La Fondation Beyeler présente Calder et Fischli Weiss

La Fondation Beyeler présente Alexander Calder & Fischli/Weiss du 29 mai  au 4 septembre 2016

Sam Keller Directeur Fondation Beyeler et Alexander.S.C Rower Directeur Calder Fundation NY ©VB
Sam Keller Directeur Fondation Beyeler et Alexander.S.C Rower Directeur Calder Fundation NY ©VB

La Fondation Beyeler propose l’ exposition d’une centaine d’oeuvres consacrée à l’artiste américain Alexander Calder et aux artistes suisses Peter Fischli & David Weiss  centrée sur la notion d’équilibre instable traîtée par les artistes mis en présence . Cette exposition s’inscrit dans la continuité de l’installation de la « Calder Gallery I-III » en 2014  et de la collaboration de la Fondation Beyeler avec la Calder Foundation, pour laquelle Theodora Vischer , commissaire de l’exposition actuelle était déja partie prenante . Après la confrontation Calder-Miro en 2004 à la Fondation , l’exposition « Alexander Calder & Fischli/Weiss » éclaire différemment la création de Calder , elle est également l’occasion  de rendre hommage à Mary Calder Rower , la plus jeune fille de Calder décédée en 2015 qui a légué à la Calder Fundation de New-York un millier d’oeuvres comme l’a indiqué son Président Alexander S.C Rower.

L’idée de Theodora Vischer pour cette exposition est de provoquer une collision douce entre les oeuvres d’artistes , à priori plutôt dissemblables , qui pourtant se retrouvent  dans un dialogue organisé  autour du même cheval de bataille : un questionnement sur  l’instant d’équilibre instable, état précaire toujours fugace, traîté par Calder  avec le Cirque et les mobiles , et Fischli / Weiss avec leurs Equilibres ( 1984) . Dans cette association inattendue, les éléments de bricolage, d’observation et d’expérimentation semblent appartenir au laboratoire de fantaisistes Geo Trouvetou , parfois placés dans une perspective commune à l’esthétique juste époustouflante par  la Fondation Beyeler dont il faut saluer ici l’ingénieuse installation.

Le Rat et l’Ours chapeautés du Otto’s Mobile  :  Fischli/Weiss et Calder vous accueillent pour une quiet afternoon

Fischli/Weiss Le Rat et l'Ours ©VB
Fischli/Weiss Le Rat et l’Ours ©VB

Parfois , l’équilibre se trouve dans l’opposition, voire la contradiction.

Le rat : ” Comme tout est simple au fond “

L’ours : ” seulement , rares sont ceux qui le voient “

Ajoutons  : tout est une question d’équilibre , nous voici retombés sur nos pattes , la boucle est bouclée.

Le rat et le panda, ici somnolents sous l’élégant Otto’s Mobile de Calder  -non , ce n’est pas une fable de Lafontaine quoique…- étaient les protagonistes d’un film realisé par Fischli & Weiss à Los Angeles en 1980 intitulé ” The Least resistance ” où cohabitent un animal réputé répugnant et un autre charmant et protégé , qui devraient n’avoir rien à faire ensemble . Finalement , dans la video , c’est bras-dessous  bras -dessus  qu’ils errent  dans les Alpes suisses , tantôt amis , tantôt ennemis , ils  se posent de grandes et de petites questions ; la morale ? A bas le manicheïsme ,  rien ne s’oppose véritablement et toutes les questions ont la même valeur . Et pourquoi  ne pas envisager le lien entre la série de 250  esquisses d’animaux dessinés  à l’encre de Chine  – poules , lions ou singes – aux zoos de Central Park et du Bronx en 1925 par Calder , objets de son livre taxonomique ” Animal Sketching ”  et le Rat et l’Ours endormis  de Fischli Weiss ? De l’égale importance des uns et des autres et de ce qu’ils pourraient avoir à dire s’ils avaient don de parole et celui de se poser des questions aussi diverses que” pourquoi y-a-t-il de mauvaises personnes ? Devrais-je attaquer la Russie ? Est-ce qu’on m’aime ? ” ( extrait d’une liste de 400 questions qui ont valu au duo zürichois le Lion d’or à la Biennale de Venise 2003)

Calder Two Acrobats 1929 ©VB
Calder Two Acrobats 1929 ©VB

 Calder (1898-1976) est le maître de l’équilibre instable dans l’art moderne. Avec l’invention révolutionnaire du « mobile », il a rendu visible l’équilibre constamment changeant entre pesanteur et apesanteur. Toute son œuvre est consacrée à cette recherche. Elle fascine par la concomitance entre un équilibre factice qui fait systématiquement l’objet d’une nouvelle quête et est généralement atteint, et sa visualisation sous des formes diverses.

À partir de 1979, Peter Fischli (né en 1952) et David Weiss (1946-2012) ont, dans leur création commune, donné au thème de l’équilibre précaire une forme iconique très différente. Avec la même ardeur inlassable et voluptueuse, ils ont élaboré – dans des films et des sculptures, par le langage, la photographie et la peinture – un irrésistible jeu sur l’équilibre, la clarté et la vue d’ensemble, dans lequel les impondérables et les pierres d’achoppement l’emportent toutefois souvent sur l’élégance et l’assurance des grands gestes de l’art moderne – incarnés par le mobile.

De la fascination pour la chose gracieuse en lévitation précaire

Sam Keller raconte en guise de préambule , surement aussi pour honorer son invité  Alexander S.C Rower, petit-fils de Calder et Président de la Calder Foundation de New-York, comme Calder est devenu son artiste préféré  depuis qu’il  avait acquis une copie d’un des fameux mobiles et  suspendue  ladite dans sa chambre d’étudiant . Cela peut paraître au moins culotté sinon un peu loufoque d’avoir mis en face- à – face des artistes aussi différents que  Calder et Fischli/Weiss , mais ça ne l’est pas tant que ça , il y a de grandes similitudes entre eux dans l’aspect poetique de leur façon de traiter le monde , la vie , le mouvement , à l’instar de Chaplin le modèle . Le mouvement est la base et Calder travaille à la recherche permanente de l’équilibre précaire , le fil du rasoir , la pluie avant qu’elle ne tombe , le funambule qui penche , le volcan juste avant qu’il ne crache sa lave,  la vie juste avant la mort , ce tout petit micro moment , un instantané qui n’existe ni la seconde avant ni la seconde après . L’idée est de  trouver son équilibre , la quête de toute une vie : l’enfant cherche à se mettre debout puis  l’adulte qu’il devient cherche la situation d’équilibre qu’il nommera bonheur jusqu’à la fin de sa courte existence .

Calder l’artiste ingenieur  & Fischli Weiss  les bricolos ingenieux

Calder Self Portrait 1927 ©VB
Calder Self Portrait 1927 ©VB

Calder était ingénieur en génie mécanique , c’est donc par le dessin qu’il glisse vers une pratique plus artistique – il peint son tout premier tableau en 1922 – rapidement centrée sur la sculpture notamment avec les débuts du Cirque miniature et de ses figurines habillées de bric et de broc Hand-made , le Barnum de liliputiens robots ” , qu’il met en mouvement au cours des représentations publiques qu’il donne, les premières performances du XXème siècle. Lorsqu’on lève le nez vers les mobiles de Calder , on éprouve avec délectation ce côté fragile , un peu magique de l’objet flottant librement  mis en action  imperceptiblement par un souffle d’air . Cet équilibre délicat nous est familier , nous l’observons avec le même émerveillement que celui de l’enfant que nous avons été devant l’acrobate , le trapeziste , l’ecuyère … si chers à Sandy Calder , alias Geo Trouvetout l’artiste . C’est peut-être cela le secret de notre fascination, penser que nous pourrions nous aussi nous élever sans entraves, nous jouer de la gravité, de la pesanteur, Calder n’a-t-il pas nommé l’un de ses Mobiles ” Gravity and Grace “ . A partir de sa rencontre en 1932 avec Piet Mondrian , les mobiles de Calder s’allègeront pour virer à l’abstraction sans rien perdre de leur magie. 

Ô temps suspends ton vol !

En 1980 ,lorsque Fischli Weiss commencent à assembler toutes sortes d’outils et d’objets  du quotidien, ils constatent que les constellations plus ou moins verticales ainsi créés tiennent à peine le temps d’un clin d’oeil et que le seul moyen de figer l’instant d’équilibre instable de leur montage est de photographier l’oeuvre éphémère. De là est née la série des Equilibres , images en noir et blanc et en couleurs à l’origine d’un film où l’écroulement d’une construction est utilisé pour mettre en place l’assemblage suivant, dont l’effondrement produira à son tour une constellation impossible et ainsi de suite (L’équilibre n’est jamais si beau qu’une seconde avant le fiasco )  . Ce jeu d’équilibre , tel qu’il apparait dans le film de 1987 ” Der Lauf der Dinge “ nous est aussi familier et a quelque chose d’aussi irresistible  que les gracieuses suspensions  et les non moins aériennes figurines du Cirque de Calder. L’effet papillon , on connait , mais peu importe , ça nous fascine toujours autant . Par exemple , les dominos de sucre auxquels une pichenette donne le signal de la cascade ou la fontaine à tubes communiquants de Pol Bury dans les jardins de la Fondation Maeght . La fascination que cette séquence de construction-destruction du drôlatique duo Fischli/Weiss provoque , a aussi à voir  avec le parfait équilibre du montage où le plus menu décalage- bien que plus anodin- peut être aussi fatal que chez Calder, si roi du fil de fer et de la ficelle soit-il , là où de mauvais calculs peuvent induire la chute de la trapéziste ou l’engloutissement du dompteur par le lion .

Fondation Beyeler Expo Calder Fischli/Weiss ©VB
Fondation Beyeler Expo Calder Fischli/Weiss ©VB

La Fondation Beyeler Outdoor : le Jardin de Fischli/ Weiss

Garten Fischli et Weiss ©VB
Garten Fischli et Weiss ©VB

Un jardin temporaire comme projet artistique, à « 70% jardin paysan, 30% jardin ouvrier »

Pour leur deuxième contribution à Skulptur Projekte Münster, une grande exposition organisée tous les dix ans dans un espace public de Münster, Peter Fischli et David Weiss ont conçu en 1997 un travail artistique que de nombreux spectateurs n’ont pas su reconnaître comme tel, en raison même de la description citée ci-dessus. Ce jardin est formé de plusieurs plates-bandes et d’un compost. Il contient également un abri avec des sièges et une cabane à outils. Comme dans un jardin paysan ordinaire, on y a planté des fruits et des légumes, des herbes aromatiques et des fleurs de la région. La disposition et les plantations se sont faites dans le respect des principes écologiques, sans négliger pour autant des considérations esthétiques. On observe ainsi dans ce jardin un fragile équilibre entre la séduction et la production, entre l’utile et l’agréable, la croissance dirigée et le laisser-faire, l’ordre et le désordre, l’artificiel et le naturel. Le jardin paysan est généralement un lieu privé, dans lequel on peut ici pénétrer et dont on peut profiter. Ce microcosme temporaire ne révèle cependant pas immédiatement son rapport à l’art.

À l’occasion de l’exposition «Alexander Calder & Fischli/Weiss», ce jardin a été reconstitué en 2016 moyennant certaines adaptations sur un terrain voisin, pour la durée d’un été.  Les travaux ont commencé en février 2016 et ont duré jusqu’à la fin mai 2016, début de l’exposition.

Garten (Jardin) a bénéficié du généreux soutien de Simone et Peter Forcart-Staehelin.

Notes à propos de Fischli/Weiss

Comme Dubuffet et sa Madame J’ordonne , Calder et Fischli/Weiss ont l’humour , le jeu , parfois la dérision en commun : voir les personnages de Plötzlich diese Übersicht ( 180 sculptures vues au Schaulager , Fond Hoffmann La Roche ) ex :Monsieur et Madame Einstein peu après la conception de leur fils genial, Albert ou l’Invention de la Mini-jupe ou encore  Mick Jagger et Brian Jones satisfaits en rentrant à la maison après avoir composé “I can’t get no satisfaction “, puis les portraits en fil de fer de Calder comme celui  cocasse de l’ami Fernand Leger  ou les personnages circassiens qu’il avait élaborés au début  pour s’amuser .Ont suivi les Mobiles , mot  inventé par Marcel Duchamp pour décrire les assemblages de formes animées par les mouvements de l’air de Calder lors de leur exposition commune en 1932 , puis les Stabiles , mot  inventé par Hans Arp .

Evocations personnelles : Balancierender d’Hubernatus Von Goltz à Bâle / L’artiste belge Arne Quinze a signé en 2013  une installation devant le Mamac intitulée ” Hommage à Calder “

Cette exposition, dont le commissaire est Theodora Vischer, Senior Curator à la Fondation Beyeler, est conçue en étroite collaboration avec la Calder Foundation de New York et l’artiste Peter Fischli.

L’exposition « Alexander Calder & Fischli/Weiss » est soutenue par : Art Mentor Foundation Lucerne Ernst Göhner Stiftung Simone und Peter Forcart-Staehelin L. + Th. La Roche-Stiftung

Expo Calder Fischli Weiss Fondation Beyeler©VB
Expo Calder Fischli Weiss Fondation Beyeler©VB

FONDATION BEYELER 

CALDER FUNDATION NEW-YORK

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