Urs Blindenbacher chef du Jazz Festival Basel

Urs Blindenbacher Jazzfestival Basel photoVB

Urs Blindenbacher Jazz Festival Basel Leader : attention fondu de jazz !

Urs Blindenbacher , bâlois sexagénaire énergique et pressé  , est le maître d’œuvre du Festival de Jazz de Bâle depuis une quinzaine d’années . Dans la vie quotidienne , il est toujours  professeur d’allemand et d’histoire au lycée à Liestal et vit en famille  à Oberwil le Haut ; parallèlement , il enseigne comme TheaterPedagog  et  occupe le reste de son temps (…) à organiser des concerts.

Rencontre  au Hilton à Bâle juste avant le coup d’envoi du festival de jazz 2014 (4 avril au 10 mai ).

VB : Urs , comment a démarré pour vous l’aventure jazz bâloise ?

UB : je me suis intéressé très tôt au modern- jazz , vers 16 ans  deja ; en 76 ,le Safranzunft nous a reçus pour une première expérience , nous étions 4 étudiants  aux  moyens plutôt  modestes à l’époque  pour notre premier concert de jazz avec le tromboniste Albert Mangelsdorff,  concert  tout de même retransmis sur Radio Basel; nos émoluments ont servi à payer les musiciens!   Jusqu’en 81 , nous n’avions aucun sponsor .Après le Safranzunft ,  le  lieu est devenu très vite trop petit , nous nous sommes tournés vers d’autres salles :le Stadttheater, la  Musikakademie, le  Gundeldingercasino, plus tard le Stadtcasino Basel, le Volkshaus Basel, le Burghof  à Lörrach, le  Kunstmuseum Basel  et le  bird’s eye jazzclub bien sur.  J’avais  monté au début  un Jazz Work Shop au Totentanz, un bar à concerts à Bâle, puis j’y ai organisé un premier concert et fondé dans la foulée l’ancêtre de l’actuel festival : le ” Jazz in Basel ” puis l’association  Jazz by Off Beat  en 1990 , étroitement liée  à l’Ecole de Jazz de Bâle; aujourd’hui , Jazz in Basel /OFF BEAT  et l’Ecole de Jazz de Bâle sont regroupées sous le label JAZZ BY OFF BEAT/JSB .

Je dois dire aussi que j’ai eu une opportunité au début des années 80 de remplacer au pied levé au théâtre de  Bâle le chef  son ( un trompettiste de formation ) et j’ai pu du coup monter une douzaine de concerts  par saison . .

VB : depuis que vous avez fondé votre premier festival en 1990, votre public a-t-il évolué ?

UB : Bien sur , j’ai moi-même évolué puisqu’avant  l’aventure jazz dans les années 70  , mes goûts étaient tournés plutôt vers le rock , avec Hendrix ou Janis Joplin comme idoles ; ma passion pour  John Coltrane  et le jazz ne sont venues que plus tard. Nous sommes concentrés sur la musique qui trouve ses racines  dans le jazz , ou qui  s’inscrit dans le jazz contemporain  ,  comme par exemple la musique brésilienne ou africaine. Comme le précise Stefan Kurmann , directeur artistique du Bird’s eye , “le jazz est immense , il rassemble de nombreux styles , aujourd’hui  le jazz contemporain varie selon les composantes  rythmiques , harmoniques , mélodiques et les improvisations qui en résultent ; ce qui compte finalement , c’est la qualité et  l’authenticité “.

En fait ,la musique qui m’intéresse s’éloigne le plus souvent du jazz pur ;par exemple , on ne peut pas  vraiment ranger le trompettiste Ibrahim Maalouf , l’accordéoniste Richard Galliano  ou la chanteuse coréenne Youn Sun Nah dans une  case uniquement  jazz , ce serait réducteur; c’est aussi la raison pour laquelle j’ai mis en place la séquence Offbeat du Jazzfestival car elle me permet de faire découvrir au public des musiciens ou des genres musicaux innovants et surprenants. Souvent , les gens sont heureux de comprendre une musique qui leur était étrangère , et c’est un peu ma mission d’éclairer et d’élargir l’acceptation du public.

VB : vous avez diversifié les genres au fur et à mesure -world music, funk, electro-jazz…, les lieux des concerts aussi ; vous êtes l’homme de la diversité ? Le jazz pour Urs Blindenbacher , c’est de toutes les couleurs ?

UB :L’idée maîtresse est d’inviter à Bâle des musiciens de tous horizons pour croiser les  cultures , d’ailleurs le mot d’ordre 2014 est  ” dépasser les frontières ” . Notre  volonté  à terme   est d’aboutir à l’ouverture  d’un Campus-Jazz à Bâle assorti d’un orchestre , l’idée étant de de proposer une combinaison unique  en Europe entre formation pratique et théorique dotée de ses propres scènes et studios d’enregistrement   ; nous espérons ouvrir  le campus cet été.  Nous développons de plus en plus les collaborations et proposons des soirées autour  des styles et des origines des musiciens . Par exemple , nous ouvrons le festival  le 4 avril avec une soirée brésilienne autour de Hermeto Pascoal,  le 2 mai ce sera la nuit africaine avec Vieux Farka Touré, Ibrahim Maalouf sera à Bâle pour un concert ” oriental funk ” le 3 mai  et pour clôturer le festival 2014 nous aurons un concert consacré au fado avec Anna Moura , sans oublier les pianistes  qui sont  à l’honneur cette session ,comme Chick Corea qui sera chez  nous le 16 mai.

VB : depuis quelques années ,vous avez également décentralisé les concerts ; donnez-nous quelques  uns  des lieux que vous avez choisi cette année.

UB : deja en 84 , nous avions installé des musiciens à l’eglise gothique de Riehen , c’était un grand succès , puis , nous avons investi la  Cathédrale, puis la Elisabethenkirche ( mais mauvaise accoustique );  les musées  comme le Vitra Design Museum nous reçoivent  aussi  ( formidable !) , plusieurs concerts ont lieu à la Kaserne, à la Gare du Nord, au Volkshaus. Nous ne sommes pas les seuls à nous externaliser , le Bird’eye jazz club qui fête cette année ses 20 ans , donnera une série de  concerts  dans les parcs , Lange Erlen , Kunstraum Kieswerk à Weil am Rhein, Zum Kuss Caffé Kultur…Pour notre Jazzfestival ,  cette année , nous innovons avec une soirée ” Jazz et vin ” , ça se passera à Dreispitz à la cave Delinat avec le pianiste Stefano Bollani.le 9 mai. Le Kultkino projettera pendant le Festival des films musicaux liés au jazz.

VB: cette année  , 200 musiciens , 17 soirées à organiser , vous faites comment ?

Je ne suis pas seul , nous sommes tout de même une petite équipe  d’une douzaine , jusqu’à vingt autour de la pèriode du festival . Je dois préciser que chacun d’entre nous exerce une profession par ailleurs , je  continue moi-même à travailler à 50% comme prof d’allemand pour gagner ma vie. Je consacre volontiers le reste de mon temps à préparer des rencontres , concevoir des projets , créér des synergies  . La récompense du travail que nous fournissons  est le public toujours plus nombreux  et plus érudit  à qui nous  nous efforçons d’offrir des concerts de  haute qualité.

VB : après des pointures comme Bobby Mc Ferrin,Nigel Kennedy, Richard Bona , Raoul Midon, Roberto Fonsecca, vous avez encore des rêves bien sur ?

UB : plus que des noms , mon plus grand plaisir est  de découvrir des musiciens avant qu’ils ne deviennent célèbres , comme Diana Krall par exemple , ou bien de faire connaître au  public de nouveaux styles de musiques de musiciens reconnus  associées au jazz  ; cette année , je suis très heureux que nous ayons la visite du compositeur français Vincent Peirani (mercredi 7 mai ) , accordéoniste, clarinettiste, que j’ai découvert seulement cet hiver. Il fait partie de la génération future du jazz contemporain car ses nombreuses participations et enregistrements le conduisent aussi vers des univers  aussi variés que  la musique classique,  la chanson française, le thrash metal, le tango, ou  la musique macédonienne. C’est ça le futur du jazz.

En 2013, Vincent Peirani a reçu le Prix Django Reinhardt (musicien de l’année)

VB : Stacy Kent , Angelique Kidjo , Madeleine Peyroux , la scène jazz s’est largement féminisée : vous avez vos favorites ?

UB: non , pas véritablement , chacune a son style et c’est cette diversité qui est passionnante.Dans la catégorie jazz,  On rencontre davantage de  pianistes femmes , mais on ne peut pas dire que Diana Krall et Hiromi aient une façon identique de jouer; les chanteuses de jazz ne sont pas non plus interchangeables , Melody Gardot , Sandra Nkaké ou Diane Reeves , ne jouent pas dans le même registre.

VB : En 25 ans ,le public jazz at-t- il rajeuni ? l’externalisation vers des lieux comme la Kaserne a-t-il changé le regard  de ce même public ?

UB : oui , sans aucun doute . Aujourd’hui , le jazz est dépoussiéré , il y a un jazz à la mode et un jazz démodé ( big band , neworleans…),  et la Kaserne  qui est un endroit multiculturel  plutôt ouvert à une clientèle jeune, signe notre ouverture et notre volonté de rajeunissement du public , l’énorme succès du concert de Goran Bregovic ( 21 mars ) prouve que nous sommes sur la bonne voie même si  le jazz est joué le plus souvent devant un public de connaisseurs, car c’est une musique complexe et très variée. De façon générale , nous cherchons à nous adresser à un public plus large et plus jeune en faisant de nouvelles découvertes , par exemple avec le trompettiste franco-libanais  Ibrahim Maalouf  et son Octet funky.

VB : recrutez-vous vos musiciens lors des festivals de jazz , Juan-les-Pins , Montreux … ?

UB : je ne peux pas me rendre dans tous les festivals , mais je suis allé à Vienne , qui est plutôt de facture traditionnelle ; en France , j’aime bien aussi  Marciac et  Jazz à Nancy en octobre. Mais , d’une façon générale , j’écoute énormément de musique  sans me rendre dans les festivals du monde ( j’aurais un problème de temps ) ou je regarde pas mal de retransmissions de concerts, cela me permet de me faire une idée assez précise de l’actualité des musiciens que j’invite.

VB : pour  le festival 2015 ,avez-vous déjà des noms en tête ?

UB : il est bien sur un peu tôt pour en parler , mais je souhaite continuer dans la voie de la mixité, du mélange des cultures musicales avec une place de choix pour les musiques du pourtour méditerranéen, le trompettiste français  Stephane Belmondo fera , je pense ,partie de nos invités de marque.

VB : merci Urs de nous avoir éclairé sur la passion qui vous anime  depuis plusieurs décennies et bon festival !

En 2007 , Urs Blindenbacher a reçu le Kulturpreis de la ville de Bâle ( 35 ème édition ) pour son indefectible engagement , la qualité toujours grandissante des concerts qu’il organise dans le cadre du JazzFestival de Bâle en invitant des stars de renommée internationale mais aussi en faisant découvrir au public des musiciens et des styles  très éclectiques, sans oublier  d’encourager les jeunes talents  , en opérant une connexion intelligente  aussi bien avec  les musiciens locaux patentés que ceux de la scène internationale.

FESTIVAL DE JAZZ DE BALE

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