant de guerre entre 1941 et 1943,la réalité effroyable de la seconde guerre mondiale dans les pays de l’Est, notamment dans le ghetto de Varsovie ou  le pogrom de Jassy . Son récit navigue  entre autobiographie et  fiction, parfois aéré de quelques alvéoles  d’humour froid comme pour adoucir ses témoignages de guerre cruels et  morbides.

Malaparte déclarait dans sa préface que le titre « Kaputt » avait été choisi en référence à la signification du mot, en allemand, ce qui est brisé, fini, réduit en miettes, perdu. Selon  l’auteur, ce terme « ne saurait mieux indiquer ce que nous sommes, ce qu’est l’Europe, dorénavant : un amoncellement de débris ». Ce que met en scène l’ouvrage est en effet le spectacle de la décomposition d’une société et d’une civilisation agonisante. Malaparte déclare au prince Eugène ( Fils du roi Gustave V de Suède ), à la fin de la première partie, « Tout ce que l’Europe a de noble, de fin, de pur, meurt. Le cheval c’est notre patrie. Vous comprenez ce que je veux dire par cela. Notre patrie meurt, notre ancienne patrie. Et toutes les images obsédantes, cette continuelle idée fixe des hennissements, de l’odeur affreuse et triste des chevaux morts, renversés sur les routes de la guerre, ne vous semble-t-il pas qu’elles répondent aux images de la guerre : à notre voix, à votre odeur, à l’odeur de l’Europe morte ? ». Outre la décomposition de la société, c’est également l’homme qui est en jeu. On comprend deja mieux le lien.Par contre , on a peine à adhérer au commentaire de Bonami qui trouve dans l’écriture de Malaparte , quelque chose qui se situe entre magie et poésie.Et la référence à la citation du Prince Eugène ” la guerre même n’est qu’un rêve ” aurait raison de n’être exprimée que confidentiellement par pur instinct de survie , fut-elle suivie de celle-ci : ” le travail de Cattelan n’est qu’un rêve aussi “ ,j’aurais une tendance plutôt à parler de cauchemar éveillé.

Nous sommes tous des berlinois scandait Kennedy ; on pourrait relayer par ” nous sommes tous des chevaux en perdition ” notre destinée comico-tragique est metaphorisée par les chevaux de Cattelan : ils vivent , galopent , bondissent , se cabrent , tout ça  pour mourir le ventre à l’air , gonflé d’air , l’oeil exorbité , effarés , sans tête , déshumanisés ou cloués bêtement au mur : l’angoisse de toute une humanité sans espoir dont la vocation inéluctable est de disparaître corps et âme dans un cosmos dont elle ignore tout.Pas vraiment drôle , mais vraiment vrai!

 

Cattelan  l’homme qui parlait à l’oreille des chevaux …décédés 

Attention , ceci est  une installation éphémère .‘Kaputt'”,  à la fin de l’exposition, prévue le 6 octobre, ne sera plus car  chaque cheval réintégrera l’escarcelle de son  propriétaire”, a indiqué à l’AFP une porte-parole de la fondation. En effet , les cinq oeuvres appartiennent toutes à des collectionneurs privés.

Maurizio Cattelan( grand gaillard aux allures de Nicolas de Staël  mais bien vivant lui  bien que la plupart du temps absent à ses propres expositions , Guggenheim , Tate Gallery, Moma…) n’a pas toujours été exposant de chevaux sans tête et autre mini-Hitler improbablement en prière, ou encore Pape écrasé par une météorite tombée par là ;

Maurizio , né en 1960  issu d’une famille modeste de Padoue, est aujourd’hui l’un des artistes contemporains les mieux cotés du marché. Il commence à travailler au début des années 1980 à Milan dans le domaine du design. Ses premières oeuvres manifestent déjà son goût du détournement et de la provocation :une autruche la tête enfouie dans le sol, un happening où il se déguise en pablo picasso, etc. Installé à New York au début des années 1990, Cattelan ne s’impose aucune limite.

En maître de la provoc’, il  n’hésite pas à s’impliquer lui-même dans ses oeuvres (il fait réaliser des portraits-robots de lui par la police, creuse sa propre tombe ou envoie son assistant répondre aux interviews)

Cattelan implique également son entourage : en demandant à son galerie parisien, Emmanuel Perrotin, de se déguiser pendant les cinq semaines de son exposition en lapin rose phallique répondant au doux nom d’« Errotin le vrai lapin », il critique explicitement et avec un certain cynisme le processus du marché de l’art. Il s’amuse à pervertir l’esthétique picturale d’un artiste conceptuel tel Lucio Fontana en entaillant une toile d’un Z à la Zorro.

Récemment, l’artiste a créé un magazine, Permanent Food, constitué d’images volées à d’autres magazines, et ouvert une galerie à New York, la Wrong Gallery, toujours fermée et où rien ne se vend. Maurizio Cattelan vit et travaille à Milan et New York. Il est représenté en France par la galerie Emmanuel Perrotin, Paris.

Maurizio Cattelan est l’éditeur des magazines d’artiste Permanent Food, Charley et Toilet Paper.

Voir aussi Francesco Bonami : Maurizio Cattelan – Autobiographie non autorisée.

 Davantage de détails sur le site de la Fondation Beyeler 

FONDATION BEYELER

Baselstrasse 101

CH-4125 Riehen/Bâle

Tél. + 41 (0)61 645 97 00

Fax + 41 (0)61 645 97 19

E-Mail : info@fondationbeyeler.ch

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