Marlène Dumas à la Fondation Beyeler

Visite guidée Alliance Française de Bâle mercredi 24 juin à 16h Inscription auprès de Richard Mansour : tél +41 61 421 1338, courriel : r.mansour@breitband.ch

Visite  publique en français le 7 , 14 juin , 26 juillet 23 août 15h à 16h Entrée +CHF7

Marlene Dumas “The image as burden” 31 mai au 6 septembre 2015

L’amour , la mort , l’identité , le deuil

Marlène Dumas Evil is banal ©VB
Marlène Dumas Evil is banal ©VB

L’exposition “The image as burden” , présente un choix de plus de cent toiles et dessins ainsi que quelques collages ,et  offre un vaste aperçu de la création de Marlène Dumas (pas de filiation avec Alexandre Dumas ), des années 1970 à aujourd’hui centrée sur son intérêt pour la figure humaine. Ses  thèmes  de prédilection sont la mort scénarisée ou non et la nudité , sexuée ou non, le racisme , la religion . La première salle constitue un prélude tout à fait singulier. Avec The painter(1994), The sleep of Reason ( autoportrait fleuri 2009),et Helena’s dream( 2008 ), elle présente 3 tableaux qui illustrent le programme central de l’œuvre de Marlène Dumas.

La rétrospective proposée par la Fondation Beyeler est la plus vaste jamais consacrée en Europe à cette artiste originaire d’Afrique du Sud née le 3 août 1953 au Cap. Marlène Dumas quitte en 1976 le pays de l’Apartheid  pour s’établir  à Amsterdam où elle vit aujourd’hui.
Sa première exposition personnelle a eu lieu en 1979 dans une galerie parisienne. L’artiste est considérée aujourd’hui comme “l’une des représentantes les plus remarquables de la peinture de notre temps”, selon la Fondation Beyeler. Elle a étroitement collaboré à la conception de l’exposition, avec le concours du Stedelijk Museum d’Amsterdam et de la Tate Modern de Londres.

Douceur , sincérité, humour

Une jeunesse: Marlène Dumas n’est pas une fille de la ville , elle a grandi dans une ferme à Kuilsrivier auprès de ses parents , de ses frères Pieter et Cornélis et de ses grands-parents – la belle-mère de sa mère et sa grand-mère Ouma Totie – Son enfance s’est passée agréablement à observer vivre et mourir  les animaux de la ferme , par exemple les poulets- comme ils couraient sans tête avant de terminer leur course vaine en vedette du repas dominical -ou la naissance des chatons patiemment attendue au fond du jardin en écoutant un feuilleton à la radio. L’autre distraction était le Drive-in cinéma du samedi soir, magique,  même si les films étaient souvent mal visibles à cause de la pleine-lune

Marlène Dumas The Teacher Sub A 1987©VB
Marlène Dumas The Teacher Sub A 1987©VB

, de la pluie ou de l’angle de vision . Marlène adorait jouer et dessiner dans le sable , et aussi l’imagerie des contes de fées , les histoires de la Bible et tous les cartoons américains autour de ces sujets. “J’ai commencé à dessiner pour 2 raisons :  d’abord pour me retirer dans un monde intime, privé, ensuite pour impressionner les autres  en montrant ce que j’étais capable de produire en quelques coups de crayons “.

La jeunesse de  Marlène Dumas est ponctuée d’évènements tant personnels que sociétaux qui sont le fil d’Ariane de sa production picturale,  comme la mort de son père survenue alors qu’elle n’avait pas encore 13 ans  , quelques années avant les débuts du mouvement Hippie auquel elle ne s’identifie pas vraiment même si elle suit de loin le Festival de Woodstock comme les copines de la pension à l’époque , où elle peine à respecter  les règles trop strictes ; elle raconte les punitions subies  parce qu’elle se promenait pieds nus , parce qu’elle ne s’habillait pas comme une fille ou qu’elle portait le peignoir de son père décédé. C’est tout de même la Girls High School Bloemhof qui lui  fournit ses premiers sujets artistiques , elle n’avait auparavant rien dessiné qui soit lié à sa vie n’ayant ni la patience ni la concentration nécessaire pour cela. Elle était davantage versée dans le dessin psychédélique , bien que n’étant consommatrice d’aucune drogue précise-t-elle.

Curiosité  intellectuelle et construction  artistique

“Il y eut tant de premières fois ! en 72 , j’avais 19 ans et je ne m’étais encore jamais assise à côté d’une personne de couleur ; je n’avais encore jamais partagé un repas avec une famille juive ou musulmane. J’ai découvert la poesie d’Allen Ginsberg grâce à Michael Oblowitz puis les films de Bergman, Resnais et Godard puis les pièces de Jean Genet et Tenessee Williams. J’ai commencé à m’interesser à la photo en achetant d’abord un livre de David Goldblatt, photographe sud-africain qui a décrit le paysage politique sud-africain en particulier la pèriode de l’Apartheid ( récompensé en 2009  par le prestigieux Prix  Henri-Cartier-Bresson) . J’écoutais aussi beaucoup Dylan. En Afrique du Sud , en matière artistique , l’abstraction n’était pas la règle , nous les jeunes lisions des ouvrages tels que The dematerialisation of the art object de Lucy Lippard et c’est ce qui nous excitait. Comment faire de l’art était la vraie question . Après  quelques temps d’errance artistique , Marlène Dumas retourne à ses premières amours , la figure ,le portrait en lieu et place des pin-up kitsch de ses débuts . C’est avec son premier Polaroïd qu’elle shoote ses amis proches .

L’éclosion de la veine artistique et le  travail d’après photos

Marlène Dumas Genetic Longines©VB
Marlène Dumas Genetic Longines©VB

Dès les années 80 , la concentration de l’artiste sur la figure humaine a donné naissance à des portraits individuels et de groupe pour lesquels elle utilise des techniques picturales traditionnelles ,encre de Chine sur papier ou huile sur toile . Agenouillée sur le sol, elle étale précautionneusement l’encre de Chine très diluée sur de grandes feuilles de papier. Les couleurs intenses succèdent à cette technique pour laisser entrevoir des portraits dont la puissance expressive laisse pantois comme la toile représentant la grand-mère Martha-My Ouma 1984 ou Genetic Longing 1984 dont les tons explosifs rappellent Kirchner et qui sont présentés à la Fondation Beyeler.

L’artiste  a crée de nombreuses séries portant message comme au début des années 90 dont Black Drawings ( série provenant  d’une collection de photos de 1991 illustrant la façon dont l’Europe colonialiste se figure l’Afrique ) . Les visages choisis n’y sont pas obligatoirement amicaux car on peut imaginer que les personnes portraiturées n’aient pas toutes apprécié d’être traitées en objets d’études anthropologique façon Venus noire ; l’intérêt de Marlène Dumas se porte sur la représentation , l’appropriation  de l’image ; en cela , dit-elle , son travail est proche de celui de Cindy Sherman . Elle insiste sur le fait que sa série n’est pas seulement  une évidente dénonciation de l’Apartheid , mais  aussi un hommage à la peau noire du peuple africain .

Pour sa contribution à la Biennale de Venise en 1995, Marlène Dumas a crée une ensemble de tableaux de figures de femmes plus grandes que nature, s’inspirant de différents types féminins comme le top-modèle Naomi Campbell et Marie Madeleine. Son jeu avec les clichés et les stéréotypes charme et déconcerte tout à la fois.Vers l’an 2000, le spectre thématique de son inspiration s’élargit pour inclure des sujets qui agitent le monde.Les œuvres créées après cette date révèlent de façon impressionnante la faculté de la beauté picturale à représenter également des scènes d’horreur.

Je n’ai pas besoin de modèles , j’aime être seule , je travaille presque toujours d’après photos” (démarche parfois nécessaire par souci de se protéger contre le coup de foudre du peintre pour son modèle, ce qui peut rendre malheureux surtout si on est marié ! cf conversation Thomas Schütte à propos de Marlène Dumas catalogue  ) : des coupures de presse , des polaroïds personnels, des cartes postales …l’artiste a réuni une somme de références iconographiques, multitude de petits cailloux blancs offrant à l’observateur une repérage consciencieux du monde comme il va ou ne va pas. On visite ainsi des galeries de portraits où l’on reconnait pêle-mêle Ben Laden (vendu au Stedelijk Museum en 2010), Jim Morisson , Amy Whinehouse ( 2011), Pasolini, Bacon , Cocteau, Oscar Wilde…

Marlène Dumas Snow White©VB
Marlène Dumas Snow White©VB

Il y a une grande contradiction , en apparence tout au moins,  entre l’allure de l’artiste , personne souriante à la chevelure de lionne , décontractée , déambulant  tranquillement en Birkenstock dans les allées de la Fondation  Beyeler aux bras de la commissaire d’exposition Theodora Visher lors du vernissage ce samedi , et le contenu  parfois violent de l’œuvre présentée : des corps de femmes , d’hommes ou d’enfants meurtris , des visages dont on ne peut déterminer s’ils appartiennent à des vivants ou des morts ( Alfa 2004 ) , d’autres tordus de douleur ( For Whom The Bell Tolls 2008 ) des scènes d’arrestation ( The Trophy 2013 )…Pour nous éclairer , Marlène Dumas a rédigé un merveilleux ensemble de textes , de déclarations , d’aphorismes , de longs essais et de fragments poétiques, publiés l’année dernière  dans une version élargie intitulée Sweet Nothings.Notes & Texts.

” J’écris mes tableaux comme des chansons d’amour. ”  MD

Le titre de l’exposition , ” The Image as Burden “ , reprend celui d’un tableau de 1993 également présenté à la Fondation Beyeler. On y voit deux personnages , dont l’un porte l’autre. Ce motif a été inspiré à l’artiste par une image de ” Camille ” , un film de George Cukor datant de 1936 avec Greta Garbo et Robert Taylor. Grâce à ce titre , l’artiste attire l’attention des spectateurs sur la complexité de la relation entre tableau et peinture : ” il y a l’image ( la photographie qui sert de source ) par laquelle on commence , et l’image ( le tableau peint) sur laquelle on s’arrête, et les deux ne sont pas identiques. J’ai voulu accorder plus d’attention à ce que la peinture fait de l’image , et ne pas seulement tenir compte de ce que l’image fait de la peinture .

” I am an artist who uses secondhand images and firsthand experiences ” 1993

The Sleep of Reason 2009©VB
The Sleep of Reason 2009©VB

MEDIATION AUTOUR DE L’EXPOSITION

Jeudi 2 juillet 3 sets d’environ 15 minutes chacun à 13h 15h30 et 17h

Improvisation musicale avec marc Ribot, compositeur et guitariste américain

Vendredi, 17 juillet 2015, 19 h

Patti Smith An intimate evening with words and music.COMPLET Un nombre limité de ticket sera en vente à la caisse du soir.

Vendredi, 14 août 2015, 18.30 h

Lecture avec Marlène Dumas Conférence aura lieu en anglais et est comprise dans le prix d’entrée du musée.

 Catalogue de l’exposition Marlene Dumas allemand anglais

FONDATION BEYELER

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