Au Théâtre de Bâle hier soir Race de David Mamet

Yvan Attal Race Theatre de Bâle Saison Française 2013 Photo VB

Race ou comment composer avec le manichéïsme primaire

Yvan Attal interprète Race ou la force des préjugés

Le pitch : un bureau d’affaires tenu par trois avocats, deux noirs et un blanc, est sollicité pour défendre un blanc, accusé de tentative de viol sur une jeune femme noire.

A l’affiche du théâtre des Champs-Elysées ou était présentée la pièce  , la petite robe rouge pailletée dont il est beaucoup question mais que l’on ne voit jamais , est l’argument essentiel  que  choisira Yvan Attal ,pour sauver son client et toucher les gras émoluments attendus de l’affaire , car l’avocat blanc ( ça ne nous a pas échappé …) est aussi le comptable attentif aux promesses de gros  honoraires .

La question de fond est celle-ci : que fait-on pour faire fi des reflexes de pensée  autoconditionnés acquis au fil du temps qui parasitent notre jugement  ? Ou bien comment se positionner par rapport à une situation dans laquelle notre personnage est partie prenante?

Calculez les taux de probabilité suivants :

Sachant que nous avons  à faire à 4 personnages : 2 blancs , 2 noirs !

-Quelle chance a le riche blanc arrogant accusé de viol sur une femme noire  de gagner sa liberté ?

S’il est défendu par un avocat  blanc ? Le célèbre  cabinet d ‘avocats  choisi au départ repasse la patate chaude pour éviter de salir sa réputation en défendant un riche blanc contre une femme noire; il faut dire que le client y met de la conviction : comme il est antipathique , au début le  sieur Montalembert , au passage ,véritable clône de Benjamin Biolay : riche , blanc , imbu de sa personne , la mèche arrogante , bref tout pour faire le parfait accusé , impossible à défendre , un boulet pour les avocats selon lesquels il ne suscite que  haine , peur , envie : trio gagnant pour l’envoyer direct en prison.

” Je suis innocent ” crie le malheureux ; ” “On s’en fout” , repond l’avocat blanc , c’est pas ça le problème, c’est la perception des jurés , c’est ça l’important.”Et vous êtes blanc !”

-S’il est défendu par un  avocat noir ? comment l’avocat noir peut-il défendre objectivement l’accusé blanc ? Il ne peut pas mais c’est un grand professionnel , il fera avec : ” Vous voulez savoir si , moi noir , je déteste les blancs ? Réponse de Alex Descas / Me Jack Lawson : oui ! ” la chance est faible mais existe .

S’il est défendu par un cabinet d’avocats mixte? Peut-être , mais c’est sans compter l’intervention de la stagiaire noire, Sara Martins/ Suzanne dont la revanche sera terriblement efficace. Peut-on vraiment penser que la stagiaire , noire  et jolie et intelligente, se rangera aux côtés des avocats dont elle est la subalterne ? Au début , plutôt oui ; ensuite , lorsque ‘il est question de reconstituer  la scène du viol en lui faisant revêtir la petite robe rouge à paillettes infamante -mieux qu’une lettre écarlate- le doute s’insinue : elle est femme , elle est noire , on prend ses mesures (…) à la jauge ; finalement , alors que c’est l’avocat blanc qui l’a embauchée tandis que l’avocat noir y était opposé , c’est bien le premier qui aura cette idée de déguiser sa jeune stagiaire en prostituée à robe rouge, seulement pour pouvoir développer son argumentation en faveur de son client.Mais c’est un loup qui est entré dans la bergerie.

S’il est défendu par un avocat marron ( attention , c’est une blague , ne cochez pas cette réponse bien qu’elle puisse interférer avec les autres possibilités mais ce n’est pas le sujet de la pièce de Mamet )

Voici le  jeu des probabilités qui nous rappelle aussi celui des gars dans la rue qui planquent un billet sous un pot , mélangent à toute vitesse 3 des pots ,à la fin  tu dois retrouver ton billet ; au début tu rigoles , trop facile ! Après , quand tu as perdu ta mise , tu pourrais pleurer tant tu te reproches de n’avoir pas observé  correctement ; dans la pièce de Mamet , au début , tu arrives avec toutes tes certitudes : il est coupable , elle est victime , c’est évident !  Puis le doute s’installe et là , les pourquoi commencent à fuser .

Comme le métier d’avocat est difficile !

Comment composer avec notre Histoire , nos préjugés , notre propre appartenance à une communauté ( Toutes stupides d’après l’avocat blanc Brown ), notre peur ou notre lâcheté ?

David Mamet nous aide dès l’entrée en scène des personnages : le client , Thibault de Montalembert , allure d’aristocrate pédant qu’on déteste immédiatement , sommé d’expliquer pourquoi , malgré ses gros moyens , il se rabat sur ce cabinet d’avocats compétent certes mais secondaire ; le malin est débusqué aussitôt par un Yvan Attal / Me Henry Brown encore plus rusé et on saute à pieds joints dans la problématique ; faire appel à un cabinet dirigé par un noir et un blanc avantagerait  sans aucun doute  le blanc qui cherche une défense alors qu’il est accusé de viol sur une femme noire.

Comment défendre l’indéfendable : il faut chercher tout ce que pourrait utiliser la partie adverse contre le client ; on fouille et on trouve les choses glauques ; dès lors , le digne Thibault de Montalembert ( excellent , toutes les émotions passent par son visage , de l’arrogance au désappointement ) perd de  sa superbe , la déconfiture se lit sur son visage , l’humiliation aussi . Lorsqu’il était étudiant , le jeune homme et son ami avaient pour habitude de fréquenter des femmes noires dont on nous rappelle les termes disons explicites et pas vraiment politiquement corrects utilisés par le client à l’époque ; lorsqu’il s’aperçoit,  grâce ou à cause d’ une carte opportunément retrouvée que son ami , noir ,lui a toujours dissimulé la véritable répulsion  qu’il éprouvait à son encontre, son désespoir semble total et surtout sincère , à tel point qu’il finit par nous inspirer une sorte de compassion .

 Des rebondissements à la pelle , on reste en haleine !

Tout d’abord : Suzanne , la  charmante stagiaire , n’est pas  seulement la victime du machisme de l’un ( Jack Lawson ) et de la lâcheté de l’autre ( Henry Brown mister Money is Money ), son passé recèle aussi des surprises ; la belle est donc aussi une menteuse qui utilise les deux maitres du barreau à ses fins et qui trouve les moyens de détruire plus rapidement ce client qu’elle juge coupable au premier regard.

C’est la honte qui submerge Montalembert qui le décide finalement à plaider coupable; c’est la culpabilité  et le calcul qui a entraîné l’avocat blanc à embaucher la stagiaire noire , ce sont les préjugés qui bousillent le plus surement notre capacité de jugement.

Montalembert :cet homme est coupable , il n’a rien vu , rien observé , s’est laissé porter par ses instincts préhistoriques : on chasse , on consomme , on oublie et on passe à l’activité suivante : la même ou bien , manger , dormir , les trucs basiques de notre belle humanité. A la fin , le mec se pend ou se jette dans l’eau glacée du Danube , ou… se déclare coupable ;

Pourquoi ? pourquoi cet acte de contrition finalement ? Moins à cause des traîtres paillettes de la robe rouge de la désormais victime avérée qu’à cause de la découverte de ce que cet homme est vraiment : celui qui a blessé profondément son ami, noir , par pure négligence en traîtant les femmes noires comme une sorte de marchandise exotique bonne à assouvir le désir de l’homme blanc.

Le client , à compter de cette révélation , de personnage abject passe à pitoyable type tombant de la lune , on en vient presque à le plaindre ( Excellent jeu de Alex Descas

Interrogeons-nous plus  souvent , nous commettrons peut-être moins d’erreurs , ce n’est pas Yvan Attal , monsieur Pourquoi qui nous en dissuadera !

Les temps de la pièce : résumé

1/ Décor planté : les personnages

2/ Pourquoi le client vient chez Attal ?

3/ On prend , on prend pas ? D’abord on cuisine le client jusqu’à ce qu’il crache le morceau

4/ On s’interroge sur la façon et les moyens techniques de défendre l’indéfendable ; comme on a du métier , on trouve

5/ finalement , qui est du côté de qui ? les peuples en haine le seront pour l’éternité , ne pas oublier ! se faire éventuellement des post-it

Les profs allemands n’ont pas le droit de faire usage d’autorité eu égard au passé désastreux de leurs ancêtres inventeurs des sinistres jeunesses hitlériennes .

L’avocat blanc , Yvan Attal , n’aurait pas embauché cette jolie fille , somme toute au parcours universitaire brillant , si la belle n’avait pas été noire .Pourquoi ? car il aurait pu être taxé de racisme ordinaire et risqué le blâme de sa confrérie ( et du monde entier si les médias s’en mêlent bien sur ! ).

L’avocat noir et associé n’aurait pas embauché la fille non plus . Pourquoi ? Parce que lui n’est pas encombré de la culpabilité pesante des blancs vis-à-vis des noirs bien sur ; du coup , son jugement est libre de toute entrave , ce qu’il exprime avec une belle élégance : “ tu t’es trompé , ce que veut cette fille , c’est ma b…. “

Race La Classe ! Refléchissons avant de penser !

ALLEZ AU THEATRE

SAISON FRANCAISE DU THEATRE DE BÂLE

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