Voyage d’été avec les amis de la Fondation Fernet-Branca

Pierre Vasarely CAFFB Photo VB

Le Club des Amis de la Fondation Fernet-Branca d’Aix-en-Provence à Monaco

Une fois de plus , le Club des Amis de la Fondation Fernet-Branca s’est rassemblé –  sous un soleil de plomb – en Provence , celle de Cézanne mais aussi  celle de Victor Vasarely dont nous avons visité la Fondation en compagnie de Pierre Vasarely , petit-fils du maître de l’art optique et Président de la Fondation Victor Vasarely , vénérable institution aixoise qui fête cette année ses 40 ans , l’occasion du montage de l’exposition Multiplicité , périple Vasarélien entre Gordes , Avignon et Aix-en-Provence . Après notre après-midi  didactique au frais – la Fondation Vasarely bénéficie à nouveau d’ un système de climatisation efficace -, direction  le FRAC – Fonds Regional d’Art Contemporain – de Marseille à la rencontre de Françoise Pétrovitch dont les oeuvres, à la fois torturées et oniriques , sont également présentées en partenariat sur 3 villes : Tarascon , Arles et Marseille . Avant de partir pour le Forum Grimaldi de Monaco pour le vernissage de l’exposition consacrée à Francis Bacon – Francis Bacon, Monaco et la culture française-  , le plus francophile des artistes britaniques du XXème siècle, les amis de la Fondation Fernet-Branca n’ont pas résisté à l’appel de la traditionnelle bouillabaisse méridionale servie chez Peron avec coucher ce soleil en prime sur la Méditerrannée .

L’art contemporain se parcourt : retour sur notre périple

Le CAFFB célèbre les 40 ans de la Fondation Vasarely avec Pierre Vasarely

Pierre Vasarely ©VB
Pierre Vasarely 1er juillet 2016 ©VB

Deux bonnes heures n’ont certes pas suffi à Pierre Vasarely , président de la Fondation éponyme pour tracer l’itinéraire artistique de son grand-père ,

un survol de  plus de 70 ans d’activité au service de l’art  optique  , nous avons cependant appris au moins l’essentiel de la démarche du fondateur du  Centre Architectonique d’Aix en Provence ,Győző Vásárhelyi dit Victor Vasarely . Le bâtiment visible de l’autoroute en arrivant à Aix , côté Jas de Bouffan, est de façon évidente représentatif des travaux de Vasarely , une succession horizontale de cercles inclus dans des carrés en noir et blanc jouant avec notre perception par le jeu d’un positif-négatif hypnotique. Bienvenue dans l’antre de la confusion optique ! Un kaléïdoscope géant , juste pour le plaisir de l’oeil , qui sème le trouble par des effets de perspective  à répétition nous faisant douter de notre intégrité psychique ( cf l’expo l’Art et le Chat de Geluck et sa vision du King de l’Op Art ) faudrait-il toucher les oeuvres de Vasarely pour en percer la magie ? Oui , ici , rien n’est illusion , ouvrez l’oeil et le bon !

Depuis le 14 janvier 2013 , les prouesses architecturales géométriques  aixoises du plasticien sont entrées au panthéon des Monuments Historiques , une reconnaissance essentielle pour soutenir les projets de restauration indispensables à la préservation du Centre Architectonique d’Aix-en-Provence . Cette homologation  assortie de l’intervention du Conseil Général  et autres institutions culturelles , a déjà enclenché des actions , ainsi,  au cours de notre visite  à travers les 7 salles hexagonales de la Fondation, nous découvrons avec ravissement l’une d’entre elles entièrement rénovée , éclaboussée par la lumière pénétrant par les losanges cerclés de bois du plafond et abritant le Kroa ,  élégante sculpture en aluminium anodisé ponctuée de cercles bleus . Pierre Vasarely  a  bien raison de croire à la remise à neuf progressive de la Fondation qui , d’ailleurs précise-t-il,  bénéficiera bientôt d’une extension souterraine destinée à recevoir les  expositions  temporaires d’artistes contemporains .

Pour honorer  Victor Vasarely , artiste altruiste résolument démocrate , qui souhaitait intégrer l’art dans l’espace , le rendre public , accessible  à tous , la ville d’Aix-en-Provence célèbre en 2016l’Année de la Hongrie , valorisant ainsi les relations privilégiées développées avec Pecs  , ville natale de Victor Vasarely . Sous l’intitulé Multiplicités , 3 expositions lui rendent hommage cet été en Provence : l’une au musée Vouland d’Avignon où l’on joue du contraste entre art optique et objets des XVII èmes et XVIIIèmes siècles , l’autre au château de Gordes, petite merveille de la Renaissance blottie au coeur des lavandes  dont le musée didactique  imaginé par Victor Vasarely fut inauguré en 1970 par Madame Pompidou; la dernière enfin à Aix-en-Provence à la Fondation Vasarely dont la construction avait d’abord été pressentie à Marseille et …à Avignon! La boucle est bouclée , en route pour un voyage initiatique sur les traces de Victor Vasarely de Gordes à Avignon en passant par Aix-en-Provence , il y a pire  punition pour (re)découvrir le maître plasticien de l’art optique et cinétique.

Vasarely n’est pas le bourreau de la rétine que l’on a pu décrire , bien que photographier correctement l’une de ses compositions tienne plutôt du cauchemar , il est l’inventeur d’un langage faisant lien entre formes et couleurs à l’instar d’un Kandinsky  jouant la correspondance des notes avec  les couleurs.

L’art de l’illusion façon Vasarely ? Des motifs vus derrière une lentille grossissante puis redessinés . Matèriel : ciseaux , petits papiers , colle , pas d’ordinateur,  ça va de soi mais c’est mieux en le disant . A vous d’essayer ! La Fondation Vasarely propose des ateliers pour les volontaires.

Pierre Vasarely Président de la Fondation Vasarely  est également  Consul Honoraire de Hongrie en PACA 

Exposition triptyque  MultipliCités  Victor Vasarely du 2 juin au 2 octobre 2016 

FRAC de Marseille Françoise Pétrovitch

Françoise Petrovitch FRAC PACA © VB
Françoise Petrovitch FRAC PACA © VB

D’Aix-en-Provence à Marseille , il n’y a qu’un pas , direction le FRAC de Marseille pour le vernissage de l’exposition de Françoise Pétrovitch ” S’absenter “ ., l’occasion pour nous d’une ballade dans le quartier modernisé de la Joliette . ” S’absenter est encore une exposition qui voyage , de Marseille à  Arles en passant par Tarascon . Arrêt chez la Bonne-mère pour découvrir une artiste atypique dont les toiles aux douces teintes acquarellisantes – technique du lavis- peuvent être trompeuses : ici , les jeunes filles tranquilles ont souvent  les genoux écorchés , les larmes coulent en torrents rouge sang  les visages sont souvent tronqués  . La touche écarlate apporte son lot de dramaturgie et l’omniprésence d’animaux familiers n’y engage que peu de réconfort . Dans les œuvres de Françoise Pétrovitch, les personnages entre enfance et adolescence sont parfois flanqués d’oiseaux fragiles ou puissants pré ou post-mortem . On ne lit pas toujours très bien , mais ce qu’on voit de façon trouble ressemble plutôt à une forme de désespoir qu’à celle d’un onirisme léger. Toutefois ou bien à cause de tout cela ,l’émotion est présente , le charme agit .

Pour la première fois, trois institutions culturelles ont souhaité inviter Françoise Pétrovitch à concevoir un parcours artistique qui s’expose tout l’été, de Marseille à Tarascon, en passant par Arles. Le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Château de Tarascon – Centre d’art René d’Anjou et Asphodèle – Espace pour l’art  d’Arles s’associent en effet pour présenter du 1er juillet au 30 octobre les créations de cette artiste.
Les expositions intitulées S’absenter, Verdures et Îles, organisées dans trois lieux emblématiques de la vie artistique, culturelle et historique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, permettent de découvrir les réalisations les plus récentes de Françoise Pétrovitch, aussi bien les peintures que les dessins, vidéos, dessins d’animation, céramiques et sculptures.

Françoise Pétrovitch – S’absenter
02 juillet — 30 octobre 2016En partenariat avec Semiose galerie , Paris; le Centre d’art René d’Anjou, Tarascon; Asphodèle, ArlesVernissages: vendredi 1er juillet 2016 au Frac, 18h-21h Samedi 2 juillet: Au centre d’art René d’Anjou, Tarascon et à l’Espace pour l’art, Arles

FRAC PACA

Françoise Petrovitch

« Francis Bacon, Monaco et la culture française » Forum Grimaldi

Francis Bacon Forum Grimaldi ©VB
Francis Bacon Forum Grimaldi ©VB

Pour terminer en beauté notre délicieux Week-end culturel,  direction Monaco pour  profiter de l’actuelle exposition thématique  du Forum Grimaldi consacrée à l’artiste britanique Francis Bacon , rassemblant 62  œuvres personnelles croisées avec celles d’artistes ayant eu une forte influence sur lui comme Giacometti , Léger, Lurçat, Michaux, Soutine, Toulouse-Lautrec, Picasso ,etc.  Au fil des salles , nous avons découvert l’itinéraire artistique de ce monstre sacré, artiste figuratif le plus énigmatique de l’après- guerre , de Paris à Monaco .

C’est à Monaco où il reste jusqu’au début des années 50 que Bacon commence sa série inspirée du Portrait du Pape Innocent X de Vélasquez , l’une des plus belles peintures au monde d’après lui et dont , pour ma part , l’interprétation  hurlante est l’une de peintures les plus terrifiantes que je connaisse. Le pape innocent X enclenche son travail sur la forme humaine. C’est une étape décisive dans son œuvre .

« Si les Français apprécient mon travail, alors j’aurai le sentiment d’avoir, d’une certaine façon, réussi. »

Tout au long de sa vie, Bacon n’a cessé de séjourner à Monaco et dans le sud de la France. Bacon prend un atelier-appartement à Paris en 1974 qu’il va garder jusqu’à 1984.

Bien que deux rétrospectives lui aient été consacrées de son vivant à la Tate Gallery, en 1962 et 1985, celle du Grand Palais à Paris, en 1971, est considérée comme l’événement le plus important de sa carrière. Seul Picasso avait eu le privilège de se voir offrir une rétrospective de son vivant au Grand Palais en 1966.
Une itinérance de l’exposition, recentrée sur les relations de l’artiste avec l’Espagne, Francis Bacon de Picasso à Vélasquez est d’ailleurs programmée au Guggenheim Museum de Bilbao, du 30 septembre 2016 au 08 janvier 2017.
Cette exposition est aussi le premier grand événement organisé avec le concours de la toute récente Francis Bacon MB Art Foundation, inaugurée à Monaco le 28 octobre 2014 (jour anniversaire de la naissance de l’artiste) par S.A.S le Prince Albert II. Cette institution à but non lucratif, est l’unique fondation au monde dédiée à l’artiste.
La Fondation soutient de nouvelles recherches sur le peintre, parraine des artistes émergents, organise des expositions et des séminaires sur l’œuvre de Bacon en partenariat avec des institutions locales et internationales et finance des projets associés à l’artiste.

Francis Bacon est un artiste autodidacte. Il apprend la peinture à travers l’art français : la grande tradition de la peinture chez Ingres, la technique de Cézanne, « le sens de  la  tragédie » chez Van Gogh qu’il considérait « comme le plus grand artiste de sa période », la maîtrise du nu chez Courbet, l’utilisation de la couleur chez Bonnard, les œuvres de Degas, Monet, Soutine, Seurat et Picasso qu’il mentionnait le plus volontiers, la grande qualité des dessins de son ami Alberto Giacometti. Tous ces artistes vont influencer, plus ou moins directement, son travail et sa réflexion artistique.

Avec Vélasquez, Van Gogh est le seul auquel Bacon rende hommage, avec plusieurs  variations à partir du Peintre sur la route de Tarascon, (1888). Bacon représente le peintre hollandais remontant une route oblique, longée d’arbres. La toile serrée contre sa poitrine, appuyée sur une canne, Van Gogh, le vent dans le dos, semble avancer péniblement mais résolument. (Study for Portrait of Van Gogh VI, 1957) A l’air libre, au milieu des champs, Van Gogh, cet alter ego mythique du peintre britannique, devient la seule et unique figure à échapper à la condition inhérente à l’être humain dans l’œuvre de Bacon, l’enfermement.

Quand l’expression se tordre de douleur , prend tout son sens

Dès l’entrée de l’exposition, le visiteur est  confronté à la violence de l’artiste, une photo  de Francis Bacon tenant deux pièces de bœuf, évoquant la crucifixion, est reproduite en grand format. Le ton est donné.

L’étude de la représentation du cri humain a exercé chez l’artiste une immense fascination  et l’une de ses célèbres sources d’inspiration est le cri de la nourrice dans le Cuirassé Potemkine de Eisenstein dont un extrait sera diffusé en regard des peintures. Francis Bacon puisait également son inspiration dans des œuvres cinématographiques comme une séquence de la scène de « l’escalier d’Odessa » dans le film du « Cuirassé Potemkine » et principalement la scène du cri de la nurse .

« Caverne noire » est le nom donné à la salle suivante, dont l’atmosphère a été voulue sombre et oppressante, grâce notamment à la présence de rideaux de velours. Une structure métallique suspendue au centre de la salle souligne l’idée de la cage, une inspiration tirée des œuvres de Giacometti, dont deux dessins sont exposés en début de salle. La confrontation avec des artistes influents nous donne l’occasion de croiser les oeuvres de Soutine ou de Michaux.

L’exposition se termine sur une évocation du mythique studio londonien de Bacon, 7 Reece Mews, grâce à des photographies de son appartement .

L’Espace INTERACTIF

Avant de sortir du Forum Grimaldi pour rejoindre la terrasse et profiter des dernieres minutes consacrées au vernissage de l’exposition  “Francis Bacon, Monaco et la culture française”, chacun d’entre nous a pu experimenter le jeu photographique participatif proposé le Forum Grimaldi : entrer dans une cabine Photomaton pour inclure notre polaroïd dans le bric-à-brac baconnien reproduit façon fresque murale vivante figurant l’atelier londonnien de Bacon.

La photographie a joué un rôle majeur pour Francis Bacon. Son atelier londonien, 7 Reece Mews, a laissé un témoignage extraordinaire de ses innombrables sources iconographiques et près de 7 500 pièces (photos, livres, notes, dessins, etc.) en ont été exhumées …

Francis Bacon à propos du portraît du pape Innocent X:
« Je pense que c’est l’un des plus beaux portraits qui aient jamais été faits ; et j’ai fini par en être obsédé. J’achète livre sur livre dont l’illustration comporte ce Pape de Vélasquez, car il me hante et m’ouvre à toutes sortes d’impressions et même, allais-je dire, de domaines de l’imagination » (1962)

« Je pense vraiment que ça a été mon premier sujet ». (1971-1973)

Son ami intime, John Russell résume la relation de Francis Bacon et la France :

« Bacon possède tout un tas de savoirs français, un vrai petit trésor (…) Je les soupçonne de préférer une bonne conversation avec des français à presque toutes les formes de divertissement formel. Il adore le caractère radical et intraitable de la conversation des français, il aime l’imagination débordante des meilleurs peintres français, l’ambition démesurée, le sérieux total, la propension à tout oser, le savoir inné de la carrière bien menée. »

LE GRIMALDI FORUM – INFORMATIONS PRATIQUES

FONDATION FERNET-BRANCA

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