La cage aux Folles au Théâtre de Bâle

Stefan Kurt Roland Koch La cage aux Folles Théâtre de Bâle Décembre 2018 Photo VB

La Cage aux Folles comédie musicale : une folie  de Jerry Herman et Harvey Fierstein mise en scène par Martin G.Berger sous la direction musicale de Thomas Wise

Sur la grande scène du Théâtre de Bâle , Zaza/ Stefan Kurt et Georges / Roland Koch ont joué la première de la Cage aux Folles d’après la pièce originelle de Jean Poiret . Epoustouflant, réjouissant, drôle, émouvant ! Ovation soutenue et méritée.

Stefan Kurt Thomas Thomas Wise Roland Koch La cage aux Folles Théâtre de Bâle décembre 2018 Photo VB
Stefan Kurt Thomas Thomas Wise Roland Koch La Cage aux Folles ©VB

Bon , bien sur – si l’on est français en tout cas – , difficile de ne pas se référer au duo inénarrable Poiret – Serrault dont on attendait les scènes cultes au tournant . En particulier toutes celles qui tournent autour des tentatives pathétiques de Zaza pour devenir un homme un vrai , genre John Wayne. ( Note pour les moins de 50 : cow-boy célèbre à Hollywood portant bas ses flingues et déambulant façon Lucky Luke en raison d’un trop fort attachement à la pratique équestre) . Alors , nous n’avons pas été déçus ! Deux bémols toutefois pour les nostalgiques que nous sommes : Jacob ( Tenor Karl – Heinz Brandt ) , joué autrefois par le danseur américain Benny Luke ,  a perdu entre-temps sa couleur de peau , troquée semble-t-il contre une panoplie vestimentaire fort graphique … avec souliers assortis . Un gag évaporé en même temps que celui de la biscotte tartinée à la Albin , instant culte de la pièce originelle également évanoui dans la nature . Qu’importe ! La mise en scène du jeune berlinois Martin G . Berger est un pur délice.

Homme Femme Mode d’emploi du politiquement correct

La Cage aux Folles Stefan Kurt Théâtre de Bâle décembre 2018  Photo Sandra Then
La Cage aux Folles Stefan Kurt Théâtre de Bâle ©Sandra Then

Rappelons tout de même l’histoire : Albin / Zaza, star vieillissante du cabaret “La Cage Aux Folles” , partage sa vie depuis 20 ans avec Georges , propriétaire de la boîte sise à Saint-Tropez dans la version originale. Hélas pour Albin , avec les années , la vie d’artiste spectaculaire de Zaza perd de son lustre . Mais ce n’est pas son seul souci . Aujourd’hui, Jean-Michel , le fils unique de Georges , veut  se marier avec Anne Dindon / Liliane Amuat ( Muriel Dieulafoi au théâtre en 72 ) , la  fille du président du “Parti pour la Tradition, la Famille et la Morale“. Pas évident de faire disparaître le gay cabaret  pour plaire au conservateur convaincu Edouard Dindon / Martin Hug et à sa femme Marie Dindon/ Nicola Kirsch.

La cage aux Folles Théâtre de Bâle ©Sandra Then.

Albin doit donc dégager pour laisser la place à la mère biologique de Jean-Michel , non sans avoir planqué quelques objets un peu trop connotés , et Georges est propulsé attaché culturel à la retraite de l’ambassade de Grèce pour une soirée ( les clichés sont coriaces ). Comme la vraie mère ne vient pas , Albin , après avoir essayé d’apprendre à se conduire comme un homme pour prendre plausiblement les traîts de l’oncle Al , classiquement hétéro , normal quoi – je cite- , doit  au pied-levé se transformer en mère de famille toute aussi politiquement correcte. Zaza déguisée en bavaroise à plume de perdrix  séduit le Dindon ( les volatiles sont en vedette ) qui , pour échapper aux journalistes en attente devant le cabaret guettent le désormais scandaleux politicard , est contraint de se travestir , comble du ridicule et de la honte pour le réputé bien-pensant . A défaut de plume et goudron , le monsieur quitte la scène sous les huées des filles et les ricanements du public qui adore quand les méchants sont vaincus à la fin . Voici un juste retour de bâton pour celui qui entre en scène sommé de s’expliquer sur la mort de Jean Valjean , héros vertueux de Victor Hugo dans la vraie vie , dont le nom pourrait être choisi pour son évidente opposition au caractère intolérant déshumanisé du Dindon de la farce .

La Cage aux Folles Stefan Kurt Théâtre de Bâle © Sandra Then.

Stefan Kurt est Die grosse Zaza 

Dois-je l’avouer ? Je ne connais(sais) pas Stefan Kurt bien qu’un instant j’ai pu le confondre avec le frère jumeau de Klaus Nomi . A moins que sa stature longiligne et son visage parfois figé par un savant maquillage n’évoque le mime Marceau . En tout cas , pas de rapport avec la silhouette de Michel Serrault . Peu importe ! L’habit fait le moine et quel habit ! un compromis entre la flamboyance des costumes des Drag Queen du Carnaval de Rio , des souvenirs cinématographiques ( Tootsie , Portier de Nuit ) et  des enveloppements plastiques à la Courrèges, un vrai régal pour l’oeil ( Costumes Esther Bialas ) servi par la scénographie de Martin G.Berger   rappelant la revue du Lido et l’accompagnement musical de Thomas Wise . On reconnaît avec plaisir la bande-son du mythique 9 semaines et demie et les hits créés par le compositeur Jerry Herman en 1983 , maître du Musical à Broadway ( Hello Dolly ) , notamment I Am What I am . 

La Cage aux Folles Théâtre de Bâle ©Sandra Then.

Stefan Kurt est die grosse ZazaJe suis comme je suis et n’y puis rien changer ! Albin aurait pu faire sien ce vers de Jacques Prévert , du moins pour la liberté qu’il suggère .  Tous les sentiments se lisent en lui : triste et désabusé par la faute du temps qui lui file méchamment entre les doigts ; amoureux , autre mot pour heureux lorsqu’il est partagé ; joyeux , d’endosser à nouveau ses habits de lumière ; ému lorsque Georges lui (re)déclare son indéfectible amour . Stefan Kurt sait tout faire : chanter , danser , jouer la comédie , un acteur , un vrai quoi ! Comme le comédien bernois qui vit en Allemagne depuis 30 ans a joué dans environ 70 films , on conçoit bien comment il a pu acccèder à une telle perfection de jeu . 

Entretien avec Martin G. Berger, metteur en scène, et Thomas Wise , directeur musical

Extraits du livret du Théâtre de Bâle

Il existe plusieurs versions de “La Cage aux Folles”. La grande version a été composée pour vingt-deux musiciens et trente-neuf instruments. De quelle façon avez-vous réarrangé la musique pour notre nouvelle production?

Thomas Wise

Dans notre version, onze musiciens jouent seize instruments. Nous essayons de poursuivre la longue tradition des spectacles de Vaudeville et des comédies musicales de Broadway en utilisant uniquement des instruments live. Mon but est de rendre la musique encore plus personnelle, par exemple en faisant place à l’improvisation. Les musiciens du groupe Cagelles connaissent tous le jazz et la liberté de réagir rapidement “

“La Cage aux Folles” évoque des thèmes aussi divers que l’homosexualité, le populisme de droite, les questions sur le noyau de la famille ou la liberté personnelle. Le vieillissement joue également un rôle, de même que les aspects positifs et négatifs du show business. Tous ces sujets sont abordés dans cette comédie. Thomas Wise nous offre l’occasion de raconter une histoire très émouvante et d’aborder certains sujets sans les formuler explicitement. Presque chaque scène se résume à une chanson. 

Dans cette comédie musicale, il y a beaucoup de clichés sur les gays, mais aussi sur les hétérosexuels, sur les hommes et la masculinité en général, parfois ironiquement brisés et souvent laissés en plan. Pourquoi les clichés nous rassurent-ils ?

Martin G. Berger

Je crois que les gens cherchent toujours des catégories dans lesquelles se ranger pour se sentir intégrés à la société . Finalement , ce qui semble nous rassurer nous enferme dans une case comme le montre la pièce ( Voir l’illustration scénique finale. )

Edouard Dindon, à l’opposé d’ Albin et Georges, est non seulement pour les valeurs et la morale conservatrices, mais aussi pour une position politique populiste de droite. Dans quelle mesure les parallèles avec les tendances politiques actuelles interviennent-ils dans la mise en scène ?

Martin G. Berger

Avec la montée de l’AfD ( Alternative für Deutscland ), il se passe quelque chose en Allemagne en ce moment que je n’aurais jamais pu imaginer. Tout à coup, il m’est apparu clairement dans quelle bulle libérale je vivais et maintenant je suis appelé à faire face aux opinions de nombreuses personnes qui sont totalement contraires non seulement à mon opinion mais aussi à ma compréhension démocratique. Je ne peux pas simplement qualifier cette autre opinion de stupidité, mais je dois y faire face – c’est aussi ce que la pièce nous dit. J’espère qu’avec ma production de “La Cage aux Folles”, je pourrai contribuer un peu à stimuler la réflexion, et non à condamner d’emblée la contrepartie.

Thomas Wise

Pour moi, la pièce est destinée à remettre en cause les préjugés que nous avons tous, mais elle est aussi une invitation à faire éclater les ressorts du jeu de la dissimulation pour appliquer en toute liberté le precepte : Je suis ce que je suis.

L’un des principaux motifs de la pièce est la parodie.  De quelle forme de parodie s’agit-il dans “La Cage aux Folles” ? 

Thomas Wise

Chacun de nos danseurs a sa propre personnalité de dragqueen , que ce soit en tant que femme ou en tant qu’homme. Ce sont des figures de l’art qui poussent habilement leur personnalité esthético-érotique individuelle à l’extrême.

Martin G. Berger

Ce qu’il y a d’excitant chez les Dragqueen, c’est ce qui se cache derrière le strass . Il s’agit le plus souvent de mettre en place une armure de protection contre les actes liés à la discrimination . Le travestissement artistique sert ainsi d’alibi en offrant la possibilité d’inventer une biographie complètement différente, parfois fantastique. Le sujet ne se limite évidemment pas au choix d’un homme qui veut être une femme ou vice versa, mais de jouer un certain personnage, de se transformer, d’être une star en exagérant les rôles et les clichés de genre à l’extrême et de les exposer ainsi.

Prochaines représentations de la Cage aux Folles 


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