Wim Delvoye au Musée Tinguely

Wim Delvoye Musée Tinguely Photo VB

Wim Delvoye : en Belgique , même les artistes pratiquent l’humour

Le belge facétieux est l’hôte du Musée Tinguely jusqu’au 1er Janvier 2018

En 2017, le Musée Tinguely consacre à l’artiste belge Wim Delvoye sa première rétrospective en Suisse. Depuis la fin des années 1980, Delvoye est connu pour des œuvres qui mêlent avec un humour subtil le profane et le sublime. L’exposition à Bâle, conçue en collaboration avec le MUDAM Luxembourg, montrera tout ce que Wim Delvoye a réalisé dès ses débuts jusqu’aux œuvres les plus récentes.

Wim Delvoye Early works 1968 -1971 Photo VB
Wim Delvoye Early works 1968 -1971©VB

Au début figurent des dessins d’enfant – oui , Wim Delvoye est un sentimental-  qu’il faudrait interpréter comme le fondement d’un travail ultérieur. Franchise, curiosité, folie des grandeurs, goût de l’altérité , autant d’aspects qui caractérisent jusqu’à aujourd’ hui l’ œuvre et la nature de Wim Delvoye. Son art porte la marque des Flandres  : tradition, artisanat, technique, le tout associé à  une ouverture au monde, à l’imaginaire et l’ utopie, ce  en quoi il rejoint des artistes comme James Ensor, Paul Van Hoeydonck ou Panamarenko. En même temps, Delvoye est en plein dans le monde, il  travaille  avec des artisans d’Indonésie, de Chine ou  d’Iran  , les frontières semblent ne pas exister. L’écusson de sa patrie se trouve sur les  Ironing Boards  (1990), tandis que les 18 Dutch Gas-Cans (1987  – 1988) sont ornés de peintures de la porcelaine de Delft. Les imposants tubes d’acier de Chantier V (1995) sont soutenus par des pieds en porcelaine spécialement conçus ; la  bétonneuse  et les barrières de Chantier I (1990– 1992) sont en revanche délicatement taillées dans le bois. Les procédés se mélangent, les matériaux entretiennent une tension créative. Le banal devient ornement artistique, l’art populaire devient muséal.

Le charme in-discret de l’intestin chez Wim Delvoye

Cloaca-New and improved 2001 Photo VB
Wim Delvoye Cloaca -New and Improved 2001©VB

Attention , cher visiteur , tu n’entres pas chez l’ami flamand par la porte poésie !  On ne sait pas très bien ce qui a motivé Delvoye , à part une grosse envie de se bidonner (…) mais dans tous les cas , si vous aviez quelques doutes sur votre fonctionnement interne et le cheminement alambiqué des aliments ( 13 heures de digestion tout de même)  d’un bout à l’autre du misérable être humain que nous sommes , c’en est fini , vous saurez tout, tout tout sur le caca !!! Rien ne vous sera épargné , pas même l’odeur ! Prêt ? Allez , un petit effort , toi qui connaît déja les poubelles d’Arman , les déjeuners enfouis de Spoerri , la vache découpée de Damien Hirst ou la Merda d’Artista de Manzoni  , la chose à l’allure de laboratoire du Dr Foldingue n’est pas si impressionnante . D’ailleurs , elle mange la même chose que nous : du pain et des légumes , et restitue sa mangeaille exactement sous la même forme peu glorieuse : une bouillie informe n’ayant pas vraiment choisi sa teinte définitive. A la fin , peut-être devrons-nous savoir répondre à la question : l’Art contemporain serait-il de la merde ?! Bon , nous ne sommes surs de rien , sauf que nous sommes peu de chose en ce monde , merci Wim de nous le rappeler , un peu d’humilité ne tue pas .

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Dans la pratique:  c’est en 2001 que Delvoye crée Cloaca , dont suivront neuf autres jusqu’en 2010. Ces machines complexes reproduisent dans des conditions de laboratoire la digestion humaine au moyen d’enzymes et autres substances. L’être humain, ou plus précisément son organe le plus important – le tube digestif de la  bouche jusqu’à l’anus  est reconstitué à  part et rendu ainsi visible. Ce n’est pas la forme des organes qui compte ici,  mais uniquement leur fonction. Les premières Cloacas  ,comme la deuxième Cloaca New & Improved  (2001) montrée au Musée Tinguely, sont encore conçues comme des  machines de laboratoire strictement scientifiques. Cloaca Quattro (2004 – 2005)  déjà, présentée pour la  première fois en 2005 dans l’exposition La Belgique visionnaire      (2005) , renonce à la froideur du «  look de laboratoire » : avec ses  machines à laver et  ses  moteurs ouverts, elle  est plus un assemblage de machines . Cloaca Travel Kit (2009  –  2010) rompt quant à elle avec le sérieux de l’affaire  ;  montée  dans une valise, elle est utilisable à tout moment partout dans le monde.

Wim Delvoye serait-il devôt ?

Wim Delvoye Musée Tinguely Salle Gothique Photo VB
Wim Delvoye Musée Tinguely Salle Gothique©VB

Que nenni ! Notre ami flamand aime jeter la confusion dans les esprits . Ainsi , en entrant dans la seconde salle à droite du Cloaca , devrait-on faire silence tant l’atmosphère est à la prière : on y trouve de magnifiques vitraux – observez les détails pour partager avec l’artiste la fascination que notre intèrieur exerce sur son art  – surplombant une chaîne ADN de Christ en bronze ; même les gigantesques pneus de tracteur forcent le respect tant ils sont fignolés , ciselés , ici des arabesques , là des motifs floraux . Mais comment fait-il ? “ C’est tout simple ! tu as un bon couteau et tu découpes ! ” Mais oui , c’est bien sur , le laser n’y est pour rien! Quand on vous dit que le bougre a de l’humour à revendre . Après cette traversée de l’univers gothique cher au flamand , nous ne sommes pas au bout de nos surprises .

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Tim Steiner Wim Delvoye Musée Tinguely Photo VB
Tim Steiner Wim Delvoye Musée Tinguely ©VB

Wim Delvoye n’achète pas de Modigliani sur le dos d’un repris de justice ( se souvenir du film de 1968 avec Gabin comme tatoué et de Funès comme acquereur)  . Il fait mieux  ! Ainsi à Bâle, lors de l’inauguration de l’exposition et du salon ART Basel, où il présente  Tim Steiner 41 ans (2006  –  2008), le Suisse qui a vendu sa peau d’abord à l’artiste  pour la faire tatouer (à l’image des cochons précédemment traités ) puis à  un collectionneur . On s’interroge tout de même sur le pourquoi du comment de part et d’autre des protagonistes. Impossible de causer avec Tim , installé face au Rhin , écouteurs vissés dans les oreilles et dos offert en guise d’oeuvre vivante. C’est puissant ! Tim Steiner est régulièrement exposé dans des galeries et des musées depuis 2006 , année de son tatouage précieux signé Wim Delvoye au-dessus de la fesse droite ” Tim 2006 “Montant de la transaction : 150000€ . L’oeuvre a ensuite été vendue  en seconde main à Rik Reinking  , un jeune collectionneur de Hambourg  pour 130000€ dont un tiers revient à Tim .

Précisions interessantes reprises de l’article de Marie Otrtavi du 8 octobre 2012 dans Libération : ” ...sa vente n’aurait pu avoir lieu en France. la transaction s’est faite en Suisse , dans le cadre de la loi sur la prostitution, autorisée chez les Helvètes. Tim peut être exposé plusieurs fois par an. Mais personne ne peut le contraindre à faire quoi que ce soit qu’il refuserait. A sa mort , il sera dépecé , tannö et encadré. sa famille a du donner son accord. Lui dit ne pas être attaché à ce qui lui arrivera après sa mort. ” CQFD

Cement Truck  (2012  –  2016), un camion à ciment de taille normale, est «  garé » dans le Parc Solitude qui jouxte le Musée Tinguely. L’engin est constitué de  plaques d’acier Corten découpées au laser de manière à évoquer des ornements gothiques. Cette même esthétique est reprise dans Suppo (2010), une forme de  cathédrale  néogothique tout en longueur, contorsionnée, ne représentant qu’ un clocher ornementé.

L’exposition entraîne les visiteuses et les visiteurs à la découverte du travail d’ un artiste qui ne cesse de se réinventer. Le  plaisir de la  nouveauté et de la surprise y est partout sensible. Et en même temps, sculptures et dessins proposent une magnifique réflexion sur l’art, sur la vie, sur notre monde.  Wim Delvoye est né  en 1965 à  Wervik, Belgique. Il vit et travaille à Gand  et Brighton.

Publication

À l’occasion de l’exposition paraîtra chez Somogy éditions d’art, Paris  un magnifique catalogue  dont la couverture présente un Mister Propre  version Delvoye  , illustré de nombreuses photos splendides des oeuvres de l’artiste en allemand et en anglais avec des textes par Sofia Eliza Bouratsis, Michel Onfray, Tristan Trémeau ainsi qu’ une préface par Roland Wetzel et Enrico Lunghi. En vente en boutique du musée et en ligne pour 48 CHF.

L’exposition a été réalisée en collaboration avec le MUDAM Luxembourg. Curateur de l’exposition: Andres Pardey

Andres Pardey Wim Delvoye Roland Wetzel Photo VB
Andres Pardey Wim Delvoye Roland Wetzel ©VB

WIM DELVOYE

Wim Delvoye est représenté par la Galerie Perrotin.

MUSEE TINGUELY

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