Christoph Bürgin Président du Comité du Fasnacht

Christophe Bürgin Président Comité du Fasnacht de Bâle Photo VB

Rencontre avec Christoph Bürgin , président du Comité du Fasnacht

Pour ceux qui pensaient que le Fasnacht – la Fas-Nacht en fait- fonctionnait de façon aussi aussi fluide  par un effet de magie , sachez qu’il n’en est rien ! D’une part, les participants actifs aux 3 plus belles journées des bâlois ,  préparent toute l’année leur carnaval ; d’autre part , une poignée de passionnés représentant le Comité du Fasnacht , prennent en charge depuis presque six décennies , toute l’organisation de la fête, c’est-à-dire : les cortèges du lundi et du mercredi après-midis , la mise en place des expositions de lanternes, de chars et d’accessoires , l’information au public concernant le nouvel insigne et la publication du guide du carnaval «Rädäbäng»  et la réalisation du  «Drummeli». Il faut par ailleurs assurer  la relève («die erschti Lektion» la première leçon) en organisant des cours de musique et des réunions pour les nouveaux venus. Distribuer les subventions aux différents actifs: les clubs traditionnels, les vieilles et les jeunes gardes, les groupes de tambours et de piccolos, les «Gugge-Musiken», les chars, les chaises, les petits groupes et les masques uniques.

Christophe Bürgin Président Comité du Fasnacht de Bâle Photo VB
Christophe Bürgin Président Comité du Fasnacht de Bâle ©VB

Il m’a semblé que l’inscription du Fasnacht bâlois au patrimoine immatèriel mondial de l’Unesco en 2018 , serait une bonne occasion de converser avec Christoph Bürgin , président du Comité depuis 2010.

Entretien : en pénétrant dans les bureaux du Comité , impossible de ne pas faire halte devant l’impressionnante collection de plaquettes -Blaggedde- épinglées aux murs imaginées par les artistes bâlois depuis …1911  ; on y retrouve presque systematiquement les figures les plus importantes du Fasnacht, Waggies , Arlequins , Alti-Dante , Ueli , Dummpeter, Ueli et autre Blätzlibajass.

VB : bonjour monsieur Bürgin, est-ce toujours la firme Müller qui fabrique les plaquettes du Fasnacht ?

CB : oui , il s’agit de la quatrième génération ; Felix Müller a crée l’entreprise en 1924 ; c’est vraiment une affaire de famille : après René-Félix Müller puis Daniel , René et Mike Daniel dirigent l’atelier qui fabrique les plaquettes ; une seule fois , il a été fait appel à un autre fabriquant , allemand , mais la qualité n’étant pas au Rendez-vous , nous sommes revenus aux fournisseurs bâlois.

VB : chaque année , un thème est soumis aux artistes en compétition pour le motif de la plaquette ; quel était celui de 2018 ?

CB : le thème du carnaval de Bâle 2018 s’intitule „D Boscht goot ab“ ( la poste déménage ), un sujet cher aux bâlois et aux suisses dans l’ensemble très attachés à ce service public et qui en craignent une hypermodernisation , comme la livraison de colis par drones par exemple. la fermeture de la poste centrale sur la Freiestrasse avait deja commencé à créér l’inquiètude . C’est l’artiste bâloise Clélia Zoller qui a emporté le vote.

VB : quelle proportion de votre temps , vous-mêmes et vos collègues ,  accordez à vos fonctions au sein du comité ?

CB : nous exerçons tous une profession ; j’étais moi-même président du tribunal de Bâle-Ville, je viens de prendre ma retraîte  mais je suis membre du comité depuis 99 et président depuis 2010 ( centenaire du comité du Fasnacht nda). Cependant,  notre Fasnacht se prépare toute l’année , notamment la confection des Larven ( masques ) dès octobre, et aussi les costumes que de nombreuses cliques fabriquent elles-même  , cela prend du temps evidemment , mais il n’y a pas de règle générale , d’autres utilisent les services d’une couturière , c’est  le choix de la clique à laquelle j’appartiens , le CCB ( Central Club Basel  ) qui confectionne tout sauf les costumes . Finalement , seuls les mois de mai et juin sont libres . Pour le moment , nous prolongeons le plaisir encore pendant les 3 dimanches suivant le Fasnacht : les Bummelsonntag  durant lesquels les  participants actifs  font une excursion se terminant par un circuit en musique dans les rues de Bâle , sans costume cette fois , ce qui est une manière de ne pas quitter trop brutalement l’atmosphère du carnaval.

VB : les jeunes sont-ils investis avec autant d’enthousiasme que leurs ainés dans les 3 plus belles journées de l’année des bâlois ?

CB : pas autant que nous le souhaiterions mais la relève est une affaire de famille ; ainsi , chez  nous , je fais partie de la clique CCB depuis 1976 et suis dans la Alti Garde depuis 10 ans , mon épouse fait partie de la Guggemusik ” Gladdi Adorre 13+12 qui existe depuis les années 60 ( ils seront le 11 mars au Solitude Park du musée Tinguely à 15h15 ); nos deux enfants  qui ont une trentaine d’années à présents , sont participants actifs depuis longtemps . Assurer la continuité grâce aux jeunes est une de nos missions les plus importantes , ainsi , les 35 Stammcliques  doivent obligatoirement être composées d’une alti et d’une jungi garde , laquelle doit accueillir au minimum 15 jeunes tambours et 15 piccolos; la clique du Central Club Basel par exemple comprend une jeune garde d’environ 40 membres .

Pour motiver la jeune garde , 11 cliques travaillent dans l’année avec 250 enfants qu’elles invitent à fabriquer eux-mêmes leurs masques.

VB : 2018 a fait tellement honneur – si l’on peut dire -au dictateur Kim Jong , qu’il en a fait de l’ombre à Trump , pourtant très affectionné par les caricaturistes du monde  ; j’ai aussi remarqué la place notable offerte aux insectes nouvellement arrivés dans nos assiettes cette année et puis le Tram 3, pont recemment jeté entre la Suisse et la France qui fait beaucoup jaser voire ricaner . Le Fasnacht a définitivement vocation politique ?

CB : définitivement ! Il est l’occasion unique pour les bâlois de donner leur avis sur le monde , pas seulement la Suisse ou Bâle , de façon humoristique et creative en épinglant les travers de notre société comme la surutilisation des outils de communication ou les vers et autres insectes que nous invitons dans nos assiettes . Ceci dit , je n’y mettrais pas non plus les cuisses de grenouille que les français aiment tant ( rires des deux côtés , je ne les y mettrais pas non plus !)

VB :  les bâlois n’oublient pas non plus la question des dépenses de la ville qu’ils jugent somptuaires

CB : oui , cette année , le rallongement du Tram 3 a donné beaucoup d’idées , notamment à la Lälli-clique dont le sujet était ” Les millionnaires de Saint-Louis ” , allusion à la somme allouée par Bâle à l’Alsace pour ce projet; d’autres expriment leur désaccord avec le budget consacré à l’expansion du Kunstmuseum.  Les sujets sont libres , ils sont relayés par les Zettel ,distribués par les Waggies  au public qui détaillent les revendications .

VB : justement , n’y a-t-il pas un léger paradoxe dans le fait que la communication soit faite en dialecte bâlois peu accessible au public étranger et l’internationalité de la fréquentation du Fasnacht bâlois  , encore accentuée surement par l’inscription du Fasnacht au patrimoine mondial  immatèriel de l’Unesco ?

CB : bien sur , les Zettel sont écrits par les bâlois  pour les bâlois mais notez que le site du comité du Fasnacht fournit les informations en anglais et en français . Le Rädäbäng , livret répertoriant les cliques et les Guggemusik et donnant le calendrier du Fasnacht, est fourni en allemand et non en dialecte. En outre , le comité a édité cette année , un flyer très complet en anglais , français , allemand , traitant en 12 points chaque aspect du Fasnacht de Bâle.

VB : oui , c’est à l’occasion de la décision de l’Unesco que le comité du Fasnacht a réalisé ce flyer , excellente idée ; vous parlez également d’une exposition itinérante

CB : oui , en effet , cette exposition sera présentée notamment lors du  Sechseläuten  de Zürich le 16 avril 2018

Note à propos du  Sechseläuten  : Le mot « Böögg » semble être apparenté à des personnages maléfiques comme le croque-mitaine, le père fouettard ou le loup-garou. A Zurich, il ressemble à un bonhomme de neige et symbolise l’hiver. En brûlant le « Böögg », les zurichois chassent l’hiver et accueillent le printemps

Plaquette 1945 Photo VB
Plaquette 1945 ©VB

Deux ou trois choses qu’il est bon de rappeler à propos du Fasnacht bâlois

1529 Le carnaval bâlois se tiendra du lundi au mercredi en décalage d’une semaine par rapport au mercredi des cendres.

1832 La première fois que sont mentionnés les „Schnitzelbänken“, dans lesquels il était permis d’utiliser des chansons narquoises et critiques du XVIème siècle. 1835 Premier „Morgenstreich“ débutant à 4 heures du matin et accompagné d’un grand cortège, organisé par la société Quodlibet”.

1915-1919 Suppression du carnaval en raison de la première guerre mondiale.

1940-1945 Suppression du carnaval en raison de la seconde guerre mondiale

1950 Première participation au cortège d’une clique féminine „die Abverheyte“.

1999 Election de la première femme dans le comité du carnaval.

2010 Le comité du carnaval fête son centenaire.

Les figures traditionnelles du Fasnacht

Plaquette 1957 Photo VB
Plaquette 1957 ©VB

La première mention de Waggis remonte à 1870. Il désigne alors familièrement les alsaciens travaillant dans la ville de Bâle et qui, ne pouvant ramener leurs salaires chez eux, avaient la réputation de boire sur place une bonne partie de leur argent. De nos jours, cette figure n’est plus utilisée que lors du carnaval de Bâle et de celui de Mulhouse  où le Waggis est représenté avec le costume traditionnel des agriculteurs alsaciens : chemise bleue, pantalons blancs, foulard rouge, col blanc, sabots de bois et, parfois, un béret. Il porte comme accessoires la cocarde  tricolore française ainsi que, parfois, des légumes, voire un os.

Le personnage de carnaval «Dummpeter» avait quasiment disparu dans les années d’avant-guerre. Aujourd’hui, on le revoit de plus en plus souvent. Il a un visage enfantin et rêveur et, du fait de ses joues rebondies, est souvent choisi par les groupes de fifres. Nul ne sait vraiment d’où il vient. Une thèse prétend toutefois qu’il s’appelait à l’origine «Drummpeter», et que son nom a été transformé en «Dummpeter» («dumm» signifiant «sot») au fil du temps.

Le personnage «Alti Dante» (vieille tante) est né vers la fin du XIXe siècle et jouissait d’une grande popularité au début du XXe. L’«Alti Dante» est une représentation caricaturale d’une vieille dame distinguée de la haute société bâloise. Ses vêtements et accessoires rappellent parfois le style Biedermeier.

Ueli évoque les bouffons de l’époque médiévale, dont son costume est inspiré. Outre un haut et un pantalon de deux couleurs, il porte des cornes d’étoffe sur la tête. Il se caractérise également par les nombreux grelots fixés à sa tenue. On entend ainsi loin à la ronde un carnavalier déguisé en Ueli.

Blätzlibajass est une conjonction des termes Plätzli et Bajass, le deuxième terme étant une version en dialecte bâlois de Bajazzo, clown italien de la Commedia dell’arte. L’expression «Blätzli» désigne quant à elle les morceaux d’étoffe qui ornent le costume par centaines ou même par milliers.

Arlequin (Arlecchino, à l’origine) est un personnage issu de la commedia dell’arte, où il représentait un valet. Son costume se distingue principalement par le bicorne caractéristique, la cape, la collerette, les pompons et le pantalon bouffant.

Fasnacht Comité 

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