Kunstmuseum Basel Black Madonna Theaster Gates

Theaster Gates Black MADONNA Kunstmuseum 2018©VB

Theaster Gates Black Madonna 9 juin – 21 octobre 2018, Kunstmuseum Basel | Neubau & Gegenwart Commissaires : Josef Helfenstein et Søren Grammel

Theaster Gates au Kunstmuseum de Bâle : l’artiste engagé jouera ce soir avec son groupe The Black Monks of Mississipi à 18h30 au Kunst le Jeune

Theaster Gates Black MADONNA Kunstmuseum 2018©VB
Theaster Gates Black MADONNA Kunstmuseum 2018©VB

Dans le cadre de sa première grande exposition individuelle au Kunstmuseum Basel, Theaster Gates (né en 1973) se consacre au culte voué à l’icône de la Vierge noire. En s’appuyant notamment sur la collection du Kunstmuseum, l’artiste a réalisé plusieurs travaux pour l’exposition Black Madonna présentée dans deux bâtiments du Kunstmuseum. Un programme organisé autour de l’exposition propose divers événements conçus en coopération avec des partenaires locaux et internationaux.

La pratique artistique de Theaster Gates inclut une multitude de genres et de matériaux : des interventions urbaines, des performances et des réalisations en céramique. L’artiste s’attache à réduire l’écart entre l’art et la société et à apporter des changements sociaux, politiques et spirituels en associant des communautés culturelles et urbaines.

The Black Madonna : Nigra sum sed Formosa

Allusion au Cantique des cantiques : ” «“Je suis noire, moi, mais jolie…

Theaster Gates Black MADONNA Kunstmuseum 2018©VB
Theaster Gates Black MADONNA Kunstmuseum 2018©VB

L’intérêt de Gates pour les représentations de Vierges noires constituait l’un des points de départ du projet d’exposition à Bâle. Les statues et les portraits de la Vierge Marie à la peau sombre demeurent jusqu’à nos jours parmi les plus vénérés en Europe. Ces icônes de style byzantin richement parées, auxquelles sont destinées des offrandes votives, sont conservées dans des sanctuaires et portées en procession. Dans le cadre de l’exposition Black Madonna, Gates interroge la portée politique, esthétique et métaphorique de cette figure fascinante.

L’histoire de la représentation des Vierges noires est complexe, notamment en raison d’évolutions historiques notables. Le XIXe siècle marque un tournant décisif : autrefois perçus comme des représentations noires de la Vierge Marie, ces objets d’art sacré sont désormais interprétés comme des représentations d’une Vierge noire. À l’origine, la couleur sombre de la peau fut tour à tour considérée comme un caractère d’authenticité de l’icône, une indication de son âge avancé, de sa provenance supposée d’Orient, ou comme une preuve de son culte séculaire – en supposant que le noircissement résulte de la fumée de milliers de bougies votives.

Au début du XXe siècle, la couleur sombre de certaines représentations de Marie fut souvent interprétée comme un signe d’appartenance ethnique et « raciale ». Par la suite, la Vierge noire est apparue comme un symbole lors du mouvement Black Power aux États-Unis. Elle représente la quête d’un équilibre entre le discours religieux et politique commune à plusieurs mouvements culturels et citoyens aux États-Unis.

Theaster Gates The Baby III with Rubber components 2016 Kunstmuseum Basel ©VB
Theaster Gates The Baby III with Rubber components 2016 Kunstmuseum Basel ©VB

 Les derniers travaux de Theaster Gates renvoient à cette histoire longue et complexe. Sa conception de la Black Madonna est plurielle et très personnelle. Figure de proue de l’exposition, la Black Madonna réunit des objets, des installations et des performances qui interrogent non seulement le pouvoir des images et leur diffusion, mais aussi les concepts de « race » et de beauté ainsi que leur interprétation.

Tel un archéologue, Gates aborde l’histoire culturelle de ce symbole et propose dans le même temps une généalogie alternative. Dans le cadre de l’exposition, il étend le champ d’action de la Vierge noire pour souligner l’importance et le pouvoir de transformation de figures féminines contemporaines en politique, dans la société, la culture pop et la vie quotidienne, à l’exemple de Michelle Obama, Aretha Franklin et Beyoncé, madonnes noires de notre temps.

Un projet en trois actes : « The Opening », « Rituals and Meditations » et « Dissemination and Propaganda »

Theaster Gates Heidelberg Printing Press 2018©VB
Theaster Gates Heidelberg Printing Press 2018©VB

Collaborer avec des artistes, architectes, chercheurs et musiciens est une composante essentielle du travail de Gates. En suivant cette démarche globale, le Kunstmuseum Basel a élaboré un programme varié qui souligne la fonction du musée comme lieu d’expérience.

L’exposition est conçue comme une plateforme où se mêlent contemplation, recherche scientifique, débats et concerts. Afin de travailler étroitement avec des institutions et des collègues bâlois, le Kunstmuseum Basel et Theaster Gates ont mis en place des projets en coopération avec Jazzcampus Basel, le Basler Papiermühle et la cathédrale de Bâle.

Le programme se déploiera pendant toute la durée de l’exposition sous la forme de performances, d’improvisations musicales, de séances photo et d’activités en temps réel. Telle une dramaturgie, il comprend trois actes intitulés respectivement « The Opening », « Rituals and Meditations » et « Dissemination and Propaganda ». Lors du premier acte, l’artiste célèbrera la semaine d’inauguration de l’exposition en compagnie de ses partenaires. Le grand concert inaugural de Theaster Gates et de son groupe, les Black Monks of Mississippi, constituera le temps fort des festivités. Le deuxième acte sera consacré à des improvisations, des répétitions et des duos musicaux conçus en étroite collaboration avec le prestigieux Jazzcampus Basel.

Enfin, le troisième acte marquera la clôture de l’exposition et proposera notamment un prêche dominical (organisé en coopération avec la cathédrale de Bâle). À travers ce geste symbolique, il s’agit de « libérer » l’exposition de l’espace muséal et de dépasser le cadre de l’institution.

Black Madonna est un projet conçu en plusieurs temps : en 2018, quatre institutions européennes accueilleront quatre expositions indépendantes mais connexes conçues par Theaster Gates. Black Madonna sera présenté au Kunstmuseum Basel (9 juin – 21 octobre 2018), au Sprengel Museum Hannover (Kurt Schwitters Preis, à partir du 22 juin 2018), à la Fondazione Prada à Milan (septembre 2018 – janvier 2019) et à la Haus der Kunst à Munich (à partir d’octobre 2018). Theaster Gates a déclaré à propos de ce projet : « The spirit of reproducibility and dissemination is very important in this project, made evident in the fact that these four venues will all show parts of the DNA of this idea of the Black Madonna. I’m very excited that this summer and fall, at the Kunstmuseum Basel, Sprengel Museum, Fondazione Prada and Haus der Kunst, I get to posit different kinds of questions, in very different places, to show the varying ways that I’m thinking about her. »

Kunstmuseum Basel juin 2018©VB
Kunstmuseum Basel juin 2018©VB

L’exposition bénéficie du soutien de :

Novartis international AG /Fonds für künstlerische Aktivitäten im Museum für Gegenwartskunst der Emanuel Hoffmann- Stiftung und der Christoph Merian Stiftung Trafina Privatbank AG Stiftung für das Kunstmuseum Basel

Partenaires :

Basler Papiermühle – Schweizer Museum für Papier, Druck und Schrift Basler Münster Jazzcampus Basel The Vinyl Factory, London

Kunstmuseum Basel | Neubau, St. Alban-Graben 16, 4052 Basel

Kunstmuseum Basel | Neubau Recadrage de la Black Madonna

Collectionneur passionné d’archives issues de la culture afro-américaine, Theaster Gates présente au Kunstmuseum Basel | Neubau une partie des archives de la Johnson Publishing Company. Fondée en 1942 à Chicago par John H. Johnson, cette entreprise légendaire a lancé la première revue mensuelle dédiée à la culture afro-américaine aux États-Unis. L’homme d’affaires est parvenu à convaincre des entreprises américaines de diffuser des publicités dans ses magazines et de contribuer, de manière plus ou moins autonome, au développement du marché de la consommation afro-américain. Depuis plus de soixante ans, les revues Ebony et Jet sont de vibrants porte-parole du mouvement Black Pride aux États-Unis.

Les archives photographiques de Johnson Publishing comptent environ 4 millions de clichés réalisés entre 1945 et aujourd’hui. Ces photographies présentent des événements historiques, des scènes de la vie quotidienne, mais aussi des personnalités, des célébrités, des figures politiques et des Américains ordinaires. L’exposition bâloise réunit 3000 photographies sélectionnées par Gates parmi les archives personnelles de Lynda Johnson Rice, la fille de John H. Johnson. À travers ce projet qui célèbre les femmes noires et leur confère un cadre et un contexte nouveaux, l’artiste plaide pour leur reconnaissance comme figures centrales dans l’histoire de la photographie. Selon Gates, chaque femme de ces archives photographiques est une Black Madonna à part entière, qu’elle adresse un regard provocateur ou qu’elle se hâte sur le chemin de l’école livres serrés contre la poitrine. Pas seulement parce qu’il s’agit de femmes noires, mais parce qu’elles participent au processus de « deification of the black body » tel que le définit Gates, et qu’elles furent l’objet d’une large diffusion aux USA sous la forme d’icônes publicitaires afin d’être vues, admirées et imitées. Une partie de la stratégie de John Johnson consistait à présenter des images positives de la vie afro-américaine en Amérique durant les heures sombres de la ségrégation.

Black Madonna Theaster Gates Kunstmuseum Basel 2018©VB
Black Madonna Theaster Gates Kunstmuseum Basel 2018©VB

L’installation au Kunstmuseum Basel emploie des procédés relevant du travail de conservation et traduit l’engouement de Gates pour les techniques de présentation au cœur de toute archive. Sorties de leur contexte entrepreneurial originel et libérées des pages papier glacé d’un magazine, ces photographies s’apparentent à des documents d’archive et à des objets enrichis d’un potentiel critique. Loin d’approuver les logiques des archives, du musée et de la publicité, Gates les remet en question au moyen de leurs propres ressources. Les traces d’un traitement photographique ou d’un travail de publication rendent visible la main qui a redimensionné ou corrigé le cliché afin de présenter au lecteur une parfaite image de magazine.

Présentées en dialogue avec des œuvres sélectionnées au sein de la collection du Kunstmuseum, les photographies interrogent en outre la logique locale, politique et historique d’une collection muséale eurocentrée. Afin de cibler ces interactions, Gates a choisi des œuvres de la section des maîtres anciens qui rompent avec le stéréotype de la Vierge Marie pieuse et vertueuse. Ce choix est le signe manifeste que la Vierge occupe l’imagination des artistes depuis des siècles et que celle-ci est profondément subjective.

Kunstmuseum Basel |Gegenwart Un espace de création

La pratique artistique de Gates inclut aussi bien la sculpture que la performance. L’artiste s’appuie sur ces deux disciplines pour explorer son concept de « museum as temple or Black church ». Selon Gates, l’atelier est le lieu qui exprime le mieux sa conviction : « Sculpture and image production constantly remind us that immaterial power is connected to the material world. They both need each other, witness and host; flesh and word. » En s’inspirant de ce credo, Gates transforme le Kunstmuseum Basel | Gegenwart en un lieu de production, de performance et d’interaction.

Gates a aménagé des ateliers – dont un atelier d’imprimerie – répartis sur les deux niveaux du bâtiment. Ces lieux destinés à des performances et à des interventions proposeront aux visiteurs de participer à une expérience collective, musicale, poétique et spirituelle.

La Vinyl Factory enregistrera les sessions musicales dans un studio éphémère et participera à la performance : elle constituera une archive musicale de l’expérience bâloise en y intégrant les sets et contribuera à développer l’intérêt de Gates pour les archives, les bibliothèques et les collections.

En amont de l’exposition, deux masterworkshops sont organisés conjointement avec Jazzcampus Basel. Theaster Gates a élaboré des variations musicales sur le thème de la Black Madonna avec les étudiants et les Black Monks of Mississippi. Pendant toute la durée de l’exposition, les musicien.nes de Jazzcampus animeront les salles d’exposition du Gegenwart et feront du musée un lieu public dédié à des répétitions et des concerts.

L’objectif de Gates d’associer étroitement l’art et la société et de concevoir la fabrication d’objets comme un acte social n’est pas sans rappeler les travaux de l’artiste allemand Joseph Beuys, dont une installation permanente est présentée au deuxième étage du Kunstmuseum Basel | Gegenwart. Ces deux artistes partagent la même vision d’un lien solide unissant l’art à l’existence ainsi que des projets à visée sociale et politique.

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