Modigliani à la Fondation Gianadda

Catalogue de l'exposition Modigliani et l'Ecole de Paris 2013 Fondation Gianadda Martigny

Modigliani et l’Ecole de Paris  à la Fondation Gianadda  jusqu’au 24 novembre 2013

L’exposition rassemble environ 80 œuvres issues des collections du Centre Pompidou – invité pour la seconde fois à la Fondation Gianadda- complétées par 17 prêts provenant de Collections particulières et de musées suisses  parmi lesquels le Kunstmuseum de Bâle . La commissaire de l’exposition, Catherine Grenier, directrice-adjointe du  Centre Pompidou, met son évolution esthétique singulière en vis-à-vis des œuvres des artistes qui lui sont le plus proches. L’exposition s’attache tout particulièrement à l’amitié de Modigliani et de Constantin Brancusi . Une salle entière de l’exposition, est consacrée aux sculptures de ces deux artistes et de leurs amis modernistes, Jacques Lipchitz, Ossip Zadkine et Henri Laurens. L’exposition fait bien sûr la part belle aux artistes de l’École de Paris tels que Chaïm Soutine, Jules Pascin, Marc Chagall ou Moïse Kisling.

Les Cités d’Artistes :  solidarité , amitié , émulation, c’est l’Ecole de Paris

Le Bâteau Lavoir à Montmartre – anciennement Maison du Trappeur- a précédé La Ruche à Montparnasse .Un journaliste du Figaro , André Warnod , en 1925 , associe les artistes des 2 ateliers sous l’appellation commune : Ecole de Paris. Début du XXème  siècle  , les artistes formaient une sorte de corporation solidaire, une communauté libre , sans ressources plutôt marginale .  On se serre pour se tenir chaud au Lapin Agile à  Montmartre, on s’inspire les uns des autres , on s’admire , on rivalise ; il faut aussi un lieu pour  travailler et exposer les oeuvres ;  les galéristes n’existent pas à l’époque, ce qui  favorise l’émergence de ces  ateliers d’artistes  ; la providence  se concretise alors pour eux  par la visite des collectionneurs   attendus comme le Messie .Par exemple, l’américain Albert Barnes  dont la venue était synonyme de bombance , on fêtait ça! Pourtant Modigliani n’était ni  pauvre ( à l’origine du moins ) , ni issu d’une  famille illettrée ; au contraire , le jeune ” Dedo “ ,  ” Modi ” pour ses amis , a été éduqué  à Livourne par des parents issus de la meilleure bourgeoisie juive locale   ; il arrive en 1906 à Paris , ayant beaucoup plus lu que peint eu égard à cette éducation intellectuelle encouragée par sa mère , chargé  de  sa formation aux Beaux-Arts de Venise  et  en pleine émergence du cubisme  ; les locataires du Bâteau -Lavoir puis de la Ruche  se veulent  libres de toute entrave et de toute appartenance à un mouvement établi, au diable les impressionnistes  trop académiques ! Leur  nouvelle source d’inspiration – et pour longtemps – vient des  masques   des peuples africains et autre  civilisations  lointaines. Alors qu’était venu faire Amedeo Modigliani dans cette galère ? D’abord ,  sa mère l’encourage et le soutient financièrement dans sa volonté de devenir peintre , elle croit totalement en lui. ; ensuite , Paris est à ce moment le centre du monde artistique , the place to be pour les artistes, la capitale française respire la liberté , la pratique des ateliers partagés se développe, la chance d’expérimenter des formes d’esthetisme et des pratiques  nouvelles . Modigliani  rejoint les nombreux artistes  venus s’imprégner du foisonnement créatif concentré à Paris :Kisling, Soutine,  Brancusi, Fujita, Van Dongen , Derain… tous  se rencontrent  à Montparnasse, désormais la Babel de l’art, au milieu d’une faune de joyeux fêtards de plus en plus cosmopolite.Une ébauche de mondialisation : on produit sur place un travail artistique de tous les pays qu’on arrive parfois à vendre, bien que les circuits de distribution ne soient pas encore vraiment au point ; on est loin d’Internet et François Pinault ou Bernard Arnaud ne sont pas encore là pour abriter de précieuses collections dans des temples d’architecture dédiés aux artistes  courus par le monde entier . Modigliani croise cependant très tôt la route de celui qui deviendra son ami , son protecteur et son plus fidèle acheteur  alors que sa vocation de peintre s’esquisse à peine , le Docteur Paul Alexandre.C’est dans l’atelier que celui-ci ouvre aux jeunes peintres (Paris Xème )que Modigliani en 1909 rencontre Brancusi – arrivé à pied de Roumanie -pour la première fois.

La rencontre avec Brancusi  ” le paysan raffiné du Danube “

Lorsque Brancusi débarque à l’atelier de la rue du Delta , il sort tout juste de l’atelier de Rodin , autant dire que son environnement artistique  aurait pu difficilement être plus brillant ! la transitivité vers Amedeo Modigliani fonctionne à merveille : le maître  Brancusi ( il a seulement 8 ans de plus que son fervent admirateur ) sculpte des  visages  longs et fins , qui seront exposés et célébrés au salon d’automne en 1908, ceux-là mêmes qui deviendront la marque de fabrique d’Amedeo  peintre et sculpteur de 1910 à 1914 . Entre eux s’installe une relation stylistique presque équivalente à celle entre  Braque et Picasso dont les collages sont – pour moi en tout cas – pratiquement impossibles à dissocier.- Modigliani tombe  très volontiers tans la marmite de la sculpture dans les traces  de son ami Brancusi lui -même accompagnant ses contemporains , toute l’avant-garde du moment , dans la folie d’amour pour “l‘art nègre ” provenant d’Afrique , également à l’honneur chez l’allié de toujours , le docteur Paul Alexandre  grand collectionneur des fameuses  statues Baoulé de Côte d’Ivoire. Une opposition déconcertante  saute aux yeux  lorsqu ‘on observe  les portraits d’Amedeo Modigliani : les  visages allongés à la perfection intimidante , semblent exprimer au mieux une indicible lassitude , au pire une réelle souffrance .Même  ce  regard  vide translucide  qui ne devrait rien laisser entrevoir  de l’âme n’entrave pas l’émotion , exactement à l’image de Brancusi chez qui l’oeil du modèle   se   contente de s’ébaucher ; Modigliani ne se définit-il pas lui-même avant tout comme sculpteur  dont on reconnaît d’ailleurs les  références artistiques multiples : masques africains , art égyptien , arts Khmer et indien  . D’un autre point de vue , les  couleurs  chaudes et franches agencées avec un soin méticuleux  sur la toile  à la façon d’un Poliakoff  , adoucissent l’expression mélancolique partout  lisible  sans qu’aucun sourire  ne vienne en consolation . Les gens heureux n’auraient-ils rien à exprimer ?

Amedeo Modigliani, l’indépendant!

 

Longtemps , les artistes peintres ont puisé leur inspiration dans un monde hanté par les désastres de l’Histoire décrivant avec une précision poussant parfois à l’écoeurement des  batailles sanglantes emplies de chevaux et de soldats déglingués , des cérémonies en tous genres, comme le Sacre de Napoleon  , ou bien des scènes champêtres ,impliquant une frange de population ” Upper class “, des femmes élégamment chapeautées aux longues robes placées avec justesse sur la toile , sans compter les innombrables oeuvres  mettant en scène un Jesus en posture plus ou moins désespérée ; heureusement , le XXème siècle réinvente les thèmes investis par les artistes ; ainsi , Amedeo Modigliani  ne peindra ni Olympia , ni la Grande Odalisque ( dont il semble toutefois s’être  inspiré ) car il s’intéresse aux gens simples , ceux du peuple , les vraies gens de la vraie vie dont  les modèles sont  sa propre famille et  ses amis artistes et poètes  parmi lesquels Jean Cocteau ou Max Jacob .  Le style Modigliani ,c’est la  Classe !  Indépendance , absence d’esprit de chapelle , processus progressif de purification et schématisation des motifs jusqu’à  atteindre la plénitude  , finesse des traits, raffinement , sensibilité , grâce alanguie , mélancolie , lignes délicates et  douces…Tout cela se retrouve dans les séries de portraits ( plus de 300 au cours de sa trop courte carrière)  pratiqués par Modigliani à l’instar de ses camarades Utrillo ,  Suzanne Valadon ou Soutine . L’amitié qui lie Modigliani à ses amis de la Ruche n’a jamais impliqué  un abandon de son style personnel , une ligne dont il  ne s’éloignera plus : l’ adoption quasi exclusive de ce portrait hiératique que l’on retrouve sur les toiles représentant Jeanne Hébuterne , Elvira  ou Marie. Il est toutefois clairement influencé dans les premiers tableaux – La juive ( 1908 ) ou la Mendiante (1910 )- par le travail de  Toulouse – Lautrec ;  Cézanne  sera sans doute son maître es couleurs , mais Modigliani restera pour toujours le peintre du portrait ; tout le monde y passe ou presque : Brancusi bien sur , Soutine, Kisling, Lipchitz, Cocteau, Picasso , Rivera….

Modigliani , la mort lente du peintre maudit

Travailler  le marbre de Carrare pour un jeune homme dont l’état de santé est toujours vacillant , devient malheureusement pour Modigliani mission impossible , situation aggravée par une consommation de drogue et d’alcool croissante ; lors de la  déclaration de guerre le 1er Aout 1914  , alors qu’une grande partie de ses camarades est engagée sur le Front , il reste en retrait, réformé pour raison de santé ( la tuberculose l’attaque très jeune ) alors même qu’il demande à être enrôlé aux côtés des Français. L’absinthe , la Fée Verte  , célébrée comme la muse parfaite par tout ce  que le monde  compte de créateurs en ce début de siècle , d’Apollinaire à Picasso ,coule à flot ;  poison ravageur( 65° tout de même ) qui sera finalement interdit en France en 1915. De retour  forcé vers la peinture , Modigliani produira en 5 années , malgré les vapeurs d’opium et les quantités d’alcool ingurgitées , plus de 300 portraits qui représentent une galerie unique et bouleversante de toute une communauté marginale d’artistes de toutes origines et toutes appartenances.Rivera , Soutine , Picassso , Lipchitz,Zadkine,Kisling… Paul Guillaume succède de 1914 à 1916 à Paul Alexandre( disparu au combat ) comme marchand exclusif des oeuvres de Modigliani permettant enfin à celui-ci de s’assurer une situation financière salvatrice.A son tour ,le  poète Leopold Zborowski prend le relais jusqu’à la mort de Modigliani en 1920,  survenue à la suite d’une méningite tuberculeuse; il est enterré au Père Lachaise aux côtés de Jeanne Hébuterne, sa jeune compagne et la mère de Giovanna ( Jeanne ) . Modigliani, tout comme Van Gogh, eut une courte carrière mais marqua à jamais la peinture moderne de son empreinte de dandy. Pablo Picasso, sur son lit de mort en 1973, dans un demi-soupir, réclamera Guillaume Apollinaire et… Modigliani.

La Fondation Gianadda à Martigny

Le bâtiment est blotti dans un écrin de verdure merveilleux ou vous croiserez , Nikki de Saint Phalle , Rodin , Moore , César, Miro…La Fondation Gianadda est un grand site d’exposition d’art privé ouvert au public tous les jours de l’année, situé à Martigny dans le canton du Valais en Suisse. En 1976, à la mort accidentelle de Pierre Gianadda, son frère Léonard fait construire à sa mémoire, sur l’emplacement d’un temple celte  qui vient d’être mis au jour, un grand bâtiment aveugle en béton, posé au-dessus du temple.Des agrandissements souterrains ont été ménagés pour accueillir une collection d’automobiles anciennes et les dix chefs-d’œuvre de la Collection Louis et Evelyn Franck mis en dépôt. Plus de deux fois par an, des expositions sont organisées qui permettent de découvrir des œuvres issues de collections publiques et privées, rarement exposées au grand public. La Fondation abrite également une saison musicale avec de nombreux concerts où se produisent onze fois par an solistes internationaux renommés. L’artiste lyrique Cecilia Bartoli y a ainsi donné plus dix neuf récitals.

 INFORMATIONS PRATIQUES 

Fondation Pierre Gianadda Rue du Forum 59 1920 Martigny (Suisse)  Tél. n°: +41 (0) 27 722 39 78 Fax n°: +41 (0) 27 722 52 85 info@gianadda.ch OUVERT TOUS LES JOURS : Modigliani et l’école de Paris en collaboration avec le Centre Pompidou 21 juin – 24 novembre 2013 : 9 h – 19 h Tarifs exposition Modigliani et l’Ecole de Paris Le catalogue de l’exposition Modigliani et l’École de Paris reproduit en couleurs toutes les œuvres exposées.

Accès: 

-En voiture de Bâle  : 224 KM / 2h30 -En train de Bâle : 3h

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