Tony Cragg à la Galerie Ropac

Tony Cragg Sculptures Galerie Ropac Pantin jusqu’au 20 juin 2016

Voyages dans la tête de Tony Cragg

Tony Cragg Mean Average 2014 Galerie Ropac © VB
Tony Cragg Mean Average 2014 Galerie Ropac © VB

La galerie Thaddaeus Ropac de Pantin  présente une importante exposition d’œuvres récentes de Tony Cragg, figure majeure de la sculpture contemporaine. L’exposition réunit 25 nouvelles œuvres de l’artiste réalisées en acier, en bronze, en bois, en fibres de verre et en pierre. L’événement se déroulera en parallèle de l’une des expositions monographiques de l’artiste organisée au musée de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg (de mars à juin 2016) ainsi que de la rétrospective du Von-der-Heydt-Museum de la ville allemande de Wuppertal (d’avril à août 2016).

Ce que j’ aime chez le sculpteur britannique , c’est que son oeuvre me semble familière . A l’observation attentive des formes multiples soigneusement disséminées sous les hauts plafonds de la Galerie Ropac , au plaisir esthetique  s’associe celui du jeu . En déambulant à travers les salles , les sculptures  aux matériaux et couleurs  variés évoquent un tas de choses que l’on s’amuse à reconnaître dans certains des enchevêtrements lascifs ;  comment ne pas retrouver dans le Stroke de bronze , sorte d’Allien élégant ,  la guimauve de la Foire du Trône où l’on a traîné enfant  – bien que Cragg ne soit pas fan du rose bonbon-  ou , selon l’inspiration , les plantations de thé en étage du Sri Lanka ou les rizières des hautes montagnes de Chine dans la Contradiction , figure de bois géante tendue vers le ciel en volutes délicates . Jouons encore : de quoi peut bien être fait le monumental Lost in Thought  – un petit air des femmes  de Fernand Leger  en version 3D -?  marbre ou pierre surement ! Eh bien , non , à y regarder de plus près , on y retrouve  avec surprise les nervures et les noeuds du bois , matériau  tendrement torturé par Tony Cragg ,  parfois compacté en un globe bleu pour  figurer un objet du quotidien comme une  simple théière . Migrant : à quoi pensait Cragg lorsqu’il a conçu  en 2015 cette brillante sculpture en bronze dont les sinuosités  sensuelles évoquent plus celle d’un instrument à cordes que la problématique actuelle des migrants en Europe  ? Chaque sculpture de Tony Cragg est l’occasion d’une reflexion esthétique mais aussi d’un questionnement sur la nature de ce qui fait notre monde .

Bio :

Tony Cragg est né à Liverpool en 1949. Après une formation technique qui l’a conduit à travailler dans un laboratoire de biochimie, il entre au Royal College of Art de Londres, en 1977. Héritier du Nouveau réalisme ou encore du néo-dadaïsme, l’artiste utilisait dans les années 80 des objets de la vie quotidienne et des détritus comme matériaux de base de compositions figuratives colorées. Il s’est ensuite tourné vers le travail du bois, du verre, du bronze et de l’acier poli.Il vit et travaille en Allemagne à Wuppertal et enseigne à l’École des Beaux-Arts de Düsseldorf.

Les œuvres de Tony Cragg ont été exposées dans le monde entier. En 1988, il a représenté le Royaume-Uni à la Biennale de Venise. En 2011, le musée du Louvre l’a invité à confronter ses sculptures à celles de Messerschmidt. Le Musée d’art moderne de Saint-Etienne Métropole lui consacre actuellement une exposition (jusqu’au 5 janvier 2014). Tony Cragg est bardé d’honneurs:    prix Turner (1988) , Praemium Imperial Prize (2007), Chevalier des Arts et des Lettres en 1992 . Depuis 1977, il vit et travaille à Wuppertal (Allemagne) où il a ouvert, en 2008, un parc de sculptures.

Tony Cragg Migrant 2015 Galerie Ropac ©VB
Tony Cragg Migrant 2015 détail  Galerie Ropac ©VB

Tony Cragg ” matèrialiste “ expert dans l’exploration des matèriaux

Tony Cragg manipule les notions de compression et d’expansion dans des configurations totémiques . La démarche de l’artiste fait songer au futurisme ,c’est ainsi qu’un portrait stylisé jusqu’à l’abstraction présente soudain quatre faces différentes, correspondant à quatre sortes d’images réunies autour d’une colonne vertébrale imaginaire. Il travaille le plastique thermoformé mais aussi le bois en lames collées à l’époxy parfois teintées. Avec le bronze et l’acier, Il a mis au point un procédé de fonte qui lui permet d’obtenir des formes apparemment molles, voire liquides. Leurs patines des bronzes, varient du chocolat foncé à un brun-vert plus naturel, les aciers sont polis jusqu’à l’effet miroir. Les œuvres cultivent une certaine ambiguïté, car elles évoquent tour à tour des personnages sans être vraiment figuratives, des chimères tentaculaires.

Venu à la sculpture par l’entremise de la performance et du Land-Art anglais, la pratique de Tony Cragg continue de se distinguer par une formidable richesse et créativité plastique. L’artiste se définit comme “matérialiste”. Entre ses mains, les objets récupérés et les déchets industriels, empilés, entassés, amoncelés, se prêtent à des interprétations inattendues. Dans ses œuvres récentes, il privilégie l’acier, le bronze et le bois pour créer des accumulations de strates presque géologiques.

Depuis quelques années, les strates et les contorsions de la matière donnent naissance à des paysages corporels faits de pleins et de vides comme dans un jeu de positif-négatif. Que ce soit dans ses micro- ou macrostructures, la nature constitue le thème dominant de l’œuvre de Tony Cragg au cours des dix dernières années (à l’instar des sculptures monumentales Must Be, 2012, Mean Average, 2014 et Contradiction, 2014, présentées à la galerie)

Tony Cragg In an Instant 2014 Galerie Ropac ©VB
Tony Cragg In an Instant 2014 Galerie Ropac ©VB

Pour sa série intitulée Early Forms et commencée à la fin des années 1980, Tony Cragg a réalisé un ensemble de sculptures uniques inspirées de récipients de toute sortes – de la gourde antique au tube à essai, en passant par le pot de confiture, et la bouteille de détergent- qu’il a déformé et étiré pour créer des formes nouvelles. Le titre de la série se réfère au fait que les récipients sont les artefacts les plus simples et les plus anciens crées par l’homme. En termes archéologiques, ce sont des marqueurs culturels essentiels. Dans ses sculptures les plus récentes, l’artiste prolonge le concept initial de sa série, tout en poussant l’élasticité et le mouvement de ses compositions à un point tel qu’il devient difficile de croire qu’elles soient faites en bronze. La sculpture monumentale Stroke (2014),  semble exemplaire de cette recherche de dynamisme menée par l’artiste.

Les oeuvres de Tony Cragg « ne sont pas des objets fermés, elles ouvrent au contraire le dialogue , impliquent le spectateur dont le regard évolue par palliers : après le contact initial, il se trouve livré à une seconde lecture, faite de surprises optiques, de déséquilibres visuels, qui pourtant sont entre eux organisés de manière à ce que, malgré leur apparente anarchie, ils aient finalement un équilibre géométrique sans règles.» (Demsothenes Davvetas, 2016)

Tony Cragg se distingue par une quête incessante de formes inédites, mêlant les composants biomorphiques aux références technoïdes. On pourrait, pour décrire sa démarche, se référer à la conception de l’art énoncée en 1911 par un autre sculpteur, Raymond Duchamp-Villon :

« Les arts n’ont point pour but unique la description, ni l’imitation. Ils créent des êtres inconnus avec des éléments toujours présents mais non apparents.»

Pour accompagner l’exposition, la publication d’un catalogue comprenant des essais critiques de l’artiste, philosophe et poète grec Demosthenes Davvetas est prévue pour avril 2016.

GALERIE THADDAEUS ROPAC

TONY CRAGG

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