Art Basel 2018 : du Grand Art

Art Unlimited 2018 Yoko Ono Mend Piece ©VB

49 ème édition Art Basel 2018 extèrieur :  en travaux !

Faisons un rêve : l’espace public appartiendrait à ceux qui l’habitent

Lara Almarcegui Basilea Art Bsel 2018 ©VB
Lara Almarcegui Basilea Art Bsel 2018 ©VB

 

Avec  “Basilea”, oeuvre  participative , pour Art Basel 2018 , le design entre en ville par la grâce des visiteurs locaux qui construisent avec l’ atelier d’architecture Recetas Urbanas un bâtiment polyvalent dans lequel se déroulent diverses activités et ateliers pendant la Semaine d’Art Basel. L’idée est d’impliquer la population locale en lui donnant la possibilité de se reapproprier l’espace public.
“Basilea” est basé sur le concept des artistes Lara Almarcegui, Isabel Lewis et l’atelier d’architecture Recetas Urbanas. Le projet est présenté par Creative Time . “Basilea” fonctionne depuis le 23 mai et est  complétée par une installation en gravier  provenant des carrières environnant Bâle de l’artiste espagnole Lara Almarcegui qui a étudié à Amsterdam et vit à Roterdam . C’est la ville industrielle et portuaire qui a façonné son art; elle réorganise ainsi la moelle substancielle des villes ,  terre , beton , pierres , qu’elle présente dans des musées comme au Kunsthaus Baselland en 2015. Paour Bâle , les pierres proviennent de 10 carrières ( France , Suisse , Allemagne). L’art n’est plus subi passivement mais devient une expèrience partagée. Ces pierres dont la totalité sera transformée en béton suscite pour un temps l’interêt du public . La pratique d‘Isabel Lewis s’exprime dans  ce qu’elle appelle «un environnement construit spécifiquement pour partager expériences et pratiques corporelles».Ne vous étonnez pas de croiser des chanteuses improvisées ou des amateurs de Tai Chi en pleine action ( si on peut dire ).

Art Unlimited : 72 oeuvres proposées cette année par Gianni  Jetzer

Symboles , allusions , évocations, concepts : l’art contemporain en 4 mots peut-être . Avoir une âme d’artiste n’est pas donné à tout le monde pas plus qu’avoir de l’esprit . Et donner corps à une idée tient de quelque chose qui a à voir avec la Grâce . Ami amateur d’art , tu peux toujours essayer !

Art Unlimited 2018 Daniel Buren / Ibrahim Mahama©VB
Art Unlimited 2018 Daniel Buren / Ibrahim Mahama©VB

Giann Jetzer , conservateur itinerant pour le Hirschhorn Museum and Sculpture garden à Washington DC , est reconduit pour la 7ème fois dans sa fonction de curateur d’Art Unlimited . A l’entrée , impossible de passer à côté du mur du jeune ghanéen Ibrahim Mahama, Non-Orientable Nkansa , une installation rassemblant de nombreux matèriaux , toile de jute , bois , papier  . Mahama , à l’instar de nombreux artistes présentés pour cette 49 ème édition de Art Basel , explore le thème de la migration , des humains traîtés comme des marchandises mais aussi celui de la mondialisation et des échanges économiques globalisés. Le mur d’Ibrahim Mahama est composé de plusieurs milliers de boites de cirages pour cordonniers, faisant ainsi écho au travail des garçons-cireurs qui utilisent ces boites comme des caisses de résonance qu’ils frappent pour attirer les passants sur les places de marché au Ghana.Si vous jugez n’avoir pas une vue satisfaisante du mur de Mahama , rien ne vous empêche de prendre de la hauteur en grimpant sur l’échafaudage de Buren , titré Una cosa tira l’altra . L’intention artistique de Daniel  Buren est de redéfinir le lieu où se situe l’œuvre d’art. Buren utilise l’échafaudage depuis une quarantaine d’années, ce qui en fait un élément visuel essentiel dans des œuvres in situ comme Floating Square à la Tate Gallery, Liverpool (1987). A gauche des échaffaudages est accrochée une toile immense de l’américaine Katherine Bernhardt titrée Blue Skies . La fresque de 21 mètres créée spécifiquement pour Art Basel 2018 , est une constellation des thèmes affectionnés  de l’artiste glanés  dans les années précédentes.

L’année est tout de même signée par les propositions interactives des artistes telle Yoko Ono  proposant aux visiteurs de reconstituer à l’aide de colle, ruban adhésif, ciseaux, ficelle , des pièces de céramiques brisées , les oeuvres ainsi obtenues sont fièrement disposées sur des étagères . Le principe est celui du Le kintsugi , méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées . Il s’agit d’une philosophie qui prend en compte le passé de l’objet, son histoire et donc les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. La casse d’une céramique ne signifie plus sa fin ou sa mise au rebut, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il ne s’agit donc pas de cacher les réparations, mais de mettre celles-ci en avant. L’art du kintsugi est souvent utilisé comme symbole et métaphore de la résilience en psychologie.

Art Unlimited 2018 Yoko Ono Mend Piece 1966 2018©VB
Art Unlimited 2018 Yoko Ono Mend Piece 1966 2018©VB

D’autres porcelaines :  les 302o pièces éclatées de la Dynastie Ming (1368-1644)  installées au sol par Ai Weiwei , assemblage  réalisé sur deux décénies  présenté en 2015 et référant au riche héritage culturel de la Chine natale d’Ai Weiwei ; le tigre peint à la main représenté à l’infini est l’oeuvre d’une multitude d’artistes oubliés qui tracent pourtant l’histoire de leur pays . Dans le zodiaque chinois , le tigre est aussi symbole de courage ; pour Ai Weiwei , Tiger Tiger Tiger  interprète à la fois la persistance puissante de la mémoire culturelle de la Chine et sa fragilité . Encore d’autres porcelaines : celles de Barbara Bloom,  The Tip of the Iceberg 1991 qui présente un agencement de la vaisselle du Titanic qui laisse à voir un sur et un sous l’eau révélant des éléments réels du naufrage.

Art Unlimited 2018 Ai Weiwei Tiger Tiger Tiger©VB
Art Unlimited 2018 Ai Weiwei Tiger Tiger Tiger©VB

Autre jeu participatif, le tissu de mensonges de Paul Ramirez Jonas , sculpteur californien , qui propose une performance intitulée ” Faits Alternatifs “dans laquelle l’artiste , assis devant un pupitre annonce clairement sa fonction :  “I am a notary public” et invite le public à lui raconter un mensonge , il écrit celui-ci au marqueur sur papier pour ensuite l’authentifier par un poinçon et l’accrocher au mur . La règle : pas de mensonge plus long qu’un Tweet ! On paie le notaire en petite ferraille.

Carlos Cruz Diez nous rend fou avec son bloc optique ; nous sommes invités à y pénétrer pour alimenter le spectacle du regardeur grâce au jeu d’ombre mouvant que nous produisons derrière l’écran , c’est un double dialogue de transfiguration où tout ce qui était statique tourne au mouvement. Pour  une vue complète  de  I miss Socialism , maybe…, du plasticien bulgare Nedko Solakov , il faut prendre de la hauteur pour distinguer les 9 caractères chinois traduisant le titre et materialisés par des sofas colorés ;  ça tombe bien puisqu’il nous suffira de grimper sur l’échaffaudage de Buren pour y parvenir . L’artiste exprime la  nostalgie de sa jeunesse , le temps où , avec ses copains , il attendait avec impatience la fin de Big Brother is watching you . Mais Big Brother a juste changé de look.

Art Unlimited 2018 Carlos Cruz Diez©VB
Art Unlimited 2018 Carlos Cruz Diez©VB

Le cubain José Yaque expose sa bibliothèque de 3000 bouteilles emplies d’éléments végétaux , fleurs, graines, racines, fruits… cueillies par l’artiste lui-même et dont on peut observer les transmutations liées au temps. La Turinoise Lara Favaretto a élevé au rang d’oeuvre d’art des cubes de confettis compressés intitulés – en référence au film oscarisé d’ Alejandro González Iñárritu en 2014 –  Birdman or ( The Unexpected Virtue of Ignorance ). l’idée étant de révéler la contradiction entre l’apparente solidité extrême des cubes – 400kg chacun – et la volatilité de ce qui les constitue : les confettis . Finalement , les cubes s’effondreront progressivement . On reconnait facilement la fascination d’Arman pour l’accumulation à la vue de la forêt de porte-manteaux ( 60 exactement ) , poetiquement intitulée  Fleurs , première du genre , conçue en 1959 pour un event au casino Ruhl de Nice.

Pêle-mêle : l’américain Matthew Barney , célèbre pour ses pratiques artistiques multiples , body  art , photo, video , sculpture… réinterprète avec Partition pour Art Basel  une oeuvre majeure liée à son film Cremaster 3 ( dernier de la suite produite en 2002 dans laquelle  il raconte la construction du Chrysler Building par les immigrants irlandais et les francs-maçons .  Pour Art Unlimited , Barney a installé un bar traditionnel irlandais en plastique coulé d’une improbable couleur qui semble se désagréger à vue d’oeil; la thématique est croisée avec le fort symbole lié à la Franc-Maçonnerie , le fil à plomb. Partition donne un aperçu du langage sculptural de Matthew Barney.

Le peintre et sculpteur roumain Horia Damian trompe son monde avec son Galaxy. Project for a monument in Houston  1972-2018 , une masse imposante de 11 mètres de long pourtant totalement creuse imaginée pour occuper un lieu désertique lunaire au Texas. General Idea , le collectif d’artistes de trois canadiens (Felix Partz, Jorge Zontal et AA Bronson), actif de 1967 à 1994, a travaillé ensemble jusqu’à la mort de Partz et Zontal , décédés du sida en 1994 . On peut découvrir à Unlimited  le Complete Set of 5 Self Portraits du trio. Le sculpteur, photographe et peintre anglais britanique Richard Long , l’un des principaux artistes du Land art , propose son Chemin de pierres rapportées d’ Espagne  , Ivvory Granite Line ( 2016 ) .

Merci aux  artistes qui  se donnent aussi pour mission de réveiller notre conscience politique  , voyez la sphère de l’américain  Robert Longo , Death Star II représenté par la galerie Thaddaeus Ropac , un assemblage de 40 000  balles blindées  évoquant un usage dans les marines bien connues grâce au film de Stanley Kubrick sous le nom  Full Metal Jacket bullet  d’un esthetisme … déstabilisant  pour une telle évocation de la violence que l’homme est capable de s’infliger à lui-même. Un belle idée de la construction parfaite également chez l’artiste roumaine Ana Lupas et son immense Christmas Trees for the years to come 1993 dont on ne voit pas la fin . Il ne faut pas passer trop loin des néons entrelacés de l’artiste  Cerith Wyn Evans originaire du Pays de Galles , une petite merveille délicate sous forme de mobile  titrée Neon Forms( after Noh I ),   premier d’une série conçue en 2015 , inspirée de la choregraphie et de la codification des mouvements précis du théâtre Noh traditionnel  japonais ; l’oeuvre trace une sorte de cartographie lyrique formant un labyrinthe complexe qui évoque les flux et reflux énergétiques dans un espace-temps indéterminé.

Quelques belles affaires d’Art Basel 2018

L’art se regarde , certes , mais surtout se comptabilise . Cette année , Art Basel a reuni  291 galeries internationales  filtrées à partir de 700 candidatures,. Les galeries ont présenté  des œuvres d’environ 4000 artistes dont la valeur totale est estimée par l’assurance art zurichoise Axa Art entre 3 et 3,5 milliards $ cette année. Cela représente environ 5% du volume du marché mondial de l’art, selon le rapport Art Market 2018 publié par Art Basel et la Banque UBS pour l’année écoulée avec 63,7 milliards $ soit + 12% par rapport à l’année précédente , un rebond notable principalement grâce à une poignée d’enchères exceptionnelles, dont une toile de Léonard de Vinci, “Salvator Mundi”, qui a établi un nouveau record, à 450 millions de $ .

Combien ça coute ou combien ça rapporte ? Quelques ventes : Cindy Sherman vendue pour 350 000 $ par la Galerie parisienne 1900-2000. Un tableau du peintre afro-américain Kerry James Marshall a changé de mains à David Zwirner de New York le premier jour de l’avant-première pour environ  5 millions de $. La galerie Pace a vendu une pièce de l’artiste canado-américaine Agnes Martin pour 3 millions $. Bien loin des 14 millions de $ échangés contre un Joan Mitchell par la galerie zurichoise Hauser & Wirth.

Art Unlimited 2018 Fred Sandback©VB
Art Unlimited 2018 Fred Sandback Untitled 1982/2011 ©VB

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