Peter Doig à la Fondation Beyeler

Fondation Beyeler Peter Doig 2014 Photo VB

Peter Doig à la Fondation Beyeler du 23 novembre au 22 mars 2015

Peter Doig , l’homme qui aimait l’eau

Peter Doig Fondation Beyeler 2014 Photo VB
Peter Doig©VB

Cher Peter Doig ,l’eau est tellement présente dans votre oeuvre  que l’idée m’est venue que vous pourriez être un  descendant direct de  l’Atlantide ,  montrez vos mains ! Bon , plus prosaïquement , naître au pays des Lochs , partir pour les îles , passer par le Canada et ses grands lacs pour s’installer finalement à New-York la Megapole à vue plongeante sur l’Atlantique , a surement  imprimé une marque indélébile sur votre travail ; ça explique peut-être pourquoi , comme chez Dali où, en regardant bien dans les coins , on trouve souvent une scène  avec des personnages semblant sauter des tableaux impressionnistes , chez vous, il y a toujours un peu d’eau , au loin , au premier-plan  ou bien  dans les couches diluées de certaines toiles  ( Man Dressed as Bat 2007 ). Peu importe , avec vous , on nage dans les bonheurs  , celui de  faire des ronds dans l’eau , juste pour voir ce que ça fait ( Blotter 1993)) , celui de  glisser en pirogue juste pour entendre le bruissement de la coque dans l’eau (100 years ago 2005/2007 Centre Pompidou ), on veut aussi écarter la mousse espagnole pour découvrir les geometries de Le Corbusier ( Cabin Essence 1993- 1994 ), on veut chausser les skis juste pour le plaisir ( Ski Jacket 1994 ), on sèmerait même les beans avec le paysan tant il fait ça avec élégance( Young bean farmer 1991) …

Chacun sa nature ou la couleur des sentiments

Peter Doig Fondation Beyeler 2014 Photo VB
Peter Doig©VB

La nature peut être plus ou moins habitée et c’est cette nuance qui la rend aimable , familière ou au contraire intimidante et hostile . Par exemple ,chez Caspar Wolf ( exposé en ce moment au Kunst )  , la nature est distante , froide car elle est déserte ; chez Peter Doig , il y a toujours quelqu’un pour nous rappeler la vie , la nôtre , en mieux , en couleurs  et au pluriel ; le vert est classiquement le symbole de la nature ,les feuillages des arbres , la mer, la montagne  …Quand on était môme , à l’école  on avait des tubes de peinture avec plein de verts différents, émeraude , absinthe , olive , jade, menthe, tilleul , véronèse…  c’était fascinant cette foultitude de nuances , plus de fifty shades of green ! Combien de nuances de verts a bien pu utiliser Doig pour  habiller les palmiers  qui encadrent son homme qui marche dans le fameux Pelican ( stag)2003- qui est un homme pas un pélican , les pélicans sont  seulement l’inspiration – ? La palette utilisée par Doig est infinie , et la fresque realisée  avec ses élèves specialement pour la Fondation Beyeler dans la salle Renzo Piano  en est la preuve vivante en quelque sorte . La fresque repose sur ” House of Pictures ( Carrera ) de 2004, une oeuvre qui traîte du thème de la vision ou ouvre des aperçus imaginés sur un monde imaginé avec , à l’arrière-plan , la silhouette de l’île -prison de Carrera , située au large de Trinidad. Dans certaines toiles exposées à la Fondation , Doig semble avoir emprunté le  meilleur des palettes des grands maîtres qui l’ont précédé , on croit retrouver exactement les teintes outranciéres de la buveuse d’absynthe de Picasso dans le Paragon de 2006, à moins que ce ne soient les danseuses de Matisse qui aient fortement inspiré l’artiste, ou Cezane dans les Young Bean Farmer . Mais la couleur empruntée n’est pas tout dans une toile   , encore faut-il lui insuffler la dose d’ l’humanité qui  la lie à celui qui regarde.

Peter Doig Fondation Beyeler 2014 Photo VB
Peter Doig Fondation Beyeler 2014 ©VB

Ancrage à la realité : photos de famille , coupures de presse , films …

Au Souterrain de la Fondation sont présentées – outre la fresque monumentale – dans une salle les gravures de Peter Doig , pré-oeuvres  mises en scène  par le jeu d’un accrochage  carrément génial , figurant une suspension en apesanteur  en milieu aquatique ; dans une autre salle ,un film selectionne une série de clichés iconographiques indiquant clairement les sources d’inspiration de Peter Doig concretisées en autant d’expéditions fantastiques dans un monde merveilleux – ou pas -où la nature s’épanouit en couleurs somptueuses . Les toiles ou l’on croit apercevoir une version du ciel étoilé de VanGogh comme peut-être  dans ” Gasthof zur Muldentalsperre “, sont en fait une réminiscence des bombardements de Bagdad montrés en boucle à la télé en 1991 , le Kayak est un élément essentiel lié à la jeunesse de Doig à Trinidad puis à ses séjours au Canada où le Canoë est une image archétypale canadienne  ; une des gravures est le résultat d’une photo prise d’une scène  finale de Vendredi 13 ou la fille est seule isolée sur son canoë, la toile Echo Lake  correspond à une scène du film . Ulf Küster , en conversation avec Peter Doig , interroge l’artiste  sur l’aspect biographique ou autobiographiques de ses peintures , ce à quoi Peter Doig répond ” qu’il y a certainement quelque chose de ça“. Le tableau ” Blotter ” représentant un personnage  regardant ses pieds dans un environnement enneigé ( Couverture du catalogue ), est le résultat d’une photo arrangée mais aussi inspirée par les Chasseurs de Courbet ( Que Peter n’avait donc pas vu avant son séjour à la Fondation Beyeler ! ), mais Blotter ( buvard est aussi lié au souvenir de la première expèrience LSD de Doig en 1974, assez efficace pour que le sol lui paraisse mouvant et digne d’un intérêt attentif , comme son personnage, en realité son frère , 28 ans , et non un jeune garçon vaguement solitaire . Comprendre ou Cherchez la vraie vie !

Peter Doig ,né à Edimbourg en 1959 , qui a vecu entre le canada et Trinidad de nombreuses années avait posé ses valises  entre New-York et Londres  pour finalement revenir s’installer à Trinidad avec sa femme et leur 5 enfants ; il est  un des artistes contemporains les plus cotés actuellement . En 2007 , ” White Canoë ” a été vendu pour 11,3 $ millions  ,  en 2013 ” The Architect’s Home in the Ravine ” pour 12 millions .Le catalogue de l’exposition est publié en allemand et en anglais et contient un tiré-à-part en français; ce catalogue est abondamment illustré ( 177 reproductions )et contient des contributions d’Ulf Küster et de Richard Shiff, historien de l’art américain; CHF 62,50 disponible à la boutique de la Fondation Beyeler et en ligne sur shop.fondationbeyeler.ch

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Bâle
Tél. + 41 (0)61 645 97 00
Fax + 41 (0)61 645 97 19
E-Mail : info@fondationbeyeler.ch

Ouverture : tous les jours 10h à 18h, le mercredi jusqu’à 20h

Peter Doig©VB

VISITE GUIDEE EN FRANCAIS DIMANCHE 25 JANVIER  15h à 16h CHF7

Spearfisching©VB Young bean farmer©VB Pelican©VB
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2 thoughts on “Peter Doig à la Fondation Beyeler

  1. Comme toujours à Beyeler c’est une exposition magnifique à ne pas manquer.
    J’ai découvert Doig et j’en suis bien contente. Quelle palette de couleur ! Des toiles immenses qui illustrent ses photos, ses souvenirs et ses rêves avec la nature au premier plan et un homme ou la trace de son passage, pour exprimer l’incongruité de la place de l’homme dans la nature

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