Beauté Congo à la Fondation Cartier

La Fondation Cartier rend hommage à l’artiste congolais Kiripi Katembo

Kiripi Katembo est décédé mercredi 06 août 2015  des suites d’une malaria contractée à Kinshasa (République démocratique du Congo).
La Fondation Cartier lui rend hommage. Le talentueux  photographe n’avait que 36 ans.

Propos recueillis par Jean-Christophe Lanquetin et Dominique Malaquais en avril 2015.

Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko jusqu’au 15 novembre 2015 à la Fondation Cartier

La rencontre d’André Magnin avec  les artistes populaires kinois

André Magnin Commissaire©VB
André Magnin Commissaire©VB

André Magnin, commissaire général de l’exposition , raconte son arrivée à  Kinshasa en 1987 et  sa découverte de la scène artistique populaire grâce au peintre Chéri Samba  et à l’architecte maquettique » Bodys Isek Kingelez . Ces artistes, qui avaient commencé comme peintres publicitaires, décorateurs ou illustrateurs, avaient installé leur atelier dans les rues passantes de Kinshasa afin que leurs toiles, exposées sur les façades, soient visibles de tous. Ils peignaient des scènes de la vie quotidienne congolaise que des Européens achetaient. Ils avaient acquis une certaine notoriété depuis l’exposition Art partout, organisée à Kinshasa en 1978.

Ces artistes font clairement appel  à la mémoire collective, à l’histoire locale. Leurs peintures en témoignent : scènes de bars, fêtes nocturnes, rumba, sapeurs (Membres de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE), disputes de voisinage. Peintres reporters de l’urbanité, ils étaient connus et appréciés du Tout-Kinshasa pour leur manière sérieusement drôle de traduire l’endurance de leur société .

André Magnin n’a plus quitté les artistes kinois.  “Je les ai suivis, collectionnés, publiés, exposés dans les institutions dédiées à l’art contemporain, au Centre Pompidou, au Guggenheim de Bilbao, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, au Grimaldi Forum de Monaco, à la Documenta de Kassel, à la Biennale de Venise, à la Fondation Agnelli, aux musées de Houston, de Washington, au Japon, en Corée du Sud, en Australie, au Brésil…”

Les artistes Exposition Beauté Congo 1926-2015©VB

Depuis 1994, André Magnin a réalisé à la Fondation Cartier pour l’art contemporain plusieurs expositions avec Hervé Chandès , en particulier celles consacrées aux plus fameux artistes congolais que sont Chéri Samba, Bodys Isek Kingelez et Moke. C’est donc naturellement que la Fondation Cartier présente aujourd’hui quatre-vingt-dix ans d’art moderne et contemporain au Congo – une première mondiale.

L’art populaire du Congo allie liberté, variété, humour et  beauté . La Fondation Cartier propose un voyage  en compagnie des artistes d’art contemporain  de la République Démocratique du Congo entre art brut et art naïf , peintures humoristiques qui épinglent joyeusement les figures politiques du pays , maquettes futuristes ou montages photos saisissants .

La peinture moderne au Congo dans les années 1920

Prenant pour point de départ la naissance de la peinture moderne au Congo dans les années 1920, cette exposition audacieuse retrace près d’un siècle de production artistique congolaise. Si la peinture est au coeur de l’exposition, la musique, la sculpture, la photographie et la bande dessinée y ont aussi leur place et offrent au public l’opportunité unique de découvrir la diversité et la vivacité de la scène artistique de ce pays.

Les artistes précurseurs

Dès la fin des années 1920, alors que le Congo est encore une colonie belge, les artistes « précurseurs » Albert et Antoinette Lubaki et Djilatendo livrent les premières oeuvres sur papier connues, écrivant ainsi les prémices de l’histoire de l’art moderne congolais. Souvent figuratives, parfois abstraites, leurs oeuvres traitent avec poésie de thèmes liés à la nature, à la vie quotidienne, aux fables locales et aux rêves. Après la Seconde Guerre mondiale, le Français Pierre Romain-Desfossés s’installe à Élisabethville et fonde l’Atelier du Hangar. Au sein de cette école de peinture qui restera ouverte jusqu’à la mort de son créateur en 1954, les artistes Bela Sara, Mwenze Kibwanga et Pili Pili Mulongoy apprennent à laisser libre cours à leur imagination et créent, dans des styles propres d’une étonnante inventivité, des oeuvres lumineuses et jubilatoires.

Les artistes populaires

Cheri Samba ©VB
Cheri Samba ©VB
JP MIka©VB
JP MIka©VB

Vingt ans plus tard, l’exposition Art partout présentée à Kinshasa (1978) révèle au grand public de nombreux artistes se proclamant « artistes populaires ».
Fascinés par l’environnement urbain et soucieux de la mémoire collective, Chéri Samba, Chéri Chérin et Moke produisent une nouvelle forme de peinture figurative s’inspirant d’événements quotidiens, politiques et sociaux, dans laquelle toute la population se reconnaît. Papa Mfumu’eto a lui aussi exploré la vie quotidienne et les combats ordinaires dans ses créations prolifiques de bande dessinée dont la diffusion a connu un franc succès à Kinshasa dans les années 1990. Un courant que perpétuent aujourd’hui de jeunes artistes connectés à l’actualité mondiale comme J.-P. Mika ou Monsengo Shula.

Monsengo Shula©VB
Monsengo Shula©VB

À partir des années 1980

À partir des années 1980, des sculpteurs inventifs comme Bodys Isek Kingelez et Rigobert Nimi repensent quant à eux la cohésion sociale dans des maquettes architecturales de villes rêvées et utopiques ou d’usines robotisées. L’art est pour eux un vecteur de renouveau individuel qui participe de l’avenir meilleur du collectif.

Au début des années 2000

Au début des années 2000, une nouvelle génération d’artistes s’affranchit des principes de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa. Les membres fondateurs du collectif Eza Possibles, Pathy Tshindele et Kura Shomali, affirment ainsi la vitalité de la création contemporaine et surprennent avec leurs peintures, leurs collages et leur esprit critique.

La photographie

K.Katembo
Kiripi Katembo©VB

Illustrant le dynamisme de la vie à Kinshasa après l’indépendance du Congo, le travail de photographes tels que Jean Depara et Ambroise Ngaimoko du Studio 3Z est également présenté dans l’exposition. Photographe attitré du célèbre musicien Franco, Jean Depara est le reporter de l’extravagance des fêtes et des nuits kinoises dans les années 1950 et 1960. Ambroise Ngaimoko se concentre quant à lui sur le monde de la Sape (la Société des ambianceurs et des personnes élégantes) et du culturisme, et capture l’allure et l’énergie de la jeunesse kinoise dans les années 1970.

La musique, Le jazz, la soul, le rap et la dance music

Le dynamisme artistique du Congo tient également beaucoup à l’omniprésence de la musique dans la vie urbaine. L’industrie musicale congolaise s’est développée durant l’âge d’or de la rumba au début des années 1950 mais, si elle a eu une grande influence dans l’Afrique Subsaharienne, cette musique urbaine est presque inconnue sur d’autres continents. Facette essentielle de l’esprit créatif du Congo, elle est tour à tour jazz,soul, rap et dance music populaire, et ponctuera l’exposition en des moments clefs, comme dans un dialogue avec les oeuvres d’art. Les visiteurs seront notamment invités à écouter la sélection musicale de Vincent Kenis (Crammed Discs) compilée en collaboration avec Césarine Boyla : des chansons du grand Franco et de son groupe OK Jazz, la douce voix de Tabu Ley Rochereau, l’émouvant Mbilia Bel, Papa Wemba le sapeur et l’éclectique Trio Madjesi. Le duo présentera également Ndule Ya Kala, son documentaire inédit composé d’une série d’interviews spontanées de figures qui ont joué un rôle direct ou indirect sur la scène musicale de Kinshasa dans les années 1960.

Cheri-Cherin Parle menteurs des parties pourritiques©VB
Cheri-Cherin Parle menteurs des parties pourritiques©VB

Témoignage de l’engagement de la Fondation Cartier envers l’art contemporain africain, Beauté Congo – 1926- 2015 – Congo Kitoko s’inscrit dans la continuité de précédentes expositions de la Fondation ayant accueilli des artistes congolais notamment les expositions individuelles Bodys Isek Kingelez (1999) et J’aime Chéri Samba (2004) ainsi que les expositions collectives Un Art populaire (2001) et Histoires de voir, Show and Tell (2012).

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FONDATION CARTIER

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