Paul Klee au Centre Pompidou Paris

Le Centre Pompidou présente : PAUL KLEE L’IRONIE À L’ŒUVRE 6 AVRIL – 1ER AOÛT 2016

Centre Pompidou Klee Insula Dulcamara 1938 ©VB
Centre Pompidou Klee Insula Dulcamara 1938 ©VB

 Le Centre Pompidou propose une nouvelle traversée de l’œuvre de l’un des artistes les plus emblématiques du 20è siècle, figure singulière de la modernité : Paul Klee. Il s’agit de la première rétrospective importante présentée en France depuis l’exposition de 1969 au musée national d’art moderneRéunissant deux-cent trente œuvres, provenant du Zentrum Paul Klee, Berne, des plus grandes collections internationales et de collections particulières, cette rétrospective met en évidence la façon dont Klee pratique l’ironie selon une démarche qui trouve son origine dans le premier romantisme allemand. Il s’agit d’un balancement constant entre satire et affirmation d’un absolu, fini et infini, réel et idéal. A cet égard, Paul Klee s’inscrit dans la pratique de l’ironie inspirée par le philosophe Friedrich Schlegel :

« Tout en elle doit être plaisanterie, et tout doit être sérieux, tout offert à coeur ouvert, et profondément dissimulé ».

L’exposition se déploie en sept sections thématiques qui mettent en lumière chaque étape de l’évolution artistique de Paul Klee : « Les débuts satiriques » (les premières années) ; « Klee et le cubisme » ; « Théâtre mécanique » (à l’unisson avec Dada et le Surréalisme) ;« Klee et les constructivismes »; « Regards en arrière » (les années 1930) ; « Klee et Picasso » (la réception par Klee après la rétrospective de Picasso à Zurich en 1932) ; « Années de crise » (entre la politique nazie, la guerre et la maladie).

« Nul n’a besoin d’ironiser à mes dépens, je m’en charge moi-même. » Paul Klee (janvier 1906) .

Cette exposition se propose de relire pour la première fois l’ensemble de l’œuvre de Paul Klee à l’aune des correspondances que celui-ci affiche avec les concepts romantiques de l’ironie, caractérisés comme une « bouffonnerie transcendantale ». Se représentant tour à tour comme moine ou comme comédien, Klee affine tout au long de sa vie une stratégie jouant sur les antagonismes, procédé fondamental dans la définition de l’ironie romantique. Il oscille entre affirmation et négation, intégrant dans sa création une réflexion sur les moyens et les principes propres à l’art. Selon lui, celui-ci devrait être « un jeu avec la loi » ou « une faille dans le système ». Cette exposition dévoile comment, au fil des différentes périodes de sa carrière, Klee parvient à dénoncer avec ironie les dogmes et les normes établis par ses contemporains, de ses débuts satiriques à son exil à Berne, en passant par ses années au Bauhaus. Pour le compositeur Pierre Boulez, l’insoumission de Klee, sa façon de poser simultanément « le principe et la transgression du principe », serait ainsi la plus importante des leçons de l’artiste.

Les débuts satiriques Klee l’insoumis

Centre Pompidou Paris Klee Jumeaux 1930 ©VB
Centre Pompidou Paris Klee Jumeaux 1930 ©VB

À l’issue de ses études à Munich, Klee passe l’hiver 1901-1902 en Italie. Devant la grandeur de la culture antique et sa renaissance, le jeune artiste prend conscience de sa situation historique, celle d’un imitateur contraint à perpétuer un idéalisme classique jugé dépassé. Son issue sera la satire, un mode d’expression moderne susceptible d’affirmer, d’une part, des valeurs idéales élevées et, de l’autre, un point de vue critique sur l’état du monde. « Je sers la beauté en dessinant ses ennemis (caricature, satire) », écrit-il dans son journal. À partir de ce renversement dialectique au cœur de l’ironie romantique, Klee commence une production essentiellement graphique où il livre ses réflexions, souvent mordantes, sur la relation entre les sexes, son rapport à la société ou sa position en tant qu’artiste. C’est aussi une époque d’expérimentations techniques. Klee réalise des peintures sous verre et s’intéresse aux formes plastiques. Cette période culmine dans les illustrations de Candide ou l’Optimisme de Voltaire, écrivain vénéré par Klee.

 Klee et le cubisme

Klee découvre le cubisme dès la fin de l’année 1911, à Munich et, un an plus tard, pendant un séjour Paris. Dès lors, les inventions formelles du cubisme vont nourrir sa recherche picturale, souvent de façon dialectique. C’est ainsi que Klee, tout en s’inspirant du vocabulaire prismatique, dans ses dessins au style enfantin, ironise à propos de la décomposition des figures cubistes qu’il estime dépourvues de vitalité. Dans la série des peintures à l’aquarelle réalisées lors de son mythique voyage à Tunis (1914), l’artiste introduit des effets de distanciation, par exemple en laissant en réserve des bandes verticales correspondant à l’empreinte des élastiques utilisés pour peindre sur le motif. Cette mise à distance est également perceptible dans sa démarche, très singulière, consistant à découper ses compositions, une fois réalisées, en deux ou en plusieurs parties qui deviennent ensuite des œuvres autonomes ou sont recombinées sur un nouveau support. Klee affirme là une volonté créatrice dont les racines se trouvent paradoxalement dans l’acte destructeur.

Théâtre mécanique

À l’issue de la Grande Guerre, une imagerie de figures mécanisées apparaît dans l’œuvre de Klee. Inspiré par ses expériences dans les services d’aviation, Klee transforme les oiseaux en avions, souvent en formation d’assaut. Il commence à employer la technique indirecte du décalque à l’huile, qui entraîne une dépersonnalisation des traits de dessin. L’esthétique de la machine est alors à la mode dans les cercles dadaïstes, de Francis Picabia à Raoul Hausmann. Le contact avec les dadaïstes de Zurich ravive notoirement l’intérêt de Klee pour les représentations de machines et d’appareillages, ainsi que pour les effets produits par leurs mécanismes. Enseignant au Bauhaus, Klee commence à créer des êtres hybrides, à la fois humains et objets. Il s’empare du motif de l’automate ou de la marionnette pour mieux dénoncer, par le truchement de la schématisation mécanique, la perte de vitalité et le rétrécissement de la vie intérieure à l’heure de la rationalisation industrielle. « Quand la machine enfantera-t-elle ? » ironise-t-il ainsi.

Centre Pompidou Paris Klee Jardin dans la plaine 1920 ©VB
Centre Pompidou Paris Klee Jardin dans la plaine 1920 ©VB

 Klee et les constructivismes

La nouvelle devise proclamée en 1923 par Walter Gropius, le fondateur du Bauhaus (« Art et technique – une nouvelle unité ») amorce un tournant pour l’école. Klee n’y reste pas insensible. Adoptant la posture du funambule, il commence un exercice de corde raide, cherchant un équilibre entre son approche intuitive et les nouveaux dogmes contemporains. Ainsi reprend-il certains éléments des idiomes modernistes tels que la grille, tout en déjouant sa rigidité. Ses tableaux structurés par des carrés évoquent tour à tour des rythmes musicaux, des peintures de vitraux, des tapisseries, des parterres multicolores ou encore des champs vus d’en haut. L’installation du Bauhaus dans la ville moderne de Dessau, en 1925, renforce l’orientation de l’école vers une technicité optique, dont le nouvel enseignant, László Moholy-Nagy, est le fervent défenseur. Klee réagit à sa manière : l’esthétique rationnelle prend la fonction d’un repoussoir qui lui permet de mieux affirmer sa position antagoniste. Selon Klee, « les lois ne doivent être que les bases sur lesquelles il y a la possibilité de s’épanouir. »

Regards en arrière

Dès ses dernières années au Bauhaus, les renvois aux différents temps du passé se multiplient dans l’œuvre de Klee. Inspiré par ses voyages et les nombreuses publications qu’il lit sur le sujet, Klee introduit des éléments picturaux évoquant des mosaïques anciennes, la civilisation égyptienne, ou encore les figures et signes gravés sur les parois des grottes du paléolithique. La dimension préhistorique, en tant que telle, constitue une structure récurrente dans son imaginaire : fossiles, cavernes, montagnes en formation, plantes et animaux originels, pierres sacrées, inscriptions indéchiffrables sur des rochers, etc., y font tous allusion à des degrés divers. Le mode d’appropriation choisi par Klee est le simulacre. En reproduisant les effets qu’exerce le temps à la fois sur l’objet (usure, moisissure, érosion) et son contenu, les œuvres de Klee revêtent un caractère en quelque sorte parodique. Si Klee puise dans le répertoire des « signes » de cultures « primitives » ou non occidentales, il ne fait que mimer les principes de leur organisation initiale.

Klee et Picasso

Picasso représente un défi particulier pour Klee. Son œuvre dialogue avec celle de l’Espagnol avec une intensité particulière à deux moments de son parcours : au début de sa carrière, vers 1912, et surtout dans les années 1930, après sa visite de la rétrospective présentée au Kunsthaus de Zurich en 1932. Klee y découvre le « surréalisme » de Picasso, notamment ses grands tableaux de figures féminines et ses métamorphoses biomorphes, deux innovations qui fécondent son travail après la période du Bauhaus et stimulent la production de ses dernières années. Cette confrontation est alimentée par la publication de nombreux articles sur Picasso dans des revues comme les Cahiers d’Art, auxquelles Klee est abonné. Après une première visite de celui-ci dans l’atelier parisien de Picasso en 1933, les deux artistes se rencontrent en 1937 à Berne chez Klee. Ce moment, quasi silencieux, révèle les tensions entre ces deux géants de la modernité. Leur discussion était imaginaire, faite d’appropriation et d’opposition, d’admiration secrète et d’ironie critique.

Années de crise

À l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933, qui scelle la fin de sa carrière en Allemagne et le force à sexiler à Berne, Klee répond par une série de dessins qui transpose l’angoisse régnant sur le pays en des hachures violentes. Avec von der Liste gestrichen [Rayé de la liste], autoportrait prenant la forme d’un masque africain pseudo-cubiste, l’artiste ironise sur la politique nazie en parodiant ses propres critères d’exclusion. Klee aime contrecarrer la terreur par une iconographie enfantine et ludique dans laquelle les signes se métamorphosent en bonshommes allumettes dansant non pas de joie, mais de peur. Ces figures font-elles allusion au dressage général des corps encouragé par les nazis ? Leur apparence disloquée renvoie à une autre source d’angoisse pour l’artiste : la grave maladie qui raidit ses gestes. Depuis 1935, Klee souffre d’une sclérodermie qui soumet son corps à une minéralisation croissante. En résulte la simplification de son écriture graphique qui exprime avec une force élémentaire la détresse contemporaine, celle de l’humanité, et la sienne.

À l’issue de la guerre, à un moment où l’artiste s’interroge sur son identité de créateur, il réalise une série de quatre autoportraits, caricaturaux et espiègles, dans lesquels il se représente tour à tour en artiste pensant, sensible, pesant le pour et le contre, ou en pleine création. S’y ajoute un cinquième dessin, intitulé Versunkenheit [Méditation] (1919), figurant une tête de mystique ou de bouddha dont les grands yeux clos et l’absence d’oreilles trahissent un état visionnaire et introverti. Publiée la même année en pleine page dans une revue d’art, la lithographie réalisée d’après ce dessin (Nach der Zeichnung 19/75) fait dès lors figure de portrait officiel de l’artiste.

Klee 2 hommes se rencontrent pensant chacun que l'autre lui est supèrieur 1903©VB
Klee 2 hommes se rencontrent pensant chacun que l’autre lui est supèrieur 1903©VB

L’exposition PAUL KLEE L’IRONIE À L’ŒUVRE  dévoile comment, au fil des différentes périodes de sa vie, Klee parvient à dénoncer avec ironie les dogmes et les normes de ses contemporains, de ses débuts satiriques aux dernières années d’exil à Berne. Arme redoutable, l’ironie lui sert non seulement à défier le système mais aussi à affirmer sa liberté totale, qui se situe au fondement de son idéalisme humaniste. Pour Pierre Boulez, l’insoumission de Klee, sa façon de poser simultanément « le principe et la transgression du principe », serait la plus importante des leçons de l’artiste. Cette exposition est dédiée à Pierre Boulez.

Trois ouvrages sont publiés aux Editions du Centre Pompidou pour accompagner la rétrospective. Sous la direction d’Angela Lampe, commissaire, un catalogue de 312 pages comportant 300 illustrations, réunit les contributions inédites de spécialistes internationalement reconnus de Paul Klee ; un album bilingue français/anglais retrace en images le parcours de l’exposition et une anthologie « En souvenir de Paul Klee » présente dix-neuf témoignages traduits de contemporains ayant été proches de l’artiste : Vassily Kandinsky, Lyonel Feininger, Daniel-Henry Kahnweiler, son fils Felix, des étudiants, parmi d’autres.

Extraits du Catalogue

“Je suis Dieu “, affirme Paul Klee, à l’âge de 22 ans. Peu de temps après, l’artiste écrit à sa fiancée Lily Stumpf qu’il pourrait désormais se contenter de ” La belle chose auto-ironie “. Cet état d’esprit l’accompagnera tout au long de sa vie. “Chez lui, le goût de la satire a toujours été  très fort, de l’ironie, de toutes ces choses qui manquent un peu de sèrieux ” commentera plus tard son fils Felix.

Klee l’énonce clairement dans son journal : .”J’en suis au point de pouvoir survoler désormais la grande culture de l’Antiquité et sa renaissance. Sauf que je ne conçois pas de rapport artistique avec notre époque. Et quant à vouloir produire quelque chose de façon inactuelle, voilà qui me paraît suspect .Grand désarroi ” . Et de conclure : “C’est pourquoi je ne suis tout entier que satire. “

Catalogue de l’exposition Sous la direction d’Angela Lampe.

Un ouvrage de 312 pages comportant 300 illustrations, réunit les contributions inédites de spécialistes internationalement reconnus de Paul Klee. Format : 23,5 x 30 cm. Relié. Prix : 44,90 euros

Paul Klee L’ironie à l’oeuvre du 6 avril 2016 au 1er août 2016

de 11h00 à 21h00Galerie 2 – Centre Pompidou, Paris

14€ / TR 11€
ACHETER UN BILLET EN LIGNE
Nocturne jusqu’à 23h tous les jeudis soirs

Le Centre Pompidou propose une nouvelle traversée de l’œuvre de Paul Klee, quarante-sept années après la dernière grande rétrospective française que lui consacra le musée national d’art moderne, en 1969. Réunissant environ deux cent cinquante œuvres, en provenance des plus importantes collections internationales, du Zentrum Paul Klee et de collections privées, cette rétrospective thématique pose un regard inédit sur cette figure singulière de la modernité et de l’art du 20e siècle.

Exposer l’œuvre de Klee est un défi : auteur de presque dix mille œuvres, artiste insaisissable par excellence, il semble se dérober à chaque tentative de classification. Caractérisé par une dualité, une ambivalence, une pensée toute en oppositions, il se représente tour à tour comme dieu ou comme comédien. L’exposition du Centre Pompidou a choisi pour focus « l’ironie romantique » avec ses corollaires, la satire et la parodie. Issue du premier romantisme allemand, « l’ironie romantique » – qualifiée de « bouffonnerie transcendantale » par le philosophe Friedrich Schlegel – renvoie au processus de création. Les œuvres de Klee sont à comprendre comme un jeu qui signale la tentative de dire l’indicible, malgré l’inaptitude fondamentale à le faire. L’artiste interroge les moyens que lui donne l’art d’atteindre ses aspirations. Ce thème éclaire l’attitude de Paul Klee vis-à-vis de ses pairs et des courants artistiques contemporains, montre comment il assimile ou détourne ces influences, créant une expression unique.
L’aquarelle abstraite Gothique riant de 1915, prêtée par le MoMA, en livre un bel exemple. Si l’on dénote une similitude avec le tableau St. Severin 1 de Robert Delaunay, Klee semble – par le choix du titre – tourner en dérision les débats sur l’interprétation psychologique des styles qui animent alors les milieux allemands. Associer le gothique au rire pour désigner une composition inspirée du travail d’un cubiste français est une façon pour Klee de marquer son détachement.

L’exposition se déploie en sept sections thématiques qui mettent en lumière chaque étape de l’évolution artistique de Paul Klee : les débuts satiriques ; Cubisme ; Théâtre mécanique (à l’unisson avec Dada et le surréalisme) ; Constructivisme (les années au Bauhaus de Dessau) ; Regards en arrière (les années 1930) ; Picasso (la réception par Klee après la rétrospective de Picasso à Zurich en 1932) ; Années de crise (entre la politique nazie, la guerre et la maladie). Le parcours réunit peintures, sculptures, dessins et peintures sous verre, une sélection prestigieuse dont la moitié n’a jamais été montrée en France. Parmi ces chefs-d’œuvre rares, Vorführung des Wunders dialogue avecAngelus novus, deux aquarelles mythiques de la collection de Walter Benjamin.

Par Angela Lampe, conservatrice, Musée national d’art moderne, commissaire de l’exposition
 

CENTRE POMPIDOU PARIS

Print Friendly, PDF & Email
Facebook
Facebook
Google+
Google+
https://www.baleenfrancais.ch/2016/06/paul-klee-au-centre-pompidou-paris">
LinkedIn
Instagram

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton back to top