Miquel Barcelo au Musée Picasso à Paris

Barcelo La suerte de matar Musée Picasso Photo VB

Miquel Barceló Sol y sombra

au Musée national Picasso-Paris du 22 mars au 31 juillet 2016

à la BnF  François-Mitterrand du 22 mars au 28 août 2016

 A défaut d’avoir pu assister  dimanche ( plus de tickets 👿 ) à la performance dansée de Miquel Barcelo et du chorégraphe Josef Nadj « Paso Doble » , travail en argile éphémère et spectaculairement autodétruit à la fin,  action organisée par la Fondation Beyeler en illustration de l’admiration que porte Barcelo à Dubuffet  , contentons-nous de reporter l’exposition parisienne du Musée Picasso y consacrée , ” Sol y Sombra “, illustration d’une autre connivence , celle de Barcelo et Picasso qui partageaient , outre la passion de la tauromachie , pas mal d’ affinités dans le processus creatif.

Au Musée national Picasso-Paris

Barcelo Atelier avec six taureaux 1994©VB
Barcelo Atelier avec six taureaux 1994©VB

Miquel Barceló est le premier artiste contemporain invité au musée depuis sa réouverture en 2014. Conçue comme une plongée dans l’univers singulier de l’artiste, l’exposition occupe l’intégralité du sous-sol de l’Hôtel Salé et présente un ensemble de peintures, sculptures, céramiques et œuvres sur papier des années 1990 à aujourd’hui. Le parcours se développe autour des divers domaines de création de l’artiste et met en avant les affinités de son œuvre avec les attitudes, les motifs et les processus créatifs de Pablo Picasso. Le thème de l’atelier constitue le fil rouge de l’exposition : de la représentation picturale qu’en donne Barceló dès les années 1990, jusqu’à la présentation d’ensembles de plâtres – modèles pour les fontes à venir ou fragments d’études qui évoquent l’atelier du sculpteur – en passant par la fabrique de céramiques, domaine dans lequel le visiteur pourra découvrir les dernières expérimentations menées autour de pièces fumées au charbon de bois. Œuvre maîtresse de l’exposition, un grand mur de briques spécialement réalisé par l’artiste, permet d’aborder la thématique récurrente chez lui de l’autoportrait, tout en évoquant la dimension monumentale de son travail.

En contrepoint de la centaine d’œuvres de Barceló, quelques pièces de Picasso choisies dans la collection du musée, ainsi qu’une sélection de photographies de ses divers ateliers, ponctuent le parcours et donnent à voir  les correspondances existant entre les œuvres des deux artistes. Ces rapprochements relèvent à la fois d’une attitude commune vis-à-vis de la matière – processus créatif faisant la part belle à l’expérimentation permanente – que d’une perméabilité des techniques qui transparaît sur tous les supports. « Sol y sombra », évocation directe du monde de la tauromachie, renvoie aussi bien à l’iconographie chère au maître andalou qu’à cette approche propre   à « l’animal » Barceló qui inscrit son travail dans un jeu permanent entre la densité d’une matière, superposée, triturée, grossièrement façonnée, et la délicatesse d’un geste d’effacement, d’un trait creusé en négatif qui fait surgir une lumière éclatante.

Parcours de l’exposition

Dans l’atelier, comme dans l’arène , L’atelier de sculptures,  L’atelier de céramiques,  Le Grand mur de têtes,  Tauromachies,  Autour du Grand vers de  terre , Fragments et maquettes,  Les figures de l’artiste

Barcelo Floquet de neu Le gorille albinos1999
Barcelo Floquet de neu Le gorille albinos 1999

Floquet de neu, le gorille albinos (1999).

« Ce gorille albinos que j’ai souvent peint était un gorille qui vivait au zoo de Barcelone. Je trouvais que sa cage ressemblait beaucoup à mon atelier. À l’intérieur, il y avait plein d’objets détournés, comme on en trouve dans les ateliers de peintres où les objets servent toujours à quelque chose d’autre que ce à quoi ils sont destinés. Et puis, voir un peintre, c’est un peu comme voir un singe dans un zoo : il agit bizarrement ou de manière imprévisible. C’est très sexuel aussi, comme dans mon atelier. J’y voyais beaucoup de points communs. Et puis il y avait cette idée de séparation des autres. C’est une image assez mélancolique. »

Dans l’atelier des sculptures , des plâtres , maquettes de sculptures à venir ou fragments laissés inachevés, sont posés sur une table située au centre de la salle. Cet ensemble évoque le processus de travail de Miquel Barceló dans son atelier en ville, lieux qu’il privilégie pour travailler ce matériau.

« Pour moi, le plâtre est l’art urbain : on l’utilise pour la construction, pour les maisons. Et l’argile, c’est beaucoup plus lié à la campagne, parce que les cuissons se font avec du feu, ça fait de la fumée. Je ne pourrais pas faire de céramique en ville : avec des fours électriques, ça ne marcherait jamais. C’est la grande différence entre le plâtre et l’argile. À Majorque, je ne fais jamais de plâtre. »

Musée Picasso Sculptures de plâtre Barcelo©VB
Musée Picasso Sculptures de plâtre Barcelo©VB

 Le grand mur de têtes

Barcelo Grand mur de têtes 2015 ©VB
Barcelo Grand mur de têtes 2015 ©VB

Le mur est un élément qui apparaît fréquemment dans le travail de Miquel Barceló. Il se présente comme support ou comme frontière dans l’idée d’une peau perméable et vivante. Dans Paso doble, performance crée en 2006 avec le chorégraphe Josef Nadj, un mur en argile crue sert de toile sur laquelle l’action a lieu.

Se déployant entre les trois piliers centraux de la salle, le mur, construit à base de briques en terre cuite, révèle une multiplicité de visages qui sont autant d’autoportraits de l’artiste. La brique, module de base utilisé pour la construction se métamorphose, sous ses mains en véritables figures uniques. C’est entre 1948 et 1955 que Picasso s’installe à Vallauris et débute une importante production de céramiques. Son atelier était alors voisin de celui du céramiste Robert Picault qui a réalisé un magnifique reportage photographique témoignant du travail de Picasso. Un album de 240 photographies est présenté autour du mur, révélant des affinités formelles mais aussi un appétit commun pour l’expérimentation.

Les tauromachies

Barcelo La Suerte de matar 1990©VB
Barcelo La Suerte de matar 1990©VB

« Le plaisir et même la souffrance sont des principes fondamentaux de mon travail : ils sont liés à la couleur, au geste et au mouvement. La tauromachie en est la métaphore parfaite parce que, quand le taureau est mort et a été retiré, tu retrouves dans l’arène tous ces gestes : un vide central dans lequel tu peux lire tout ce qui s’est passé. »

Bien que la corrida soit un thème récurrent dans l’œuvre des deux artistes, leur point de vue ne se situe pas dans le même lieu de l’arène.

« Pour Picasso, il s’agit essentiellement de représenter le combat taureau-cheval, l’opposition féminin-masculin, l’érotisme et la mort. Barceló, lui, s’intéresse à l’espace circulaire de l’arène, aux traces laissées dans le sable ; il assimile la corrida à une soupe, à un tourbillon vertigineux comme dans les récentes gravures où un taureau, de dos, regarde le centre vide et lumineux de l’arène. Cet espace est divisé entre ombre et soleil. Barceló passe ainsi constamment, dans son art, du blanc au noir, du soleil à l’ombre »

Fragments et maquettes pour la cathédrale de Palma de Majorque

Barcelo Fragment de maquette Cathédrale de Majorque 2001-2003©VB
Barcelo Fragment de maquette Cathédrale de Majorque 2001-2003©VB

En 2007 est inaugurée l’intervention de Miquel Barceló dans la Chapelle Sant Pere de la Cathédrale de Palma de Majorque. La décoration interne consiste en plus de 300 m2 de panneaux en argile dont quatre maquettes sont présentées dans cette salle, ainsi qu’un ensemble d’essais de couleurs dans le couloir attenant. Il s’agit de fragments de terre cuite qui dévoilent un paysage marin propre à l’univers de l’artiste et son île d’origine. Ces éléments constitutifs de cette œuvre monumentale ont été modelés et cuits en Italie avec le céramiste Vicenzo Santoriello. Ils couvrent les murs à la façon d’une peau et génèrent un réseau de fissures qui souligne le dialogue de l’œuvre avec l’architecture gothique.

Le travail sur cette énorme peau en céramique, qui a nécessité plus de 15 000 kilos d’argile pour sa réa- lisation, est conçu par Miquel Barceló comme une prolongation de sa peinture, vivante et organique.

Au Jardin

Un ensemble de 14 sculptures en bronze prolonge l’exposition en salles et transforme le jardin du musée en une forêt zoomorphe exposée à la lumière du jour.

Barcelo Musée Picasso Jardin 14 sculptures de bronze©VB
Barcelo Musée Picasso Jardin 14 sculptures de bronze©VB

A la BnF, l’œuvre imprimé et une monumentale fresque de terre et de lumière inédite

L’œuvre imprimé de Miquel Barceló, rarement exposé, représente cependant une part majeure du travail de l’artiste. Peintre, dessinateur, sculpteur et céramiste, il expérimente également depuis ses débuts les techniques d’impression. Foisonnant, profondément original, son œuvre imprimé représente à ce jour près de deux cent cinquante gravures sur cuivre, sur bois, lithographies, sérigraphies et estampages. Bien qu’autonome, ce travail reste indissociable, par sa dimension foncièrement expérimentale, de l’ensemble de la production protéiforme de l’artiste majorquin. C’est tout naturellement que la BnF a choisi de faire découvrir cette part méconnue de son œuvre en dialogue avec des dessins, des sculptures, des céramiques et des peintures, dans un parcours thématique construit autour d’une sélection de soixante estampes, travaux récents ou très anciens, qui rend compte de la cohérence et de la singularité de sa démarche.

Une monumentale fresque de terre et de lumière est créée in situ sur toute la hauteur des vitres de l’allée Julien Cain que l’artiste a couvertes d’une fine couche d’argile avant d’y dessiner en grattant la glaise séchée. Spectaculaire introduction à l’exposition, cette fresque de 190 mètres de long sur 6 mètres de haut immerge le visiteur dans l’univers envoûtant de Barceló et rend hommage au philosophe majorquin Ramon Llull. Le parcours se déploie ensuite sur les thèmes de l’empreinte, la trace et la griffure, de la métamorphose, des tauromachies et des littératures. Vases et briques de terre cuite, portraits à l’eau de Javel, sur parchemin ou oreille d’éléphant, livres embossés et bronzes patinés, peintures et carnets font écho aux estampes. Estampes dans lesquelles l’artiste, tirant parti de toutes les ressources du medium, joue avec les textures, les couleurs et les subtiles nuances des noirs et des blancs pour, de l’ombre, faire naître la lumière.

A l’occasion de cette exposition, Miquel Barceló a complété par de belles donations le fonds de ses estampes et de ses livres d’artistes à la BnF.

Exposition réalisée avec le soutien de l’Institut Ramon Llull, organisme public chargé de la promotion internationale de la culture catalane, dans le cadre des commémorations du 700e anniversaire de la mort de Ramon Llull.

Catalogue sous la direction d’Émilia Philippot et Cécile Pocheau Lesteven MIQUEL BARCELÓ. SOL Y SOMBRA

Avec des contributions de Marie-Laure Bernadac, historienne de l’art, et Alberto Manguel, écrivain  et essayiste, ainsi que deux longs entretiens avec l’artiste menés par les deux commissaires : Émilia Philippot (Musée national Picasso-Paris) et Cécile Pocheau Lesteven (BnF, département des Estampes et de la photographie).

Musée Picasso Paris
5 rue de Thorigny
75003 Paris

Téléphone +33 1 85 56 00 36. De 9h30 à 18h00 du lundi au dimanche.

Fax +33 1 48 04 75 46

contact@museepicassoparis.fr

Musée Picasso Paris

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