Festival Imfluss : Tino Krattiger et  Gaetano Florio

Imfluss 2018 Tino Krattiger Gaetano Florio ©VB

 Tino Krattiger et  Gaetano Florio maîtres d’oeuvre d’Imfluss : rencontre

Bâle Imfluss 2018 ©VB
Bâle Imfluss 2018 ©VB

19ème IMFLUSS : 3 semaines de musique au fil de l’eau en toute liberté (et toute gratuité ) du 23 Juillet au 11 Aout 2018

Comme Bâle a pris ses quartiers d’été le long du Rhin, histoire de fuir la canicule ,  l’occasion est trop belle de rencontrer les maîtres du Festival Imfluss , un des évènements majeurs  et des plus originaux de la pèriode estivale à Bâle . Je m’attable avec Gaetano Florio , chef de la programmation et de la production du Imfluss à la terrasse du Schmalewurf  Rheingasse en attendant le Captain Tino Krattiger  ( 56 ans ).

VB : bonjour Tino, alors le Captain d’Imfluss serait-il navigateur dans l’âme ?

TK : non , pas du tout ! je suis Lotse du Imfluss , d’accord , mais le Float ne navigue pas , je n’ai pas besoin d’avoir des compétences en matière de navigation ! Par contre, je porte plusieurs casquettes puisque je suis architecte de formation et suis toujours assez impliqué en politique, du côté du SP , – Sozialdemokrat – j’étais au Parlement Bâlois entre 2005 et 2009 dans le secteur des  finances et de la construction. Mais, c’est tout de même la vie culturelle qui m’interesse .

Note : Toni Krattiger aux manettes d’Imfluss depuis 2000, produisait autrefois des pièces de théâtre, une à deux par an, jouées dans un local sis Petersplatz (1983-84), Max Frisch, Dürenmatt, Peter Weiss  (entre 1985 et 1998), en donnant toujours un éclairage et une interprétation libre. Tino Krattiger aimait déjà travailler en openair lorsqu’il a fait jouer Marat (Marquis de Sade) au Kannenfeldpark ou d’autres pièces au Grün 80.

VB : dommage que la scène flottante soit immobile, Imfluss, ton vaisseau de la musique est un excellent concept à exporter, n’est-ce pas ?

TK : oui, j’ai déjà essayé ou été sollicité plusieurs fois. Pour Genève ou Lausanne, ça n’a pas marché, mais à Thun on l’a fait seulement pour deux années consécutive, après on a arrêté. Il y a des contraintes autour de l’idée de l’évènement culturel en plein air , notamment à propos de la gêne sonore, nous en avons fait les frais et sommes même allés en cour de justice fédérale à Lausanne pour défendre notre projet en 2004 .

VB : un festival de musique gratuit, c’est merveilleux, mais je suppose que Imfluss ne vit pas juste d’amour et d’eau fraîche!

TK: Bien entendu, trouver de l’argent est indispensable, nous sommes toujours en chasse de sponsors. Il faut dire qu’il y a une certaine confusion. Les gens pensent que comme le festival est gratuit, il n’y a aucun frais, c’est faux , ça nous coute environ un demi-million chaque année, nous sommes aidés par une trentaine de personnes sauf pendant les 11 mois non concernés par le festival, nous ne sommes alors plus que deux, Gaetano Florio et moi-même! Du coup, tout nouveau sponsor est bienvenu comme Oris (montres sport étanches, Tino montre son élégant poignet) gagné cette année, ce qui compense les 20 000 CHF perdus qui bénéficiaient aux groupes locaux. Les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne ont accepté de reprendre les contributions perdues à leur compte sous condition de permettre à 4 groupes régionaux de jouer.Les fonds Swisslos de Bâle-Ville (CHF 120 000 )et Bâle-Campagne ( CHF 40 000 ) sont intégrés dans le budget du festival pour 2018 .

VB : comme tu ne peux pas compter les tickets, as-tu tout de même une idée de la fréquentation du festival ?

TK : oui, nous rassemblons environ 50 000 spectateurs sur tout le festival et nous avons fait réaliser des études qui indiquent que les femmes sont majoritaires, 60 %, et que la moyenne d’âge se situe autour de 40 ans. D’ailleurs, ma joie est de voir aujourd’hui sur les gradins les enfants de ceux qui ont inauguré le Imfluss il y a 20 ans .

Tino Krattiger : Imfluss est un manifeste pour la liberté

Que trouve-t-on dans les filets des matelots d'Imfluss ?
Que trouve-t-on dans les filets des matelots d’Imfluss ?

VB : on donne toujours ce que l’on veut aux matelots qui passent entre les rangs avec leur épuisette ?

TK : oui, c’est le principe; parfois, on reçoit des choses charmantes; Tino montre sur son smartphone un petit bateau soigneusement plié ( un billet de CHF20 ) envoyé à l’un des matelots ; pas très rentable mais super mignon.

VB : Le Rhin est devenu véritablement le point névralgique de la ville, là où tout se passe; vu de Paris où la Seine n’est surement pas un endroit recommandé pour la baignade, on ne cesse d’être étonné de l’engouement de tout un chacun pour ce fleuve qui fait office de piscine géante et où l’on croise toute la ville dans la plus grande décontraction, les nageurs ne s’interrompent même pas au moment des concerts d’Imfluss, parfois même, les musiciens font un plongeon à la fin de leur prestation; trop cool! comment expliquer cela?

TK : c’est vrai, il y a 20 ans, lorsque j’ai monté mon théâtre flottant à Klingental, le Rhin avait encore une réputation moisie: un lieu de rencontre pour les junkies, une bonne adresse pour les clients des prostituées, personne n’aurait pensé une minute à enfiler un maillot de bain pour y plonger; le Rhin, c’était le poumon économique de Bâle, un lieu réservé à l’industrie, pas pour y passer du bon temps; on se retrouvait plutôt sur Barfüsserplatz ou Marktplatz. Aujourd’hui, le Rhin a repris ses lettres de noblesse et je participe à cette idée de près en remettant en scène l’espace public sur le Rhin et en toute liberté: on vient, on passe, on écoute un concert , on boit un verre ou pas et on repart pour la suite de la soirée , notre créneau s’insérant entre 20 h et 22 h .

Imfluss en chiffres: 17 soirées sur 20 jours, 30 personnes  mobilisées, 50 000 visiteurs; une scène flottante de 15 sur 20 mètres, installée à environ 20 mètres de la rive dans le Rhin .1’200 spectateurs peuvent assister aux concerts assis sur les berges. La durée des concerts est calée entre 60 et 90 minutes maximum.

VB : Gaetano, tu es en charge de la programmation et de la production du festival, comment gères-tu ces 17 soirées de concert?

GF : il y a naturellement une part de contrainte budgétaire qui relève des cachets, je dois me débrouiller avec CHF 120 000 à répartir sur les 17 concerts. Cela concerne aussi bien les groupes locaux (4 bâlois Anna Aaron , Pink Pedrazzi , Roli Frei et James Gruntz) ou internationaux comme  Naturally 7 et The Original Blues Brothers Band des Etas-Unis , DelaDap d’Autriche ou Delgres de Guadeloupe et de France. Depuis 4 ans aux côtés de Tino, je m’évertue à me tenir dans ce cadre budgétaire.

VB : justement, comment y parviens-tu lorsque tu dois gérer des groupes aussi connus que The Original Blues Brothers Band

Note : les membres originels Lou Marini et le guitariste Steve Cropper qui seront de passage au Imfluss fêtent 40 ans de carrière avec le nouvel album sorti en 2017 , The Last Shade of Blue Before Black.

Gaetano Florio connaît la musique !

GF : je travaille seulement depuis quelques années avec Tino Krattiger mais j’ai bien 30 ans d’expérience en matière de production et de programmation musicale car j’ai été longtemps Production et Tour Manager avec des groupes suisses tels que Lovebugs ou Patent Ochsner etc. et j’ai aussi accompagné comme responsable de la logistique et de la technique des groupes internationaux en tournée européenne comme Bon Jovi, U2, Police, Elton John, AC/DC, Simon & Garfunkel, Eric Clapton… Du coup, les réseaux et les bonnes relations que j’ai pu développer au fil des ans, me sont fort utiles et je n’ai souvent aucun mal à convaincre les groupes de venir à notre festival dont l’atmosphère est unique, certains sont prêts à amputer une partie de leur cachet pour être de la fête.

Note : Gaetano (48 ans) est définitivement tombé en amour pour la musique à 8 ans en accompagnant sa mère à un concert de Edoardo Bennato à Pompei, Naples, sa ville natale; bien qu’il ait été lui-même musicien (guitare, batterie, basse), c’est plutôt la logistique, la technique, le budget, toute l’organisation, autour de la scène qui a alimenté sa passion.

VB : à part tes propres affinités , quels autres critères déterminent ton choix en matière de groupes ?

GF : Nous ne cherchons pas seulement à contenter nos sponsors même si nous réservons parfois la plate forme à l’un d’eux pour une soirée privative qui peut réunir entre 60 et 70 personnes – de 19h et 23h avec catering. J’ essaie aussi de « composer » un programme pour 17 jours qui plaise à environ 50’000 personnes, il faut penser à tous les publics. .

VB : en 2019 , Le festival fête ses 20 ans : qui rêverais-tu d’inviter pour ce jubilée?

GF : beaucoup, mais je peux tout de même citer Van Morrison et Tom Waits. Nous allons par ailleurs proposer au public de voter pour son groupe préféré, celui qui obtient le plus de voix sera l’invité, nous ferons tout pour le convaincre, c’est notre façon de remercier le public grâce auquel Imfluss résiste aux années.

VB : Gaetano , tu dis connaître bien Paris

GF : oui, j’y ai travaillé plusieurs années pour accompagner des artistes comme Johnny Halliday 4 fois pour préparer le Palais des Sports, nous partions enregistrer à San Francisco; Michel Sardou venu au St Jakob à Bâle l’an passé. Lors de mon dernier séjour à Paris, j’ai eu droit à une visite guidée de l’Opéra Bastille, un très bon souvenir.

Merci à tous les deux et longue vie au festival Imfluss

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