George Dandin au Théâtre de Bâle

George Dandin ou le dindon de la farce de Molière au Théâtre de Bâle

Jérôme.Pouly George Dandin Théâtre de Bâle©VB
Jérôme.Pouly George Dandin Théâtre de Bâle©VB

La pièce  George Dandin ou le Mari confondu  s’inspire d’une fable du Moyen Âge qu’Hervé Pierre a choisi de translater dans la France des années 1850. Molière dut produire cette pièce dans l’urgence de la commande de Louis XIV pour le grand divertissement royal de juillet 1668. C’est La Jalousie du Barbouillé , prémices en un acte carrément comique produite 20 ans plus tôt  en 5 jours- par un Molière âgé de 25 ans-  qui servit de trame à George Dandin .La Jalousie du Barbouillé nous a été offerte en dessert l’autre soir au Théâtre de Bâle.

Chez Molière , il y a toujours des servantes et serviteurs  fidèles conspirateurs avec les maîtres et maîtresses ; il y a aussi toujours des maris  cocus et les amants qui vont avec ; il y a aussi toujours des aristos ridicules et de peu de morale , occupés à redorer leur blason ou à récupérer leur fortune fut-ce en vendant leur fille au plus offrant , tout en distribuant d’inutiles leçons de savoir-vivre  à qui veut bien les entendre. Et ça nous fait toujours rire , un peu comme De Funès à qui on pense d’ailleurs à chaque fois que Dandin veut confondre sa femme et son amant devant les Sotenville , les malins disparaissant tout bonnement  de la scène comme le pendu de Fantomas qui joue les filles de l’air chaque fois qu’on a besoin de lui.

Là , tous les codes s’embrouillent : le vilain , pourtant victime , c’est le Dandin , les gentils vertueux pourtant précieux risibles , ce sont les Sotenville- la scène de la soupe sirotée du bout des lèvres par le couple appliqué m’a  fait penser à  Michel Serrault  dans la  Cage aux Folles aux prises avec la biscotte qu’il ne parvient pas à traîter  avec virilité , Dandin , lui , décide d’engloutir son potage comme d’habitude , goulument à pleine louche, comme pour marquer sa différence d’avec ces gens qu’il exècre. Chacun à sa place et les vaches seront bien gardées ! Le problème , c’est que personne ne veut rester à cette place qui lui a été attribuée de force : Angélique ne veut pas de ce mari dépourvu tant d’ élégance que de séduction  , les parentsde la belle, bouffons vaniteux désargentés  veulent redevenir riches , le paysan veut qu’on l’appelle Monsieur, et tout ce petit monde se déplace de guingois en essayant de trouver ses marques parfois même en dansant des sortes de menuets endiablés que n’aurait pas renié Monsieur Jourdain!

Il faut noter généreusement le décor : une cahutte en bois à mezzanine  type Robinson abritée par des arbres bien en feuilles mais à l’envers : en bas le paysan Dandin – riche , il a un serviteur- rustre comme il se doit mais pas bête- ce qui ne l’avance à rien- , qui soliloque sur la mauvaise idée qu’il a eue de vouloir à toute force sortir de sa condition de laboureur pour monter dans les sphères de la haute qui , par ses beaux-parents interposés , lui signifie le total mépris par lequel elle le considère. En haut , justement , la-très- jeune mariée et sa servante qui semblent s’ennuyer mortellement jusqu’à l’irruption du joli damoiseau , Clitandre, vicomte de son état. Ce sera difficile de trouver qui que ce soit de sympathique au sein de cette troupe de menteurs hypocrites , seul  Colin le valet de Dandin faisant exception , lui qui  la plupart du temps est isolé dans une guerite  dont il ne ressort que pour servir l’odieux revenchard , Dandin son maître.

La langue fleurie de l’ami Molière est là pour réjouir , on prend note : Angélique reçoit des ambassades – des lettres- de son amant supposé, Lubin traîte Claudine de rude ânière –grossièreaprès qu’elle l’ait repoussé. Dandin qualifie sa femme Angélique de Carogne et ses beaux-parents de babillards . Lubin se sent tout tribouillé-bouleversé à l’idée de fricoter avec Claudine; Testigué( testiguenne abrégé),  s’exclame-t-il pour affirmer l’honnêteté de son maître  puis Morguène à l’évocation de la belle Claudine qu’il mettrait bien direct dans son lit mais qui lui répond vertement qu’elle n’aime pas les patineurs-ceux qui font des caresses indécentes-Dandin accuse sa femme de faire des escampativos– fugues surement du mot escampette-et la traîte de crocodile (hypocrite  allusion aux larmes de crocodile feintes).

La jalousie du Barbouillé ou la revanche des petits : on monte les treteaux pour présenter au public la farce populaire ,court divertissement de clôture annoncé par Colin quittant sa cage en même temps que ses oripeaux de valet pour enfiler l’habit de souffleur.La surprise est de taille : Lubin , jusqu’ici , grand benet au service de Clitandre s’émerveillant de comprendre le latin comme Monsieur Jourdain fasciné en son temps de faire de la prose sans le savoir, revêt la barbe de docteur tout puissant complètement survolté devant un Dandin  retombé en enfance à l’insu de son plein gré .Clitandre le bellâtre s’agite balai en main et casque d’armure aussi bien lustré qu’inutile, Angélique laisse tomber le menuet pour un trémoussement personnel cocasse , Monsieur de Sotenville change de patronyme , tantôt Dragibus , tantôt Abribus, de quoi le faire descendre de sa morgue.

On est résolument dans le comique , aucun personnage ne conserve de crédibilité , l’idée maîtresse est le rire . Résultat public conquis et hilare , merci à Hervé Pierre et à la  troupe de la Comédie-Française .

Mise en scène: Hervé Pierre
Avec:  Simon Eine ( Colin le valet ), Alain Lenglet ( le père Monsieur de Sotenville ), Jérôme Pouly ( George Dandin ), Pierre Hancisse ( Clitandre) , Noam Morgensztern ( Lubin serviteur de Clitandre ) , Anna Cervinka ( Angélique ) , Rebecca Marder( Claudine suivante d’Angélique/ à 20 ans, elle est la plus jeune pensionnaire à la Comédie-Française depuis Adjani ) , Catherine Sauval ( la mère Madame de Sotenville née de  la Prudoterie )

PROCHAINE PIECE DE LA SAISON FRANCAISE DU THEATRE DE BALE

Troupe de la Comédie Française Pièce George.Dandin Théâtre de Bâle©VB
Troupe de la Comédie Française Pièce George.Dandin Théâtre de Bâle©VB

LE 24 AVRIL 2016,  DES GENS BIEN de David Lindsay-Abaire ADAPTATION FRANÇAISE Gérald Aubert

MISE EN SCÈNE Anne Bourgeois AVEC Miou-Miou, Patrick Catalifo, Isabelle de Botton, Aïssa Maïga, Julien Personnaz, Frédérique Tirmont

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