Le Misanthrope au Théâtre de Bâle

Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux de Molière

Axiôme : les codes de la société ne sont qu’artifices.

” On ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter” Pascal

Pauvre Alceste , s’il avait vécu à notre époque , il se serait surement pendu ou se serait laisser enfermer tant la haine a ajouté à l’hypocrisie et la malhonnêteté  tant intellectuelle que morale ambiantes , vertus si bien partagées  qui le torturent au plus haut point et le désespèrent de voir jamais l’avènement d’ une humanité …humaine franche , sincère et directe !

Alceste hait l’humanité toute entière, y dénonce l’hypocrisie,  l’obséquiosité et la compromission. Et on le comprend Ô combien ! On aimerait bien aussi être celui qui a le courage de dire ce qu’il pense au risque de se mettre tout le monde à dos; dès la première tirade , on approuve en applaudissant silencieusement

« Sur quelque préférence, une estime se fonde. Et c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde. » Mais bien sur ! C‘est tellement vrai qu’on aimerait être  l’auteur de cette belle  maxime et surtout être capable de l’appliquer , mais en général , on est celui qui ne dit rien , celui qui consent , celui qui ménage la chèvre et le chou , qui met de l’eau dans son vin , qui dit , “je suis absolument d’accord avec vous mon cher , mais …”-bémol ravalé aussi sec à la moindre contradiction un peu vive. Comme notre lâcheté ne connaît aucune limite !

On est jamais mieux servi que par soi-même

Michel Fau , pour qui le Misanthrope et ses tirades interminables n’ont pas de secret ( il l’a deja interprété à Nice durant plusieurs années sous la direction de Jacques Weber ), s’est  lui-même mis en scène pour camper un  brillantissime et fort crédible  Alceste , cheveux longs filasses – signe évident et visible de son opposition au monde pleutre et hypocrite de la Cour enperruqué de façon risible et carnavalesque-il  porte son mauvais caractère en bandoulière et lance son dégoût de la race humaine à la face du monde , en particulier celle de Philinte –Jean-Pierre Lorit– ami raisonnable fort sobrement voire cléricalement accoutré , argumentant sur les bons côtés du consensus ou l’intérêt de se mettre à l’unisson du plus grand nombre  pour ne pas se mettre la rate au court bouillon inutilement et dont le calme ne fait qu’exaspérer l’énervé pathétique.

Tout cela n’aurait pas vraiment d’importance si l’infortuné Alceste , à coup sur ancêtre travesti de Jean Yanne , n’était pas tombé en amour pour la belle Célimène, Julie Depardieu , toute de séduction et de fausse naïveté,  courtisane non officielle de son état et dont l’esprit , réduit pourtant à la moquerie , coquette et médisante. Le vertueux Alceste vendrait son âme pure- croit-il- au diable pour obtenir et conserver pour lui tout seul les faveurs de la belle  qui n’a de cesse de faire tourner le tribun mal luné en bourrique suppliante , comme ses compagnons d’infortune d’ailleurs .Par exemple, Oronte – Jean-Paul Muel- amant improbable mais carrément inénarrable de la coquine , affublé d’une chose froufrouteuse dans un camaïeu très réussi  jaune d’or, occupé une partie de la pièce à vendre son médiocre sonnet à Alceste. Le grincheux atrabilaire doit aussi compter avec les marquis , Roland Menou et Frederic le Sacripan ( Giroutru ) faire-valoir comiques , fayots de service de la séductrice convoitée.

Tout cela ne serait rien sans les costumes-David Belugou- , le décor-Bernard Fau- , le maquillage-Pascale Fau– . Les comédiens , excellentissimes sont servis par l’ auteur bien sur , par le metteur en scène , encore bien sur, mais aussi par un environnement théâtral superbement baroque qui accroche le regard pour mieux porter cette galerie de personnages , marioles  grotesques figurant à la perfection la pantinitude de l’acteur chère à Valère Novarina dans une version de la Comédie Humaine jouée  à la Cour du Roi Soleil dont les répliques continuent de se faire sentir en notre siècle .

“Qui osera , qui osera se lever dans la loyauté de son âme et dire : cet homme est un flatteur ?…Le cuistre se prosterne devant l’imbécile cousu d’or.Tout est oblique ; ”

Shakespeare , Timon d’Athènes, Acte IV, scène 3

“Ne nous emportons point contre les hommes …ils sont ainsi faits, c’est leur nature, c’est ne pouvoir supporter que la pierre tombe, ou que le feu s’élève “La Bruyère, Caractères 1688

Faut-il choisir son camps ?

PROCHAINES REPRESENTATIONS DE LA SAISON FRANCAISE DU THEATRE DE BALE

THEATRE DE BALE

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