Jérôme Zonder au Musée Tinguely

Jerôme Zonder dancing Room Musée Tinguely Photo VB
Musée Tinguely Mengele TotentanzPhoto VB
Musée Tinguely Mengele Totentanz©VB

Le Museum Tinguely s’est refait une beauté .Voyez vous-mêmes !

Le Musée Tinguely présente Dancing Room de Jerôme Zonder jusqu’au 1er Novembre 2017

Roland Wetzel Jerôme Zonder Musée Tinguely Photo VB
Roland Wetzel Jerôme Zonder Musée Tinguely ©VB

Avec la présentation de la sculpture-machine en 14 parties Mengele-Totentanz (1986) de Jean Tinguely dans la salle – chappelle nouvellement conçue à cet effet, le Musée Tinguely lance une série d’expositions avec de jeunes artistes qui font référence à cette œuvre tardive de Tinguely . Le coup d’envoi est donné par Jérôme Zonder (né en 1974 à Paris), qui compte parmi les grands dessinateurs de sa génération. Avec ses représentations grotesques, inspirées de Jérôme Bosch, Paul McCarthy ou Otto Dix, il parvient à exprimer les atrocités humaines indicibles et catastrophes humanitaires des 100 dernières années pour en faire des « Danses macabres » contemporaines.

Une quarantaine de dessins, une œuvre murale grand format et une construction sculptée composent ainsi une vaste installation en dialogue direct avec Mengele-Totentanz qui sera visible à Bâle du 7 juin au 1er novembre 2017.

L’œuvre doit son nom au maître-autel figurant au centre, une ensileuse à maïs (tellement déformée qu’elle est presque méconnaissable) de la marque Mengele ayant appartenu à la famille de l’effroyable médecin nazi. Toutes les pièces utilisées ont été récupérées après un incendie dévastateur dans une ferme non loin de l’atelier de Tinguely, à Neyruz, près de Fribourg. La danse macabre constitue à Bâle un sujet de longue tradition, qui culmina avec la fameuse Basler Totentanz, réalisée vers 1450 sur l’enceinte de l’ancien couvent des Dominicains, et maintes fois citée et reproduite depuis.

Hymne à la mort : une histoire de la cruauté inhumaine

Jerôme Zonder Dancing room Musée TinguelyPhotoVB
Jerôme Zonder Dancing room Musée Tinguely©VB

Attention , vous sortirez vivant de cette salle mais surement pas indemne à moins d’avoir une pierre à la place du coeur !  à votre droite , une herse rappelant un pont-levis dresse ses pointes menaçantes dans votre direction comme pour vous donner l’ordre du jour  en face : au menu ,un tour d’horizon historique  non chronologique construit sur une succession d’oeuvres dessinées, peintes ou photographiées en noir et blanc,  relatant des évènements violents , tragiques et honteux de notre Histoire . Images crues et glaçantes dans le désordre : une photo du camps d’Auschwitz que l’on distingue vaguement dans les fumées qui s’échappent des baraquements ; une Femen hurlante traînée par trois malabars sans regard ; une jeune femme algérienne nue postée en guise de  trophée entre deux soldats ; le Bal d’Ettore Scola revu et corrigé version Zombies , une armée de morts vivants échappée de la toute nouvelle salle occupée par les 14 machines  enfantées par la Mengele Totentanz de Tinguely. Mengele , pour sinistre mémoire ,  faiseur de mort façon épouvante , produit une foule de visages sur lesquels on ne lit que terreur en un mur façonné par Jerôme Zonder qui trace consciencieusement les contours du désespoir au doigt et en noir et blanc .

Jérôme Zonder dessine nos cauchemars : impitoyable

Jerôme Zonder Portrait de Garance 2016 2017 Musée Tinguely photo tVB
Jerôme Zonder Portrait de Garance 2016 2017 Musée Tinguely ©VB

Le crissement du fusain ou du graphite crie plus fort la noirceur de notre âme et les dessins de Zonder détruisent plus surement notre indifférente quiétude que les plus réalistes des clichés de reporters de guerre et autres chasseurs d’images d’horreur dont nous sommes abreuvés. L’inspiration  et la thématique  de la Danse Macabre suggérée à Zonder et si chère aux Bâlois depuis le XVème siècle , exprime idéalement notre terreur existentielle : mourir ! La belle affaire ou plutôt l’inéluctable  sentence égalitaire avec laquelle nous composons à l’aveugle – la Totentanz de Bâle de 1430 mettait en scène 37 couples morts/ vivants issus de toutes les strates de la société , suggérant l’idée que la Mort est là pour tous sans distinction le moment venu – sauf que ce moment venu varie en fonction du  côté de la planète où tu te trouves , Orient , Occident , Moyen-orient, Afrique…et de l’époque où tu y a mis les pieds .Point d’égalité donc ! Mais Zonder n’ignore rien de tout cela . Au contraire , il sème le trouble en croisant ses sources : des images d’archives , des photos associées  à des éléments extraits de l’Histoire de l’Art, d’archives historiques, et des media (quotidiens, magazines).

Danse avec les morts en noir et blanc

Jerôme Zonder Totentanz Musée Tinguely Phoo tVB
Jerôme Zonder Totentanz Musée Tinguely ©VB

Le travail de Jerôme Zonder au Musée Tinguely , aurait pu être titré ” Vie et mort de l’humanité ou chronique de notre mort annoncée ” . Mais  ç’aurait été sans compter avec la maîtresse de cérémonie préférée des bâlois  :  Totentanz  ou La jeune fille et la Mort , l’originelle réalisée par Hans Baldung dit  Grien en 1517 , découverte au Kunstmuseum Basel puis reproduite par Jérôme Zonder. On voit , dans le dessin du Français, une jeune fille dont le visage est déja attaqué par son partenaire dansant  et qui semble avoir succombé à la séduction dudit , une faiblesse souvent traîtée comme une justification ou une acceptation avec plus ou moins de brutalité . Le choc de l’image vient de l’opposition entre la jeunesse , porteuse de vie, de la jeune fille et son cavalier,  le squelette décharné et ricanant  , un Walking Dead porteur du mot FIN qui squatte toutes les représentations du Totentanz

 Les enfants du siècle ne dansent pas . Ils jouent à mourir ou faire mourir .

Jérôme Zonder Portrait de Garance 2017 Musée Tinguely Photo VB
Jérôme Zonder Portrait de Garance 2017 Musée Tinguely ©VB

Jerôme Zonder a realisé en 2009 la série Jeux d’enfants dont les personnages portent les prénoms des héros du film de Marcel Carné : Garance, Baptiste et Pierre-François, Les Enfants du Paradis  , , chronique amoureuse  culte  qui se termine en mode tragédie . L’une des questions suscitée par cette série de jeux d’enfants reproduisant la pire des realités du monde adulte est celle-ci : que font les enfants de toute cette violence ?  comment les épisodes sinistres de notre Histoire se sont-ils imprimé dans leurs jeunes esprits ?

Dans la galerie de portraits : Garance 17 ans, portrait de jeune fille en mille morceaux . Est-elle porteuse de message ? celui de toutes les jeunes filles et les enfants avec lesquels Zonder a été en conversation. Julia est la jeune fille qui a servi de modèle .“Garance est la résultante de nombreuses rencontres de jeunes filles et jeunes femmes, mais aussi de modèles issus de la littérature, de la musique, du cinéma, que j’ai amalgamés car il me semblait que ces éléments-là correspondaient à l’idée que je pouvais explorer d’une jeune fille contemporaine”( Propos recueillis par Yamina Benaï de l’Officiel Art) .

Poème de Matthias Claudius (1740-1815) : La jeune fille et la Mort

Das Mädchen
Vorüber! Ach, vorüber!
Geh wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.

Der Tod
Gib deine Hand, du schön und zart Gebild!
Bin Freund, und komme nicht, zu strafen.
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen!

La Jeune Fille
Va-t’en, ah, va-t’en!
Disparais, odieux squelette!
Je suis encore jeune, disparais!
Et ne me touche pas! »

La Mort
Donne-moi la main, douce et belle créature!
Je suis ton amie, tu n’as rien à craindre.
Laisse-toi faire! N’aie pas peur
Viens sagement dormir dans mes bras

Jérôme Zonder Musée Tinguely photoVB
Jérôme Zonder Musée Tinguely ©VB
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