Claire Morgan à la Fondation Fernet-Branca

Claire Morgan artiste taxidermiste

Claire Morgan ©David Holbrook
Claire Morgan ©David Holbrook

Fondation Fernet‐Branca à  Saint‐Louis  du 13 juin au 15 novembre 2015

Ouverture : Du mercredi au dimanche 13h‐18h Pendant Art Basel 15 au 21 juin 2015, ouverture de la Fondation du lundi au dimanche 9h 18h.

La Fondation Fernet‐Branca est heureuse d’accueillir les œuvres de Claire Morgan dans le cadre d’une coproduction avec le Osthaus Museum Hagen et le Kunstsammlung Jena.
Pour chacun des lieux, l’exposition s’adapte à l’espace dédié. Ici, à la Fondation Fernet‐Branca c’est 500 m2  qui est consacré à son travail.
Claire Morgan utilise la taxidermie pour questionner l’impermanence des choses, son travail consistant en des mises en scènes géométriques d’animaux empaillés. L’artiste souhaite que ses animaux présentent un élément d’énergie, une réalité interagissant avec l’ensemble plus vaste des formes architecturales.
Elle crée ainsi des univers desquels se dégage une énergie qui est comme solidifiée : le temps y paraît suspendu.
Claire Morgan a par ailleurs coutume de jouer sur plusieurs registres pour entremêler les règnes végétal et animal : la gravité, le temps, la vie, la dégénérescence et la mort; tous ces paramètres sont communs aux deux règnes selon des rythmes différents.

Claire Morgan©VB
Claire Morgan©VB

La préoccupation de Claire Morgan concerne donc notre rapport à la nature et à l’écologie. Une mélancolie émane de son travail : il s’agit de questionner notre désenchantement face au monde qui nous entoure.
Ses installations empreintes de mélancolie qui mettent en scène l’animal ne sont donc en réalité qu’une représentation de nous‐mêmes, face à la dégénérescence du monde.

Jeune artiste irlandaise, Claire Morgan s’approprie la taxidermie pour mettre en perspective « l’immortalité comme un mystère impénétrable » dans une conscience de l’impermanence des choses.
Si la taxidermie est présente dans l’art d’après‐guerre chez les artistes   comme R. Rauschenberg (les Combines de 1954 à 1962) et plus tard chez Jannis Kounellis (1979), l’animal empaillé est fortuit. Pour Claire Morgan en revanche, c’est lui qui mène la danse, qui est au centre de l’événement, c’est par lui que tout arrive.
Étymologiquement, « taxidermie » signifie « la mise en ordre de la peau », il s’agit donc d’une manière de repositionner les choses dans leur contexte.
Maurice Blanchot écrit que « la mort suspend la relation avec le lieu », que « la présence cadavérique établit un rapport entre ici et nulle part ». Il en va de même avec la dépouille animale. Le vivant que l’animal était est  insituable, mais le mort qu’il est devenu à beau s’être transformé en « chose », en objet de taxidermie, c’est à partir de ce moment qu’il commence à ressembler à lui‐ même. Il y a un devenir‐monument de l’oiseau qui est « si absolument lui‐ même qu’il est comme doublé par soi ». N’étant plus accaparé par l’action, n’étant plus fonctionnel, il apparaît. (Antonin Artaud)

L’artiste récolte elle‐même des animaux morts accidentellement et  les empaille. Ils sont ensuite mis en scène dans des constructions géométriques d’insectes ( les mouches sont

Claire Morgan©VB
Claire Morgan©VB

l’objet d’un élevage pourterminer soigneusement épinglées sur un fin cordon vertical)  de pissenlits, de plastiques colorés, etc. Cette rencontre des plus étranges crée une fragilité, un instant suspendu, un « arrêt sur image ». Claire Morgan concentre dans ses installations une force et une énergie qui imposent à elles seules une forte présence. Le territoire devient l’espace. Espace qu’Albert Einstein aurait peut‐être défini par « rien n’est fixe… ». Il émane cependant de cet univers une énergie qui paraît comme solidifiée.
« Mon travail traite du changement, témoigne Claire Morgan, du temps qui passe, et du caractère éphémère de tout ce qui nous entoure. Pour moi, créer des structures d’apparence solide ou des formes faites de milliers d’éléments suspendus individuellement ont une relation directe avec mon expérience de ces forces. Il y a un sentiment de fragilité et une absence de solidité qui se retrouvent dans toutes les sculptures. Je les ressens comme si elles étaient entre le mouvement et l’immobilité, et donc remplies d’une certaine énergie. »

Claire Morgan précise que dans son travail, elle « ne veut pas que les animaux délivrent un récit mais qu’ils présentent un élément de mouvement ou d’énergie, une espèce de réalité interagissant avec l’ensemble plus vaste des formes architecturales ». On retrouve cet « élément d’énergie » décrit par Deleuze : « En art, il ne s’agit pas de reproduire ou d’inventer des formes, dit‐il, mais de capter des forces ».

Claire Morgan©VB
Claire Morgan©VB

Malgré les protagonistes mis en jeu (renard, oiseaux, chat, mouche, aigrettes de chardon et de pissenlit, nylon, polycarbonate), nous ne sommes pas face à un événement banal. L’auteur ne nous laisse pas présager de l’action qui va survenir, tout est énigme ; et pourtant tout est clair ou presque. Nous pouvons penser ici à la peinture de Pompéi où Médée se prépare à tuer ses enfants. Le temps est suspendu, comme avant l’orage, ce moment extrêmement lourd, tel le silence avant la foudre. C’est l’instant d’avant.
Il se joue également une temporalité d’un genre double qui nous questionne sur les rapports entre humains et non‐humains, vivants et non‐vivants.

Sentir le passage du temps, c’est éprouver le passage en soi, non ce qui passe. C’est évacuer tout support, toute substance. Ni analogie, ni ressemblance formelle, c’est une identité de fond, un affect qui circule et se mélange avec d’autres affects pour donner une symbiose qui défait toute prévisibilité entre les corps.
Claire Morgan joue donc sur plusieurs registres pour entremêler les règnes végétal et animal : la gravité, le temps, la vie, la dégénérescence et la mort ; ces paramètres sont communs aux deux règnes selon des rythmes différents. Tout cela, elle le rend palpable et ces rythmes eux‐mêmes, visibles. Ce qui compte, c’est le procès du monde, son déroulement conjoint avec ce qui le peuple. Claire Morgan attache beaucoup d’importance aux titres de ses œuvres qui, dit‐ elle, « ajoutent un élément ironique ou comique permettant de les garder ancrées dans le monde que nous humains, habitons ».
La préoccupation de Claire Morgan concerne aussi notre rapport à la nature. Ces animaux ne sont autres que nous‐mêmes, ils ressemblent « à notre façon de fonctionner, de vivre et de souffrir dans des environnements  que  nous avons créés pour nous‐mêmes ». Une dimension écologique émane de ses installations où tout semble possible, le bien/le mal, la vie/la mort, l’ordre/le chaos. L’artiste vient peut‐être également mettre en garde les hommes sur le fait que la mort est d’actualité s’ils n’adoptent pas une approche plus écologique du monde.
Une mélancolie imprègne également le travail de Claire Morgan. Face à son désenchantement, l’animal a une plus grande conscience du monde. Cette préoccupation de la mort, de la

Claire Morgan©VB
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dégénérescence et de la décrépitude  des choses et des êtres est très présente dans ses œuvres.
Si l’on se souvient de la « Melancolia » de Dürer et de l’analyse de Panofsky reprise par Jean Clair : « La conscience mélancolique […] est la conscience de l’homme qui, sous l’influence de Saturne, est plus apte que quiconque à la pratique des mathématiques, à l’ars geometriae, le cinquième des arts libéraux et à leurs diverses applications ».
Chez Claire Morgan, la géométrie de ces espaces : Speaking  Volumes, Building… ainsi que les formes circulaires : Nipple, The Owl and the Pussycat, peuvent être mis en relation avec cette entreprise de l’esprit géométrique de l’architecture présente dans la peinture .Ici, dans une version contemporaine de l’installation,elle est relative à la mélancolie, qui, comme chez Dürer sait « lâcher la proie de l’être pour l’ombre des apparences ».2 Chez Claire Morgan, l’animal est une représentation de nous‐même, et aussi de l’Ange de Dürer.

Sources    :
VALÉRIE GLANSDORFF ‐ UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES. Article publié dans la Revue d’études esthétiques Figures de l’art, n° 27 « Animal/Humain : passages » [dir.] D. Méaux, 2014, p. 243‐254
Galerie Karsten Greve

La Fondation Fernet‐Branca publie un catalogue de son travail pour l’exposition.

La Fondation Fernet‐Branca remercie très chaleureusement la Galerie Karsten Greve et tout particulièrement
Katja Hupatz Directrice de la Galerie de Cologne.

L’exposition Claire Morgan est une coproduction entre :la Galerie de Cologne.  le Osthaus Museum Hagen

www.fondationfernet‐branca.org

Nos partenaires :

Fondation Fernet‐Branca

Président: Jean Ueberschlag, ancien député‐maire de Saint‐Louis

Directeur de la Fondation
Pierre‐Jean Sugier

Commissaire de l’exposition
Pierre‐Jean Sugier

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