Paul Klee et l’abstraction à la Fondation Beyeler

Paul Klee – La dimension abstraite 1er octobre 2017 – 21 janvier 2018 Fondation Beyeler

Visite guidée publique en Français dimanche 29 octobre 2017  de 15h à 16h CHF7

«Abstraction. Le froid romantisme de ce style sans pathos est inouï», déclare Klee en 1915

«La couleur me possède. Nul besoin de chercher à la saisir. Je suis à elle pour toujours, je le sais. Voilà le sens du bonheur: la couleur et moi, nous ne faisons qu’un. Je suis peintre.»

«Plus le monde devient effrayant (tel qu’il l’est aujourd’hui), plus l’art devient abstrait, alors qu’un monde heureux produit un art tourné vers l’ici-bas.»1915 Paul Klee

Jusqu’au 21 janvier 2018, la Fondation Beyeler met pour la première fois en lumière la relation de l’artiste à l’abstraction. Comme bien d’autres artistes européens, Paul Klee releva le défi de l’abstraction. Nature, architecture, musique et signes graphiques sont, chez lui, des thèmes majeurs et récurrents. L’exposition présente 110 œuvres issues de 12 pays et s’ouvre sur les années 1910 à Munich puis sur son célèbre voyage à Tunis en 1914. Viennent ensuite les thèmes de la Première Guerre mondiale et le Bauhaus de 1921 à 1931 révélateur de l’abstraction géométrique avant les voyages en Italie et en Égypte .

L’exposition de la Fondation Beyeler s’articule autour de 4 thèmes directeurs chers à Klee : la nature , l’architecture, la musique et l’écriture.

Parmi les points forts de l’exposition figurent les ensembles de motifs en damiers . En particulier Arbre en fleurs, 1925,  du Musée national d’art moderne de Tokyo, En fleur, 1934, du Musée d’art de Winterthour. Autre point culminant de l’exposition, la composition à bandes horizontales Feu, le soir, 1929 du Museum of Modern Art de New York. D’autres œuvres importantes sont les peintures pointillistes, telles que Clarification, 1932 prêtée par le Metropolitan Museum à New York, ainsi qu’une autre œuvre jusqu’à présent très rarement montrée, Au mouillage, 1932.

Paul Klee Dessau 1929 Photo Josef Albers©VB

 Pour Ernst Beyeler, Klee a été l’un des peintres les plus importants du XXe siècle. L’une des premières expositions de la Galerie Beyeler fut consacrée à Paul Klee en 1952 .  Au fil des ans, Beyeler a réussi à constituer une collection prestigieuse comprenant notamment des œuvres clés telles que Étoile naissante, 1931 ainsi que Signes en jaune, 1937 que l’on pourra tous deux admirer lors de l’exposition.

«Découvrir un nouvel aspect dans le travail pourtant largement étudié de Klee fut aussi surprenant que passionnant», souligne Anna Szech, commissaire de l’exposition. «En mettant l’accent sur la contribution de Klee à l’abstraction, restée largement ignorée jusqu’à présent, nous montrons qu’une place honorable et proéminente dans l’histoire de la peinture abstraite du XXe siècle lui revient tout naturellement.»

 «Paul Klee est, avec Picasso, l’artiste, le plus représenté dans la collection Beyeler», ajoute Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler. «Je me réjouis tout particulièrement que la Fondation Beyeler consacre, à l’occasion de son 20e anniversaire, une vaste exposition dédiée à cet artiste moderne remarquable comme jamais cela n’avait été fait jusqu’à présent.»

 Paul Klee voyage en territoire abstrait ou la représentation de l’invisible: la lumière , les sentiments, les émotions

Dans la première moitié du XXe siècle, le développement de l’art abstrait devient un thème clé pour de nombreux artistes européens. Les protagonistes du modernisme classique, tels que Vassily Kandinsky, Robert Delaunay ( dont Paul Klee traduisit l’essai sur la couleur et la lumière en 1912), Kasimir Malevitch et Piet Mondrian, ont offert des solutions artistiques à la question d’une nouvelle réalité picturale. Paul Klee ne fut pas en reste : sa production qui couvre près de 10 000 pièces.

Les aspects les plus importants des œuvres abstraites de Klee revêtent une importance capitale dans tout son travail : la nature, l’architecture, la musique et les signes graphiques sont les éléments fondamentaux de son art.  La ligne et de la couleur, se combinent dans une richesse immense. L’abstraction colorée des paysages enchanteurs d’Hammamet et de Kairouan, créés lors de son voyage tunisien de 1914, cède la place aux compositions explosives des jardins de l’époque de la Première Guerre mondiale. La peinture de champs colorés de l’ère du Bauhaus évoque les arbres en fleurs .

Les tableaux de Klee sont aussi une référence à son autre passion , la langue et l’écriture. En outre , en tant que musicien passionné, il était aisé pour Klee de créer des compositions abstraites rythmiquement variées, notamment: Fugue en rouge, 1921, Ouverture, 1922,  ainsi que Harmonie de la flore nordique, 1924,  ou encore Résonance de la flore méridionale, 1927.

 Paul Klee peintre-compositeur : quand la lumière et la couleur produisent une mélodie

 L’exposition qui se déploie sur sept salles s’ouvre sur les débuts de Klee en tant que peintre dans les années 1910 à Munich. Il y fait connaissance de Vassily Kandinsky.; c’est ensuite à Paris qu’il rencontrera les représentants de la peinture avant-gardiste Paul Cézanne, Henri Matisse, Pablo Picasso ou encore Robert Delaunay .  La décomposition cubique de l’environnement figuratif sur des surfaces géométriques abstraites, ou la dissociation des couleurs par rapport au contenu, se retrouvent alors de façon unique dans les aquarelles de Klee telles que Das gelbe Haus [La Maison jaune], 1914, confiée par la Fondation Merzbacher, Geöffneter Berg [Montagne ouverte], 1914, issue d’une collection particulière ou encore mit dem roten X [avec le X rouge], 1914, du Museum of Modern Art (MoMA) à New York.

C’est lors de son voyage en Tunisie qu’il entreprend avec ses amis artistes Louis Moilliet et August Macke en avril 1914, que Klee développe une approche toute personnelle de la couleur et de la lumière. Parmi les œuvres remarquables, on trouve notamment les aquarelles suivantes: Aux portes de Kairouan, 1914, exposée au Centre Paul Klee à Berne Avec un r brun, 1915 du Kunstmuseum de Berne, ainsi que Abstraction sur un motif de Hamammet (sic.), 1914,  que l’on peut désormais admirer dans la Collection Forberg au Musée Albertina à Vienne.

La salle suivante dévoilera les œuvres réalisées durant la Première Guerre mondiale. La guerre représente pour Klee une profonde rupture. Ses amis August Macke et Franz Marc tombent respectivement en 1914 et 1916. Klee en est profondément affecté.  Comme ressortissant allemand, il doit servir entre 1916 et 1918 . Les œuvres réalisées pendant cette période-là ne sont cependant pas entièrement abstraites. De nombreuses représentations naturelles et architecturales sont identifiables en tant que jardins, maisons privées ou églises, telles des refuges, des sanctuaires pour ainsi dire, créés par l’artiste lui-même, et pour lui-même. Parmi les œuvres les plus remarquables, on peut citer l’aquarelle La Chapelle, 1917 issue de la Collection de la Fondation Beyeler, ainsi que le petit format Himmelsblüten über dem Gelben Haus (Das auserwählte Haus) [Fleurs célestes au- dessus de la maison jaune (La maison élue)], 1917, du musée Berggruen de Berlin. Par le choix même du matériau, ce tableau renvoie immédiatement à la guerre. À l’époque, Klee avait été stationné dans une école d’aviation en Bavière et avait utilisé la toile d’avion comme support de peinture.

La salle d’exposition suivante, la plus grande, est séparée en trois parties et s’intéresse à la décennie du Bauhaus à Weimar et Dessau, l’abstraction géométrique ainsi que les voyages de Klee en Italie et en Égypte à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Au début des années 1920, Klee est l’un des artistes les plus influents de son temps. Le Bauhaus lui propose un poste où il enseignera de 1921 à 1931.

Au total, lors de la décennie du Bauhaus, Klee réalisera plusieurs centaines d’œuvres dont une série a été sélectionnée tout particulièrement pour cette exposition en raison de sa capacité à illustrer en première ligne le processus lié à l’étude des couleurs. Il s’agit de tableaux dits «carrés» – des tableaux non figuratifs à la structure géométrique plus ou moins stricte présentant plusieurs carrés ou triangles de couleurs – ainsi que d’aquarelles semi- figuratives ou abstraites, en couches de couleurs . Dans toutes ces œuvres, Klee accorde la prééminence absolue à la couleur en tant que médium artistique.

Harmonie de la fleur nordique1927 Zentrum Paul Klee Donation Livia Klee©VB

Klee se meut de façon ludique entre les univers apparemment incompatibles de l’abstraction et du figuratif. Parmi les joyaux de cette partie de l’exposition figurent l’huile sur toile Blühender Baum [Arbre en fleur], 1925 prêté par le Musée national d’art moderne de Tokyo, 1934, ainsi que son homologue au format plus large, Blühendes [En fleur], 1934,  désormais conservé au Musée d’art de Winterthour. Entre les nombreuses aquarelles en couches les plus connues et les plus appréciées, on peut noter, par exemple: Polyphone Strömungen [Courants polyphoniques], 1929, de la Collection d’art de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à Dusseldorf, mais aussi Fuge in Rot [Fugue en rouge], 1921, 60 et Aquarium, 1921, toutes deux issues de collections privées.

Dans les années 1920, de nombreux artistes, dont le Bauhaus de Dessau, les membres du mouvement artistique néerlandais De Stijl – avec Theo van Doesburg et Piet Mondrian – ainsi que les constructivistes russes proclament le formalisme géométrique strict. En réaction, Klee produira une série œuvres qui verront le jour jusqu’à la fin des années 30. Le tableau Le rouge et le noir, 1938, du Musée Von der Heydt à Wuppertal, Verspannte Flächen [Surfaces tendues], 1930, de la Staatsgalerie Stuttgart ou encore Feuer bei Vollmond [Feu à la pleine lune], 1933, du Musée Folkwang à Essen illustrent singulièrement la contribution extraordinaire et personnelle de l’artiste.

Le rouge et le noir 1938 Kunst und Museumverein Wuppertal©VB

Pour Klee, l’art et la culture dans les pays étrangers ont été une immense source d’inspiration. Ainsi, ses impressions sur les voyages en Égypte et en Italie entrepris à la fin des années 1920 et au début des années 1930 aboutissent à deux séries d’œuvres formidables: les tableaux dits «en couches» et les peintures pointillistes. Durant l’hiver 1928- 1929, Klee explore Alexandrie, Le Caire, Louxor et Assouan pendant tout un mois. L’impression de ces villes et de leurs paysages alentours se transforment en abstraction géométrique linéaire bariolée, auxquelles appartiennent les tableaux Feuer Abends [Feu, le soir], 1929, du Museum of Modern Art (MoMA) à New York, ou encore Blick in das Fruchtland [Regard sur le pays fertile], 1932,  du Musée Städel à Francfort-sur-le-Main.

L’engouement de Klee pour les mosaïques paléochrétiennes byzantines, qu’il avait pu admirer principalement dans les villes italiennes de Ravenne, Palerme et Monreale, l’a poussé à développer une technique unique de peinture en mosaïque, et qu’il a utilisé dans le tableau grand format Klaerung [Clarification], 1932, du Metropolitan Museum of Art (MET) à New York, et Vor Anker [Au mouillage], 1932,  issu d’une collection particulière, ou encore Klassische Küste [Côte classique], 1931,  du Musée Berggruen de Berlin.

Les tableaux carrés et en couches, aussi fragiles que précieux, ainsi que les peintures pointillistes et en mosaïque sont rarement présentés ensemble et en série: ils constituent le point culminant de l’exposition. Les trois dernières pièces de l’exposition sont consacrées aux œuvres tardives. Depuis décembre 1933, Paul Klee réside de nouveau en Suisse. En 1930, il accepte un poste de professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Dusseldorf, dont il sera congédié en avril 1933 par les nationaux-socialistes. Il est proclamé artiste dégénéré.

Chiffre complexe 1937 Ann Kathrin Doerig©VB

Parmi les plus de 2000 travaux de l’œuvre tardive de Klee ont été sélectionnées les peintures dites à signes graphiques qui illustrent de façon exemplaire le processus d’abstraction à la fin de sa carrière artistique ainsi qu’une série d’œuvres dans lesquelles Klee fournit des conceptions prophétiques pour l’art de l’après-guerre. La Seconde Guerre mondiale devait être le point de départ de nombreux processus artistiques dans le monde occidental. Dans ses travaux des années 1930, cependant, de nombreux éléments de cette conception picturale déterminante pour l’art de l’Europe et des États-Unis d’après-guerre sont déjà présents. Sturm durch die Ebene [Tempête à travers la plaine], 1930, conservée à Paris, au Centre Pompidou, Bergrücken [Croupe de montagne], 1930,  ou encore Schwere Botschaft [Message pesant], 1938, issue d’une collection privée possèdent, par exemple, une gestuelle et des procédés picturaux qui rappellent l’expressionnisme abstrait.

Les caractères et les signes graphiques jouent un rôle déterminant en tant que médium stylistique dans les œuvres tardives de Paul Klee. Il invente ainsi une langue qui , fondamentalement , n’est pas lisible, posture comparable à celle de Jean-Michel Basquiat et ses facts . Dans ces travaux, il remanie des systèmes d’écriture picturale tels que les anciens hiéroglyphes égyptiens, l’ancienne écriture orientale ou la calligraphie; il effectue également un travail d’abstraction pour extraire des signes à partir de plantes, de lettres et de chiffres. À travers la représentation de corps et de visages humains fortement abstraits, pour autant parfaitement reconnaissables, Paul Klee définit, de manière consciente ou inconsciente, le seuil de la peinture abstraite en devenir, et dans laquelle la disparition de la figure humaine est l’un des motifs artistiques les plus importants. Parmi les travaux les plus représentatifs de ce processus figure l’œuvre préférée de Ernst Beyeler, Ohne Titel [Gefangen, Diesseits – Jenseits/Figur] [Sans titre [Captif, En deçà– Au-delà]], vers 1940, ainsi que Ludus Martis, 1938,  du Musée Stedelijk à Amsterdam ou encore Park bei Lu. [Parc près de Lu.], 1938, du Centre Paul Klee à Berne.

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Fondation Beyeler octobre 2017©VB
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