Subodh Gupta Monnaie de Paris

Subodh Gupta People Tree 2018 Monnaie de Paris ©VB

L’artiste indien Subodh Gupta  à la Monnaie de Paris jusqu’au 26 aout 2018

Subodh Gupta Monnaie de Paris ©VB
Subodh GuptaPeople tree 2018 Monnaie de Paris ©VB

La Monnaie de Paris présente l’exposition « Adda / Rendez-vous » la première rétrospective en France de l’artiste contemporain de renommée internationale Subodh Gupta, né en 1964. Peintre de formation, Gupta, qui réside et travaille à New Delhi, s’est aussi intéressé à d’autres formes artistiques telles que la performance, la vidéo, la photographie, la sculpture, ou les installations.

Subodh Gupta conçoit l’exposition comme un lieu propice à la rencontre, un rendez-vous que l’on se donnerait, entrainant discussions, échanges et débats, à l’image du mot et concept hindi «Adda».

Subodh Gupta Monnaie de Paris ©VB
Subodh Gupta Very Hungry God 2006 Monnaie de Paris ©VB

Cette exposition, qui met en valeur la diversité du travail de Subodh Gupta, présente des sculptures emblématiques composées d’ustensiles de cuisine en inox comme Very Hungry God (2006), son oeuvre la plus connue, ou d’objets moulés en métal, comme Two Cows (2003), ainsi que de nouvelles productions telles que Unknown Treasure (2017) ou la vidéo Seven Billion Light Years (2016). Outre la diversité des matériaux employés, l’oeuvre de l’artiste se caractérise par une constante exploration de la présence des rituels et de la spiritualité au sein de notre quotidien.

Subodh Gupta Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai 2012 Monnaie de Paris ©VB
Subodh Gupta Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai 2012 Monnaie de Paris ©VB

De la même manière que la cuisine est au centre de tous les foyers indiens, ce sont les éléments qui s’y trouvent qui sont au coeur du travail de Gupta. C’est à partir de ce quotidien là qu’il mène une réflexion, non seulement sur des pratiques personnelles et communautaires, mais aussi sur la façon dont, souvent, certains objets et expériences intimes, apparemment insignifiants, amènent vers une autre dimension, celle du cosmos.

L’exposition, qui occupe l’escalier d’honneur et les salons historiques du 11 Conti, le long des rives de la Seine, se poursuit dans les cours intérieures de la Monnaie de Paris avec des sculptures monumentales spécialement conçues à cette occasion.

La diversité des oeuvres exposées montre l’utilisation que fait l’artiste des différentes échelles et matériaux, mais aussi sa pratique du « readymade ». Certaines oeuvres seront exposées au coeur de la collection du musée du 11 Conti afin de susciter une réflexion sur les usages du métal, à la fois du point de vue de sa valeur symbolique, que du point de vue des techniques et des savoir-faire nécessaires pour le mettre en oeuvre et lui donner sens.

Une rencontre tectonique : le lien de la monnaie de Paris avec Subodh Gupta

Subodh Gupta There is always cinema Monnaie de Paris ©VB
Subodh Gupta There is always cinema Monnaie de Paris ©VB

Pourquoi le travail d’un artiste vous touche-t-il ?

Comme souvent, pour répondre à cette question, il faut aller chercher au plus profond de soi pour comprendre la généalogie d’une émotion, la tectonique des plaques d’un choc esthétique. Certaines plongées sont plus abyssales que d’autres. Pour ce qui concerne la Monnaie de Paris, il faut s’aventurer 1150 ans en arrière pour comprendre.

Depuis 11 siècles, nous travaillons le métal.  Ce savoir-faire se transmet et évolue, se perfectionne, s’adapte. La rencontre de notre univers avec celui de Subodh Gupta est une chance unique. Gupta lui aussi travaille le métal et sa signification dans l’Inde d’aujourd’hui. Ce métal brillant sans être précieux devient objet d’art pour s’interroger sur l’endroit où peut résider le beau dans nos sociétés.

C’est une interrogation que nous partageons, à laquelle, parfois sans le savoir, nous sommes chaque jour confrontés. Laissons la place à la force brute et fine du métal, laissons-nous porter par ce qu’il révèle en lui d’humanité.

Aurélien Rousseau Président-Directeur Général de la Monnaie de Paris

L’ exposition est placée sous le commissariat de Camille Morineau, Directrice des  Expositions  et  des Collections de la Monnaie de Paris, et Mathilde de Croix, commissaire d’exposition à la Monnaie de Paris.

BIOGRAPHIE : Subodh Gupta  l’iconographie d’une vie quotidienne banale

Subodh Gupta Acoss seven seas 2006 Monnaie de Paris ©VB
Subodh Gupta Acoss seven seas 2006 Monnaie de Paris ©VB

Subodh Gupta est né en 1964 à Khagaul, Bihar, en Inde. Il a étudié au College of Art de Patna avant d’emménager à New Delhi où il vit et travaille actuellement. L’artiste oscille entre divers média, réunissant des expériences et objets disjoints en images complètes, coulées dans du métal, gravées sur une toile ou performées au moyen du corps. La nature intrinsèquement transitoire de la mémoire se combine magnifiquement avec l’envie artistique de préserver pour la postérité les  vestiges  de ce qui est vu, entendu, senti, pensé ou cru.

Gupta est surtout connu pour travailler avec des objets de tous les jours, omniprésents à travers  l’Inde, tels que les ustensiles de cuisine en acier inoxydable, les bicyclettes ou les seaux à lait en série.

À partir de  ces  pièces  ordinaires,  l’artiste  produit  des œuvres qui reflètent des questions universelles, notamment celles de la migration, de la mondialisation et du cosmos. Souvent d’une ampleur gigantesque, hors de proportion, comme extraite de sa gangue ordinaire par la masse et le volume, l’œuvre de Subodh Gupta illustre l’iconographie d’une vie quotidienne banale, précaire, nerveuse et mouvementée.

Ses projets récents incluent des expositions de groupe et solo à la Galerie Sackler, Washington DC, États-Unis (2017), Mead Gallery, Warwick, Royaume-Uni (2017), Savannah College of Art & Design, Savannah, États- Unis (2016), Musée des Beaux-Arts, Boston , États- Unis (2016), Victoria and Albert Museum, Londres, Royaume-Uni (2015), et The Museum für Moderne Kunst, Francfort, Allemagne (2014)

LE LANGAGE DU COMMUN

Subodh Gupta expose comme œuvre l’objet quotidien, aussi iconique que banal. Unknown Treasure (2017) en donne le signal. Des objets trouvés aux quatre coins  de l’Inde se déversent d’un pot en bronze, comme  d’une corne d’abondance, un pot qui est lui-même l’agrandissement d’un ustensile de cuisine indien traditionnel, le handi.

L’artiste confond notre regard en reproduisant en trompe-l’œil dans du bronze des éléments qui ont marqué son quotidien, comme les mangues qui envahissent périodiquement les étals des rues en Inde ou la pâte qui sert à préparer le pain traditionnel.

Oil on Canvas (2010) découle d’une même logique illusionniste, mais s’attaque cette fois-ci, non sans ironie, aux archétypes du minimalisme. Avec Jutha (2005), l’artiste expose  de  la  vaisselle usagée souillée dans des éviers, dont un faux son de vaisselle s’échappe, évoquant ainsi la complexité des notions de propreté et de pureté dans la cuisine et la nourriture.   I Go  Home  Every  Single  Day   (2004-2014)  retrace le  trajet de  l’artiste depuis son  atelier actuel à Dehli jusqu’au village où il est né, Kagaul dans le  Bihar. Il pose un regard direct sur des scènes de vie quotidienne, l’image s’accélérant au gré de la vitesse du train ou de la marche.

DIEU INSATIABLE

Subodh Gupta Very Hungry God Monnaie de Paris ©VB
Subodh Gupta Very Hungry God Monnaie de Paris ©VB

Avec Very Hungry God (2006) – évocation d’un dieu devenu vanité universelle, vorace et  insatiable  – Gupta affirme la dimension spirituelle de l’alimentation.  Dans  cette  œuvre,  Gupta  rend  compte  de   la troublante dualité qui résulte directement des modes de production capitaliste : d’un côté l’abondance qui fascine, de l’autre la faim qui paralyse. L’œuvre prend la forme d’un crâne, créé avec des centaines d’ustensiles en inox étincelants, employés dans la majorité des cuisines des classes moyennes et populaires en Inde. L’artiste a exposé cette œuvre pour la première fois lors de la Nuit Blanche de 2006 dans l’église de Saint Bernard, un lieu symbolique pour les luttes qui s’y étaient déroulées dix ans auparavant ; occupée par des étrangers pour la plupart en situation irrégulière, l’église était devenue un lieu de résistance et de manifestation contre les expulsions  ordonnées par le pouvoir politique alors en place.

THERE IS ALWAYS CINEMA

Les objets peuvent aussi être porteurs d’une histoire, comme nous le rappelle le titre de l’œuvre There is always cinema, celle-ci s’est installée dans un ancien cinéma, abandonné, construit après la Seconde Guerre Mondiale. L’artiste y découvre une salle remplie de matériel mis de côté, vestiges de  la  fonction primitive du lieu (projecteurs, bobines, pellicules…) – en réalise la copie en métal et l’expose accompagnée de l’objet original. Ces paires d’objets sont chargées émotionnellement, selon les  mots de Subodh Gupta. Elles créent un espace commémoratif, qui renvoie sans doute tout autant au vieux cinéma italien, qu’aux salles de théâtre de son enfance en Inde où se tenaient parfois des projections. Comme souvent dans le travail de Subodh Gupta, plusieurs niveaux de narrations cohabitent et se déploient à partir d’objets désignés comme lieu d’identité et de mémoire.

LES DIEUX SONT DANS LA CUISINE

La nourriture est au cœur de l’œuvre de Subodh Gupta: il assemble et juxtapose des ustensiles de  cuisine, il filme la préparation des aliments et leur ingestion, organise des performances  à ce sujet,  peint  la  vaisselle usagée. L’artiste commence à utiliser les récipients en acier inoxydable en 1996. En dépit de la diversité  de  la   population   indienne,   ces ustensiles sont un dénominateur commun de la société. L’artiste est fasciné par l’aspect rutilant de cette vaisselle peu onéreuse qui symbolise la prospérité, alors même que la population indienne peine à remplir ces récipients. L’œuvre de Subodh Gupta ne cesse depuis de tisser des liens entre le contenant et le contenu. Les boîtes à repas – les traditionnelles tiffin dabbas – se chargent d’une prise de position économique et politique dans Faith Matters (2007-2008) lorsqu’elles tournent à vide et en boucle sur un circuit mécanique; elles évoquent la route de la soie et symbolisent aujourd’hui le transport alimentaire mondial. Si les ustensiles de cuisine déformés par les  cuissons  sont  comparables à des astres pour Subodh Gupta dans les récentes peintures In this Vessel Lies the Seven Seas,  c’est aussi parce que la nourriture est pour lui l’allégorie de l’univers.

VOYAGE ET EXIL

Si   Two   Cows   (2003-2008)   figure   la  distribution quotidienne de lait et Doot (2003) l’iconique modèle des taxis en Inde (L’Ambassador Car), le déplacement n’est pas que quotidien chez Gupta. Il symbolise surtout pour l’artiste l’exode et la migration. Dans la vidéo All Things are Inside (2007), il filme les maigres effets possédés par des migrants indiens partis travailler au Moyen-Orient qui  tiennent  dans de  petits sacs. Sur un autre écran des séquences de films Bollywood dont le point commun est la présence d’un bagage ou d’un sac, défilent. Le bagage acquiert une valeur métonymique, symbolisant la vie entière de leurs propriétaires. Jal Mein Khumbh, Kumbh Mein Jal Hai [The water is in the Pot and the Pot is in the Water] (2012) est constituée d’une barque – que l’on associe dans l’inconscient collectif à la migration mais  aussi  au passage vers l’au-delà – et de pots, qui, pour les soufis, figurent le corps  humain.  L’équilibre  précaire de cette œuvre s’enracine dans la pensée du poète indien du XVe siècle Kabir :

« Water is in the pot and the pot is in the ocean. Break the pot and the waters merge, Rarely do we ponder on this unification ».

CORPS CÉLESTES

A partir de ses préoccupations sur le lien entre nourriture et   spiritualité,   l’œuvre   de   Subodh Gupta s’est orientée récemment vers une représentation du cosmos, où l’infiniment grand s’inspire de l’infiniment petit. Dans Seven Billion Light Years (2015- 2016), la pâte du  pain agit comme un  corps céleste, un élément se déplaçant dans un ailleurs que l’on  peine à situer avant de comprendre qu’il s’agit d’une scène triviale, celle de la cuisson du pain. Lorsqu’il regarde dans les panneaux réfléchissants qui forment Anahad [Unstruck] (2016), une vibration intense et soudaine commence, le regardeur est submergé par le son et fait face à son reflet déformé, qui dissolvent les frontières entre lui et ceux  l’entourant, pour ne devenir qu’un. L’artiste donne une forme au concept indien du son «Anahad Naad», un son qui  n’a  ni  début ni fin, qui transcende l’espace et le temps, autrement dit le son que pourrait avoir le cosmos. Dans In This Vessel Lies the Philosopher’s Stone, Subodh Gupta réactive ou réactualise le mythe de la pierre philosophale qui devait changer tout matériau en or. C’est une transformation plus tragique qu’évoque People Tree – l’arbre national indien, le  banian  – gagné par l’acier et dont les feuilles sont devenues des ustensiles de cuisine. Le vivant devient minéral, l’organique est envahi par les objets.

Pour faire écho à la monographie de Subodh Gupta, le musée du 11 Conti propose une exposition thématique autour de l’Inde et des médailles.

Au total, près de 45  objets,  dont  des  médailles,  des fontes d’art et la monnaie kilo Taj Mahal sont réunies et exposées à la Monnaie de Paris. L’exposition de Subodh Gupta et « Un rêve d’ailleurs… » mettent en avant ce lien fort qui unit l’artiste et la Monnaie de Paris autour du travail du métal.

Ces deux expositions sont réunies pour faire dialoguer les savoir-faire avec les œuvres monumentales de l’artiste Indien. Une  sélection  des  plus belles créations, issue du catalogue général et du fonds du Club Frannçais de la Médaille, a ici pour ambition d’illustrer les personnalités  charismatiques,  sur  les   plans politique et social, littéraire et philosophique, culturel et artistique, qui ont marqué et transformé l’Inde. D’autres médailles mettent en lumière le rôle des savants et des explorateurs qui, par leurs travaux scientifiques, ont fait connaître l’Inde au grand public

CRÉATION DANS LES ATELIERS DE LA MONNAIE DE PARIS

Dans le cadre de son exposition « Adda / Rendez- vous » à la Monnaie de Paris, Subodh Gupta est venu en résidence et s’est entièrement immergé dans les ateliers de l’institution. Cette rencontre entre l’artiste et les artisans a mené à la création d’une médaille unique qui capture l’essence entre la propre pratique de Subodh Gupta et les savoir-faire de la Monnaie de Paris.

Cette médaille, conçue en plaqué or, est un mélange d’épices – poivre noir,  cumin, cardamome, coriandre et cannelle  – qui  sont  couramment  utilisées  dans la cuisine indienne. À travers son travail, Subodh Gupta prend pour référence les divers objets et ustensiles utilisés dans la cuisine  indienne.  Dans  son pays natal, les épices ont une valeur importante pour relever un plat.  C’est  ainsi que  l’artiste a décidé d’associer l’histoire des épices avec les échanges commerciaux et le pouvoir économique.

En effet, les épices d’Inde ont été pendant longtemps très convoitées et servaient de monnaie d’échange. Elles étaient également une des motivations d’occupation dans la région. Même si ces ingrédients sont devenus des produits de grande consommation partout dans le monde, l’artiste compare leur valeur avec celle de matériaux comme le bronze ou l’or, indéniablement plus précieux et plus onéreux que n’importe quelle épice aujourd’hui sur le marché économique.

 MONNAIE DE PARIS

2 bis, rue Guénégaud – 75006 Paris Du mardi au dimanche de 10h30 à 19h30.

MARDI 19 JUIN À 19H

Conférence de Subodh Gupta – en anglais.

5€ par personne – places limitées.

MERCREDI 4 JUILLET À 19H

Visite de l’exposition Subodh

Gupta «Adda/rendez-vous» par les commissaires de l’exposition.

CATALOGUE SUBODH GUPTA

Éditée sous la direction des  commissaires de l’exposition, Camille Morineau (Direc- trice des expositions et des collections de  La Monnaie de Paris) et Mathilde de Croix, cette publication bilingue, en français et en anglais, comprendra aux côtés de la repro- duction des œuvres exposées, une chrono- logie commentée inédite sur la carrière de l’artiste ainsi que des essais par Germano Celant, Nicolas Bourriaud, Bhrigupati Singh.

Auteurs

Germano Celant est historien de l’art, critique d’art contemporain et commissaire d’exposition, également direc- teur artistique de la Fondation Prada à Milan. Il est l’un des plus grands spécialistes en art contemporain et l’inventeur du concept d’Arte Povera.

Nicolas Bourriaud est historien de l’art et critique, spécialisé en art contemporain, il est directeur de La Panacée, centre d’art contemporain à Montpellier (France).

Bhrigupati Singh est  anthropologue, écrivain et professeur d’anthropologie à Brown University (USA).

Editeur : Skira

Format : Couverture brochée, 19 x 26 cm Nombre de pages : 192

Illustrations : 100 couleurs Parution : avril / mai 2018 Langue : français / anglais ISBN : 978-2-37074- 083-0

Prix de vente : 25 €

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