Jean-Philippe Dury chorégraphe français à Bâle

Le danseur qui abandonna  l’Opéra de Paris

Jean-Philippe Dury , pas encore trentenaire ,le danseur  qui a choisi de  quitter l’Opéra de Paris  à l’échelon Coryphée pour en découdre lui-même avec le métier de chorégraphe .

Le chorégraphe  Français Jean-Philippe Dury est né à Paris en 1978 où il commence à danser à l’âge de 6 ans ; il rejoint l’école de l’Opéra de Paris à 11 ans pour  devenir à 19 ans membre à part entière du corps de Ballet. Il a   joué les grands titres du répertoire comme Black Swann , Don Quichotte ,Raymonda et d’autres , et a travaillé pour de grands chorégraphes contemporains comme  Edward Lock, Jean-Claude Gallotta, Laura Scozzi, Maurice Béjart, Pina Bausch, Mats Ek, William Forsythe and Jirí Kylián…En 1998 , il gagne le premier Prix de danse contemporaine de Saint-Petersburg, en 2001 , il est nominé pour le premier prix de danse  à Florence ainsi qu’au Grand Prix  de la République d’Italie .Entre 2003 et 2004 ,il prend une année sabbatique de l’Opéra de Paris durant laquelle il danse pour les ballets de Monte-carlo.Puis , il retourne à l’Opéra de Paris dans la catégorie Coryphée.Entre temps ,il a monté ses propres chorégraphies : Fardo en 1999,Mémoires Oubliées (2001), Háblame (2003) et Les Jardins du Silence (2006), toutes représentations données à l’Opéra Bastille.

JP Dury a intégré  les Grands Ballets Canadiens puis la Compañía Nacional de Danza en Espagne.En 2013 , il a fondé sa propre compagnie, Elephant in the Black Box. Le ballet de Bâle a choisi de présenter «CEL Black Days», une pièce de Jean Philippe Dury de 2012, qui a remporté le premier prix au Talent Festival de Madrid en 2013.

Le jeune homme  et la danse

Entretien avec Jean-Philippe Dury  vendredi 3 octobre 2014 Bâle:

VB : bonjour Jean-Philippe : la danse , c’était une évidence , un héritage familial ?

JP D : pas du tout . Mon père m’avait posé la question : Pourquoi veux-tu danser ? Il était étonné puisqu’aucune influence ne venait de la famille , ni lui , ni ma mère n’étaient artistes .Par contre  ma mère était fan de musique classique et c’est sans doute grâce à elle que sont venus mes premiers émois musicaux avec Rachmaninov et Chopin ; la danse était  plutôt mon passe-temps du mercredi et du jeudi.

VB : quitter  volontairement l’Opéra de Paris pour un danseur , c’est plutôt atypique , non ?

JPD : oui , certainement , mais il faut imaginer que derrière le prestige , il y a les contraintes , les délais , le fait de ne rien décider , on est  en permanence totalement pris en charge et  c’est  terriblement angoissant , cela donne l’ impression tenace de n’avoir aucune prise sur son propre destin, d’être piégé dans une vie automatique de danseur formaté, un peu comme un produit de supermarché. J’ai du , à un moment m’interroger sur ce que je voulais faire de ma vie , si je voulais disposer moi-même de ma vie d’artiste ou suivre scrupuleusement la voie royale du danseur jusqu’à l’échelon Etoile puis accepter une fin de carrière obligée à 40 ans. J’ai su que je voulais monter des pièces moi-même et peut-être dans un registre plus contemporain que celui de l’Opéra Garnier- il n’y a pas de limite d’âge pour un chorégraphe- et j’ai quitté l’Opéra de Paris. . Mes amis m’ont tout de même traité de fou lorsque j’ai annoncé ma décision.

VB : tu as atteint ton rêve en créant ta compagnie  Elephant in the black Box ?

JP D: pas tout à fait , j’ai intégré  la Compañía Nacional de Danza de Madrid sous la direction de Nacho Duato,qui est à la fois mon ami et mon mentor, c’est clairement avec lui que j’ai construit  ma compétence  et développé mes possibilités en matière de creation , mais je ne dispose pas d’un lieu permanent pour faire répéter mes danseurs ,( nous sommes 8 ) , j’emprunte les salles au gré des contrats que nous obtenons , je ne suis plus salarié , il faut  donc  soigner les spectacles pour vendre le maximum de billets , c’est plus inconfortable mais en même temps , nous ne sommes pas sous les mêmes contraintes de délais ou de travaux à présenter ( 2 par an théoriquement ) car nous ne sommes pas une troupe.

VB : le nom de ta compagnie ,Elephant in the black Box , a-t-il une signification ?

JPD : oui , elle est liée à mes séjours à Bangkok . En Asie , Ganesh est le dieu des artistes  et il est incarné sur terre par un éléphant .La Black Box est pour moi  le lieu de création de l’artiste , ce qui le sépare du reste du monde et puis cette boite figure la foultitude des informations , des sentiments , des sensations ,  tout ce qui est humain , qui nous parvient sans cesse ,avec quoi nous devons composer.

VB : avec ta pièce  Cell Black Days, on évolue dans un monde qui serait cher au peintre Soulages : une variation dans le noir , le violet du sol , le gris  de l’écran , le noir des costumes japonisants des danseurs, le fond de la scène plongé dans le noir presque total ; l’ambiance est à la mélancolie ?

JPD : c’est le motif de  ma chorégraphie qui  est sombre . L’idée , c’est que nous sommes à la fois prisonnier et artisan de notre enfermement , nous créons nous-mêmes notre dépendance , nous sommes parfois englués dans  nos zônes d’ombre sans plus chercher  la lumière , on abandonne toute volonté de sortir de notre souffrance . CEL Black Days , c’est le combat que nous menons si nous nous sentons pris au piège en nous-mêmes et là tout  notre monde se colore de nuances de  gris , il n’y a plus de frontière définie entre l’intèrieur et l’extèrieur .Black days , ce sont les jours ou nous cédons à l’absence d’espoir , nous abandonnons notre ideal  et laissons ainsi vieillir notre âme et enfuir notre jeunesse. Juger la valeur d’un homme à la pureté de son âme me paraît plus juste que d’observer les rides qui signent son  vieillissement .

VB : Au début de CEL Black Days , une danseuse paraît seule , elle se déplace telle un félin ,torse nu . Cette demie-nudité a-t-elle une justification autre qu’esthétique ?

JPD : la nudité signifie l’humilité , l’idée que nous serons à la fin ce que nous étions au départ : poussière.”Personne ne naît avec des vêtements , n’est-ce pas ? .J’avoue que  ce choix n’a pas été partout  bien perçue y compris parmi les danseuses; par exemple , à Houston, il m’a été clairement indiqué que le T-shirt devait retrouver sa place –  mais je ne me suis pas laissé faire , le Tshirt est retourné dans l’ombre très vite .

VB : Cette danseuse semble évanescente , elle s’efface derrière les panneaux de voile pour réapparaitre  sur une vidéo occupant tout l’écran,  n’est-elle que sa représentation ?

JPD :il se pourrait  même qu’elle soit  déjà morte  ; elle pourrait avoir été tuée après avoir été violentée par ces  hommes sombres à l’arrière du plateau ;  les deux spots axés sur elle  figurent ce fameux tunnel de lumière par lequel nous passerions  entre vie et mort ;l’arrière-plan de la scène serait le côté du néant , mais sans rupture concrète avec le monde vivant.

VB : ça vous a  un petit air de Cocteau  et son Orphée et Eurydice passant de vie à trépas  en traversant  le miroir ,la porte par laquelle entre la mort. On peut bien imaginer le violoncelle de l’Islandaise Hilgur Gudnadottir en lieu et place de la Lyre du poète pour faire céder les verrous de l’au-delà. Sauf que dans Cel Black Days , il n’y a pas de passage , le néant  s’intègre au vivant , on ne sait pas ou ni quand commence l’un ou l’autre .

Sergio Bustinduy et Jorge Garcia Perez , deux hommes puissants , composent un très délicat duo sur scène à part leur rôle de porteur de caméra . Le contraste est saisissant entre la force qu’ils dégagent et le mouvement qu’ils interprètent.

JPD : oui , ce contraste m’a beaucoup intéressé , le jeu était de les amener à ne former plus qu’un , ils devaient se fondre l’un dans l’autre.

VB : décidément ,il n’y a plus de repères  : qui sont vraiment ces hommes , ou s’arrête la vie ou bien ou commence la fin de la vie , on est un peu désappointé.

JPD : oui , cela reflète ma propre perception ,je préfère douter et ne rien savoir de demain , garder mon âme libre de tous préjugés .J’ai utilisé  les gros spots pour figurer aussi l’œil de l’autre ,comme  une caméra indiscrète et  insolente qui imposerait la case , (la  box ? ) dans laquelle le voyeur te place pour te coller une étiquette . On ne sait jamais exactement tout , des gens , de ce qu’on doit faire et c’est le doute qui signe et préserve la jeunesse  . Par exemple , dois-je ou non prendre la direction de ma compagnie Elephant in the black Box  ? Oui , car nous n’avons pour l’heure pas de lieu fixe de repet à nous , nous empruntons des salles au rythme des contrats attachés à chaque production .Non , disposer d’une troupe implique des contraintes , un nombre fixé autoritairement de productions par an etc…

VB : comment  ça se passe  pour Cel Black Days avec le Ballet de Bâle?

JPD : merveilleusement bien ; d’ailleurs , nous sommes liés au Théâtre de Bâle du 1/10/2014 au 1/10/2015 ;  ici , on se sent en famille et on sent que les danseurs sont  à la maison  car,  sous la direction de Richard Wherlock , chacun existe par soi-même, pas seulement en tant qu’élément d’une troupe, et c’est aussi ce que j’aime chez Nacho Duato.Je suis du reste très heureux que  deux de mes jeunes danseurs (même si  nous ne sommes que 8 ) aient été intégrés depuis mai au Ballet de Bâle ( Emma Kate Tilson et  Ruben Banol Herrerra ) à seulement 19 ans; cela me réjouit car mon but n’est pas  l’autopromotion. Et j’ai trouvé  l’ensemble du Ballet de Bâle tellement extraordinaire que j’ai proposé 3 casts parce que je voulais à tout prix les faire tous danser- ils sont 30 tout de même!- , et ça a fonctionné parfaitement en seulement 3 semaines de répétition( habituellement , il nous en fallait 6 ) Il est vrai que la compétence des 2 répétiteurs ( Thibaut  Cherradi et Cristiana Sciabordi  )a été déterminante.

VB :parlons de l’avenir : quels sont tes projets en qualité de chorégraphe ?

Mes projets sont  deja bien engagés : il s’agira  des saisons d’une femme , je veux exprimer la sensibilité féminine  au long d’une vie ; c’est bien sur Vivaldi qui accompagne  “les 4 saisons de Victoria ” sur un arrangement de Max Richter, ( musicien  rattaché au mouvement post-minimaliste, vit actuellement à Berlin). Nous  serons 4 danseurs en tout Emma Tilson, Begoña Quiñones, Wody Santana et moi-même.

VB : merci Jean-Philippe , bonne chance pour cette prochaine chorégraphie et longue vie à Elephant in the Black Box .

Jean-Philippe Dury Coregraphe ©VB

CEL BLACK DAYS *BEST CHOREGRAPHY TALENT 2013* MADRID EN DANZA . DURY JEAN PHILIPPE from Elephant in the Black Box CPNY on Vimeo.

THEATRE DE BALE DANCE TALKS

Elephant in The Black Box Jean-Philippe Dury

 

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