Patrick Timsit était à la Coupole

Patrick Timsit Le Livre de ma Mère Albert Cohen Théâtre la Coupole 2018PhotoVB

Patrick Timsit raconte Le Livre de ma mère d’Albert Cohen au Théâtre la Coupole

Patrick Timsit Le Livre de ma Mère Albert Cohen Théâtre la Coupole 2018 Photo VB
Patrick Timsit Le Livre de ma Mère Théâtre la Coupole ©VB

Il en faut peu pour être heureux ! Sous-titre : une mère peut suffire au bonheur . C’est l’entrée en matière musicale qu’a choisie le metteur en scène , Dominique Pitoiset pour annoncer le récit d’Albert Cohen . On imagine bien que ce parti-pris signe le déroulement de la pièce . Ce ne sera pas triste car il ne sera -presque- question que de vie . Timsit revient sur tout ce qui a rendu heureux ce fils, tout ce qui a tissé ce lien indéfectible entre Albert et sa mère . Curieusement , les retours réguliers sur ” ma mère est morte ” sonnent avec plus d’émotion que le ” Aujourd’hui , maman est morte “ de Camus , comme quoi , les mots parfois trompent . D’ailleurs , le titre initial aurait du être Le chant de mort , tristement évocateur de l’autre côté du miroir , celui d’où l’on ne revient pas aux dernières nouvelles .

Laissons à la porte le vacarme du monde ,  l’essentiel est ailleurs

Albert Cohen raconte sa mère et le regret qu’il en a , sa gentillesse, son abnégation, son amour, sa dévotion totale , inconditionnelle au fils magnifique . Dominique Pitoiset est miséricordieux  : tout au long de la pièce , il débobine pour nous un fil d’Ariane en mode son , lumière  et video , le plus sur moyen pour nous faire ressentir la sourde douleur de son personnage . Ainsi , son  Livre de ma mère distille de petits éclats de vie bucoliques , les jeux de plage ou les petits plats préparés dès le matin , la vie , celle d’avant qu’on soit mort , celle d’avant que l’amour ne soit englouti six pieds sous terre . Hâtons-nous d’aimer nos mères  sous peine de regrets éternels est la leçon à en tirer .

Se souvenir des belles choses : Patrick Timsit raconte l’itinéraire de la famille , de Corfou à Marseille puis le départ à Genève. Albert se souvient : l’accent tout mélangé de sa mère et ses films préférés – Angélique marquise des anges – , la place réservée à l’absent à table que l’on visualise à l’écran  au rythme du  Sirtaki . Ma mère était cardiaque ; elle ne savait pas se limiter , elle considérait que la balance se trompait toujours.” Je crois que tous ces régimes font grossir “. Comme j’ai été idiot , arrogant ! L’écran projette un Timsit  enlunetté de noir que son double fils ideal déteste .

L’autodérision :en arrivant à Marseille , on s’est fait tout de suite escroquer , même pas par un nez crochu, un mec tout blond . Je suis arrivé sans parler un mot de français. Les juifs ont une identité : le malheur ! C’est comme ça,  inscrit dans les gènes , notre spécialité . En fond sonore , on entend Arno chanter Les yeux de ma mère , pour qu’on comprenne bien comment l’amour vient aux mères et que ça crève les yeux .

Amour de nos mères à nul autre pareil

Patrick Timsit Le Livre de ma Mère Albert Cohen Théâtre la Coupole 2018 Photo VB
Patrick Timsit Le Livre de ma Mère Théâtre la Coupole ©VB

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille . Qui mieux que Baudelaire pour dire ce qui ronge à jamais ? Le manque , le vide , le silence  . Dominique Pitoiset l’exprime avec ces mots :  comme un tournesol tourné vers un soleil désormais invisible . Tandis qu’Albert Cohen déclare qu’il aimerait tant pouvoir prendre le temps de s’ennuyer avec sa mère , mais elle est morte et son enfance en même temps qu’elle . Ma mère adorait tout de la Suisse et aurait aimé élaborer un ordre mondial dont la Suisse aurait été le maître d’oeuvre , propre et surtout sans guerres , un voeu pieu et fantaisiste. Finalement pour Albert ,  le seul vrai drame en ce monde , c’est que sa mère , sa bien-aimée comme il la nomme soit morte ,  la plus grande méchanceté qu’elle ait pu lui faire ! Une torture morale :  “ma mère est morte et je regarde la beauté des femmes , j’aime la vie , je  veux vivre .”

Smile , la bande-son du début de la pièce est aussi celle de la fin . Ainsi pourrait -on en déduire qu’il faut continuer à sourire même lorsque les vents s’obstinent à vous faire face et qu’il semble vous manquer l’essentiel .  Smile,  chanson écrite à partir d’une musique de Charlie Chaplin pour servir de thème au film Les Temps modernes , l’histoire d’un bras de fer entre la machine et l’homme dont l’amour sort vainqueur . Le lien serait donc la force de cet amour .

Fils des mères encore vivantes, n’oubliez plus que vos mères sont mortelles. Albert Cohen

Patrick Timsitt a du attendre trente ans avant  de pouvoir porter Le Livre de ma Mère sur scène ; seule sa parfaite entente avec  le metteur en scène Dominique Pitoiset a permis cela et la reussite est totale.
BRAVO !
Print Friendly, PDF & Email
Facebook
Facebook
Google+
https://www.baleenfrancais.ch/2018/12/patrick-timsitt-etait-a-la-coupole">
LinkedIn
Instagram

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton back to top