Bâle Sleeping Beauty ballet d’Alejandro Cerrudo

Théâtre pluridisciplinaire de Bâle Photo VB

Sleeping Beauty révisez vos classiques

L’Espagnol Alejandro Cerrudo est  considéré comme l’un des chorégraphes contemporains les plus importants  de la jeune génération en particulier aux Etats-Unis . Il a dansé avec le Ballet de Stuttgart et le Nederlands Dans Theater 2, avant de rejoindre la Hubbard Street Dance Company de Chicago où il a été nommé au chorégraphe résident.  Cerrudo y a déja produit 14 oeuvres du répertoire. L’ une des raisons pour lesquelles Cerrudo parvient toujours à charmer son public est sa  capacité à l’emmener dans un univers rêvé , irréel qu’il parvient parfaitement à mettre en scène dans ses chorégraphies. Alejandro Cerrudo ( 35 ans ) a conçu une version complètement innovante de ce ballet  de la littérature classique  , tout en préservant la substance originelle du conte de la Belle au Bois Dormant. Nous partageons avec lui  les rêves de l’héroïne endormie . Chez Cerrudo, Aurora , la princesse – Ayako Nakano– est une jeune femme moderne sur le chemin de l’ âge adulte, qui lutte contre ses propres démons et doit faire face à son inconscient. Dans les scènes oniriques , elle est confrontée à des images grotesques ou évoluent des monstres surréalistes. Le prince ,Désiré ( Frank Fannar Pedersen ) quant à lui  n’est en fait qu’une figure accessoire , la trame du conte mettant en scène les diverses phases de la vie d’une femme : l’enfance, l’adolescence et la jeunesse représentée par la princesse, la mère représentant l’âge adulte, la  fécondité et la grossesse , et la vieillesse incarnée par la fée Carabosse ( Jorge Garcia Perez).

La motivation de Cerrudo dans Sleeping Beauty n’est pas le conte lui-même et son sortilège mais la distorsion et l’imbrication de la notion de temps dans deux mondes qui s’affrontent : celui du rêve  dans lequel plonge Aurora et celui de la vie réelle dans lequel évoluent les amis de la belle endormie.

La vie rêvée d’Aurora

“Peut-être que ce nous nommons la vie est un rêve et que ce que nous nommons un rêve est la vie « pour citer Platon , pourquoi donc ne pas mélanger rêve et réalité ? Alejandro Cerrudo  explique : ” Je voulais voir où m’amène l’idée de porter le rêve d’Aurora sur scène. C’est  une jeune femme sûre d’elle qui a une relation amoureuse avec Désiré, tout va pour le mieux  et , tout d’un coup,  la situation n’est plus sous contrôle parce qu’elle se met à rêver . Elle tombe de la réalité et se retrouve dans son monde de rêve. Un court rêve très intensif. Peut-être, seulement un sommeil de quelques secondes.” Et c’est exactement la thématique du ballet de Cerrudo . En un court instant , la perception de la realité et de l’imaginaire fait un virage à 180°  et nous , spectateurs devenons les témoins d’un rêve .”Je suis mes protagonistes dans leur monde intime et monstrueux où confusion et désordre règnent en maîtres . Le rêve , le temps et  la perception de l’un et l’autre  sont des sujets qui me fascinent” Cerrudo .

L’expèrience temporelle est très diverse , elle est une affaire individuelle . Mon Aurora tombe soudain inconsciente au sens réel du mot .Que se passe-t-il pour elle ? Dans son rêve léthargique, elle se désolidarise d’elle-même . Elle se sent isolée et étrangère dans cet univers onirique mais hostile et ce rêve dans le monde des contes dure des années , sur la planète théâtre , il dure à peine 1 heure et dans celui d’Aurora peut-être une seconde durant laquelle le présent , le passé et le futur interfèrent comme la réalité et la fiction . Pour moi , la piqûre au fuseau est l’instant qui ouvre la porte des rêves .Tout d’un coup , elle se trouve peut-être au même endroit mais en un autre temps, ou au même moment mais à un autre endroit, sur scène ,tout est possible. On  joue avec l’accélération et le ralentissement du temps par les mouvements des danseurs et le passage d’un monde à l’autre est matérialisé par un rideau de chaînes d’acier sombres ( scénographie du français Bruno Lavenère) tantôt libératoire tantôt emprisonnant.

Finalement , l’image de fin est celle du début , la fin de la nuit , du long sommeil, du rêve  : Désiré  court en vain pour sortir Aurora  des limbes . Le temps a opéré une boucle ,  nous sommes dans un temps circulaire où tout peut recommencer  sans fin . Qu’est-ce qui a changé entre le début et la fin du ballet  ? Les images assemblées pendant ce rêve sont puisées à la source de notre imaginaire  , elles sont des archétypes provenant bel et bien de notre propre esprit, Aurora croise d’ailleurs sur son chemin fantasmagorique le Chaperon Rouge , le loup , une bande de chats et un couple d’oiseaux bleus . “Je suis convaincu que ces images se présentent à nous sans véritable signification ni possible décodage, également comme dans les contes. Elles suivent une logique propre dans laquelle nous plongeons volontiers et nous laissons envoûter .” conclue Cerrudo

De la perception du temps : des clés pour Sleeping Beauty

“Un jour , il nous faudra admettre que ce que nous nommons l’univers réel est en fait une illusion encore plus grande que  celui des rêves” Salvador Dali

” Le temps ne serait pas quantifiable mais qualifiable  comme la lumière crépusculaire sur les arbres au moment précis où la lune atteint exactement  leur cime . Le temps existe mais on ne peut le mesurer.” Alan Lightman

Alan Lightman ,physicien -écrivain-poete américain , auteur de Einstein dream’s, rend hommage à Albert  Einstein et sa conception du temps . Dans Einstein’s Dreams, l’auteur présente un collage d’histoires imaginées par Albert Einstein en 1905 au moment où il crée sa théorie de la relativité, une nouvelle conception du temps, il imagine de nombreux mondes possibles. Dans l’un, le temps est circulaire, de sorte que les gens sont condamnés à répéter leurs triomphes et leurs échecs à plusieurs reprises. Dans un autre, il est un lieu où le temps s’arrête. Dans un autre, le temps est un rossignol, parfois piégé par une cloche…

Einstein’s Dreams a inspiré plusieurs dramaturges, danseurs, musiciens, peintres… dans le monde entier dont Alejandro Cerrudo . Dans ces fragments poétiques, Alan LIghtman explore d’ailleurs les liens entre la science et l’art, le processus de créativité, et la fragilité de l’existence humaine.

Sleeping Beauty , interpété par Cerrudo est assez convaincant pour nous rappeler que nous naviguons tous entre rêve, éveil, réalité et fiction avec plus ou moins de bonheur et que c’est finalement ça la vie, la vraie.

Sleeping Beauty Ayako Nakano Frank Fannar Pedersen ©Ismaël Lorenzo

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les chercheurs ont commencé à s’intéresser plus sérieusement au cerveau, au sommeil et aux rêves.Grâce à ces avancées, on sait désormais que les rêveurs lucides ont accès à des détails très précis dans leurs rêves. Qui sait, Einstein était peut-être un rêveur lucide. Il semblerait qu’il a rêvé qu’un traîneau descendait une montagne escarpée tellement rapidement qu’il s’est rapproché de la vitesse de la lumière, c’est à ce moment qu’il aurait vu les étoiles changer d’apparence. Il se serait réveillé et aurait médité sur cette idée pour formuler ce qui allait devenir une des plus célèbres théories scientifiques dans l’histoire de l’humanité.

LES LEÇONS D’ALBERT EINSTEIN ET D’ALAN LIGHTMAN

  • Être attentif à ses rêves ;
  • Méditer ses rêves  pour les comprendre ;
  • Encourager les moments de rêverie ;
  • Observer davantage ;
  • Combiner la fantaisie artistique, la précision poétique à la rigueur scientifique ;
  • Sur un thème donné, poser mille et une questions ;
  • Pour chaque élément de réponse, élaborer un court scénario ;
  • Rechercher la simplicité (à la fin de l’exercice, l’histoire doit tenir en un titre et quelques paragraphes).

“Les images des rêves sont comme des reflets dans l’eau , déformées par le mouvement , et l’on doit  apprendre à discerner la vérité à travers cette image déformée “. Aristote

THEATRE DE BALE

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