Fondation Cartier : Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu

Voyage aux Suds avec la Fondation Cartier jusqu’au 24 février 2019

La Fondation Cartier pour l’art contemporain célèbre, avec l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu, la richesse et la variété des motifs, couleurs et figures dans l’art latino-américain. De l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie, cette exposition rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de la période précolombienne jusqu’aux productions les plus contemporaines. Elle explore les formes multiples de l’abstraction géométrique en Amérique latine, qu’elles trouvent leurs sources dans l’art précolombien, les avant-gardes européennes ou les cultures autochtones encore vivantes aujourd’hui. Créant des dialogues inattendus, Géométries Sud tisse des liens visuels entre les époques, les territoires et les cultures, et invite à une rêverie au cœur de ces univers.

L’exposition s’ouvre sur une salle de bal réalisée par l’architecte bolivien d’origine Aymara Freddy Mamani. Il transpose en plein cœur de  Paris  l’iconographie  géométrique  et colorée de la culture Tiwanaku  et  l’esprit des fêtes populaires andines. Dans sa ville natale d’El Alto, ses bâtiments hauts en couleur et insolites – qu’il qualifie de « néo-andins » – se distinguent des habituelles constructions en brique et des tons monotones des paysages de l’Altiplano. Leurs façades éclatantes reprennent le vocabulaire formel des cultures précolombiennes et amérindiennes, leurs couleurs vives sont inspirées des textiles et des cos- tumes cérémoniaux Aymara. L’effet  spectaculaire se poursuit à l’intérieur des édifices, où la profusion des motifs géométriques et la multiplication des colonnes richement décorées se mêlent aux lustres fantaisistes et aux lampes multicolores.

Fondation Cartier Geometries sud Freddy Mamani architecte bolivien Salle de bal Photo VB
Fondation Cartier Geometries S ud Freddy Mamani architecte bolivien©VB

Dans la  grande   salle   du   rez-de-chaussée, les   architectes   paraguayens   Solano    Benítez et Gloria Cabral, lauréats du Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise en 2016, s’emparent de matériaux bruts pour concevoir une œuvre monumentale reposant sur le principe de répétition. Jeu de rythmes, de lumière et d’équilibre, cette installation formée de panneaux de briques brisées et de béton, assemblés à la façon d’un château de cartes, se déploie le long de la façade de la Fondation Cartier.

Fondation Cartier Gego Esfera 1976 Coll Mecantil Caracas Expo Geometries sud  Photo VB
Fondation Cartier Gego Esfera 1976 Coll Mecantil Caracas ©VB

En regard de ce tour  de force  architectural,  un ensemble exceptionnel de 22 sculptures délicates et aériennes de l’artiste vénézuélienne Gego est présenté. Réunies pour la première fois à Paris, de nombreuses œuvres font l’objet d’un prêt exceptionnel de la Fundación Museos Nacionales de Caracas. Figure majeure de l’art latino-américain, Gego s’est efforcée tout au long de sa carrière d’explorer les infinies possibilités qu’offre la ligne dans l’espace tridimensionnel. Le délicat maillage de ses sculptures revêt un caractère organique qui échappe à la rigueur formelle de l’abstraction géométrique. Gego tisse, plie et tord à la main le fil d’acier ou d’aluminium créant des formes irrégulières au sein desquelles la transparence devient un élément sculptural à part entière.

L’exploration des motifs géométriques constitue le trait commun des quelque 220 œuvres présentées à l’étage inférieur de la Fondation Cartier. L’œuvre Madera planos de color de Joaquín Torres García, mêlant influences précolombiennes et modernistes, introduit un parcours entre art ancien et art contemporain, entre art savant et art  populaire. Les toiles emblématiques du mouvement Madí de l’Urugayen Carmelo Arden Quin ou les sculptures de la Brésilienne Lygia Clark trouvent ainsi un  écho  inattendu  dans  les  photographies du Mexicain Lázaro Blanco ou  dans  les  peintures de l’Argentin Guillermo Kuitca.

Cette  exposition met   aussi   en   lumière des  artistes  longtemps  oubliés  :  un ensemble de grandes toiles aux couleurs vibrantes de Carmen Herrera participe à la reconnaissance récente de cette pionnière du minimalisme cubain. Également peu connues hors du Brésil, les photographies des façades colorées des maisons du Nord est brésilien d’Anna Mariani répondent aux peintures quasi-abstraites du Brésilien Alfredo Volpi.

Ces œuvres résonnent avec celles d’artistes qui puisent leur inspiration dans les formes  et  les motifs de l’art et de l’architecture précolombiens. Ainsi les photographies du  Machu  Picchu que le Péruvien Martín Chambi réalise dans les années 1920 attestent de la fascination exercée par cette cité récemment découverte  et  participent  à la revalorisation d’un passé grandiose. Le photographe mexicain Pablo  López  Luz  retrouve  quant à lui des réminiscences de la culture Inca dans les constructions vernaculaires contemporaines.

L’exposition met aussi  à  l’honneur  les motifs constituant l’alphabet de la géométrie indigène : des céramiques à la vannerie, des textiles  à  la  peinture   corporelle,   ces   formes se  déclinent dans  de  multiples   compositions et dans des styles propres à chaque culture. Présentées pour la première fois en Europe, de nombreuses œuvres des indiens Ishir (ou Chamacoco), vivant dans la région paraguayenne du  Gran Chaco, évoquent leurs mythes et leurs rites sacrés. Les lignes et les triangles des dessins des Wauja côtoient les arabesques ondulantes de ceux des Kadiwéu [Caduveo], peuple vivant dans le Mato Grosso au Brésil, dont les peintures faciales ont fasciné Claude Lévi-Strauss. Leur répertoire formel si singulier est présent dans l’exposition tant dans les photographies de Guido Boggiani datant de  la  fin du xixe siècle que dans leurs productions contemporaines. Les plus grands photographes et artistes brésiliens se sont passionnés pour le langage complexe des indiens, à l’instar de Claudia Andujar et Miguel Rio Branco qui captent la pratique d’ornementation corporelle quotidienne des Kayapó,  ou de Luiz Zerbini qui mêle dans ses toiles lumineuses portraits historiques et images de cérémonies amérindiennes. Ces œuvres contemporaines et ces objets rares invitent à une découverte sensible et immédiate d’anciennes traditions toujours perpétrées aujourd’hui.

Fondation Cartier Geometries sud Luiz Zerbini 2014 Photo VB
Fondation Cartier Geometries sud Luiz Zerbini 2014©VB

Célébrant tour à  tour  l’art  contemporain et les vestiges de civilisations anciennes, Géométries Sud nous mène, lors de ce voyage du Mexique à la Terre de Feu, vers d’éblouissantes découvertes colorées, graphiques et spirituelles. S’affranchissant des hiérarchies artistiques et faisant dialoguer tous les domaines de la création, l’exposition met ainsi à l’honneur les liens et correspondances visuels qui unissent artistes, peuples, cultures, rites et symboles.

PRÉFACE DU CATALOGUE Extraits

« La géométrie est unique et éternelle, resplendissant dans l’esprit de Dieu.»

Johannes Kepler Lettre à Galilée, août 1610

« J’ai rêvé la géométrie. J’ai rêvé le point, la ligne, le plan et le volume. J’ai rêvé le jaune, le rouge et le bleu. J’ai rêvé les mappemondes et les royaumes et le deuil à l’aube.»

Jorge  Luis Borgès « Descartes » in Le Chiffre, 1981

Loin de la vision traditionnelle de l’abstraction géométrique, surtout liée aux avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, Géométries Sud est un voyage entre les œuvres, les cultures, les territoires-  du Mexique à la  Terre  de  Feu  –  et  les  époques. Il commence voici près de six mille ans le long des côtes de l’Équateur – lorsque les peuples Valdivia inventent une statuaire qui nous semble aujourd’hui étrangement contemporaine, aux  formes  épurées et aux traits stylisés, déjà abstraits – et se poursuit au cours des siècles jusqu’à la jeune création actuelle. 

Sans chercher à dresser un panorama de l’histoire des géométries en Amérique latine, nous rassemblons  ici près  de  250  pièces  de  plus   de 70 artistes et 10 cultures.

Le bâtiment de verre et d’acier de Jean Nouvel est souvent métamorphosé par les artistes et les architectes qui l’investissent volontiers de projets monumentaux. Transposant un salón de eventos – une salle de bal bolivienne – en plein Paris, l’architecte d’origine Aymara Freddy Mamani nous transporte dans une fête populaire de sa ville natale d’El Alto, sur les hauts plateaux andins.

Si la géométrie préside nécessairement à l’architecture, elle constitue également le trait com- mun des quelque 220 autres œuvres de l’exposition. Les toiles modernistes de Joaquín Torres García et les sculptures néoconcrètes d’Hélio Oiticica trouvent dans les photographies de Pablo López  Luz, dans les peintures de Guillermo Kuitca ou dans l’instal- lation d’Olga de Amaral, toutes liées aux formes de l’architecture précolombienne, un reflet inattendu. Des artistes rares et longtemps oubliés sont également mis en lumière ; ainsi, les toiles de paysages urbains quasi abstraits d’Alfredo Volpi et les photo- graphies de peintures murales du Nordeste brésilien d’Anna Mariani sont l’expression du raffinement formel des cultures populaires.

Les expositions Yanomami, l’esprit de la forêt (2003) ou Histoires de voir, Show and Tell (2012) offraient déjà un regard renouvelé sur ces champs singuliers de la création contemporaine. Les géométries indigènes semblent constituer sinon un  alphabet,  du  moins  le point commun entre des cultures éloignées et encore vivantes aujourd’hui par-delà les processus d’acculturation, et même en deçà. En témoignent les créations des Ishir du Paraguay ou les peintures corporelles Kadiwéu, qui sans l’aide de Bruce Albert, Ticio Escobar et Alain Moreau n’auraient pu être exposées ; qu’ils soient donc ici remerciés. 

Hervé Chandès et Alexis Fabry Commissaires  de l’exposition

 
 FONDATION CARTIER

 CATALOGUE Édition Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris

Version française uniquement

Relié, 21 × 31,7 cm, 336 pages

400 reproductions couleur et noir et blanc

Préface de Hervé Chandès et Alexis Fabry

Textes de Olga de Amaral, Mónica Amor, Elisabetta Andreoli, Ticio Escobar, César Paternosto et Lux Vidal

Entretien avec Solano Benítez et Gloria Cabral par Gabriela Carrillo et Mauricio Rocha

ISBN : 978-2-86925-141-0

Parution : octobre 2018

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