Zelda et Scott était mardi à la Coupole

Zelda et Scott:  Amour , gloire , beauté et champagne.

Premier tableau : tout va bien , on est à New-York , on s’amuse , on rigole , on  brille , on étincelle , on danse et on boit beaucoup… de champagne , oui , au début , l’alcoolisme est mondain, esthétique ; c’est la rencontre Zelda Sayre ,Francis Scott Key Fitzgerald , la phase séduction  toute en virevoltages   au rythme échevelé  du Charleston  joué sur le côté gauche de la scène par le trio  du Manhattan Jazz Band. Le lit ( magnifique )façon Art Deco qui trône au beau  milieu donne le ton ; il sera , au début, le  terrain de jeu propice à toutes les galipettes pour les tourtereaux insouciants entre deux sorties nuiteuses , festives et alcoolisées.  Zelda , Chloé Lambert qui , après Sara Giraudeau  détentrice du  rôle lors de la creation de la pièce  il y a un peu plus d’un an , campe une sorte de fée clochette ,  certes sensuelle et sexy  mais tenant davantage de la Lolita sautillante   que de la vamp sulfureuse  à qui les hommes ne savent résister. L’interprète choisie par Renaud Meyer est toutefois fidèle à l’originale Zelda dont le minois charmant  dans la realité  évoquait plus celui d’une fillette  même pas délurée que  celui d’une épouse mère de famille, marquée par les années et l’absence de fantaisie.

 

Libertinage à tous les étages : Scott/ Julien Boisselier ,  absolument crédible dans la peau du belâtre écrivain imbibé , souvent partiellement dénudé (remarquons du coup le discret tatouage sur l’épaule droite) , pour des raisons de vraisemblance , c’est entendu , nous est au début très sympathique en victime consentante de celle dont la folie guette ; il essaie mollement de résister aux assauts répétés de la belle pour écrire son second roman , après le succès de ” l’Envers du Paradis ” ( titre funestement prémonitoire ? ), il est amoureux et ça se voit ! Elle l’est aussi , mais elle  doit partager son trop plein d’empathie pour le sexe opposé , notamment en direction d’Ernest Hemingway / Jean-Paul Bordes , qu’on est tout surpris de voir débarquer ; on a tort . Ces trois-là , au début , ont tout pour se plaire : ils aiment faire la fête , boire , écrire. Fitzgerald a déjà acquis sa célébrité , se fend  de conseils et de paroles consolatrices pour son ” ami ” débutant  timidement en littérature , il flatte dans des emportées lyriques  : ” il y a eu Flaubert , Kafka , Conrad , il y aura Hemingway !  Mais arrêtez cette verbosité , ça manque de fulgurance tout ça ! Ecrire , c’est arracher un bout de soi ! Dans le même temps :” savez-vous combien on m’a déjà versé pour Gatsby ? 15000$ ! ” Là , on commence à moins aimer le personnage , le déclin est proche , tout proche .

 

Zelda et Scott : alcoolisme , folie , déclin et déchéance

Second tableau : Hemingway a prévenu Scott : lâchez Zelda , elle est folle ! Pourtant , la vie devrait continuer à être si plaisante , les amants tourmentés sont à présent sur la Riviera Française mais de névroses  en psychose , le couple se déchire : Scott a perdu l’inspiration et continue à piller , cette fois , non plus seulement  dans le journal de sa femme , mais dans les textes de son ” ami ” Hémingway aux pieds duquel il se traîne lamentablement ; sa femme Zelda traîne comme une âme en peine , s’ennuie de son amant ; Renaud Meyer amène ce retournement de situation subtilement et inexorablement ; on descend aux enfers très vite avec ces mariés maudits  et on souffre pour eux ; ou est la flamboyance d’antan?

Zelda laisse libre court à sa folie , elle qui n’a  jamais cessé la quête  vaine  de sa propre identité artistique, Zelda écrivit  pourtant des nouvelles et des articles de magazine avant de devenir obsédée par une carrière de ballerine, pour laquelle elle s’entraîna en vain jusqu’à épuisement.Lorsqu’elle fut admise en sanatorium en  1930, on lui diagnostiqua une schizophrénie. En 1936, Zelda fut internée dans l’hôpital psychiatrique .Chloé Lambert joue le rôle de Zelda , sombrant litteralement dans la démence , à la perfection , sa tirade-monologue  finale suinte le désespoir  et les tournesols à ses pieds n’attenuent en rien la perception de la souffrance et de la solitude de celle qui fut jadis si joyeuse et qui aima tant la vie, tout au contraire.

 Zelda Fitzgerald meurt à l’âge de 47 ans( 1948)  dans l’incendie de l’hôpital psychiatrique de Asheville qui fait huit autres victimes parmi les patients. Zelda était aussi écrivaine , elle a publié e, entr’autres un roman semi-autobiographique “Accordez-moi cette valse,”  1932. Scott fut furieux de voir ainsi des éléments de sa propre existence repris dans le livre de son épouse, alors qu’il fit de même, spécialement dans “Tendre est la nuit,” publié en 1934. C’est dans la misère que Scott Fitzgerald meurt à  Hollywood en 1940 à l’âge de 44 ans,  alors qu’il exerce la profession détestée de scénariste. Il laisse le fort prometteur Dernier Nabab inachevé. Le temps a fait de Fitzgerald l’émouvante incarnation du talent gâché et incompris.

Zelda & Scott La Coupole ©VB
Zelda & Scott La Coupole ©VB

Le couple a donné  naissance à  leur enfant unique, Frances « Scottie » Fitzgerald en  1921 , ce qui  n’a pas eu  de conséquence apaisante sur leur vie et bien que Zelda adore l’enfant et lui écrive fréquemment, Scottie est quasiment élevée par des nurses  et reste souvent éloignée de ses parents. Frances a eu 4 enfants , elle est décédée en 1986 et a mené une carrière de journaliste  aux Etats-Unis.

 Julien Boisselier citant Woody Allen :  

«Il ne faut jamais oublier que les gens qu’on croise en montant, on les croise aussi en descendant.»

THEATRE LA COUPOLE

[DISPLAY_ULTIMATE_SOCIAL_ICONS]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton back to top