Philippe Lepeut au Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg

Philippe Lepeut. Listen to the Quiet Voice du 11|04|2015 au 31|10|2015

Artiste mais aussi éditeur (pour le label Écart Production dont il est co-fondateur) et enseignant (auprès de la Haute École des Arts du Rhin), Philippe Lepeut (né en 1957 à Nantes) se présente volontiers sous la formule sibylline : « Je suis nombreux ».Cet ancien pensionnaire de la Villa Médicis, épris de peinture qu’il pratique jusqu’en 1991, parvient au fil des quelque quarante œuvres présentées (photographies, vidéos, installations sonores), à proposer au visiteur un voyage à travers les champs visuels et sonores qu’il investit depuis maintenant 30 ans.

Philippe Lepeut Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg Photo VB
Philippe Lepeut©VB

Une aile de papillon, une météorite, les reflets d’un cristal taillé, une voix qui hurle ou qui chuchote, deviennent autant de points départ d’œuvres qui brillent d’une grâce discrète, non spectaculaire, telle un secret révélé à mi-voix. Cette voix basse, c’est la « Quiet Voice » que le titre de l’exposition nous suggère d’écouter, c’est là l’une des cartes du jeu Obliques Strategies, sorte de Yi King contemporain crée en 1975 par des artistes (le musicien et producteur Brian Eno et le peintre Peter Schmidt) pour les artistes. Conseil ou injonction, c’est la pierre angulaire de l’exposition, le point de départ de ce projet qui rassemble des travaux allant de  1998 à aujourd’hui et dont la plupart sont présentés pour la première fois au public.

Le matériel  côtoie l’immatériel, le coquillage voisine avec le bruit du vent, l’imposante pierre taillée abrite un réseau de câbles qui diffusent les fréquences. Un espace interactif est également prévu au sein même de l’exposition ; agora à vocation artistique, c’est le lieu où Philippe Lepeut, l’artiste qui aimait les artistes, convie ses pairs pour une intervention (projection, performance ou discussion) en présence du public.

L’exposition donnera également lieu à plusieurs événements musicaux et cinématographiques qui, tous, contribuent à cerner cet artiste de l’oblique, auteur compositeur d’une poésie plastique qui oscille entre classicisme et nouvelles technologies.

Commissariat : Estelle Pietrzyk, Conservatrice du patrimoine, Directrice du MAMCS

Le CEAAC présente également du 17 septembre au 18 octobre 2015 « À une autre vitesse » une exposition consacrée aux aquarelles et encres de l’artiste.

PARCOURS DE L’EXPOSITION EXTRAITS

Philippe Lepeut MAMCS Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg  Photo VB
Philippe Lepeut MAMCS©VB

L’AFFICHE

Pour ouvrir l’exposition, Lepeut, adepte des démultiplications (il est notamment performeur sous le nom de DoomBrain) nous propose l’un de ses avatars, ici sous l’objectif du photographe Simon Laveuve. À mi-chemin entre référence historique (on pense au Joseph Beuys de « La Rivoluzione siamo noi » à qui Lepeut emprunte la posture) et pop culture (le fantôme de David Bowie période Heroes plane aussi sur ce personnage), ce portrait a été pris au cœur de la Galerie d’Anatomie Comparée du Museum National d’Histoire Naturelle, lieu fétiche de l’artiste.  C’est  son histoire qui est contenue dans cette photo : ses heures passées à arpenter le Museum étant enfant puis, plus tard, avec ses enfants et sa façon de bâtir son œuvre à partir de ce qui a traversé les siècles, objets réels, reliques ou croyances, pour en tirer une nouvelle grâce qui trouve un écho avec notre époque.

DANTE

Avec cette série de six photographies, l’artiste réfère à l’auteur de L’Enfer sans toutefois préciser auquel de ses cercles appartiennent ces « damnés ». À partir de crânes issus de la vaste

Dante Philippe Lepeut Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg  Photo VB
Dante Philippe Lepeut©VB

collection du Musée Zoologique de Strasbourg, soit à partir d’objets d’étude scientifique, Lepeut compose des œuvres qui doivent davantage à la peinture qu’à l’image reproductible. Peinture ? Photo ? Au-delà de l’aspect technique qui régit ces trompe-l’oeil, c’est aussi le degré de mise en scène qui intrigue dans cette série : chaque vitrine/photo, intouchée par l’artiste qui les saisit frontalement, devient pourtant par le truchement de son objectif le théâtre de ce qui semble une scène tragique ou bouffonne.

SILENCIO

Réactivée et développée spécialement pour Listen to the Quiet Voice, cette œuvre discrète est néanmoins bien présente au point de donner à l’exposition sa colonne vertébrale sinon son armature. En effet, le visiteur peut entrer dans la salle sans prêter d’attention particulière à ces trois haut-parleurs, placés en triangle, chacun étrangement relié à une pierre, qui restent muets pendant des laps de temps importants. Lorsqu’ils s’animent, ce sera pour prononcer un seul mot : « Silencio ». Ces trois syllabes deviennent le point de départ d’un voyage vers la fiction tant les trois voix qui le prononcent incarnent à elles seules une situation, un personnage, voire une œuvre entière. Le premier « Silencio » est une injonction, c’est la voix autoritaire d’un gardien de la Chapelle Sixtine qui intime au visiteur l’ordre de faire le silence. On doit le deuxième « Silencio » à Fritz Lang, ou plus exactement réalisateur dont il tient le rôle dans le film Le Mépris de Jean-Luc Godard : ce silence est celui qui précède le mot « Action » sur un plateau de tournage. Le dernier est chuchoté de façon mystérieuse par une femme. Ce « Silencio » renvoie au club éponyme, lieu du rêve, du fantasme, du film Mulholland Drive de David Lynch.

Ces « Cris et chuchotements » ponctuent l’exposition de leurs accents et de leurs éclats, se font oublier le tant d’un instant mais vont en fait imprégner profondément la visite de chacun.

 SUITE OUZBEQUE

Construite comme une suite musicale, dans laquelle chaque pièce instrumentale serait jouée par un ensemble thématique, cette Suite Ouzbèque réunit 22 photographies présentées au public

Philippe Lepeut Suite Ouzbèque Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbour  Photo VB
Philippe Lepeut Suite Ouzbèque©VB

pour la première fois. Sont ainsi « jouées » simultanément, trois partitions comprenant chacune plusieurs photographies (un format par série) que l’artiste distingue ainsi : on rencontre une première série intitulée « Les plans de coupe », scènes de vies et paysages saisis lors de son voyage en Asie Centrale, ainsi que des modèles anatomique mis en scène ; puis, « Le bord de choses » qui regroupe des traces, des empreintes, des ombres, autant de témoins attestant d’une disparition ; enfin, « Les images saisissantes » proposent une promenade parmi les pierres, photographiées comme des modèles d’étude ou tenues au creux de la main. Cette Suite Ouzbèque qui s’étire sur près de dix mètres est une invitation à appréhender dans une lecture simultanée plusieurs temporalités, plusieurs lieux, plusieurs échelles. Chaque image pourrait être le prétexte à un micro-récit, Philippe Lepeut choisit d’éviter l’anecdote au profit d’un mur d’images proche de la fugacité d’un souvenir.

ATMOSPHERE, SÉRIE

Cette série de sept photographies, dont trois sont présentées dans l’exposition, invite le regardeur à partager l’intimité – savamment composée – de l’artiste qui dévoile ici une partie de son « Locus Solus ». Sur un plan de travail devenu tableau via une perspective redressée, on voit ainsi se côtoyer, comme dans un cabinet de curiosités, les « outils » de Philippe Lepeut. L’artiste, prompt à se présenter sous la formule : « Je suis nombreux », livre ici quelques unes de ses facettes : le peintre, l’artiste du son, le collectionneur, le lecteur, le promeneur-cueilleur,… sont ainsi évoqués via un ou plusieurs objets agencés selon une mise en scène digne d’un tableau-piège de Spoerri. Des univers très différents co-existent ainsi dans ces photographies, de la technologie la plus sophistiquée au minerai le plus brut, de l’attirail de l’artiste classique aux objets scientifiques, formant un large réseau de références interconnectées qui définissent une méthode de création rhizomique.

VOGEL

Suspendu au bout d’un câble fixé au plafond, un cristal de roche allongé taillé en pointe diffracte la lumière. Au cœur de la salle d’exposition, Philippe Lepeut a placé cet élément mobile aux

multiples connotations, des plus scientifiques aux plus occultes, créant ainsi une légère instabilité dans le parcours du visiteur. L’œuvre – dont le titre signifie « oiseau » en allemand et qui renvoie simultanément à Marcel Vogel (1917-1991) chercheur connu pour ses travaux sur les quartzs ayant conduit une carrière auprès de la société IBM avant d’orienter ses réflexions vers l’ésotérisme – fascine et hypnotise. Oscillant entre plusieurs pôles (la terre, le ciel), le cristal peut aussi se lire comme une métaphore de l’œuvre d’art, constamment tiraillée chez Lepeut entre plusieurs disciplines, les sciences dures et l’ésotérique, soit des domaines qui requièrent tous deux une initiation.

ESPACE INTERACTIF

Fondateur en 2003 de l’Association Écart Production qu’il préside depuis, Philippe Lepeut a entrepris depuis plus de 12 ans un travail de production et d’édition d’une sélection d’artistes vidéo. Aujourd’hui, ils sont plus de 20 artistes pour lesquels Philippe Lepeut a entrepris un travail de collecte, d’archivage et de mise en forme éditoriale prolongeant ainsi la diffusion et la compréhension de ces œuvres.

Sa démarche éditoriale participe pleinement de son travail d’artiste, aussi a-t-il proposé d’inclure, au sein même de l’exposition qui lui est consacrée, une salle dédiée à ses « invités ». Cet espace interactif, dessiné par les étudiants de l’option design de la Haute École des Arts du Rhin, sera réservé à l’accueil d’artistes invités par Philippe Lepeut, conviés à proposer une lecture, une performance, une projection,… dans le cadre d’un dialogue avec lui et avec le public.

BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE

Philippe Lepeut est né à Nantes en 1957, il vit et travaille à Strasbourg et Imbsheim. Enfant, il visite à plusieurs reprises le Museum National d’Histoire Naturelle, il est fortement marqué par la Galerie d’Anatomie Comparée.

  •  1978-1984 : diplôme en Histoire de l’Art Contemporain et en Arts Plastiques (Paris I, La Sorbonne et Institut d’art Saint-Charles)
  •  1984-2002 : professeur à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes
  •  1991-1992 : pensionnaire de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis
  •  Depuis décembre 2002 : professeur à la Haute École des Arts du Rhin
  •  2003 : crée Écart Production, édition et production de vidéos d’artiste. Début d’un travail d’éditeur pour un label qui regroupe aujourd’hui plus de 20 artistes vidéastes (première édition en 2005).
  •  2007 : crée PHONON-LAB, laboratoire de pratiques sonores, avec Joachim Montessuis
  •  2010, crée HORS-FORMAT avec Pierre Mercier, Francisco Ruiz de Infante, Éléonore Héllio, Joachim Montessuis

Les œuvres de Philippe Lepeut sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées parmi lesquelles :

  •  Fonds National d’Art Contemporain
  • MAC/VAL, Musée d’Art Contemporain du Val de Marne
  • Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg
  • Musée Goya, Castres
  • Musée de La Roche-sur-Yon
  • Fonds municipal de la Ville de Paris
  • FRAC Alsace
  • FRAC Aquitaine
  • FRAC Basse-Normandie
  • FRAC Champagne-Ardenne
  • Artothèque de Nantes
  • Artothèque de Strasbourg

INFORMATIONS PRATIQUES

MAMCS Mur Buren  Musée Art Moderne et Contemporain de Strasbourg V Photo B
MAMCS Mur Buren©VB

Lieu : Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg 1, place Hans-Jean-Arp / tél. 03 88 23 31 31

Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h. Fermé le lundi

Tarifs : 7 euros / 3,5 euros (réduit)

www.musees.strasbourg.eu

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