Fondation Beyeler Kandinsky, Marc et Der Blaue Reiter

La Fondation Beyeler présente  du 4 septembre 2016 au  22 janvier 2017 KANDINSKY, MARC & DER BLAUE REITER

Fondation Beyeler photoVB
Fondation Beyeler ©VB

L’invention du Blaue Reiter « Le Cavalier Bleu » :  l’Almanach

Deux ou trois choses qui me viennent en tête en me promenant dans les salles de la Fondation Beyeler à la (re) découverte du Blaue Reiter plus ou moins futiles : de bleus cavaliers , il n’est que peu question , les stars sont bien les chevaux , bleus certes ;  l’Almanach aurait donc bien pu s’appeler das Blaue Pferd ; le Blaue Reiter , tout le monde en a  au moins entendu parler une fois , pourtant , son existence a été si fugace qu’elle aurait pu passer totalement inaperçue ; les couleurs irréalistes soigneusement agencées par  Kandinsky ( juste avant son incursion dans l’abstraction ) Frantz Marc ( Les Grands Chevaux Bleus 1911 don de la TB  Walker Foundation , Minneapolis) ou August Macke dont je connaissais essentiellement les oeuvres du voyage à Tunis avec l’ami Klee( oui , l’ignorance est crasse )  ,  ne sont pas sans rappeler celles choisies par leurs contemporains fauves que j’aime beaucoup personnellement ; l’invention de l’Almanach du Blaue Reiter est un acte altruiste , la création d’une paire d’amis destinée à évoquer ” l’aurore de l’intelligence artistique “, un  partage de l’art égalitaire ,  tel qu’il devrait être perçu , une idée en avance sur son temps de la parité dont nos politiques font leur pain propagandiste. Frantz Marc , disparu à la fin de la Grande Guerre , est le co-fondateur du Blaue Reiter et méritait à ce titre un positionnement à l’égal de son célèbre co-religionnaire.  De Kandinsky , nous, pauvres profanes , connaissons essentiellement l’oeuvre abstraite , remercions donc Ulf Küster , commissaire de l’exposition , pour l’éclairage brillant qu’il nous a donné sur l’aventure du Blaue Reiter.

Ulf Küster et la Fondation Beyeler présentent Kandinsky & der Blaue Reiter

Avant la Première Guerre mondiale, entre 1908 et 1914, un groupe international d’artistes profita du climat culturel libéral qui régnait à Munich pour entreprendre une réforme fondamentale de l’art en s’affranchissant de la réalité visible pour n’en représenter que des contenus spirituels. Les principaux représentants de ce courant furent Wassily Kandinsky et Franz Marc, qui avaient fait connaissance au début de 1911 et ont été au début fort décriés . L’exposition présente des oeuvres de Kandinsky témoignant de son évolution vers l’abstraction aussi bien que les représentations panthéistes d’animaux de Franz Marc. Parmi les autres personnalités artistiques liées à Kandinsky et Marc , on peut citer Gabriele Münter, Marianne von Werefkin, Alexej von Jawlensky et August Macke dont on découvrira également les oeuvres à la Fondation Beyeler.

« Der Blaue Reiter », un nom devenu synonyme de l’exploration de nouveaux horizons artistiques, était initialement le titre du légendaire almanach que publièrent Kandinsky et Marc en 1912, un volume qui rassemblait des textes et des images d’artistes issus de cultures et d’époques différentes. Cette juxtaposition d’œuvres hétérogènes représentatives de l’art européen aussi bien qu’extra-européen, de l’art dit savant et de l’art populaire, suffisait à lui prêter valeur de programme.

L'Almananch 1912 Munich
L’Almananch 1912 Munich

A partir des œuvres de Wassily Kandinsky appartenant à la Collection Beyeler, le public peut découvrir la création d’un groupe d’artistes d’avant-garde , marqué par des principes d’ouverture d’esprit et d’internationalité auxquels la Première Guerre mondiale est venue mettre un terme. Cet almanach qui témoigne d’une nouvelle appréhension de l’art et du monde, révolutionnaire pour l’époque , a conduit à un tournant de la conception artistique occidentale et a influencé plusieurs générations de peintres  jusqu’à nos jours. Le leit motiv du Blaue Reiter s’exprime avant tout par une libération de la couleur inspirée par le paysage des Préalpes au sud de Munich.

Cette exposition où l’on pourra voir environ 70 œuvres et un total de plus de 90 objets présente également l’almanach et illustre la révolution picturale qui s’est produite entre 1908 et 1914, en s’appuyant principalement sur des ensembles d’œuvres marquantes de Kandinsky et Marc.

Une salle entière consacrée à l’Almanach der Blaue Reiter , ce groupement artistique soucieux de créer une nouvelle vision du monde, illustre à l’aide de nombreuses reproductions les synergies entre musique et arts visuels, constituant ainsi une forme d’œuvre d’art totale.  Une installation  particulière  présentera  un choix de combinaisons d’images juxtaposant reproductions de l’Almanach et originaux.

L’aventure humaine du Blaue Reiter : des artistes écolos

La symbolique du Cavalier Bleu qui aurait vu le jour par hasard, d’après Kandinsky, au cours d’une conversation avec Marc peut être resumée ainsi :  le bleu, couleur cosmique, associé à la sérénité naturelle de l’animal et à la dynamique du cavalier en saut, qui franchit toutes les barrières.

Mais à l’origine , c’est-à-dire en 1908, Wassily Kandinsky et Gabriele Münter qui vivaient ensemble sans être mariés s’installèrent dans un logement commun à Munich et firent la connaissance à Murnau, en Haute-Bavière, d’un autre couple vivant en « union libre », Marianne von Werefkin et Alexej von Jawlensky. L’année suivante, Münter acheta dans la même localité une maison qui existe toujours et où Kandinsky et elle passèrent principalement leurs étés jusqu’en 1914.

Ce retour à la campagne marquait l’accomplissement du désir de mener une vie simple, anticonformiste, en harmonie avec la nature et le monde rural de Haute-Bavière. Münter et Kandinsky avaient une réelle volonté de voir la société prendre un nouveau départ. Leur interêt pour l’art populaire, et plus particulièrement pour la peinture sur verre typique de la Haute-Bavière rejoint leur conviction de l’égale importance de tous les arts. Il n’y a pas d’art mineur , c’est une idée qui sera valorisée dans   l’Almanach, qui associe l’art occidental à des dessins d’enfants, des images votives et des œuvres d’art d’Afrique et d’Asie.

La collaboration de Münter, Werefkin, Jawlensky et Kandinsky et la représentation des paysages de lacs de Haute-Bavière baignés de lumière et dominés par la chaîne des Alpes inspirèrent à ces artistes un nouveau traitement chromatique, la juxtaposition  de couleurs pures et lumineuses .

Gabriele  Münter  décrit ce processus  comme le passage « … de  la reproduction de la nature – plus ou moins impressionniste – à la sensation  d’un contenu – à l’abstraction – à la restitution d’un extrait. »

Le traitement des plans a conduit chez Kandinsky à un affranchissement de la ligne par rapport au  contour et à la libération de la surface par rapport à la figuration, dont témoignent surtout ses toiles de l’année  clé  que fut  1910.

La couleur peut s’entendre , la musique se voir

Une des priorités des artistes rassemblés autour du Blaue Reiter , et surtout de Kandinsky, était de transmettre l’idée que l’art est synesthésique,  qu’il franchit  les frontières  avec d’autres formes  d’art.  Cette conception se reflète également dans le langage courant : quand on parle de « composition ,on pense le plus souvent à une œuvre musicale ; mais on peut également parler de composition picturale  pour désigner la structure d’une œuvre d’art.

Un ton chromatique peut relever aussi bien de la peinture que de la musique.

Il faut garder cette réalité à l’esprit quand on contemple  les abstractions  de grand format de Kandinsky, comme sa  légendaire Composition VII de 1913, de la galerie Tretiakov. S’y ajoute un élément particulièrement important : le rythme, qui naît de l’activité du regard au contact du tableau. Dans l’idéal, l’interaction entre spectateur et œuvre engendre un rythme optique,  qui trouve  une analogie en  musique.

A partir de 1910, Franz Marc et Maria Franck  s’installèrent tout près de Kandinsky  à 15 kilomètres de Murnau. La publication  commune de l’Almanach Der Blaue Reiter fut effective l’année suivante.Les deux amis ne pratiquaient pas du tout la même forme d’expression artistique. Cette différence apparaît clairement lorsqu’on observe les deux tableaux que Marc et Kandinsky échangèrent pour sceller leur amitié et qui, pour la toute première fois, seront présentés ensemble dans notre exposition. Le tableau intitulé Traum [” Rêve “] que Marc offrit à Kandinsky révèle par son univers chromatique homogène l’intérêt de l’artiste pour la représentation d’une nature expressive. Le présent de Kandinsky à Marc, I’Improvisation 12 au sous-titre caractéristique Der Reiter « Le Cavalier » (Bayerische Staatsgemaldesammlung, Munich), témoigne de sa volonté de traduire en image  la dynamique du geste  par des couleurs éclatantes et par  la dissolution  de la  figuration .

Marc ne s’attachait pas à la reproduction d’un animal mais à la représentation de son essence, expression d’une nature archaïque et intacte. Il faut replacer la fête de l’âme animale que célèbrent ses toiles dans le contexte de la naissance, peu avant la Première Guerre mondiale, du mouvement pour la protection animale ; ce mouvement semble incarner un monde hostile au progrès technique et coïncider ainsi avec la tendance critique à l’égard du progrès, toujours présente  notamment dans la société allemande. On pourra voir dans cette exposition  une sélection des principaux  tableaux d’animaux de Marc et surtout une toile très rarement montrée de nos jours, véritable sommet de son  art,  Die grossen blauen Pferde  “Les grands chevaux  bleus “ (Walker Art Center,  Minneapolis).

La guerre de 14-18 Une vision de l’Apocalypse et la fin du Blaue Reiter

Plus encore que pour Marc, mort il y a un siècle, le 4 mars 1916 , sur le champ de bataille de Verdun, on éprouve une impression d’inachevé en contemplant l’œuvre d‘August Macke, tombé dès le début de la Première Guerre mondiale. Ses tableaux cherchent à associer composition chromatique abstraite et figuration.  A la différence des autres représentants du  Blaue Reiter, il décrit des scènes de   la vie moderne, présentées simultanément sous plusieurs angles de vue grâce à des structures chromatiques cubistes. Macke  a également offert une des meilleures contributions à l’Almanach Der Blaue Reiter avec son texte  intitulé « Masken » . Des travaux de Robert Delaunay, Heinrich Campendonk, du compositeur  et peintre Arnold  Schêinberg et de David Burljuk complètent  le choix des peintres  présentés.

Le terme chronologique de cette exposition coïncide avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, qui marqua  la fin de  la collaboration  du groupe.  La catastrophe  à venir  s’annonce particulièrement dans l’œuvre de Franz Marc. Sa toile de relativement grand format Die Wolfe (Balkankrieg)   dont l ‘escalade a entraîné le déclenchement de la Première Guerre mondiale, montre des loups s’approchant , l’échine basse, d’animaux endormis tandis que  les fleurs paraissent flétrir à  leur passage .

 Kandinsky – Marc : cadeaux entre amis rarement exposés 

Le visiteur a l’occasion de redécouvrir littéralement le Blaue Reiter, car de nombreuses œuvres exposées n’ont plus été présentées en public depuis longtemps : l’exposition présente ensemble pour la toute première fois les cadeaux échangés par les deux artistes : Improvisation 12, 1910, de Kandinsky (que l’on n’a pas pu voir hors de Munich depuis 1958), et Le Rêve,  1912,  de  Marc.
L’œuvre exceptionnelle de Marc, Les grands chevaux bleus, 1911, viennent en Europe pour la première fois depuis 2000. Avec La Cascade, 1912 de Marc, on peut également voir une importante œuvre programmatique, exposée en public pour la dernière fois en 1949.
L’œuvre de Kandinsky Murnau – Place du marché avec montagnes, 1908, a été présentée pour la dernière fois en 1972 dans une galerie commerciale de Paris ; Dünaberg, 1909, a été montrée en public pour la dernière fois à Copenhague en 1957.
Promenade en forêt 1913 de Marc peut être revue pour la première fois depuis   1973.
Avec Composition VII, 1913 de la galerie Tretiakov, nous présentons ce qui est sans doute la plus grande de toutes  les compositions  peintes  par  Kandinsky  (200 x  300 cm).
L’exposition présente par ailleurs dans une salle spécialement consacrée à l’almanach un choix d’œuvres associées dans l’almanach du  Blaue Reiter.
Un catalogue publié à l’occasion de cette exposition aborde ce thème à travers plusieurs contribut ions scientifiques.  L’ensemble des œuvres y est  reproduit.

Beyeler Museum AG , Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen / Basel

Ouvert tous les jours de 10h à 18h , le mercredi jusqu’à 20h

Prix d’entrée de l’exposition : CHF 25

T +41(0)61645 97 00, F +41(0)61645 97 19, www.fondationbeyeler.ch

Conférence de Fabrice Hergott- conservateur français , écrivain , historien de l’art et directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris :

Le Blaue Reiter : une nouvelle définition des frontières de l’art” Mercredi 2 novembre 2016 de 18h30 à 20h

Print Friendly, PDF & Email
[DISPLAY_ULTIMATE_SOCIAL_ICONS]
Bouton back to top