David H.Brolliet à la Fondation Fernet-Branca

David H . Brolliet oeuvre de Sylvie Fleury Fondation Fernet-Branca ©VB

Le collectionneur genevois David H.Brolliet expose une partie de ses trésors à la Fondation Fernet-Branca : rencontre

David H Brolliet oeuvre de John Armleder Fondation Fernet-Branca ©VB
David H Brolliet oeuvre de John Armleder Fondation Fernet-Branca ©VB

Un atavisme sélectif : de l’importance de l’éducation

David H. Brolliet ne se contente pas d’exposer une partie de sa collection ( il s’est arrêté de compter à partir des 700 oeuvres acquises ! ) à la Fondation Fernet-Branca  , 130 oeuvres exactement  , il porte un travail d’artiste sur lui : une veste chatoyante  dessinée par le  jeune styliste marocain Amine Bendrouich  installé à Berlin en qui il croit beaucoup .

VB : bonjour David , votre amour pour l’art contemporain est-il le résultat d’une transmission filiale ?

David H . Brolliet oeuvre de Wang Du Fondation Fernet-Branca ©VB
David H . Brolliet oeuvre de Wang Du Fondation Fernet-Branca ©VB

D H.B : en partie , bien sur , mais en particulier du côté de ma mère car mon père était très sarcastique à l’égard de l’art contemporain , l’art qui ne compte pour rien aimait -il répéter lorsqu’on lui demandait son avis sur le sujet , son interêt était plutôt tourné vers  le dessin , la technique sur papier de Dufy par exemple .  Il en était tout autre du côté de ma mère qui , au contraire  a toujours et aimé et soutenu l’art contemporain à Genève , elle connaissait des artistes célèbres comme Sam Francis que nous croisions l’été en vacances sur la côte Ouest des Etats-Unis . Pour  John Armleder , nos familles se fréquentaient . Ma mère s’était donné une mission éducative et emmenait fréquemment de petits groupes en voyage didactique ou dans des musées comme elle l’a fait pour moi  , ce qui a très tôt éveillé ma curiosité : Pourquoi les femmes sont toujours nues au musée  ? fut la première question naïve du jeune adolescent que j’étais  puis , le  John Pike offert par ma mère pour mes 40 ans a scellé définitivement mon amour pour l’art contemporain.

VB : il ne suffit cependant pas d’être bien né pour devenir collectionneur d’art contemporain , encore faut-il avoir l’oeil . C’est votre cas , n’est-ce pas ?

DB : pas seulement , car une intuition juste s’installe avec l’expèrience  que donnent les années  . Ma collection au fil du temps est devenue une sorte de courroie de transmission , ou mieux , un porte-voix  ( faire du bruit pour les artistes ! NDA ) . C’est le marché qui a fini par décider que j’avais un oeil mais la vérité en ce qui me concerne , c’est que l’acquisition d’une oeuvre est intimement liée à son auteur . Je n’achète jamais rien sans connaître et développer une relation avec l’artiste , mon coeur me parle bien plus clairement que la raison . Au début , je n’ai pas eu de gros moyens car , bien qu’issu d’une famille aisée ( la famille Brollier est impliquée dans le secteur immobilier à Genève depuis le 18ème siècle  NDA) les principes d’éducation dans lesquels nous étions élevés mes deux soeurs et moi , ne collaient pas avec l’idée de l’argent facilement acquis. Du coup , après mes études d’économie politique à  Washington et Georgetown , je suis rentré à Genève pour travailler dans une banque privée . C’est seulement  l’héritage venu de mon père , décédé en 1987 , qui m’a permis de débuter réellement ma collection . J’ai coutume de dire que l’art contemporain est devenu ma deuxième famille .

VB : aviez-vous finalement reussi à convaincre votre père de l’interêt de l’art contemporain ?

DB : plus ou moins . Sur mon insistance , mon père avait acheté un Mitoraj  chez Pierre Huber , galériste genevois de tout premier plan  qui a été un relais capital pour l’art à Genève dans les années 79/80  puis partie prenante à Art Basel et initiateur de Art Basel Shangaï  . Pour me remercier d’être intervenu dans l’achat du Mitoraj , Pierre Huber m’a proposé de choisir une oeuvre : j’ai jeté mon dévolu sur une sculpture du lyonnais Daniel Aubanel . J’avais 18 ans , c’était ma première acquisition , j’ai ensuite entamé une démarche systématique de découverte des artistes lyonnais.   Quant au Mitoraj , il trône toujours fièrement  chez ma mère aujourd’hui.

Il faut vivre l’art de notre temps DHB

David H . Brolliet oeuvre de Saadane Afif Fondation Fernet-Branca ©VB
David H . Brolliet oeuvre de Saadane Afif Fondation Fernet-Branca ©VB

VB : l’art contemporain propose de nos jours de nombreuses formes et supports comme la video et les installations ; ont-elles place au sein de votre collection ?

DB : absolument , j’ai des centaines de videos , je n’en présente pas à la Fondation Fernet-Branca seulement pour des raisons pratiques ; on peut dire que le suis le troisième plus grand accumulateur de videos inscrites dans l’art contemporain après deux musées !

VB : quels sont vos centres d’interêt pour l’heure ?

DB : je m’interesse beaucoup à l’art d’Afrique car ce continent me passionne vraiment ; par ailleurs , l’idée de la francophonie me tient à coeur , je tente toujours de passer des ponts entre la Suisse alémanique et la Suisse francophone par le biais de l’art . Pour moi , la culture est un moyen  essentiel de faire que le monde aille mieux  et certainement  le fait que j’ai étudié la diplomatie aux Etats-Unis n’est  pas étranger à ce point de vue ; nous pourrions prendre exemple sur la réalisation formidable du Pr Klaus Schwab , genevois inventeur du Forum Economique international pour engager un projet collaboratif comparable dans le domaine de l’art , une sorte de World Art Forum avec des milliers de participants, des centaines de conférences publiques et de rencontres informelles et de nombreux lancements de projets et initiatives entre le secteur public et privé. Un rêve , n’est-ce pas ?

VB : considérez-vous l’invitation d’une institution muséale comme la Fondation Fernet-Branca à montrer votre collection comme une reconnaissance honorifique ou un aboutissement pour l’expert que vous êtes ?

DB : je ne me suis pas interrogé sur cette notion .  Il est vrai que , bien que je prête régulièrement des oeuvres aux musées, c’est la première fois qu’une partie aussi importante de ma collection est exposée. Plutôt qu’honneur , j’emploierais plutôt le terme de fierté ; les suisses sont simples !

VB : détenir une collection aussi gigantesque que la vôtre vous permet-il tout de même d’élire un coup de coeur , à défaut votre meilleur coup ?

DB : sans hésitation , une oeuvre de l’artiste autrichien Erwin Wurm ( installations spectaculaires comme le camion retourné montré à Venise NDA ) achetée en 2004 pour être revendue chez Christies à Amsterdam  en 2017 pour sa valeur multipliée par 6 , un record . J’avais bien sur rencontré Erwin Wurm comme à mon habitude , conformément à l’idée que je me fais du partage .

VB : dans notre monde de brute , l’ambassadeur de l’art contemporain que vous êtes depuis 30 ans considérerait-il  l’art comme un anti-dépresseur  puissant bien que non addictif ?

DB : oui , à fond !

VB : merci , et rendez-vous à la Fondation Fernet-Branca le 14 juin pour le petit-dejeuner à l’occasion de l’ouverture d’art Basel.

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