Antoine Wagner à la Filature de Mulhouse

Bon sang ne saurait mentir ! Antoine Wagner,  arrière-arrière petit-fils de Richard Wagner à la Filature

Antoine Wagner Filature ©VB
Antoine Wagner Filature ©VB

Antoine Wagner , trentenaire joyeux aux allures romantiques comme il se doit , répondait- sans surprise – à un journaliste l’interrogeant sur la raison de son interêt à la musique classique , que son ascendance y était évidemment pour beaucoup mais l’atavisme  n’est pas  uniquement celui de la musique , l’interêt pour la nature entre aussi en ligne de compte.

Richard , trisaieul d’Antoine , en exil en Suisse , durant plus d’une décennie pour accointance révolutionnaire et affinités  anarchistes après le soulèvement de Dresden en 1849 , n’en avait pas retiré que la substance de la tragédie propre à ses opéras , mais une fascination contemplative pour la nature apaisante des alpes et autres paysages helvètes ; n’écrit-il pas à son mécène préféré le roi Louis II de Bavière -qui payait d’ailleurs  son loyer – en arrivant à Trib­schen dans la magnifique région des lacs des quatre cantons près de Lucerne   «De quelque côté que je me tourne c’est un enchantement, je ne connais pas de plus beau lieu sur la terre.» Pas étonnant pour l’un des fleurons du romantisme allemand qu’un tel environnement ait stimulé l’écriture de plusieurs oeuvres majeures comme Lohengrin ou Tristan et Isolde . La nature est connue comme la muse la plus inspiratrice pour les artistes  ( après l’amour ) mais  le tourment un peu vain que l’on peut trouver dans l’idée de la prééminence de la creation artistique sur celle-ci demeure à l’esprit :Richard Wagner a-t-il produit ses opéras made in Switzerland avant de se laisser aller à  l’émotion visuelle provoquée par la pureté des paysages alpins , ou après-grâce à- ses longs périples d’exilé.

Antoine Wagner a décidé de nous aider à résoudre le hiatus : il a parcouru les kilomètres tracés par Richard lors de son exil de Constance à Zürich, à travers les lacs gelés , glaciers et sommets escarpés , pour photographier ces paysages alpins qui ont exercé une telle  influence sur les oeuvres lyriques du maître de Bayreuth. Les montagnes photographiées consciencieusement à l’argentique par Antoine pendant son long trekking -parfois , une halte chez un producteur de fromage a finalement duré …4 jours -ne sont pas seulement celles que l’on croit . Si l’on y regarde d’un  peu plus près …

L’idée , l’image , l’émotion , la note

Parsifal©Antoine Wagner

Les cimes alpines découpées à l’aube sur la ligne d’horizon , capturées par l’objectif d’Antoine Wagner  ne dessineraient-elles pas une portée musicale par hasard ? Comment ne pas imaginer pour illustrer ces merveilleux  paysages si purs et mysterieux , une composition musicale dont chaque note viendrait couronner son sommet ? Antoine a livré sa sensibilité en se plongeant physiquement et artistiquement dans cette musique. Son choix s’est porté sur le dernier opéra,  ultime chef d’oeuvre de  Richard , Parsifal , source d’inspiration d’une série de photos produites en Sicile et sur la côte amalfitaine. Antoine-Amadeus – Wagner est photographe et cineaste  . Pour provoquer  l’émotion artistique , tous les médias sont bons , Richard Wagner  , largement en avance sur son temps , partageait deja ce point de vue  alors qu’il présentait une nouvelle conception  de l’opéra, la Gesamtkunstwerk ou oeuvre d’art totale . Autrement dit , le meilleur moyen de s’immiscer dans la pensée du poète  , c’est de mêler de façon indissociable la musique, le chant , la danse , la poesie, le théâtre et les arts plastiques.

Comment faire entendre de la musique en images ?

Antoine Wagner sait comment  s’y prendre . A seulement 33 ans ,  le descendant de l’illustre créateur de la Walkyrie  a deja acquis une expérience enviable : en 2013 , il était l’objet d’un documentaire signé Andy  Sommer ( Bel Air Classiques)  qui nous avait permis de suivre son périple sur les traces de son  bisaïeul, en Suisse. En 2014 , l’Opéra Bastille a présenté 4 des 6 photos formant le projet ” Common Denominator ” , ces paysages suisses sont censés avoir inspiré le grand Richard dans la composition de la Tetralogie. Antoine est désormais lié au groupe Phoenix depuis qu’il l’a suivi en tournée et réalisé son clip ” Lisztomania ” ( Liszt ami très cher de Richard Wagner cqfd )- A quand une participation à un film de l’excellente Sofia Coppola ? D’ailleurs , le monde du cinéma ne lui  est pas non plus inconnu , Antoine racontant volontiers encore comment Michael Haneke, à la recherche d’un monteur polyglotte , a  décidé en une semaine de l’engager à ses côtés sur son film Funny Games  en 2007. Il ne serait pas étonnant de voir à nouveau son nom au générique d’un film , lui qui compte deja une cinquantaine de clips à son actif. A cette somme d’expèriences , il faut ajouter son passage chez Bob Wilson , fondateur du Watermill Center , nid d’artistes pratiquant leurs performances dans toutes les formes d’art, peut-être le lieu où il acquiert la conviction que mettre en scène la musique peut prendre mille formes.

Pour l’exposition Cadences à la Filature de Mulhouse , Antoine Wagner a choisi de présenter d’ une part une série de clichés pris au cours de son voyage dans les pas mêmes de Richard Wagner entre le Bodensee et Zürich , d’autres part les photographies grand format dont chacune est une allégorie des caractéristiques des protagonistes de Parsifal , le héros moyenâgeux parfait si vertueux, maître du Graal  que le roi Louis II de Bavière a élu comme modèle de bravoure , pauvre Roi Lune  . Les montagnes , les forêts et les lacs sont autant de cailloux semés en guise de repères sur la route de Parsifal parcourue par le photographe Antoine Wagner.

Parsifal : arrêt sur images

Les chevaliers Parsifal©AW
Les chevaliers Parsifal©AW

La série de clichés autour de Parsifal est interpretable : de façon non exhaustive  par exemple , les cygnes réfèrent à la symbolique entourant le monde imaginaire et poetique du Moyen-Age  dans lequel se refugiait Louis II de Baviere, fervent admirateur de Richard Wagner , le cygne est à la fois symbole de pureté et emblème des contes de Schwangau dont le roi se considérait comme le successeur. Les fleurs capturées dans un flou hamiltonnien  sont celles du jardin merveilleux ou les filles chercheront à séduire les chevaliers du Graal pour mieux les perdre. Les chutes du Rhin à Schaffhausen ou plutôt la façon dont le photographe a isolé son sujet pourraient évoquer la lance blessant Amfortas . Le rocher pourrait être  celui de Magritte surplombé du château des Pyrennées allusion au Neuschwannstein Schloss de Louis II ; l’eau peut représenter le moyen par lequel la diabolique Kundry décide d’entraîner les chevaliers de la Table Ronde à leur perte. Si besoin est , la Filature présente dans une salle annexe le complément sonore  de l’Opéra Parsifal éclairant le visiteur sur les choix interpretatifs d’Antoine Wagner .

A propos de Richard Wagner

Autodidacte, il a créé une œuvre, ou plutôt un œuvre, au langage musical novateur, en y fusionnant tous les arts. Les spécialistes de l’époque, même ses détracteurs, disaient de sa musique qu’elle représentait l’avenir, c’est dire! La particularité des œuvres de Wagner, c’est le chromatisme de la musique, la richesse de ses tonalités, parfois de ses dissonances. C’est aussi l’un des rares musiciens à avoir écrit lui-même les livrets de ses opéras. D’ailleurs, il composait sa musique au fur et à mesure des textes qu’il écrivait.« L’Anneau du Nibelung » ecrit en Suisse . Précisément, c’est la synthèse de tous les arts poétiques, visuels, musicaux et scéniques, reproduits dans ce monumental opéra divisé en 4 parties, et en cela appelé Tétralogie. On dit qu’il consacra plus de 25 ans à la conception de cette œuvre, la plus ambitieuse de toutes.

A propos d’Antoine Wagner 

Antoine Wagner, de son vrai nom Antoine Amadeus Pasquier, est un photographe et cinéaste né en 1982 à Evanston dans l’Illinois aux États-Unis. Il est l’arrière-arrière-petit-fils du célèbre compositeur Richard Wagner, il vit à Londres et Paris.
Il a étudié ensuite le cinéma à New York, réalise des projets cinématographiques, des installations et un film inspiré par le groupe rock Phoenix.
En 2013, Antoine Wagner décide de partir sur les lieux où son ancêtre a vécu, Zurich et Lucerne. Il rencontre des historiens, musicologues, musiciens et amateurs éclairés. Puis, il se rend en haute montagne dans ces paysages qui ont été une profonde source d’inspiration pour le Maître de Bayreuth qui les admirait tant. Cette expédition a donné lieu au documentaire biographique et musical Wagner, A Genius in Exile réalisé par Andy Sommer (Bel Air Classiques), mais aussi à de nombreux projets vidéo et photo.

Filature de Mulhouse : Cadences Antoine Wagner jusqu’au 25 octobre 2015

Antoine Wagner site officiel

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