René Noël le peintre qui aimait les grenouilles

Je suis franc comtois, comme Courbet!

René Noël ©VB
René Noël ©VB

Et voilà comment on tombe dans la marmite de l’art , un mic-mac de choses farfelues directement piochées dans la vraie vie et celle d’à côté , celle de l’imagination, celle de l’esprit. Pourtant , René s’était lancé avec passion dans la reliure , son vrai métier dit-il (il travaillait comme relieur à la maison d’édition Babylone à Strabourg )-, il a commencé les Arts Déco puis a enseigné la photo à l’université de Strasbourg ( 1992-2005 ) ayant acquis des compétences supplémentaires comme archiviste du Département à Belfort dans le secteur consacré à la  photographie et aux livres historiques. Le thème privilégié de ses conférences à ce moment est le Totentanz , en particulier les travaux de Niklaus Manuel Deutsch et  ceux de  Posada.

Les graveurs qui ont consolidé son goût sont ceux du XIXème siècle , de Bresdin  à Alfred Kubin ( dont les thématiques mortuaires n’ont ceci dit rien à voir avec le travail poetique et humoristique de René ) , la Renaissance germanique  et ses plus grands représentants comme Dürer ou Holbein est une pèriode qui l’interesse beaucoup et bien sur l’art japonais de la gravure  dont il admire la technique si raffinée.

René Noël commence véritablement sa carrière d’artiste au début des années 90 en faisant sa première exposition monographique dans un restaurant proche de la Cathédrale; c’est le début d’une série de fresques dessinées et peintes dans différents lieux publics de Strasbourg mais aussi d’illustrations pour des livres et des revues , enfin d’autres expositions d’abord en France , puis en Allemagne et en Suisse.

René Noël , complice de Jean de La Fontaine

Sa plus fidèle muse reste sans nul doute  la nature, faune et flore mêlées ,  qu’il observe de son oeil

René Noël 2015 ©VB
René Noël 2015 ©VB

malicieux , prêt à tailler un costard sans concession ,mais avec tendresse , au genre humain et construisant au fil de ses trajets en tram et de ses haltes dans les cafés bâlois , un bestiaire humanisé fait pour rire et sourire où  grenouilles et autres corbeaux tiennent la vedette. Cher René , quelle malchance a eu Jean de la Fontaine de ne pas partager votre siècle , il aurait trouvé en vous l’illustrateur parfait , facétieux à souhait , de ses quelques 240 fables , bon , mais vous êtes artiste , vous n’êtes pas travaillleur à la chaîne , n’est-ce pas ? Et puis , votre passion animalière est focalisée en grande partie sur les grenouilles , pourquoi donc ?

 Pourquoi cette passion durable  pour nos amis batraciens ?

D’abord , j’ai grandi près d’un étang et le coassement des grenouilles a bercé une partie de mon enfance , ! Il faut dire que les théories de Jean-Pierre Brisset à propos de la place de la grenouille dans notre patrimoine génétique , participent à mon interêt . Mais ,  je ne suis pas toujours focalisé sur les grenouilles , il y a aussi les souris , je les ai beaucoup aimées quand j’étais à Paris dans le 2ème et le 3ème , tout ça c’est la faute à Max Ernst ! René a découvert les surrealistes dans les années 60 et en a été fortement influencé , il utilise d’ailleurs des techniques s’ajoutant à son travail à l’encre ,qui sont celles des collages de Max Ernst, juxtaposant des éléments pêchés dans des revues anciennes sur ses personnages actuels.

Comme la Fasnacht bâloise a ramené le Totentanz sur le devant de la scène

René Noël©VB
René Noël©VB

Lorsque j’ai rencontré René Noël à Bâle au café Manger & Boire  , il a tout de suite raconté comment , en 1997 , il a fait connaissance d’ Adrien , le patron , juste au moment de la Fasnacht bâloise . Le carnaval de Bâle , René connaît depuis les années 70 mais reste  fasciné par la volonté des bâlois de préserver leurs traditions , leur identité ; du coup , il a commencé à peindre des lanternes et les chars pour la clique Basler Rolli , cela a duré 7 ans! René ne peint plus de Laternes mais chaque année , en septembre , il couvre les murs du  Manger& Boire des sujets de son choix . En 2014 , il avait représenté les 7 péchés capitaux d’après une copie d’un tableau d’Arcimboldo, d’où lui est venue l’idée d’intégrer une toile ancienne dans sa fresque. Le prochain thème du mur sera peut-être  la ” Venus au miroir ”  de Véronèse ou la Danse des Morts d’Holbein ( la préférence d’Adrien) , confie René.” Ce qui me plaît , ici , c’est le côté éphémère de mon travail , sauf ma grenouille originelle ,  celle de 1997 qui reste à sa place .

Nous avons toutes les chances de croiser René à Bâle , il y vient chaque jour d’Hégenheim où il habite , pour peindre et se poser là où le mènera son inspiration , tout son matèriel prêt dans le sac-à-dos bourré de crayons et de feuillets , car il adore cette ville qui le lui rend bien , il a d’ailleurs été exposé au CartoonMuseum en 2007.

NB : Jean-Pierre Brisset  après de longues années d’étude et d’observation des grenouilles dans les marais angevins, publie plusieurs ouvrages défendant la thèse de l’origine batracienne de l’homme. En 1913, Jules Romain découvrant cette oeuvre originale, a l’idée d’organiser un canular : Jean-Pierre Brisset sera élu Prince des penseurs. Après ce jour de gloire, de nombreux écrivains s’intéressent à l’oeuvre de Brisset parmi lesquels : Max Jacob, Raymond Queneau, Marcel Duchamp, Michel Foucault et André Breton qui lui apportera une gloire posthume en lui consacrant un chapitre de son Anthologie de l’humour noir.

RenéNoël©VB
René Noël Manger et Boire ©VB

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