Paris Joan Miro au Grand Palais

Joan Miro Paysage au Coq 1927 Bâle Fondation Beyeler Exposition Grand Palais 2019 Photo VB

Miró – 3 octobre 2018 – 4 février 2019 – Grand Palais

Ceci est la couleur de mes rêves ” Miro. Alors rêvons ! 

” Joie d’arriver à comprendre dans un paysage un petit brin d’herbe- pourquoi le mépriser?Un brin d’herbe est aussi gracieux qu’un arbre ou une montagne. A part les primitifs et les japonais , presque tout le monde néglige ces choses divines “. Joan Miro Lettre à Josep F.Rafols, Mont-roig, 11 aout 1918  ( Extraît du catalogue de l’exposition du Grand Palais ) 

Joan Miro La Maison du Palmier 1918 Madrid Museo Nacional 1998 Grand Palais Photo VB
Joan Miro La Maison du Palmier 1918 Madrid Museo Nacional 1998 Grand Palais©VB
Joan Miro Interieur La Fermiere 1922-23 Centre Pompidou Exposition Grand Palais 2019 Photo VB
Joan Miro Interieur La Fermiere 1922-23 Centre Pompidou Exposition Grand Palais 2019©VB

A tous ceux d’entre nous qui perçoivent la peinture de Miro comme une oeuvre prêtant à sourire et de caractère emprunt d’une légèreté insouciante, lisons plutôt ceci . En guise de préambule à  l’entretien conduit par Yvon Taillandier reproduit dans la revue XXème siècle,  Miro confie en 1959 :” je suis d’un naturel tragique et taciturne . Dans ma jeunesse , j’ai connu des pèriodes de très profonde tristesse. Maintenant , je suis assez équilibré . mais tout me dégoute: la vie me paraît absurde …je suis pessimiste , je pense que tout va toujours tourner très mal. S’il y a quelque chose d’humoristique dans ma peinture, je ne l’ai pas cherché consciemment. ( cf catalogue de l’exposition )

Dans cette rétrospective dédiée au grand maître catalan Joan Miró (1893-1983), près de 150 œuvres essentielles sont réunies afin de donner à cet oeuvre unique et majeur toute la place qui lui revient dans la modernité. Cette exposition intervient quarante-quatre ans après celle qu’avait organisée Jean Leymarie dans ce même lieu en 1974. Des prêts exceptionnels, provenant de grands musées internationaux, européens et américains, ainsi que de grandes collections particulières mettent l’accent sur les périodes charnières de Miró qui déclarait : « Les gens comprendront de mieux en mieux que j’ouvrais des portes sur un autre avenir, contre toutes les idées fausses, tous les fanatismes ». La création de cet artiste d’exception irrigue l’art de tout le XXe siècle, irradiant de sa puissance et de sa poésie près de sept décennies avec une générosité et une originalité inégalées.
 
Dans une scénographie, créée tout spécialement pour les espaces du Grand Palais et rappelant l’univers méditerranéen de Miró, des oeuvres majeures (peintures et dessins, céramiques et sculptures, livres illustrés) se côtoient afin de mettre en lumière cet itinéraire marqué de renouvellements incessants. L’exposition débute au premier étage, avec les périodes fauve, cubiste et détailliste, suivie de l’époque surréaliste où Miró invente un monde poétique, inconnu jusqu’alors dans la peinture du XXe siècle. Ces périodes fécondes mettent en évidence les questionnements de l’artiste, ses recherches ainsi que sa palette de couleurs toujours au service d’un vocabulaire de formes inusitées et nouvelles. Ni abstrait ni figuratif, riche de multiples inventions, c’est dans un parcours poétique que l’on découvre le langage résolument neuf que n’a eu de cesse de développer Miró. Son art prend ses sources dans la vitalité du quotidien pour s’épanouir dans un monde jusqu’alors méconnu où les rêves du créateur occupent une place privilégiée. 

« Il me faut un point de départ, explique Miró, ne serait-ce qu’un grain de poussière ou un éclat de lumière. Cette forme me procure une série de choses, une chose faisant naître une autre chose. Ainsi un bout de fil peut il me déclencher un monde. »
 
La montée du fascisme, dans les années 1930, le voit s’engager dans une lutte sans fin pour la liberté. Des peintures dites « sauvages » illustrent la force étrange et inédite qu’il donne à son oeuvre dans ces moments de tension extrême. Dans les années 1940, l’apparition des Constellations, une série de petits formats exceptionnelle exécutée à Varengeville-sur-Mer, en Normandie, livre un dialogue avec des rêves inassouvis. Bientôt ce sera l’interrogation sur la céramique qui donnera naissance à une sculpture qui témoigne, là aussi, de cette passion pour la réalité et une part de rêverie qui n’était pas a priori imaginable dans cette discipline.

Ainsi Miró transforme le monde avec une apparente simplicité de moyens, qu’il s’agisse d’un signe, d’une trace de doigt ou de celle de l’eau sur le papier, d’un trait apparemment fragile sur la toile,
d’un trait sur la terre qu’il marie avec le feu, d’un objet insignifiant assemblé à un autre objet. Il fait surgir de ces rapprochements étonnants et de ces mariages insolites un univers constellé de métamorphoses poétiques qui vient réenchanter notre monde. 

« Pour moi, avoue Miró, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème ».
 
Les dernières salles sont consacrées aux vingt-cinq dernières années de la création du peintre. Dans son grand atelier de Majorque construit par son ami l’architecte Josep Lluis Sert, Miró peint des oeuvres de plus grands formats qui donnent une ampleur nouvelle à un geste toujours aussi méticuleusement précis. Le vide s’empare d’une grande partie des toiles longuement méditées. Miró déploie une énergie nouvelle avec des signes et des formes mettant en évidence une création toujours en éveil. De grandes sculptures en bronze, parfois peintes, disent, aussi à cette époque, la juxtaposition heureuse entre le réel et l’irréel. Dans cette oeuvre ultime où le noir surgit souvent avec une force nouvelle, le tragique frôle toujours l’espoir. Ainsi Miró investit-il l’univers pictural et sculptural avec une acuité attisée par le temps qui passe.

Joan Miro L'oiseau se niche sur les doigts en fleur 1969 Fondation Maeght Exposition Grand Palais 2019  Photo VB
Joan Miro L’oiseau se niche sur les doigts en fleur 1969 Détail  Fondation Maeght Exposition Grand Palais 2019 ©VB

 
Jean-Louis Prat, ancien Directeur de la Fondation Maeght (1969-2004), membre du Comité Joan Miró et ami de l’artiste auquel il a dédié de nombreuses expositions dont la dernière en date était au Musée de l’Albertina à Vienne en 2012, assure le Commissariat de cette rétrospective aux Galeries Nationales du Grand Palais en 2018.
 
 
Commissariat : Jean-Louis Prat,  ancien directeur de la fondation Maeght (1969-2004), historien de l’art, membre du Comité Joan Miró et ami de l’artiste.
scénographie : Atelier Maciej Fiszer

GRAND PALAIS MIRO

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