Adrien Boissonnet profession danseur

Ballet Bâle Beatrice Goetz Adrien Boissonnet Photo VB

Adrien Boissonnet : il y a une vie après le Ballet de Bâle !

Adrien Boissonnet , jeune danseur originaire de Grenoble et formé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse Paris (il y a obtenu une mention très bien en danse classique à l’issue de son cursus) ,commence la danse avec Jean-Luc Chirpaz. ; il passe par de nombreuses compagnies comme celle de l’Opera de Nice, le Staatsoper  de Dresden, l’Aterballetto,  et a oeuvré sous la direction de chorégraphes prestigieux comme  Bigonzetti, Ek, Forsythe, Godani, Kylián, .Selis, Prejlocaj, Schilling, Wherlock.  Il Participe à de multiples projets chorégraphiques  comme celles de  F.Landerer, ou J.C. Gallotta,P. Touzeau, LaBazooka. Il continue d’animer  par ailleurs  différents projets éducatifs  avec Beatrice Goetz au sein du théâtre de Bâle.

Qui a dit que la danse était une souffrance? Ne nous fions pas aux cineastes  qui ,de  Fame, -joyeuseté des années 80 signée de  l’excellent Sir Alan Parker,-au schizophrénique Black Swan certes classé dans le genre fantastique ( Darren Aronofsky ), donnent la pire vision  de l’envers du décor , la plus spectaculaire aussi  , celle ou la lutte pour la mise en lumière est la plus âpre . La face visible de l’Iceberg cacherait  aux spectateurs les blessures physiques  , les humiliations , les rivalités féroces entre les danseurs .Même si la realité rejoint parfois la fiction comme on l’a entendu  recemment   avec  l’affaire du Bolchoï (dont le  directeur artistique  Sergueï Filine , avait été grièvement brûlé au visage par le danseur  Pavel Dmitrichenko), il faut continuer à découvrir les creations contemporaines ou redécouvrir les grands ballets du répertoire.

Académique et instinctif , classique et  contemporain: c’est ainsi  qu’Adrien Boissonnet qualifie son style . Quant aux interpétations cinématographiques plus ou moins fantaisistes ou sinistres du monde de la danse  , Adrien leur préfère le talent flegmatique et eclectique d’un Peter Greenaway pour lequel il aurait  même pu faire l’acteur . La danse , c’est pas du cinéma ! c est une toute autre affaire dont les chances de  reussite sont à égale distance  du talent et de la  chance : le talent , c’est l’apprentissage , la persévérance . La chance , ce sont les rencontres , chorégraphes et danseurs.

Le leit-motiv d’Adrien Boissonnet : apprendre encore et toujours

Rencontre avec Adrien Boissonnet danseur

 VB: Bonjour Adrien , alors libre ?

AB: oui , si l’on veut :  depuis fin juin , je suis redevenu travailleur indépendant du secteur des Arts Vivants , mais je reste attaché au Ballet de Bâle et à l’Ecole du Ballet de Bâle ; après les  3 années que j’y ai passées comme danseur , je juge que ma carrière doit prendre un tournant ; j’ai 37 ans et après 17 ans de danse, peut-être plus autant de dynamisme et d’énergie que les jeunes danseurs de la compagnie . Ma prestation dans Cinderella dans le rôle de la marâtre était très physique, j’ai un peu souffert . Mon ambition  désormais est de mettre en scène des projets personnels et , à terme , de fonder ma propre compagnie car on a peu de liberté au sein d’un ensemble.

VB : Adrien , l’isérois que tu es n’aurait-il pas du devenir skieur ?

AB : non , parce que bien que grenoblois , le ski ne m’a pas interessé ,en tout cas pour faire carrière ; jeune, j’étais passionné par le cirque , j’ai même cherché à m’incruster chez Fratellini  pour y devenir acrobate mais il n’y avait alors pas de place pour moi !

VB : comment es-tu tombé dans la marmite de la danse finalement ?

AB : au début , plutôt par opportunisme geographique . A Grenoble, mon père était prof de sport au collège et les jeunes du conservatoire venaient y danser  ; mon premier prof de danse a été Jean-Luc Chirpaz du conservatoire , nous étions 10 mecs en sport étude et tout se passait dans le même quartier : la Maison  de la Culture, le collège et le Conservatoire , c’était bien pratique et c’est devenu logique que j’entre dans la danse. C’est le travail de Jean-claude Galotta  qui a terminé de me convaincre de continuer dans cette voie ,il est devenu une personnnalité importante du monde culturel de la région dès qu’ il a fondé en 1979 à Grenoble le Groupe Émile Dubois,  et a fait de  la Maison de la Culture de Grenoble une véritable  cellule de création chorégraphique.

Mais le vrai déclencheur de ma vocation a été la visite du Ballet de Francfort à Grenoble en 88, un événement exclusif nommé William Forsythe et sa création «Impressing the Czar« avec la présence de Sylvie Guillhem dans la salle. J’ai vu et j’ai su aussitôt que c’était ce que je voulais être , ce que je voulais faire et a définitivement   scéllé  ma décision : je serai danseur ou rien !

 VB : après avoir été couronné , à l’unanimité  ,d’une médaillle d’or en danse classique  et danse contemporaine par le Conservatoire de Grenoble en 91  , tu as déplacé naturellement tes compétences ?

 AB : oui , j’ai continué ma formation au Conservatoire National Superieur de Musique et de Danse de Paris

VB : ça s’est plutôt bien passé puisque tu en es sorti avec une mention très bien en danse classique , n’est-ce pas ?

 AB : j’ai pu démarrer ma carrière dans de bonnes conditions , c’était en 96 ; je suis resté ensuite  un an à l’Opéra de Nice puis presque 3 ans au Staatsoper de Dresden puis je suis resté plus de 8 ans à l’Alterballetto, sous la direction de Mauro Bigonzetti qui m’a fait confiance et m’a encouragé toutes ces années ; il est venu me chercher alors que j’étais encore à Dresden pour une pièce que je n’ai pas pu danser car je me suis blessé mais ça ne l’a pas empêché de m’engager , et l’aventure a duré 8 années !

 Danser :

 VB : puis , tu as retrouvé Jean-Claude  Gallotta pour un opéra-rock en 2009 ?

 AB : oui , il s’agissait d’une chorégraphie hommage à Gainsbourg et Baschung qui avait arrangé la musique de son comparse; il craignait   toujours  de ne pas être à la hauteur du maître  du point de vue de la voix notamment , mais  il a  disparu quelques mois avant le début de la production de ” L’homme à la tête de chou “; son fauteuil  est d’ailleurs  resté soigneusement en place sur la scène comme s’il devait encore y apparaître,  un peu comme  Molière , c’était très émouvant et assez triste.

 VB: depuis 2010  et jusqu’en juin 2013 , au Ballet de Bâle ,  sous la direction de Richard Wherlock , tu as dansé pour de nombreux chorégraphes renommés comme Preljocaj, Kylian , Bigonzetti , Stijn ( nommé cette année directeur du ballet de Saarbrücken…. Tes meilleurs souvenirs sont-ils liés à l’un deux  ?

AB : c’est difficile de choisir , les préférences sont toujours le résultat d’un ensemble ; jusque-là , Cinderella et Fairy Queen emportent mon choix mais rien n’est figé , une chorégraphie réussie , c’est 50% de chance , 50%de talent et la cohésion entre les danseurs est évidemment capitale .

 VB: donc une ambiance confraternelle sans conflits d’intérêt ?

AB : non , le chorégraphe est le maître des lieux , il décide de tout , les danseurs appliquent les indications , ce qui n’empêche pas des discussions interminables autour de la hyerarchie des rôles attribués ; si la place accordée à l’un de nous ne convient pas , celui qui doit se désengager n’est pas le chorégraphe bien sur. D’ailleurs , les attributions de rôles réservent parfois des surprises , ce ne sont pas invariablement les danseurs ou danseuses  les plus en vue qui obtiennent les rôles phares, c’était le cas pour Romeo et Juliette.  Du coup , notre degré d’autonomie est nul , il n’y a aucune liberté lorsqu’on appartient à un ensemble. Notre liberté d’improvisation , c’est d’être hyper-reactif , ne pas oublier que la danse , c’est du théâtre vivant, tout peut arriver : chute de décor , désynchronisation temporaire mais fatale- chutes mémorables, trous de mémoire , il faut vite trouver quoi faire .

VB: depuis ton départ ( partiel ) de Bâle , quelles sont  tes activités ?

 AB :J’ai travaillé avec Giovanni Netzer  – avec qui j’avais pris des contacts lors d’un gala en Allemagne – ,cet été à Riom ( au  rätoromanische Burgtheater) dans le cadre du Festival Origen en Suisse ; l’idée etait d’intervenir sur le barrage de Marmorera transformé pour l’occasion en scène . Puis , j’ai contacté Camille Ollagier lors du Festival off d’Avignon

Par ailleurs ,je fais toujours des essais pour des chorégraphes qui m’interessent mais ça ne marche pas à chaque fois , par exemple , pour Pina Bauch ou Forsythe.

 

Transmettre :

 VB : justement , Adrien , parles -moi de ce projet éducatif auquel tu participes activement

AB : oui , c’est un projet au long cours , initié depuis 7 ans  par Catherine Brunet ,  directrice du Ballet de Bâle et la choregraphe  Beatrice Goetz, .Ces projets éducatifs du Ballet de Bâle ont depuis plusieurs années un bon retentissement dans le public; je participe à certains des ateliers qui aboutissent à des représentations publiques au Foyer du Théâtre; nous voulons ainsi monter comment les enfants et les jeunes ont la possibilité d’expérimenter , d’échanger et de s’integrer dans le monde de la danse, le tout sans avoir reçu au prealable de formation specifique , seulement en participant régulièrement à des trainings que nous organisons , destinés à leur donner confiance en leurs possibilités physiques , étendre l’éventail de leurs expressions et mettre en lumière leur personnalité; pour les en convaincre ,  nous valorisons auprès de ces novices le principe  que danser est quelque chose de naturel que l’on peut parfaire  au cours des répétitions et si la volonté est là  .D’autre part , l’absence de contrainte linguistique dans la danse permet de faciliter l’intégration de tous quelle que soient leurs origines . L’implication dans le  monde professionnel du théâtre et de la danse  rend celui-ci plus attractif pour ce jeune  public.La saison précédente , ce sont des étudiants de l’Université des classes de sport option danse qui ont été retenus , tous jouaient au moins un instrument, mais ce n’est pas toujours le cas..

VB: en février , vous présenterez le 7ème atelier , le précédent titrait ” Hot Blood ” autour du thème des rencontres avec la musique ; que verrons-nous en février ?

 AB: le prochain atelier s’intitule ” Pace-Maker Z” ;  nous avons recruté  entre 15 et 20 jeunes  issus d’une classe professionnelle âgés en moyenne de 17 ans cette fois ; j’étais tout de suite très interessé à m’investir dans ce travail et je me suis présenté à Richard Wherlock qui m’a donné son feu vert après que Roderick se soit écarté du projet. Curieusement , notre petite compagnie ne compte que 9 filles ; notre but est de donner accès à une initiation artistique à laquelle ces adolescents n’auraient sans doute pas songé.L’accompagnement musical sera assuré par Janiv Oron alias DJ-LaFebbre , en live cette fois-ci qui aura carte blanche.

VB: alors quels sont tes projets personnels après les représentations de Pace-Maker-Z en fevrier 2014 ?

 AB : d’abord , je suis très heureux de participer à ce travail éducatif qui  me permet  naturellement de rester en lien étroit avec le Ballet de Bâle , ce que je souhaite ardemment , car ma place est ici dans cette région , pour le moment en  tout cas; ensuite , je suis  en préparation d’une chorégraphie  de Camille Ollagnier au conservatoire de Paris, les garçons sauvages ,  sa troisième creation une succession de  12 solos pour interprètes masculins, je danserai en décembre  puis en avril  à Pantin . Chaque danseur choisit un thème, pour moi ce sera  ” Leidenschaft Gefahr ” ( Passion Danger ) .

 Comme un danseur se recycle

 VB : donc , après ce solo parisien , tu te recycles en maître à danser ?

 AB : mes ambitions en tant que danseur se concrétiseront encore  probablement sur  un projet en 2014 avec Loriane Wagner et Yannick Hugron que j’ai rencontré chez jean-claude Gallotta mais la trajectoire que je veux suivre à présent est clairement de monter ma  propre compagnie afin de mettre au point des projets personnels; je suis en ce moment occupé à constituer une équipe autour de moi , des amis danseurs avec qui j’ai deja travaillé et que je connais bien, au sein d’une association afin de proposer nos  creations à des institutions pluriculturelles comme la Kaserne de Bâle par exemple, ou le CRAC d’Alsace.L’association permettrait de promouvoir nos compétences  auprès des chorégraphes à la façon de l’ agent ou de l’attaché de presse d’un acteur , ce dont ne disposent pas les danseurs.

VB: si tu devais citer un chorégraphe contemporain qui soulève ton enthousiasme ?

 AB : sans hésiter Sidi Larbi Cherkaoui  dont j’adore le style vraiment parce qu’il est  ouvert à toutes les formes d’expression chorégraphique, d’ailleurs , cette année  il a conçu un nouveau Boléro pour le ballet de l’Opéra de Paris en collaboration avec Marina Abramovic , plutôt original .Sa danse est contemporaine, et c’est ce qui me plaît ! Il reussit même à incruster dans ses spectacles des arts martiaux . Philippe Decouflé m’interesse aussi car il sait aussi mêler danse et arts du cirque ,j’aime le mélange des genres  reussi  qui mixe   danse contemporaine, mise en scène , vidéo, et scénographie.

 VB: alors qu’inscrirais-tu pêle-mêle  dans ta recette  d’artiste vivant  ?

AB :continuer la démarche éducative entreprise avec le Ballet de Bâle ;  composer avec la jeune scène musicale , je penserai aux bâlois  de Goldfinger brothers , surtout  à DJ LaFebbre  ; m’inscrire en résidence à la Kaserne , en creation avec des artistes bâlois et internationaux sur un principe de recherche associant  danse, théâtre et musique; je pourrais aussi penser à  un opéra-rock , Noir Désir me vient à l’esprit .

 VB : qu’écoutes-tu en ce moment ?

AB : plutôt  Woodkid  , Tricky ( Massiv Attack ), Coldplay , Fauve , Bowie , Lou Doillon …

VB : merci Adrien de t’être confié  avec tant de sincérité  et bonne chance pour la belle entreprise collégiale que tu es en train de mettre en place, en te souhaitant l’assistance financière indispensable au montage de ton association d’artistes  ; messieurs les banquiers , à bon entendeur ! Après tout nous sommes en Suisse!

Bio d’Adrien Boissonnet sur Linkedin

“http://www.theater-basel.ch/index.cfm/BDB3CC74-08AE-5F54-38434531347A36D1/” Theatre de Bâle

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