Eté 2016 Hans Hartung Aubagne Antibes

Musée de la Légion Etrangère Affiche Laurel et Hardy légiionaires
Musée de la Légion Etrangère

Achevé en 2013 , le Musée de la Legion Etrangère à Aubagne  ne se contente pas de raconter l’histoire édifiante de cette Institution au travers de ses collections et expositions. Le musée accueille chaque année  environ 25 000 curieux venus admirer des expositions temporaires mises en place deux fois par an dans ces vastes locaux baignés de lumière provençale . L’adjudant Richard Nydrle , conservateur adjoint au Musée de la Légion Etrangère, dévoile les prochains projets : une exposition sur le thème de la Légion et la mode – dès le 16 septembre 2016- car , impossible de l’ignorer, l’uniforme inspire depuis toujours les couturiers , pensez à la saharienne  par exemple  puis , un peu plus tard la Légion et le cinéma  . C’est d’ailleurs par le cinéma que l’on entre dans ce musée inattendu accueilli par les compères Laurel et Hardy.

Pas vraiment étonnant lorsqu’on sait que l’inventeur du terme 7ème art était  légionnaire ! Bon , Ricciotto Canudo  était aussi un écrivain italien, romancier, poète, philosophe, critique d’art, critique littéraire, critique de cinéma, musicologue, scénariste… En tout cas , il a bel  et bien inventé en 1919 le terme de « 7e art » pour désigner le cinéma. Canudo s’est engagé dans la Légion à la déclaration de guerre non sans avoir pris le temps de fonder la revue Monjoie à laquelle ont contribué de grands noms  comme Fernand Léger, Igor Stravinsky, Erik Satie, Blaise Cendrars,  Marc Chagall, etc. Les artistes  et intellectuels ont  donc poussé les portes de la Légion par procuration il y a longtemps déja .

 Le Musée de la Légion Etrangère présente Hans Hartung

Photo Hans Hartung / Richard Nydrle conservateur adjoint Musée de la Légion Etrangère©VB
Photo Hans Hartung / Richard Nydrle conservateur adjoint Musée de la Légion Etrangère©VB

Exposition ” Beau geste, Hans Hartung , peintre et légionnaire “

Hans Hartung , venu par 2 fois offrir ses services à la Legion Etrangère , méritait bien une rétrospective . Le Musée  de la Légion présente les oeuvres de la pèriode  sombre de 1940 à 1945  tandis que le Centre d’art des Pénitents Noirs  d’Aubagne propose la profusion d’oeuvres exécutées par Hartung en 1989 , l’année de sa mort . La Fondation  Anna-Eva Bergman Hans Hartung à Antibes raconte l’épopée de ce couple d’artistes hors-normes  de façon plus intime puisqu’elle abrite leurs ateliers .

Désormais , Aubagne ne sera pas seulement le pays de Pagnol et celui du siège du commandement de la Légion étrangère , il sera aussi celui de l’artiste Hans Hartung , né allemand , mort français en toute conscience  et honoré en 2 lieux – comme il se doit –  cet été à Aubagne , au Centre d’art des Pénitents Noirs et au siège de la Légion Etrangère.

 Hans Hartung Monsieur bis repetita

Amis réalisateurs , que ne faites-vous un film sur l’extraordinaire traversée de l’existence de Hans Hartung , l’inventeur de l’abstraction lyrique et de sa compagne Anna- Eva Bergman  ( à part le film d’Alain Resnais  Visite à Hans Hartung, présenté en 1948 en Allemagne et en 1950 à Paris. ) ?  Hans Hartung 2 fois engagé dans la Légion Etrangère Française , 2 fois marié à la même femme,  artiste comme lui . Hans Hartung a de la suite dans les idées, une certaine persévérance et surtout beaucoup de courage pour s’opposer activement au nazisme dès 1935 . Hartung a d’ailleurs bien failli y laisser son identité véritable signant alternativement ses toiles d’un Pierre Berthon ou d’un Jean Gauthier ( noms choisis par la Legion Etrangère ).

Ce qu’en dit Fabrice Hergott , commissaire des expositions d’Aubagne et directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris : ”  la Légion fait partie de la vie de Hans Hartung , il est à la fois attaché aux valeurs morales de la Légion alors qu’il est probablement ancré dans l’art moderne.”

Beau geste, beau titre !  lorsque je demande benoîtement à  Richard Nydrle , si le titre  de  l’exposition” Beau geste ” , est une référence à l’engagement répété de l’artiste à la Légion , il me donne l’explication suivante :  ce titre est inspiré du film américain éponyme de 1939 lui -même émanant du roman de l’écrivain Britannique Percival Christopher Wren ( 1924 ) ayant pour cadre la Légion Etrangère Française : Beau- Gary Cooper- John et Digby Geste sont trois frères inséparables adoptés par la riche Lady Brandon. La disparition soudaine de son saphir, le ‘Blue Water’, pousse les frères à fuir la maison. Ils se retrouvent engagés dans la Légion étrangère, où ils affrontent autant leur sergent sadique que les rebelles arabes…

Hans Hartung les visages de la guerre

Hans Hartung Musée de la Légion Etrangère © VB
Hans Hartung Musée de la Légion Etrangère © VB

En toute logique , le Musée de la Légion Etrangère abrite des travaux et des documents courant de 1939 à 1945 . Au commencement , rien ne laisse augurer de l’orientation de vie de Hartung : né dans une famille aisée de Leipzig en 1904 , le jeune Hans baigne dans un climat plutôt intellectuel , son grand-père maternel et son père, musicien amateur et peintre autodidacte, sont médecins . Cependant, plutôt qu’un réel atavisme ,  c’est sa fascination craintive pour les orages , qui l’amène , dès l’âge de 6 ans , à coucher sur papier les éclairs effrayants qui précèdent les coups de tonnerre , une façon pour lui de conjurer  la foudre et indubitablement l’amorce d’un plongeon dans l’abstraction lyrique qui deviendra son fonds de commerce.  Hartung créait d’après sa nécessité intèrieure , comme le résumera très bien Kandinsky.

Toutefois, Hartung entre de la manière la plus classique dans le monde des artistes majeurs du XXème siècle,  par la porte de l ‘Académie des Beaux-Arts de Leipzig puis de Dresden avant de  croiser les stars de l’époque à Paris – dans les années 30 – Chagall ou Picasso et de développer des amitiés avec d’autres lors de son second séjour , comme Henri Goetz , Mondrian,  Miró et Calder avec qui il expose. Ce sont toutefois les rencontres d’après-guerre qui constitueront véritablement son cercle d’amis – Schneider, Soulages, Mathieu, Baumeister et Rothko- et qui scelleront sa notoriété.

C’est en 1939, qu’il s’inscrit sur la liste des volontaires contre l’hitlérisme en cas de guerre . Après s’être enfui d’une Allemagne où son art est jugé dégénéré, il s’engage dans la Légion étrangère pour la durée de la guerre sous le nom de Jean Gauthier ( il n’a plus le passeport qui lui aurait permis de s’enrôler dans l’armée française )et est démobilisé en 1941 . En 1942, la France est entièrement occupée , Hartung se réfugie dans la famille du sculpteur Julio Gonzales dont il a épousé la fille Roberta peu après son divorce d’avec Anna Eva Bergman. Il s’engage à nouveau dans la Légion en 1943 sous le nom de Pierre Berton cette fois-ci. Affecté au Régiment de marche de la Légion étrangère comme brancardier, blessé durant l’attaque de Belfort en novembre 1944, il est amputé de la jambe droite à Dijon. De retour à Paris en 1945, où il est aidé par Calder, il est naturalisé français en 1946, décoré de la croix de guerre 1939-1945, de la médaille militaire et de la Légion d’honneur.

Hans Hartung sans-titre 1940-©VB
Hans Hartung sans-titre 1940-©VB

Lorsqu’on entre dans la première salle du Musée de la Légion consacrée à Hans Hartung , le regard est tout de suite attiré  bien sur vers une photo grand format en noir et blanc d’Hans Hartung legionnaire mais surtout vers une série de 8 têtes atypiques realisées entre 1940 et 1941  chez les Gonzalez et que l’on attribuerait paresseusement à Picasso alors qu’elles lui sont inspirées par les sculptures de son hôte et beau-père Julio Gonzalez. Hartung a ainsi produit près de 90 têtes anonymes dont le désespoir ou la terreur hypnotisent comme un Guernica que l’on aurait minutieusement  disséqué  bien que plusieurs des visages ainsi portraîtisés soient aussi simplement ceux croisés à Sidi Bel Abès , siège de la Légion où il fut affecté lors de son premier séjour. Les oeuvres accrochées , 6 toiles peintes entre 1942 et 1945, et une quarantaine d’œuvres sur papier (mine de plomb, pastel, fusain, encre) de 1939 à 1944 ,ont en commun la modestie des formats et du matèriel utilisés , elles signent  les difficultés d’Hartung à subvenir à ses besoins durant cette pèriode noire.

 Avec l’exposition Hartung qui s’est achevée le 28 aout 2016, le Musée de la Légion Etrangère inaugure une nouvelle salle d’exposition temporaire. La prochaine, prévue du 16 septembre 2016 au 15 janvier 2017 aura pour thème la mode et la Légion  puis en 2017 est prévue l’exposition La Legion Etrangère et le Cinéma .

 Musée de la Légion Etrangère

Hans Hartung Anna Eva Bergman un destin et une Fondation en commun

La vie de Hans Hartung est indissociable de celle d’Anna-Eva Bergman qu’il épouse en 1929 après l’avoir rencontrée à Paris la même année . Convaincue par sa mère qui considère son gendre comme un mauvais parti – Hartung n’entre dans la célébrité qu’après-guerre- Ie couple divorce en 1938. En 1939, il épouse la fille du sculpteur Julio Gonzalez, Roberta Gonzalez dont il divorcera pour se remarier avec Anna-Eva Bergman en 1957.

Grand Patio de la Maison ©VB
Grand Patio de la Maison ©VB

C’est alors qu’ils envisagent de construire une propriété en province. Hartung dessine alors les plans de ce qui va être leur villa-atelier. C’est en 1960 qu’ils achètent une oliveraie à Antibes où ils s’installeront en 1973. Dès lors, l’idée de faire du « Champs des Oliviers » un lieu dédié à leurs oeuvres après leur mort ce concrétise. Hartung ne cessera jamais de créer, peignant avec toujours plus d’ardeur jusqu’à ses dernier jours. Peu après la mort de l’artiste en 1989, la Fondation Hartung-Bergman est inaugurée.

Fondation Bergman Hartung Atelier d'Hartung ©VB
Fondation Bergman Hartung Atelier d’Hartung ©VB

C’est une des grandes caractéristiques d’Hartung : il a durant toute sa vie , d’un bout à l’autre du XXème siècle , énormément produit en renouvelant son abstraction par une exploration technique obstinée . A 85 ans, sentant sa fin proche ( Son ultime message :« l’art me parait être un moyen de vaincre la mort » ) ,dans une véritable course contre la montre avec la mort, Hartung va peindre frénétiquement jusqu’à six à sept toiles par jour, dans des formats jusqu’à 2 mètres par 3 sur des toiles tendues verticalement face à lui. De son fauteuil roulant, il projette des jets de peinture avec une sulfateuse agricole ( les outils sont soigneusement entretenus et laissés en leur place dans l’atelier spacieux d’Antibes ).Cependant,  Hartung ne laisse rien au hasard , nombreuses sont ses toiles qui ont préexisté sous forme de maquette avant de rejoindre la cour des grands selon le procédé du report qu’il affectionne jusque dans les années 60. L’acrylique est pulvérisée méticuleusement en une multitude de petits points, d’empâtements aux couleurs vives et chatoyantes. Tout est parfaitement maîtrisé contrôlé techniquement.

” Il faut que tout soit juste: les courbes , les formes , les angles, les couleurs et les valeurs, pour créer une image qui puisse durer, qui frappe notre attention, qui soit l’expression définitive d’un objet, d’une émotion , d’un phénomène” 1975 Entretien avec Monique Lefebvre dans Autoportraît

Hans Hartung  travaille à la façon d’un scientifique même s’il se lance dans l’aventure en utilisant des outils totalement inédits tels des rateaux , des branches de genêt – les balais sont encore installés dans un coin de l’atelier- ou encore des tyroliennes  . La pratique de l’abstraction chez lui est à mille lieues de la spontanéïté  d’un Pollock même si Hartung , au cours des années , semble laisser glisser son geste  vers une liberation salvatrice, ce total lâcher-prise n’est qu’une distanciation définitive de la figuration  .” De dessin en dessin , j’en étais arrivé enfin à ne plus rien figurer “1976.

Soulages , l’ami : ” Hartung a fait mon art “ 

La Fondation Bergman Hartung , un bijou architectural éclatant niché au creux d’une oliveraie

Fondation Bergman Hartung © VB
Fondation Bergman Hartung © VB

Figures incontournables de l’art moderne, acteurs marquants de l’abstraction, Hans Hartung (1904-1989) et Anna-Eva Bergman (1909-1987) ont traversé l’histoire du 20ème siècle et en ont bravé les drames. Dans les années soixante, ils font l’acquisition d’une oliveraie de deux hectares sur les hauteurs d’Antibes et y établissent, selon les plans de Hartung lui-même, leur villa et leurs ateliers. Ce lieu où ils ont vécu et travaillé jusqu’au terme de leur existence est aujourd’hui une fondation qui conserve des fonds d’oeuvres et d’archives exceptionnels et constitue un ensemble architectural remarquable, inscrit au patrimoine du 20ème siècle. Anna Eva Bergman , doublement épousée par Hans Hartung , ne naît pas peintre ! Elle fut d’abord reconnue en Norvège comme dessinatrice de presse , elle raconte d’ailleurs volontiers qu’elle a su manier le crayon à dessin avant le stylo à écrire mais elle rejettera  par la suite cette activité la jugeant stérile.

Anna Eva Bergman Grand Finnmark rouge 1967 ©VB
Anna Eva Bergman Grand Finnmark rouge 1967 ©VB

Pourtant , le dessin, tendre et humoristique d’Anna Eva Bergman se fait aussi sombre et cynique lorsqu’il s’agit d’illustrer la guerre et l’occupation de la Norvège, son pays, par l’armée d’Hitler. Peintre également, elle produit des séries de paysages urbains, qui amorcent son gout des formes simples et pures et l’utilisation préférentielle de l’or et de l’argent . Anna-Eva Bergman opère à la fin des années quarante un tournant radical qui la mène sur les voies de la peinture abstraite. Dès 1952, elle pose un vocabulaire de formes archétypales issues de la nature et de la mythologie scandinaves : pierres, planètes, montagnes, stèles, tombeaux, barques.  Bergman cherche la lumière norvégienne mais ne peint pas sur le motif : elle absorbe ces impressions du sublime, avant de reformuler cet univers par un lent travail indissociable d’une technique : celle de la feuille de métal, feuille d’or, d’argent ou de cuivre qui devient, dès 1950 et jusqu’à la fin de sa vie, le dénominateur commun de ses œuvres. Son travail est alors également indissociable d’une construction : celle au nombre d’or, qu’elle utilisera jusqu’au début des années 1970.Anna-Eva Bergman connaîtra une véritable réception critique de son vivant, avec de nombreuses expositions en France et à l’étranger.

Hans Hartung et Anna-Eva Bergman souhaitaient que leur oeuvre leur survive et puisse rayonner en France comme à l’étranger. La fondation est également un laboratoire de recherche en histoire de l’art et accueille chercheurs, historiens de l’art, critiques, conservateurs de musées et commissaires d’exposition. Elle assure enfin un service d’expertise et d’authentification, qui répond par une information rapide à plusieurs centaines de demandes chaque année.

” Avec Anna-Eva Bergman, nous sommes heureux , l’un et l’autre d’être restés chacun absolument soi-même artistiquement parlant . De temps en temps, nous nous montrons nos toiles , nous nous disons l’un et l’autre ce que l’on aime le plus et ce que l’on aime le moins , mais ça en reste là. ” Hartung Autoportraît, Paris , Grasset 1976.

La Fondation Bergman Hartung ouvre ses portes aux publics, exclusivement sur réservation, dans le cadre de visites guidées qui abordent les différents aspects de la vie et de l’œuvre des artistes et permettent de découvrir leurs ateliers en partie dédiés aux expositions temporaires.

LES VISITES HEBDOMADAIRES DE LA FONDATION SE POURSUIVENT JUSQU’EN OCTOBRE

nda: Pour ceux qui auront un peu de patience , ils pourraient attendre un peu pour la prochaine rétrospective d’Hans Hartung à Paris au Centre Pompidou …après la visite à la Fondation naturellement .

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